La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cahiers rouges

Proche-Orient : de la résistance palestinienne à la révolution socialiste

Cahiers rouges, n° 15, septembre 1970 · 41 342 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • 1. Introduction
  • 2. L’insertion historique de la Résistance Palestinienne dans l’Orient arabe. Ses rapports avec les traditions nationales. Les courants nationalistes et les P.C.
  • 3. L’environnement de la Résistance Palestinienne : les régimes arabes
  • 4. La Résistance Palestinienne comme phénomène social de masse
  • Les racines socio-économiques de la Résistance. La spécificité palestinienne : les racines « nationales » de la Résistance Palestinienne
  • 5. La Résistance Palestinienne.
  • Réalité militaire et conditions de son action armée. Les organisations sont des organisations militaires. Profil du champ de bataille.
  • Réalité politique et militaire de l’ennemi
  • 6. De la Résistance Palestinienne à la Révolution arabe
  • L’impasse nationaliste
  • La naissance de la Révolution arabe
  • La rupture objective dans le courant nationaliste
  • La rupture subjective avec le nationalisme
  • 7. Conclusion Ou va la Résistance Palestinienne ? Après la crise de Jordanie, un nouveau seuil à franchir Annexe : La situation en Palestine .

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proche/ orient:

de la résistance palestinienne

à la révolution socialiste

documents de formation communiste n° 15

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Cahier Rouge N° 15

Brochure écrite et diffusée par

la Jeune Garde Socialiste (Belgique)

la Ligue Communiste (France)

la Ligue Marxiste Révolutionnaire (Suisse)

Proche-Orient :

de la Résistance Palestinienne

à la révolution socialiste

FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé - 5° PARIS

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DANS LES LIVRES ROUGE

Renaissance du bolchevisme en U.R.S.S. Mémoires d'un bolchevik-léniniste

Lozovsky, L'Internationale syndicale rouge

DANS LES CAHIERS ROUGE DOCUMENTS DE FORMATION COMMUNISTE

. Eléments de théorie économique marxiste . La médecine confisquée

. De la bureaucratie

B & RD nm

. K. MopZELEWSkY, J. KURON : . Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais

5. L'intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ?

Construire le parti révolutionnaire

Construire l'Internationale

6-7. I. Théorie et système d'organisation 89. II. De l’internationalisme à l'Internationale 10-11. IIT. Dialectique des secteurs d'intervention

12. Le deuxième souffle. Problèmes du mouvement étudiant 13. Pédagogie et Crise de la Bourgeoisie 14. Vietnam, Laos, Cambodge, un même combat

Spécial : «Le complot trotskyste» en Tchécoslovaquie

SÉRIE CLASSIQUES

. Léon TRoTsky, La révolution permanente en Russie

. Léon TRoTSKkY, Nature de l'Etat soviétique

. Crosse en l'air. Le mouvement ouvrier et l'armée 1900/1914 . Léon Trorsky, Classe ouvrière, parti et syndicat

. L'agonie du capitalisme et les tâches de la IV* Internationale (Programme de transition 1938).

6. L'ennemi est dans notre pays (l'anti-militarisme révolutionnaire après 1918)

Un & D

SÉRIE « MARX OU CRÈVE » 1. Marxisime et petite-bourgeoisie 2. Denise AvVENAS, Economie et politique dans la pensée de Trotsky

HORS COLLECTION

Pour lire « La Révolte de la Mer Noire», André Marty révolutionnaire

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Introduction

Un foyer révolutionnaire s'est allumé au Proche-Orient. La Guerre des Six Jours de juin 1967 à fait sauter le verrou qui retenait paralysées les forces combattives de la population arabe de Palestine. La confiance quasi-mystigue en la toute-puissance du verbe nassérien est tombée; elle a fait place à la percée du mouvement armé de la Résistance Palestinienne. Une dynamique révolutionnaire s’est développée, entraïnant des couches entières de la population de l'Orient arabe. Les masses palestiniennes ont fait leur entrée sur la scène politique mondiale en s’insérant dans la lutte révolutionnaire internationale. Elles ont pris en main les armes du combat pour leurs droits historiques, pour l'obtention d'un statut de peuple libre interdit et combattu par la trilogie contre-révolutionnaire dans l'Orient arabe, le sionisme, la réaction arabe et l'impérialisme.

Les luttes qui se mènent en Palestine prennent place dans les rangs des combats révolutionnaires anti-impérialistes qui ont pris leur essor à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, aux côtés de la Révolution vietnamienne qui s'étend dans tout le Sud- Est asiatique, aux côtés des combattants angolais et de Guinée, des révolutionnaires d'Amérique latine. Elles trouvent un allié nouveau auprès des organisations révolutionnaires qui se constituent dans le camp impérialiste occidental.

Aux portes de l’Europe impérialiste qui opprima l'ensemble du monde arabe, l’un des peuples les plus déshérités de la terre, éclaté et «oublié», a devant lui la lourde tâche de réaliser ce qu'aucun régime capitaliste ou stalinien d'Europe n'a pu ou voulu faire, apporter et appliquer une solution révolutionnaire à la tragédie des juifs dans le monde, que le sionisme a fourvoyé dans la trappe israëlienne, au travers de son entreprise unique dans le genre, la colonisation de la Palestine.

Petit peuple limité en nombre, sans traditions, les Palestiniens affrontent l’un des produits le plus achevé de l'impérialisme moderne, dans la réalité sioniste. De ce fait, le combat des avant: gardes combattantes palestiniennes possède un caractère particulier provenant de la nature même de la question juive, question internationale par excellence, qui requiert une solution internationale et internationaliste, dont les Palestiniens en lutte sont les principaux porteurs.

Parmi tous les conflits révolutionnaires passés, présents et futurs, le conflit israëlo-arabe, au-delà du conflit israëlo-palestinien, présente des traits propres à lui seul. Les Palestiniens lut-,

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tent contre un colonialisme qui n'exploite pas la force de travail du peuple dominé qu’ils représentent, comme l'ont fait les impérialismes britanniques et français du temps de leur expansion et sous des formes directes, mais contre un colonisateur qui les a rejetés de l’histoire en leur ôtant leurs bases matérielles d’existence nationale. Ces colonisateurs ne sont pas un autre peuple du Proche-Orient, ni l'émanation concertée longtemps à l'avance dans l’histoire des cent dernières années d’un capitalisme national quelconque, mais l'assemblage en une réalité étatique et sociale nouvelle, qui possède son langage, ses traditions, son propre marché économique, partie intégrante du système impérialiste mondial, des communautés juives d'Europe orientale et centrale, auxquelles se sont ajoutées en totalité ou partielle. ment celles de pays arabes, de pays sous domination bureaucratique stalinienne ou post-stalinienne, et des bribes des pays impérialistes d'Occident.

Des décennies durant, ce processus de colonisation a pu se développer, sans que les masses arabes de Palestine aient pu agir cfficacement contre l’étouffement progressif qu’elles subissaient en contre-partie, dans Je silence le plus total, trahies par leurs dirigeants traditionnels, féodaux et chefs religieux installés dans un enrichissement contemplatif.

Quand le monde entier prit connaissance de l'holocauste nazi, les dirigeants capitalistes et leurs collègues staliniens, s’efforcèrent avec succès de ne pas payer le prix de leur responsabilité directe dans ce crime. Se retranchant derrière les conceptions sionistes et ses réalisateurs, ils firent payer la note aux Palestiniens, et couvrirent l’entreprise sioniste de colonisation de la Palestine quand elle se transforma en un Etat exclusivement juif au détriment de la population arabe ancestrale qui y vivait.

Le monde capitaliste européen et nord-américain, de concert avec la bureaucratie stalinienne refusèrent de considérer la question palestinienne dans ses conséquences immédiates et à long terme. Aujourd'hui, ils se retrouvent avec un développement révolutionnaire dans cette région du monde où les arabes de Palestine devaient faire place à l'oubli. Juste retour des choses !

Dans chacun de ces deux mondes contradictoires transpirait l'idéologie nationaliste de la période coloniale dans les pays im- Re et celle, chauvine petite-bourgeoise que diffusaient les

ureaucraties Staliniennes. Le sionisme, apparu à l'époque du colonialisme euphorique s'est justifié à l’anti-sémitisme permanent de ces sociétés. Il était finalement Jogique que les couches dirigeantes de ces deux mondes reconnaissent dans le sionisme le seul courant idéologique doté d'une réelle cohésion politique et organisationnelle, capable d'agir comme porte-parole des juifs juste après le génocide nazi.

Ceci se combina parfaitement avec le choc émotionnel très puissant qui fut provoqué par la découverte des crimes nazis. La puissance de cette vague émotionnelle couvrit de son aveuglement la nature de la colonisation entreprise par les organisations sionistes en Palestine. Elle fit plus que tout le travail lent et patient de dizaines d'années comme l'avaient développé les colons juifs, elle libéra la conscience empoisonnée des bourgeois et leurs alliés en Europe et poussa en avant le sionisme. Ainsi, atteignant le stade de représentant universel des juifs, tant d’années recherché, les dirigeants sionistes eurent la voie libre devant eux.

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Parallèlement, l'alliance des chefs religieux arabes, fer de lance de la réaction, avec les nazis, dont l'un d'eux alla même en personne chercher l'appui du führer allemand, déconsidéra puissamment la cause palestinienne déformée par des directions condamnables et doublement criminelles, à l'égard des arabes qu'elles exploitaient outrancièrement et des juifs qu’elles vouaient au génocide. Il fut ainsi facile, devant l'opinion publique mondiale et surtout celle des pays industriellement développés, à l'est comme à l’ouest, de mettre en avant la position de ces chefs, au sortir de la guerre, masquant de la sorte le sort véritable qui était fait aux arabes de Palestine, rejetant leurs droits. les rayant économiquement et socialement de la carte de Palestine, L'impérialisme avait ainsi investi la question juive dans le sens de ses intérêts, conditionnant le développement et le maintien de Ja nouvelle société israëlienne par l'intégration de ce dernier dans le système impérialiste mondial. Cette opération allait se révéler vingt années plus tard comme l'utilisation d'une solution bourgeoise à la question juive, contradictoire aux intérêts mêmes des masses juives de Palestine, entraînées dans des combats contre-révolutionnaires issus directement de la nature de la colonisation sioniste et des conséquences socio-politiques qu'elle a engendrées.

Sans droit à la parole, ni pouvoir de la prendre, les masses arabes de Palestine firent naturellement les frais de la politique des chefs religieux et féodaux que l’histoire leur avait légués ; elles furent soumises à la loi commune du sionisme et de l’impérialisme. Le racisme anti-arabe, partiellement produit par les revers que les puissances coloniales connurent dans le monde arabe après la Deuxième Guerre mondiale étayait un peu plus le courant de soutien au sionisme, et se glissait tout naturellement dans cette vague émotionnelle qu’entraîna le sionisme ascendant.

L'exploitation parfaite des conditions de l'après-guerre pour la réalisation d'Israël, comme elle fut faite par l'impérialisme, ne relève pas forcément d'une étude minutieuse de ces puissances, mais se trouve davantage être le produit de convergences de situations politiques et historiques, de conditions économiques et sociales, créées par le système impérialiste mondial depuis sa période expansionniste et florissante de la fin du x1x siècle à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Une certaine propagande irrationnelle tend trop souvent à voir dans la création d'Israël une manœuvre longtemps müûrie depuis la nuit des temps, et réalisée par des forces occultes, ainsi l’utilisation de cette escroauerie politico-littéraire qu'est Le Protocole des Sages de Sion. Cette tendance reflète les bas-fonds politiques de certaines tendances ou courants politiques retardataires et occultistes que tout pays sous-développé produit inévitablement et qui rentre parfois en résonance avec des courants fascistes ou fascisants des pays capitalistes développés.

S'il est vrai et démontré que les dirigeants sionistes ont toujours considéré la réalisation de leurs projets en Palestine, comme étant indissociablement liée au soutien effectif de la puissance du moment qui contrôlait ou possédait la terre de Palestine et non l'Etat palestinien qui n'existait pas, il n’en reste pas moins que la prise en charge complète de l'Etat d'Israël date de la fin des années 1940, et que sans cette prise en charge politi-

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que, économique et militaire, l'Etat d'Israël n'existerait pas, ce que ne signifie nullement que ce soit un simple pion de l’impérialisme, comme nous le verrons plus loin.

Successivement le Sultan turc et son allié allemand, le Kaiser Wilhelm II puis les Anglais (qui octroyèrent la Déclaration Balfour en 1917) et enfin les U.S.A. furent courtisés par les dirigeants sionistes. Les U.S.A. prennant possession de leur statut de leadership de l'impérialisme mondial aux lendemains de la Deuxième Guerre mondiale, permirent de concert avec l’Union Soviétique de Staline la création « légale » de J'Etat d'Israël au travers d’une opération qui se réduisit à un vote majoritaire à l'O.N.U. alors que la plupart des pays concernés du monde arabe n'y figuraient pas, sans compter ce que vaut la représentativité d'un vote à l'ONU.

S'étant liés une fois pour toutes à l'impérialisme dans le but de réaliser la perspective historique qu'ils s'étaient fixée, les dirigeants sionistes donnèrent au mouvement sioniste une dimension nouvelle quand il prit le visage d’un appareil d'Etat avec tout ce que cela comporte. La perspective internationale du sionisme était retournée. Dès lors, c’est à partir de l'Etat israëlien que se charpente la réalité du sionisme, que se modèlent les nouveaux cadres idéologiques, la justification de la politique de l'Etat et sa défense inconditionnelle, les organisations sionistes elles-mêmes se transformant en officine de propagande pour Israël, ce qui n'est pas sans rappeler ce qui est advenu à l’Internationale Communiste dans la période stalinienne. La logique désintégrationniste de cette évolution des organisations sionistes en dehors de l'Etat israélien s’est vérifiée déjà dans l’I.C.!

Alors que se désintégrait l'édifice colonisateur des impérialistes français et anglais dans le monde arabe conséquemment à la Deuxième Guerre mondiale, qu'il faisait place aux premiers mouvements de lutte des masses arabes pour leur émancipation nationale et sociale, l'impérialisme américain se trouvait immédiatement en situation d’inauguration de son rôle d'agent international de la contre-révolution entraînant avec lui l'Etat d'Israël! qui proclama son appartenance au camp de la contre-révolution par son soutien public à l’intervention américaine en Corée au début des années 1950, et le prouva peu d'années après par la Guerre éclair du Sinaï de 1956 pour tenter sans succès d'éliminer Nasser, encore vert et plein d'illusions. Israël endossait définitivement l'uniforme de la contre-révolution au Proche-Orient et allait par sa politique de répression et de provocation systématisées conduire aux développements révolutionnaires les plus importants que le monde arabe ait connu depuis la disparition des formes directes de colonisation, transformant profondément la réalité politique du Proche-Orient, préfigurant les explosions révolutionnaires dans l’ensemble de l'Orient arabe.

Sous la direction et la protection des U.S.A., le néocolonialisme restructurait les anciennes colonies arabes selon des formes nouvelles, pour l'exploitation du pétrole principalement, et plaçait Israël dans le flanc de tous ces nouveaux Etats arabes indépendants; maillon particulier de la chaîne internationale d'Etats capitalistes liés aux U.S.A., Israël, adulte et indépendant, affirma sa réalité nationale façonnée par le sionisme et s’intégra d'autant plus dans le camp impérialiste que sa politique et ses intérêts locaux et spécifiques convergent avec ceux de l'impé-

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rialisme, sans pour autant que cette politique et ces intérêts soient directement déterminés par l'impérialisme U.S.

Un état de guerre larvée et permanent s'instaura au Proche- Orient dès la fin de la Guerre « d’Indépendance » d'Israël, en. tretenant une ébullition limitée qui permit de préparer dans les nouvelles générations des réfugiés palestiniens les conditions et les hommes de la Résistance Palestinienne actuelle.

Dans ce concert de nations nouvellement maîtresses du monde, le mouvement révolutionnaire, coincé entre le sabotage soviétique et la contre-révolution impérialiste, par faute de moyens à cause de sa limitation, ne put faire entendre sa voix, À contrecourant, depuis des années, une fois de plus c’est contre le courant général qui était de surcroît nourri par toutes sortes de démocrates authentiques et de tous poils, que les militants révolutionnaires, donc ceux de la Quatrième Internationale, devaient lutter sur cette question précise de l’entreprise sioniste en Palestine et ses conséquences internationales ultérieures.

Il est intéressant pour les nouvelles générations de militants révolutionnaires de savoir la position politique que diffusèrent les trotskystes d'alors, quand l’ensemble du camp stalinien non De Este et bientôt brisé, appuyait sans pudeur la création

sraël.

Dans un éditorial de la revue Quatrième Internationale de novembre 1947, la position des militants de la Quatrième Internationale s'établissait clairement, elle peut dater quelque vingttrois années après, le cours de l’histoire ayant transformé la réalité locale et internationale, on la considérera dans le contexte du moment.

Sous le titre, « Le partage de la Palestine », nous lisons :

« Le vote à l'O.N.U. n'a été qu'une formalité; après l'accord des Trois Grands le partage de la Palestine était virtuellement un fait accompli. Ainsi, l'impérialisme britannique se retire au Proche-Orient sur une seconde ligne de retranchement semblable à celle établie lors du partage des Indes. Dans les deux Etats, juif et arabe, la Grande-Bretagne conserve l'ensemble de ses positions économiques et financières. Autant la Légion arabe de l'hypothétique Etat arabe, que la Haganah, opèreront en accord étroit avec le War Office, comme c'est le cas pour l'armée et pour l'armée musulinane!, Et comme aux Indes, le partage s'est avéré le moyen le plus efficace pour détourner à la fois la lutte des masses arabes et le mécontentement de la population laborieuse juive d'une explosion antiimpérialiste vers une lutte fratricide.

Le repli de l'impérialisme britannique rendu nécessaire par la diminution des ressources impériales, qui oblige la bourgeoisie à diminuer ses « engagements internationaux » pour épargner à la fois sa main-d'œuvre, ses dollars et ses tanks, se présente sous un aspect encore plus favorable dans le cas spécifique de la Palestine. La constitution d'un Etat arabe indépendant de la Palestine est en effet invraisemblable. De ce fait, le roi Abdallah de Transjordanie, le pion n° 1 de la City dans le monde arabe,

1. C'est de l'armée pakistanaise dont il est fait mention par rapport à l'armée indienne.

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pourrait fort bien réussir à unir la Palestine Orientale à son royaume actuel et réaliser ainsi la première étape vers la constitution de l'Empire de la Grande Syrie, objectif final de sa dynastie et de la bourgeoisie britannique dans le Proche-Orient. Londres continuera à régner sans que cela coûte un sou au contribuable britannique. Les seuls à en souffrir seront bien entendu les masses de Palestine elles-mêmes.

Pour l'impérialisme américain, comme pour la bureaucratie soviétique, l'acceptation du partage signifie avant tout la liquidation du mandat britannique et le début d'une lutte pour l'héri. tage de cette position abandonnée. Le Kremlin voit d'un bon œil l'ouverture d'une période de troubles dans le Proche-Orient, au travers de laquelle il s'efforcera d’affaiblir davantage les positions britanniques et de préparer sa propre pénétration, fât-ce sous le couvert d'une « commission mixte de l'O.N.U.» ou d'un « trusteeship des Trois Grands» sur Jérusalem. L'impérialisme américain Se trouve placé en Palestine, comme auparavant en Grèce, devant le problème de chercher une « relève» pour occuper les positions sur le front impérialiste, positions que l'allié britannique se voit obligé d'abandonner. Après l'évacuation des troupes britanniques, la Haganah sera la force militaire dispo- Sant d'un équipement moderne, force étrangère au monde arabe et qui servirait, le cas échéant à combattre une insurrection indigène ou une poussée russe menaçant les sources pétrolifères. Il ne faudrait pas s'étonner, dès lors, si l'impérialisme américain s'efforçait, soit par voie de financement, soit par la construction d'une « Légion juive», de devenir l'influence prédominante auprès de la direction de la Haganah et d'en faire un instrument de sa propre politique impérialiste dans le Proche-Orient.

D'autre part, il reste évident que le minuscule Etat juif, com. me auparavant le mouvement sioniste, n’est considéré par les grandes puissances que comme un afout dans leur jeu de puis- Sance dans le monde arabe. Cet Etat, loin de recevoir une « prolection» ouverte et permanente d'une quelconque de ces puissances, ne cessera jamais de se trouver dans une situation précaire et douteuse, et pour sa population s'ouvre dorénavant une période de privations, de terreur et de terribles tensions, qui ne fera que s'accentuer à mesure que s'amplifieront les forces d'émancipation du monde arabe.

Le partage de la Palestine et le renversement éclair des positions sionistes — y compris de celles de la plupart des extrémistes — face à l'impérialisme britannique, ont porté un coup mortel à toutes les théories impressionnistes qui s'évanouirent à la lueur des bombes de l'Irgoun. La solidarité fondamentale du mouvement sioniste, de la Haganah, et même de l'Irgoun, avec l'impérialisme contre les masses arabes, s'est manifestée de la façon la plus éclatante. Tout le crime du sionisme apparaît clairement en ceci que, grâce à sa fonction réactionnaire, les pre-

2. Il s'agit de la Cirjordanie actuelle dont il était question de faire un Etat indépendant.

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miers mouvements des masses arabes en faveur d'une Palestine unie et indépendante se retournent contre la population juive ei non contre l'impérialisme. Les dirigeants féodaux les plus réactionnaires du Comité arabe pour la Palestine auront ainsi l'occasion de redorer leur blason en versant le sang des malheureux juifs, victimes de l'aveuglement sioniste. : .

Les dirigeants sionistes de par le monde virent l'établissement de l'État-miniature comme une grande victoire. Quelle misérable aberration! La trappe que la Palestine a constitué pour les juifs, d'après les paroles de Trotsky, vient tout simplement de se refermer aujourd'hui. Sans un renversement radical de la situation mondiale et de la tendance sioniste du mouveemnt ouvrier juif en Palestine, l'extermination complète des juifs sera le prix payé par les juifs pour la triste victoire remportée à Lake Success. Et, ironie amère de l'histoire, l'établissement d'un Etat indépendant juif qui d'après les profonds théoriciens sionistes, devait miner définitivement l'antisémitisme dans le monde, a été le début d'une farouche explosion pogromiste à Aden et d'une nouvelle montée antisémite dans le monde entier.

La position de la IV° Internationale face au problème palestinien reste claire et nette comme auparavant. Elle sera à l'avantgarde de la lutte contre le partage, pour une Palestine unie et indépendante dans lesquelles les masses détermineront souverainement leur sort par l'élection d'une Assemblée Constituante. Contre les effendis et les agents impérialistes, contre les manœuvres de la bourgeoisie égyptienne et syrienne qui s'efforce de détourner la lutte émancipatrice des masses en une lutte contre les juifs, elle lancera des appels à la révolution agraire, à la lutte anti-capitaliste et anti-impérialiste, moteurs essentiels de la révolution arabe. Mais elle ne pourra mener cette lutte avec des chances de succès qu'à condition de prendre position, sans équivoque, contre le partage du pays et contre l'établissement de l'Etat juif.

Plus que jamais, il est en même temps nécessaire d'appeler les prolétariats américains, anglais, canadien, australien, les prolétariats de tous les pays à lutter pour l'ouverture des portes de leur pays, sans discrimination aucune, aux réfugiés, aux personnes déportées (D.P.), à tous les juifs qui veulent émigrer. C’est seulement à la condition de mener cette lutte effectivement et avec succès qu'on pourra expliquer aux juifs les raisons pour lesquelles ils ne doivent pas se rendre en territoire palestinien. La terrible expérience qui attend les masses juives dans « l'Etat miniature», créera en même temps les prémices pour une rupture de couches plus larges avec le sionisme criminel. Si cette rupture ne se fait pas à temps, « l'Etat juif» sombrera dans le sang. »

Ainsi s'exprimait la position des marxistes révolutionnaires de l'époque, sur une question qui est devenue aujourd’hui l’une des clefs de la situation mondiale, et dont la portée dépasse largement le cadre régional, se situe aux portes mêmes de l’Europe, éveillant un écho profond dans des sociétés marquées par la tra-

3, Pendant la guerre de 1948 qui vit s'affronter les armées arabes et sioniste après la décision de l'O.N.U. de diviser la Palestine.

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gédie permanente des juifs, par les persécutions qu’ils ont subies des siècles durant. De fait transformés d'opprimés en oppresseurs, les Juifs de Palestine s'enfoncent dans une impasse dont seule la Résistance Palestinienne peut les sortir, en tant que mouvement révolutionnaire. Le déséquilibre n'est pas mince entre un peuple appauvri on ne peut plus, dont le niveau culturel est maintenu très bas et celui d'un Etat dont la population connaît aujourd’hui et par tradition un degré de développement culturel parmi les plus hauts du monde si ce n’est le plus élevé. Ironie de l’histoire, la voie de l'avenir est aujourd'hui dictée par le plus démuni des deux, porteur d’une vérité révolutionnaire encore imprécise qui dépasse le grand nombre de ses combattants.

C'est dans ce cadre général que se tissent les liens ténus, legs des lointaines périodes de l’histoire, entre les militants révolutionnaires arabes, européens et israéliens. Un héritage historique commun les unit tout autant que la solidarité dans la lutte actuelle contre l'impérialisme, le sionisme et les bourgeoisies européennes.

La tâche de la Résistance Palestinienne est d’une complexité évidente, elle agit dans un tissu de contradictions régionales et internationales qui lui confèrent une importance exceptionnelle : sa jeunesse, le contexte idéologique, social, géographique dans lequel elle se meut représentent des difficultés sérieuses dont il n'est pas donné qu’elle arrivera à les surmonter, Chaque jour, les dangers de sa propre liquidation se profilent un peu plus. Passer en vingt années du Moyen Age aux prémisses de la Révolution socialiste est un effort d’une violence extrême sur un peuple comme les Palestiniens, modifiant ses structures de pensée, Son comportement social et politique, modifiant de fond en comble le rapport qu'il entretient avec sa propre histoire et celle de l'humanité. La rupture qu'il introduit dans l’histoire de la nation arabe est déjà génératrice de conflits révolutionnaires, réalité quotidienne de l'époque actuelle, qui s'étendent à des parties du monde arabe, en premier lieu la plus proche des théâtres d'opérations (Jordanie-Liban). La Résistance Palesti. nienne apparaît comme un axe révolutionnaire avec de multiples fonctions en train de secouer très durement tout l'Orient arabe et d'une manière moindre le Maghreb.

Entre cette fonction historique objective et sa propre réalité, il s’agit de déterminer les capacités de la Résistance à assumer la totalité de ces tâches considérables, de caractériser le contexte au sein duquel elle agit, enfin, la trajectoire qu’elle suit et doit suivre, pour une issue victorieuse.

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L'insertion historique de la Résistance Palestinienne dans l’Orient arabe.

Ses rapports avec les traditions nationales

Les courants nationalistes et les P.C.

Il n’est pas de tradition militaire révolutionnaire, anti-impérialiste de l'Orient arabe dont la Résistance palestinienne puisse se réclamer et qu’elle reproduise dans sa lutte actuelle. Le cadre historique moderne de l'Orient arabe est constitué par les courants nationalistes modernes.

L'indépendance des Etats arabes du Proche-Orient n'a pas été acquise par un soulèvement populaire, à la suite d’une insurrection armée prolongée. Bien au contraire, tous les régimes actuels qui tiennent en main les peuples arabes du Proche-Orient — ceux qui entrent dans la catégorie des régimes dits progressistes : Syrie, Irak, Egypte, Soudan, Lybie — sont le produit de coups d'Etat militaires, et maintiennent la légalité capitaliste antérieure dans des cadres sociaux et juridiques nouveaux ; mais ces coups d'Etat se sont faits en définitive contre les masses, non impliquées et non entraînées dans la lutte. Une équipe plus insérée dans le monde moderne, plus unie idéologiquement, jeune et motivée, remplace un ancien appareil d'Etat usé, vieilli et déconsidéré, corrompu et trop ouvertement lié à l'impérialisme. La force de ces nouvelles équipes auprès des masses populaires provient en grande partie de l'identification des espérances des masses avec les proclamations illusoires des régimes surgis des coups d'Etat.

Pour l'ensemble des cas où des régimes dits progressistes sont en place, une mystification tient lieu de révolution. Le verbe et la démagogie imagée de sang montrent à quel point une certaine tradition émotionnelle de l'islam — religion — nation se substitue à l’organisation politique autonome, militaire des masses arabes révolutionnaires.

Depuis que le premier coup d'Etat contre un régime royal arriéré, façade de l'impérialisme, a été réussi en 1952 par Nasser et les Officiers libres égyptiens, les seize années qui ont suivi ont vu s'étendre et l'autorité et les coups d'Etat militaires du Mouvement Nationaliste Arabe. Une idéologie étroitement natio-

il

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naliste s'imposa au cours des ans sur l’ensemble des groupements conscients et motivés pour opérer des changements dans le monde arabe. Les courants nationalistes actifs et organisés ont suivi le mouvement nassérien dans la brèche qu'il avait ouverte et l'ont élargie politiquement. Plusieurs courants nationalistes sont apparus dans divers pays, en opposition marquée.

Au sommet de cette histoire récente se situe maintenant la Résistance Palestinienne, phénomène politique nouveau, non pas uniquement à cause de son caractère résolu et combattif mais plutôt par la rupture qu'elle a produit dans cette histoire des courants nationalistes. Elle agit en contradiction avec les régimes arabes, couronnement des mouvements nationalistes, mais est en même temps l'aboutissement de l'idéologie nationaliste.

Le sol historique et politique de l'Orient arabe, sur lequel la Résistance à grandi ces toutes dernières années n'est pas riche d'expériences révolutionnaires armées, dans le sens des mouvements armés de lutte contre l'impérialisme qui ont engagé le combat un peu partout. Même la révolution algérienne, qui n’est pas partie intégrante de l'Orient arabe, ne constitue pas le référent politique et militaire fondamental de la Résistance. La Révolution algérienne a vite refermé la brèche qu’elle avait ouverte dans le nationalisme arabe (par la non application des premières mesures révolutionnaires de la période benbelliste) en réintégrant dans sa phase de dégénérescence accélérée avec Boumedienne le concert des régimes nationalistes en place et non le camp des mouvements nationalistes en lutte.

Il ressort de cette situation que le cadre politique antérieur qui a dégagé certaines attitudes anti-impérialistes, très limitées, est essentiellement incarné par les régimes nassérien et baasistes en place en Egypte, en Syrie et en Irak. Pour les générations actuelles qui fournissent la masse énorme des combattants, la tradition se rattache à la personne de Nasser de manière générale et s'identifie encore que récemment et partiellement, à Yasser Arafat. Il suffit de considérer la conscience politique de la jeunesse arabe au Proche-Orient pour s’en rendre compte très nettement. Un discours radio-diffusé de Nasser suscite toujours

l’attention générale, allant jusqu'au recueillement politicoreligieux.

Les masses arabes restent, et pour une longue période, soumises à une direction politique dont les formes de commandement tirent leur modèle et leur force des normes morales de la religion. Le principe du commandement cynique et démagogique, qui ne doit rien sur ce plan aux autorités gouvernementales israéliennes, restera longtemps encore le principe fondamental de direction des régimes baasistes syrien et irakien, et du régime nassérien. Cette pratique ira s'épuisant quand elle rentrera en concurrence plus affirmée avec la Résistance et ses méthodes d'éducation et de mobilisation des masses, dont la dynamique révolutionnaire éclate au grand jour, comparée à celle des gouvernements arabes progressistes. Mais pour ce faire la Résistance Palestinienne doit pouvoir suivre une trajectoire politique et militaire ascendante, se renforcer et s'unir sur tous les plans, à partir d'une ligne révolutionnaire constamment affirmée et affinée, et surmonter une à une les difficultés qui se dressent sur son chemin, et non des moindres comme nous le verrons.

Le contexte politique traditionnel immédiat tel qu'il se pré-

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sente ne constitue pas à lui seul la totalité des soubassements sur lesquels repose la Résistance Palestinienne. Il enferme les ressources matérielles et humaines de la Résistance et dans ce sens il est largement déterminant. Mais la référence idéologique dans les couches dirigeantes de la Résistance, plus restreinte, à l'exemple vietnamien, traduit la recherche de situer historiquement la Résistance et la volonté de l’accrocher aux traditions révolutionnaires les plus puissantes et les plus prestigieuses de la Révolution coloniale. Derrière cette démarche s'exprime la référence permanente, quelque peu fascinante à juste titre, au modèle socio-économique de la révolution vietnamienne. Cette dernière tentative justifiée d'investir l'expérience brillante de la Révolution vietnamienne dans le domaïne palestinien donne un cadre objectif de comparaison efficace pour délimiter la nature actuelle de la Résistance et caractériser son stade de développement dans les conditions qui déterminent son action.

En ce qui concerne plus généralement les traditions, il doit être clair qu’elles ne peuvent se concevoir du point de vue révolutionnaire international que comme la somme d'un ensemble d'expériences de luttes armées révolutionnaires dispersées et disparates. À leur tête se situe le Vietnam qui n'éclipse pas pour autant les leçons de tous ordres du reste du combat armé antiimpérialiste dans le monde, depuis Cuba et la floraison de luttes éparses en Amérique latine au cours de la décennie passée, jusqu'aux divers coins Q’Asie. Le Vietnam étant présent dans toutes les consciences révolutionnaires dans le monde, il est normal qu'il en constitue le dénominateur commun de compréhension de la nature militaire, politique, sociale et économique de toute lutte révolutionnaire anti-impérialiste dans le monde, Qu'en est-il en conséquence de la Résistance palestinienne à la lumière de son modèle de référence fondamental ?

Avant de dresser selon chaque thème abordé dans l'étude de la Résistance un tableau comparé de la révolution vietnamienne et de la Résistance palestinienne, nous justifierons plus concrètement ce choix du schéma vietnamien plutôt que celui du schéma cubain, guinéen et angolais actuels, par le fait unique que la Révolution vietnamienne couvre une période d’une longueur inégalée dans le déroulement d’un mouvement de libération nationale anti-impérialiste. Elle constitue la colonne vertébrale de la lutte révolutionnaire anti-impérialiste et affronte la plus puissante armée impérialiste de l’histoire. De son côté, la Résistance palestinienne représente en importance internationale et intrinsèquement par la masse humaine considérable qu'elle a rassemblé peu après son entrée sur l’avant-scène politique mondiale, un phénomène politique qui se situe immédiatement après la révolution vietnamienne et son extension dans le Sud-Est asiatique, dès l’étape actuelle de son existence à cause des implications mondiales que créent ses développements intensifs en pleine croissance.

Maillon de la révolution coloniale, la Résistance Palestinienne s'insère dans l’histoire générale de la Révolution mondiale, Elle n'échappe pas aux déterminismes politiques.

En dressant les premières colonnes du tableau comparé du Vietnam révolutionnaire et de la Palestine en lutte, des traits comparatifs sont déjà très éloquents quant à la place de la Résistance Palestinienne par rapport au contexte historique passé et présent.

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Au Vietnam, la lutte anti-impérialiste, la guerre civile et révolutionnaire remontent à plus de trente années. Un parti révolutionnaire, le Parti Communiste vietnamien (ou encore appelé indochinoïis) a fourni sans désemparer tout au long de cette période l’armature de la lutte, tant dans les domaines militaire et politique que social et économique. Au cours de trente années de combats, les dirigeants de tous les échelons, les cadres sont apparus et se sont multipliés. Ils ont élaboré une science authentique de la lutte armée révolutionnaire, II n’y a rien de semblable qui ait préexisté et lancé la lutte en Palestine. Ce n’est pas pour autant une preuve que ce n'était pas nécessaire ; l'aboutissement de l'expérience algérienne le confirme négativement.

Si le Vietnam constitue une réalité spécifique et délimitée, nationale (culturellement et économiquement) la Palestine est partie d'une entité arabe très étendue et assez diversifiée, au point que l'impérialisme a utilisé les uns contre les autres ces régionalismes marqués afin de diviser l'entité arabe et dont la situation actuelle est le résultat. Les courants nationalistes petitbourgeois ont accepté cette situation de fait et se sont installés dedans, la codifiant,

Ainsi, le Parti Communiste vietnamien, sous les différentes appellations qu'il a eues dans son histoire (P.C. indochinois, Parti des Travailleurs) agit depuis sa création dans une entité nationale dont il est l'expression politique dominante, et que le F.NL. incarne au sud du Vietnam aujourd'hui. Il s’est comporté comme une direction révolutionnaire centrale, étant facilité en cela par ses racines qui puisent très anciennement dans les premiers groupements nationalistes anti-impérialistes, et par l'étendue géographique limitée du pays, qui a réduit d'une manière appréciable le facteur temps dans le développement du Parti Communiste.

La Résistance Palestinienne ne profite nullement de données similaires. Aucune des organisations palestiniennes ne possède une expérience et une assise de l'ampleur et de la valeur du Vietminh jadis ou du F.NL. du Vietnam du sud d'aujourd'hui.

Le seul fait qu'il existe plusieurs tendances séparées organisationnellement et donc politiquement dans le camp de la Résistance illustre à quel point elle se situe dans une phase initiale de jeunesse. Ce n’est pas sans conséquences économiques et militaires défavorables pour la Résistance tout entière.

Les raisons de cette division sont importantes. Elles portent sur les méthodes de lutte, sur la nature des liens qu'il faut maintenir avec les régimes arabes environnants, assiégeant plus la Résistance que l'Etat sioniste comme nous le verrons. Elles relèvent de conceptions s’attachant à la nature des relations socio-économiques et politiques qu'il faut développer avec les masses arabes prises dans leur généralité et pas seulement avec les masses palestiniennes réfugiées et dispersées. Elles concernent la nature actuelle de l'Etat sioniste, de ses rapports avec la population israélienne, réalité nationale accomplie ou non. Elles découlent d'un point clé des divergences, sur la nature sociale, économique, structurelle de l'Etat palestinien futur, ce qui implique la définition exacte du statut de la minorité nationale judéo-hébraïque.

Si pour chacune des organisations palestiniennes l'objectif militaire est commun (ce qui les rassemble dans des organisations communes) : la destruction de l'appareil militaire de l'Etat sioniste, elle ne suffit pas à souder l'unité interne de la Résistance.

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Cette question de l'unité relève finalement du programme révolutionnaire ou de son absence pour l’ensemble de la Résistance qui décidera en définitive l'avenir de la lutte palestinienne et sa qualité politique. Enfin, cette désunion porte aussi sur le problème de la concurrence des équipes ou des personnalités dirigeantes, phénomène typique des mouvements révolutionnaires dans les pays arriérés, où le caudillisme! profite de la non-culturation politique des masses, incapables de comprendre la généralité de la lutte et donc de contrôler leurs propres dirigeants.

C'est la solution à cette question de l'unité sur des bases révolutionnaires qui a forgé avant tout la puissance de la révolution vietnamienne. Le problème de la direction révolutionnaire, de sa force et de son unité, de son enracinement aussi solide que possible dans la réalité nationale, économique et culturelle du pays, de sa continuité, autrement dit de sa stabilité, contribuent à assurer la confiance et l'efficacité des combattants dans leur lutte, a été remarquablement résolu au Vietnam. Il ne l’a été à ce jour réalisé nulle part ailleurs dans une telle dimension, en Palestine notamment.

S'il doit l'être un jour au Proche-Orient, ce qu'il faut espérer et aider, il nous faut voir quels sont aujourd’hui les indices consistants qui manifestent une tendance délibérée de réinvestir dans la lutte palestinienne le mogèle vietnamien.

Aucune des organisations ne cumule simultanément la réalisation concrète de la conception marxiste du parti en tant que dirigeant de la lutte d'une part, et d'autre part l’organisation militaire soumise à la direction politique du parti. Chacune des organisations palestiniennes présente des traits isolés, politiques ou militaires, de cette conception politico-militaire intégrée de l'organisation révolutionnaire affrontant les forces militaires de l'impérialisme. L'explication de cette situation tient au passé politique et organisationnel des forces arabes qui ont été incapables par le passé de mettre en marche les masses arabes pour lutter contre l'impérialisme d'une manière efficace et en général, et plus particulièrement dans les dernières années, contre le sionisme. Aucune lutte n’a pu être menée pour une libération nationale et sociale dont la Résistance Palestinienne puisse véritable ment et profitablement tirer des leçons.

Ces forces se résument à deux courants historiques. Les Partis Communistes arabes, stalinisés très rapidement et très profondément en raison de leur aspect réduit qui sont restés jusqu'à ce jour des ersatz de Partis Communistes dégénérés. L'autre courant est celui des composantes multiples du Mouvement Nationaliste Arabe, supra-étatique, qui se sont affrontées entre elles, et dont l'inefficacité dans la lutte contre l’impérialisme et le sionisme est largement apparue au grand jour.

À l'exception d’un seul, et encore avec beaucoup de réserves, aucun Parti Communiste arabe au Proche-Orient n’a pu, ni même voulu, exercer à un quelconque moment de son histoire le rôle joué par les organisations de la Résistance Palestinienne. Aucun n'a pu fournir à l’image du P.C. vietnamien l'infrastructure gé-

1. Terme espagnol signifiant non seulement le rayonnement personnel du chef, mais aussi l'individualisme du dirigeant, sa recherche du prestige personnel, le tout culminant dans une mystique du pouvoir.

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nérale de la Résistance et de la lutte armée. Leur implantation le plus souvent limitée à des minorités chrétiennes et parfois juives regroupées dans les couches aisées des villes et des ports les a dès le départ freinés. Mais cette perte d'activité est encore au moins équitablement due à la politique internationale de collaboration de classe que l'Union Soviétique stalinienne a pratiquée depuis les années 30, qui les paralysa, sans compter le contrôle bureaucratique qu'elle exerce sur eux, dont l’aboutissement logique fut leur propre bureaucratisation et ossification. L’exception est constituée par le P.C. irakien qui fut à même de prendre le pouvoir à plusieurs reprises dans son histoire, dont la force était considérable. Il éclata récemment, donnant naissance à une aile gauche majoritaire et révolutionnaire qui a maintenu l'appellation de Parti Communiste à laquelle elle a adjoint « Direction Centrale », par opposition au « Comité Central » de l’ex-P.C. irakien, qui collabore avec le régime baasiste.

Cette coupure entre les partis communistes et la Résistance Palestinienne connaîtra des conséquences sans doute importantes. Faillis et déconsidérés, les P.C. ont donné une image repoussante du communisme qui s'est cristallisée dans la reconnaissance active de l’État sioniste au moment de sa fondation par l’Union Soviétique stalinienne à la recherche d'intérêts nationaux dans cette région.

Seuls des secteurs minoritaires et non affermis comme le F.D-P.L.P. ont pu réintroduire dans la Résistance des éléments partiels de la tradition révolutionnaire des dirigeants marxistes de l'octobre russe. Ce poids est très loin d'influencer d’une manière décisive le cours de la Résistance.

Située sur la courbe de l’évolution du Mouvement Nationaliste Arabe, la Résistance trouve dans son maïgre héritage local le soulèvement révolutionnaire des masses arabes de Syrie et de Palestine en 1936’, quand les masses prolétariennes se sont mises en grève des mois durant contre l'impérialisme, ses laquais exploïteurs, bourgeois et féodaux, et contre les premiers effets à l'échelle de masse de la colonisation sioniste. À plus de trente années de distance, les effets matériels de cette crise révolutionnaire se sont dissipés avec la disparition ou le vieillissement des générations qui furent actives à cette époque. Néanmoins, cela constitue un thème fondamental de l'éducation des nouvelles générations révolutionnaires.

L'héritage véritable que la Résistance Palestinienne doit saisir se situe hors du chemp d’action du Proche-Orient. C’est justement sa capacité à le saisir et à le transmettre qui décidera de l'avenir du mouvement palestinien. 11 se compose des leçons de l’histoire récente de la Révolution Coloniale, des mouvements anti-impérialistes dans les pays colonisés et semi-colonisés depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale; il intègre les grands moments de cette lutte mondiale, avec une mention particulière pour la révolution algérienne, proche à plus d’un titre de la Résistance Palestinienne même si elle ne peut en constituer le modèle fondamental, qui reste le Vietnam.

La Résistance Palestinienne se trouve dans une situation telle

2. Cf. Nathan Weixsrock, Le Sionisme contre Israël, p. 183, «Le mouvement ouvrier palestinien de 1919 à 1939 ».

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qu'elle doit créer les cadres idéologiques et matériels complets de sa lutte. Et en même temps elle se trouve dans l'obligation impérative de détruire les cadres idéologiques et organisationnels antérieurs dont elle sort et qui ont emprisonné les masses palestiniennes deux décennies durant. Ces cadres idéologiques d'origine régionale (nationalisme arabe) ou internationale (idéologie stalinienne) sont en fait condamnés et dépassés par la mise en mouvement des masses palestiniennes. Cette nécessité est impérieuse. C'est dans cette phase que se présente actuellement la Résistance, phase qu’elle doit dépasser avec succès pour s'étape comme un authentique mouvement révolutionnaire anti-impérialiste.

Les aspects concrets et sanglants de cette situation ont pris la forme d'affrontements sanglants et sans cesse répétés, opposant les régimes arabes les plus inféodés à l'impérialisme à la Résistance, affrontements qui iront s'élargissant.

De sa capacité à surmonter cette phase découlera la qualité de directions politiques différentes de celles en place actuellement. Mais la solution ou la non-solution à ces questions est pour la période présente entre les mains des directions en place; l'analyse ultérieure de la situation actuelle de la Résistance fournit une idée plus concrète de leur nature. Sans grande tradition révolutionnaire, il apparaît à quel point la question de la qualité et de la nature des directions est importante. L'analyse des conditions internes et externes du développement de la Résistance est éclairante en regard de cette question.

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L'environnement de la Résistance Palestinienne : les régimes arabes

La lecture de la carte politique du Proche-Orient fait apparaître une caractéristique spécifique de la Résistance Palestinienne : l'absence d’un territoire qui lui soit propre, c'est-à-dire d'un cadre géographique définissant les limites territoriales de la nation qu'elle défend contre l'agression impérialiste, Cela est la conséquence directe de la nature toute particulière de la colonisation sioniste en Palestine, une conquête autant et si ce n'est plus idéologique qu'économique d'un territoire, mais non du peuple qui y vivait puis en fut expulsé. Vidée de sa population initiale, la Palestine a pris une réalité nouvelle qui est l'Etat sioniste d'Israël. Nous verrons plus loin quelles sont les conséquences de cette situation sur le plan militaire : la stratégie militaire qui en découle nécessairement, avec les implications sociales et politiques inévitables des formes de lutte.

Du fait de cette situation, la Résistance Palestinienne est extérieure au territoire palestinien, fait sans précédent dans l’histoire entière de la révolution coloniale. Cela signifie d’une manière très concrète qu'elle doit, d'une manière ou d’une autre, avec accord ou par la lutte, clandestinement ou légalement, se regrouper dans un premier temps sur le territoire des Etats arabes frontaliers de l'Etat sioniste israélien, ce qu'elle a fait depuis plusieurs années (depuis 1965 environ), et dans un deuxième temps agir sur l'Etat sioniste, contre son armée et son infrastructure étatique, à partir des frontières de cet Etat et non depuis une installation interne à cet Etat, extérieure aux masses arabes réduites qui s'y sont maintenues.

La Résistance Palestinienne devient de ce fait un facteur interne, et doublement interne de la vie politique des Etats arabes,

D'abord parce qu'elle agit sur les affaires intérieures des Etats arabes, par la sensibilisation des Palestiniens et la politisation conséquente qu'elle exerce sur l'ensemble des masses arabes paupérisées de ces pays, Syrie, Liban, Jordanie, Arabie saoudite et Egypte. Elle est un élément quotidien de la vie politique, devenue la question première, principale parmi les problèmes auxquels se heurtent les gouvernements arabes à des degrés d'intensité variables. Pour le Liban et la Jordanie, couple réactionnaire par excellence, l'intensité se traduit actuellement

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par une situation de pré-guerre civile dont le non-déclenchement tient essentiellement à l’action concertée de la Résistance Palestinienne qui n’a surtout pas intérêt pour l'instant à s'enfermer dans une telle situation. En ce qui concerne les Etats arabes considérés comme «progressistes », la question d’un affrontement direct possible avec la Résistance Palestinienne a été mise de côté dès le début du développement de la Résistance dans leurs frontières. Les gouvernements syriens et irakiens ont créé leurs propres organisations de résistance, reliées de ce fait politiquement et matériellement (finances et armement) aux branches du Baas, les régimes en place dans les deux pays. Les organisations proprement palestiniennes de ce fait sont évincées quasi-totalement de la vie politique intérieure de ces pays, en tant que facteur interne de ces Etats, directement agissant.

Le double aspect de l’action interne aux Etats arabes menée par la Résistance provient de l'intégration objective de la Résistance Palestinienne à la nation arabe en tant que mouvement d'une partie de cette entité nationale entrainant ou au moins sensibilisant l’ensemble des populations arabes à cette lutte socialement et géographiquement localisée. C'est dire que la politique intérieure des gouvernements arabes comme leur politique extérieure est déterminée aujourd’hui par un phénomène nouveau depuis la Guerre des Six jours incarné par la Résistance Palestinienne, qui plus est, se situe sur leur gauche, et dont l'écho est international. L'Algérie de Boumedienne qui n’est pas impliquée directement, sur le plan économique et militaire, par l’État sioniste et ses forces armées comme par la présence des commandos palestiniens, a fait de la question palestinienne l'axe central de son « anti-impérialisme » dont elle tire sa coloration révolutionnaire démagogique. Cela pourrait se retourner contre le régime en place, parce que l'élan révolutionnaire insufflé à la jeunesse arabe par la Résistance Palestinienne est contradictoire à la nature du régime et prouve concrètement que le phénomène palestinien en tant que phénomène politique s’insère nécessairement dans la vie politique interne de chaque Etat arabe par sa dimension nationale arabe (extrapalestinienne) et sa portée internationale (extra-arabe) comme secteur particulier de la révolution coloniale.

Dans le tableau comparé de la révolution vietnamienne et de la Résistance Palestinienne, ce problème de l’environnement politique est une différence majeure. En soi, remarquer le phénomène est aisé et apporte peu. Mais l'intérêt de cette juxtaposition de situations étrangères conduit à une vision plus nette et plus précise de la stratégie révolutionnaire qui s'impose à la Résistance Palestinienne, à la lumière du modèle vietnamien. En même temps, cela permet de présenter dans leurs limites et leurs ambiguïtés les motivations « anti-impérialistes » des Etats arabes de la catégorie « progressiste ».

Il est certain que la victoire de la révolution chinoise à la fin de l’année 1949 a transformé radicalement les conditions de la lutte en faveur des combattants vietnamiens (du Vietminh à cette époque). Il en résulta une poussée irrésistible pour la révolution vietnamienne. Soudainement, la révolution vietnamienne n'avait plus dans son dos la Chine impérialiste et corrompue des seigneurs de la guerre, mais était adossée à la Chine révolutionnaire. Les arrières du Vietminh devenaient sûrs. Un armement moderne et abondant afflua dans les rangs des militaires armés.

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Avec l'aide de la Chine révolutionnaire, un soutien logistique considérable, vêtements, équipements de toute nature, put être apporté au Vietnam en lutte. Ce fut décisif et Dien Bien Phu le prouva.

Il y a plus encore dans la situation vietnamienne d'hier et d'aujourd'hui par rapport à celle des combattants palestiniens. De bon ou de mauvais gré, le camp dit socialiste est au moins économiquement mobilisé, et même faiblement mobilisé politiquement pour porter assistance à une partie de lui-même. Cette aide relève essentiellement du domaine politique et non du domaine national. En ce sens, même sous sa forme actuelle fractionnée, le camp « socialiste » est uni, au moins structurellement, derrière le Vietnam, par nécessité sociale et économique face à l'impérialisme.

Entre le Nord et le Sud-Vietnam, l'unité politique et militaire de la lutte est encore renforcée par l'unité nationale du pays.

Il n'est pas possible de considérer les Etats arabes frontaliers (et même l'ensemble des Etats arabes « progressistes ») de l'Etat sioniste comme exerçant une fonction semblable, analogue à celle de la Chine et du Nord-Vietnam dans le contexte asiatique, cette fois dans le contexte de l'Orient arabe pour la Résistance Palestinienne.

Aucun des pays comme le Liban, la Jordanie, la Syrie, l'Irak, l'Egypte n’est la Chine ou le Nord-Vietnam de la Résistance Palestinienne. Et pourtant la Résistance est obligée pour exister d'abord et agir ensuite de se regrouper sur leurs territoires.

La nature de classe des Etats arabes frontaliers de l'Etat sioniste n’a rien d'un Etat ouvrier (« socialiste ») même dégénéré. Elle doit être considérée comme capitaliste dégénérée avant même d'avoir pu et de pouvoir jamais atteindre le stade d’un capitalisme florissant, mûr, à l’occidentale.

Pour ce qui concerne le Liban, la Jordanie, l'Arabie saoudite, dont les ressources économiques et le profil étatique sont très différents, ils sont réunis dans la catégorie des Etats hyperréactionnaires, capitalistes sous-développés, fantoches, sans existence réelle possible hors de l'orbite politique, militaire et économique de l'impérialisme,

L'histoire récente, le débarquement des Américains en 1958 au Liban pour sauver le régime, la base sociale du régime jordanien majoritairement fournie par la Légion Bédouine, corps d'armée conçu, bâti et légué au roi de Jordanie par les Britanniques après 1948, les ressources économiques pétrolières du régime royal d'Arabie saoudite exploitées et garanties par les marchés et les puissances impérialistes, donnent une idée d'ensemble assez claire de la nature de ces régimes. Leur opposition systématique à la Résistance armée est une entreprise à plus ou moins court terme de liquidation de la Résistance. Les crises répétées, sanglantes, au Liban comme en Jordanie ne sont qu’un avant-goût des affrontements ultérieurs.

C'est une autre affaire en ce qui concerne les Etats arabes dits progressistes dans l'Orient arabe, la Syrie, l'Irak, l'Egypte et le Soudan, dans le Maghreb l'Algérie et la Lybie.

Transformés non par une révolution sociale mobilisant les masses mais par la venue au pouvoir par son coup d'Etat d’une petite bourgeoisie militariste et bureaucratique, veule et incapable, finalement contre-révolutionnaire, ces Etats sont à la

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croisée des chemins, proches de l'épuisement de leur démagogie politique et objectivement dénoncés et condamnés par l’existence et l'action de la Résistance Palestinienne. Ils ont en commun avec la catégorie précédente l’anti-communisme militant qui ne crée aucun problème aux dirigeants « soviétiques » et apparemment pas davantage aux dirigeants chinois de l’autre fraction du camp «socialiste». Chacun courtise Nasser, mais les blindés et les avions russes pèsent plus lourd que les articles de Pékin-Information !

Hassan Riad a produit une analyse lucide et utile de la réalité actuelle de l'Etat nassérien, qui vaut pour l'Irak et la Syrie dans les citations que nous en donnons.

«La colonisation ellemême a développé, en modernisant des colonies et des semi-colonies, l'importance des couches petites-bourgeoises, notamment bureaucratiques. Compte tenu de l'arriération culturelle des masses paysannes, de la faiblesse du prolétariat, ces couches petites-bourgeoïses sont parvenues dans certaines conditions à se placer à l'avant-garde de la lutte nationale. L'étude du cas égyptien montre comment dans ces conditions la révolution anti-impérialiste dirigée par le courant idéologique petit-bourgeois, plus puissant que le courant prolétarien, avorte : comment la petite bourgeoisie bureaucratique au pouvoir de en une nouvelle classe dirigeante : la bourgeoisie

Etat.»

L'analyse se poursuit en tirant les conclusions générales de l'analyse du processus égyptien de constitution d’une nouvelle classe bourgeoise, spécifique, dirigeante, des formes précises et particulières que cette domination a développées, des limites de ce type de régime, en clair : son incapacité de mobiliser les masses et donc la faillite au départ de son entreprise de rattrapage du retard historique socio-économique, et par force son incapacité de jeter les bases de l'édification du socialisme.

« Cette incapacité congénitale rejettera tôt ou tard la bourgeoisie d'Etat dans le camp de l'impérialisme dont elle continuera à dépendre économiquement, même si pendant quelque temps l'exploitation d'une situation internationale lui a permis de s’en affranchir partiellement grâce à l’aide des pays de l'Est. Incapable de résoudre le préalable de l'accumulation du capital, la bourgeoisie d'Etat ne peut à long terme que devenir l’appendice dans le Tiers-Monde de la bourgeoisie impérialiste et remplacer les anciennes classes dirigeantes locales qu’elle a détrônées, d'une manière plus ou moins radicale, dans leur rôle d'intermédiaire d'agent local de l'impérialisme.

» Le renversement du pouvoir des anciennes classes dirigeantes au profit de la nouvelle bourgeoisie d'Etat ne modifie donc pas les données essentielles du problème : celui du renversement du pouvoir de la bourgeoisie impérialiste dans l’ensemble du monde qui n’a pas fait de révolution sous direction idéologique du prolétariat. Mais il marque une nouvelle étape de l'évolution : la liquidation du système colonial classique, son remplacement par le système néo-colonial de domination de la bourgeoisie impéria-

1. Hassan Riad, L'Egypte nassérienne, pp. 239-240.

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liste. Le néo-colonialisme est un nouveau système d’alliances internationales de classes, il remplace un système d’alliances devenu caduque parce qu'impuissant à retenir la marée montante des masses populaires? »

Pour la Résistance Palestinienne, cela veut dire très concrètement qu'elle devra tôt ou tard affronter ces régimes nationalistes petits-bourgeois dont elle est à la fois le point de rupture dans l'histoire du courant nationaliste et dépendante, directement ou indirectement, Cette logique future de l'affrontement, contenue dans la recherche de la paix avec Israël de la part de ces régimes est accélérée depuis les crises récentes entre la Résistance et le couple Jordanie/Liban. Mais malgré cela, dix-sept années d'existence du régime nassérien qui s'ajoutent aux années d'existence des régimes frères lybien et soudanais, et à celles des frères-ennemis baasistes syriens et irakiens, réduisant d'autant leur avenir, ont déjà créé les conditions d'une crise au sein de ces régimes. Nous sommes d’accord avec Hassan Riad pour dire :

«Le pouvoir de la bureaucratie des pays arriérés, issu du mouvement nationaliste petit-bourgeoiïs, porte en lui dès le départ la transformation de cette hureaucratie en une nouvelle classe dirigeante, la bourgeoisie d'Etat. La nouvelle classe dominante partage avec toutes les anciennes classes dominantes de l'histoire une idéologie réactionnaire, fondée sur le respect de la hiérarchie, de l’ordre, de la religion, de la tradition, fût-ce dans le cadre de la propriété publique. Idéologie réactionnaire, même baptisée socialisme, même qualifiée du bout des lèvres de scientifique. Idéologie qui est responsable, par son respect de la tradition, de l'échec des faibles tentatives de mobiliser les masses, parce que sans la mutation idéologique des élites et des masses, l'abandon de la tradition, rien n’est possible. Le développement économique insuffisant amène la nouvelle bourgeoisie d'Etat non à s'élargir sans cesse, mais au contraire à se fermer æ plus en plus sur ellemême, comme toutes les classes possé

antes’, »

Ceci était publié au début de 1964, depuis et après la Guerre des Six Jours, la pratique a largement vérifié la théorie et devrait même pouvoir l’enrichir (voir documents : À propos du nassérisme : le capitalisme d'Etat et la stratégie de la révolution prolétarienne).

C'est à un processus tout à fait semblable que nous assistons en Algérie, qui bien qu'elle se soit libérée de l'impérialisme français par les armes et la mobilisation des masses a dégénéré de la manière que nous connaissons. Et cela n'empêche pas la logomachie anti-impérialiste de se diffuser.

L'importance de ces modèles socio-économiques tels qu'ils se présentent dans certains pays arabes est grande pour l'avenir de la Résistance. Car les éléments dirigeants de la Résistance Palestinienne sont en grand nombre sortis non seulement des courants nationalistes arabes, mais aussi des structures politiques et économiques de ces Etats arabes dits « progressistes» qui

2. Op. cit, « La bourgeoisie d'Etat», pp. 240-241 ». 3. Op. cit., pp. 242-243.

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avaient absorbé les couches supérieures des exilés palestiniens de 1948. Comment auraient-ils pu sortir d’une réalité économique et étatique palestinienne inexistante ? Il est impossible de dire pour quelle part ces conceptions nasséro-baasistes sont en voie de disparition dans la Résistance Palestinienne. Mais ce que nous pouvons dire, c'est que la vie politique de la Résistance, sa hiérarchisation ne se situent pas encore véritablement sur les principes de la révolution vietnamienne, du Vietminh au F.NL. Certaines «traditions» sur lesquelles nous reviendrons dans la partie portant sur les organisations de la Résistance ne sont rien d'autre que des éléments de bureaucratisation et donc de dépolitisation de la Résistance.

Il est vrai que, par ailleurs, ces Etats arabes progressistes (dont l'Algérie et la Lybie), maintenant comme au lendemain de la Guerre des Six Jours et sans doute encore pour une certaine période, fournissent une aide à la Résistance Palestinienne, du moins à certains secteurs les plus importants et les plus proches d’eux idéologiquement !

Cette aide est donnée majoritairement en argent, mais vise en même temps un but nationaliste justifié, soutenir une partie de la nation arabe en lutte pour sa libération, nourrir le sentiment populaire dans ce sens, cherchant à réaliser le deuxième aspect de cette aide, interne, attacher les masses populaires aux eue émotionnellement, les éloïignant de luttes sociales potentielles.

La dynamique sociale de la Résistance est dangereuse pour ces régimes qui ne l'acceptent que dans un but interne de stabilisation de la situation économique et sociale, utilisant une démagogie pro-palestinienne afin de détourner une énergie militante potentielle des masses arabes sur le plan intérieur vers l'extérieur. La concrétisation de ce soutien ne se produira de toute manière assurément pas sous des formes armées qui impliqueraient la mobilisation des masses, mais dans des grands meetings sans portée véritable. Pris à leur démagogie antérieure, les régimes arabes sont tenus, maintenant qu'existe la Résistance Palestinienne, de donner une continuité à leur politiqueéchec dans la lutte contre le sionisme. Entre Nasser qui parle et parle encore et la Résistance qui agit et s’entoure d’un certain prestige, il y a les masses arabes en attente «de mieux», qui représentent un danger plus fort pour les régimes « progressistes » parce qu’elles sont poussées par la Résistance.

Ces Etats arabes, bases territoriales nécessaires de la Résistance Palestinienne, représentent un facteur clé dans l’évolution immédiate de la Résistance. Ces Etats, instables du fait de leur nature, sont à l'intersection d’un jeu de forces internationales et régionales plus rétrogrades les unes que les autres. Ils profitent politiquement, militairement, économiquement et financièrement de l'impérialisme français, anglais et américain, de l'Union soviétique et de l’Europe de l'Est, de la Chine (soutien à Nasser), de l'Arabie saoudite (financièrement de l'Egypte) et de la Résistance Palestinienne même.

Un caméléon s’épuiserait à ce jeu! La gravité de cette situation réside dans ce que ces régimes hypothèquent l'avenir de la Résistance sous sa forme actuelle parce qu'ils constituent ses arrières territoriales. Le cas extrême est illustré par l’aide accordée par le Pakistan à la Jordanie, au nom de l'islam et de la lutte contre le sionisme. Des unités de l’armée pakistanaise

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sont stationnées sur le territoire jordanien, prêtes à intervenir pour la défense du régime jordanien non contre Israël, mais contre la Résistance Palestinienne. À la fois anti-impérialiste, pour le «socialisme arabe», pour la guerre sainte, pour l'islam, mais cherchant des accords avec l'Etat sioniste qui les repousse, soutenant la Résistance « noble et sacrée», mais ne levant pas le petit doigt quand les autres régimes arabes l’attaquent, tel est le concert des Etats arabes dans lequel est née la Résistance Palestinienne.

Les Etats arabes sont sous-tendus par leur logique propre, articulée à partir d'objectifs non révolutionnaires pour le moins. Ils ne sont ni ne peuvent être neutres.

L'apparition de la Résistance Palestinienne est un facteur nouveau dans la nation arabe, qui agit fortement, à distance ou directement, sur la réalité politique interne de chacun de ces Etats, et a fortiori sur leur politique étrangère.

En retour, la Résistance est concernée au premier chef par la politique de ces régimes, par les fluctuations positives et négatives qui agissent sur l'aide matérielle qui en dépend, par leurs trahisons potentielles ou déjà affirmées et pratiquées. Elle est tributaire de leur politique, et encore loin d’être suffisamment forte militairement pour répondre séparément à chacun de ces pays et de toute évidence à leur ensemble.

Il est inscrit dans la politique de chacun des Etats arabes d'attaquer isolément la Résistance, laissant croire à des désaccords passagers et des escarmouches locales, plutôt que de faire bloc frontalement, ce qui ne laisserait de doute à personne sur la trahison et surtout aux yeux des masses arabes. Mais cette tactique est limitée dans le temps, jusqu'aux accords avec Israël que ces mêmes Etats arabes, la Jordanie et l'Egypte en tête, cherchent désormais à établir, sur la voie desquels ils ont déja fait les premiers pas. Simultanément, la démagogie propalestinienne des Etats arabes «progressistes » recouvre constamment la concurrence qu'ils entretiennent pour la conquête de l’hégémonie sur le courant large du nationalisme arabe, la Syrie en premier lieu.

Nous sommes loin des conditions qui ont présidé aux développements révolutionnaires au Vietnam. Les régimes arabes affaïblissent à moven terme la Résistance Palestinienne comme mouvement révolutionnaire, tout er l'utilisant intérieurement pour stabiliser leur propre précarité sociale et politique. La Résistance doit elle-même et elle seule assurer ses arrières, c’est une condition de son maïntien en tant que mouvement révolutionnaire anti-impérialiste.

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Ssitiiunse

La Résistance palestinienne comme phénomène social de masse

Les racines socio-économiques de la Résistance La spécificité palestinienne ; les racines « nationales » de la Résistance palestinienne

La situation géographique, socio-économique de la population palestinienne est unique en comparaison des populations d’autres continents qui constituent la base sociale d'un mouvement antiimpérialiste.

La population palestinienne est éclatée, de camps de réfugiés en camps de réfugiés, parfois distants de plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres. Il n'existait pas une infrastructure politique palestinienne reliant ces camps, avec une autorité poli tique représentative, pour l’ensembie des palestiniens expulsés jusqu’à l'apparition de la Résistance. Atomisés, sans droits, et jusqu'à la percée au grand jour de la Résistance, ils étaient oubliés.

Les nouvelles générations, les enfants des expulsés de 1948, ignorent tout dans leur grande majorité de la tragédie à répétition de la Palestine arabe et ont été maintenus dans l’ignorance de l'histoire comme dans l'ignorance du savoir (pas d’écoles, d’éducations), par les Etats arabes. Ne pouvant s'appuyer sur une conscience nationale unie coexistante à cause de l’émiettement des palestiniens, l'émergence d’une conscience politique dans la masse des réfugiés palestiniens impose pour la Résistance d’unifier politiquement la population palestinienne, avant tout sa partie jeune et combattive, sur des bases nécessairement élémentaires, donc nationalistes, et dont le contenu mystico-émotionnel tiré de l'islam est exprimé dans des thèmes tels : la Terre sacrée de Palestine et la dimension inévitable de Guerre sainte qui l’accompagne. Cela n'est pas sans peser sur le développement politique révolutionnaire ultérieur de la Résistance.

Bien que scindé en deux, en vertu de l'application des accords de Genève de 1954-1955, le Vietnam est historiquement constitué, en une nation au sens plein du terme. Sa population est renforcée dans son unité, soudée, nord et sud, par une histoire ancienne et surtout par une lutte révolutionnaire commune, uniaue, longue de près d’un demi-siècle. Sa conscience politique et

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révolutionnaire est très élevée. Conscience nationale et révolutionnaire sont indissociables et existent l’une par l’autre.

La population vietnamienne est dotée de traditions culturelles affirmées, dont les principaux dirigeants révolutionnaires sont l'expression et les continuateurs. Elle est liée par une entité économique établie, que la pénétration impérialiste a transformée en créant un prolétariat moderne différencié suivant les secteurs capitalistes de l'économie nationale.

La révolution vietnamienne est aujourd'hui la continuation naturelle du développement de la nation vietnamienne, déformée et opprimée successivement par les impérialistes français et américains.

Si cette révolution a pu se développer sur tant d'années, face aux armées les plus puissantes et les mieux équipées, avec une force et une persévérance sans équivalent de la part d'aucun autre mouvement de libération nationale, c'est bien parce qu’elle a grandi sur un sol national pétri de traditions, pré-existant de trente à quarante ans à la lutte elle-même.

Au Proche-Orient, la population palestinienne n’a jamais

connu, même avant la conquête sioniste et l'expulsion massive qui en est résultée, une telle unité nationale Elle est divisée comme nous l'avons vu, mais aussi morcelée dans les générations successives de réfugiés, sans compter ceux qui sont restés dans la Palestine devenue Israël après 1948 (400.000) et la majorité palestinienne de Cisjordanie (650.000). Nous verrons que cet éparpillement de la population palestinienne peut servir à jeter es bases du front intérieur de lutte anti-sioniste en Israël même et dans les territoires occupés. Cela pose un autre problème, celui du programme politique. La nation palestinienne opposée à la nation arabe n'existe pas et n’a jamais existé. Une réalité palestinienne s'est créée avec a balkanisation du Proche-Orient par les impérialismes européens. Une spécificité palestinienne a été créée non par une transformation interne de la population palestinienne évoluant vers la constitution d’une nation délimitée mais par l’action sur a population palestinienne de l’entreprise de colonisation sioniste.

Il n’est pas question de sous-estimer et moins encore de nier a réalité propre, régionale, des populations arabes dans le concert général de la nation arabe, morcelée par des féodaux et des bourgeoisies aux intérêts contraires à ceux des populations laborieuses, conséquences de la conquête impérialiste.

Les Palestiniens sont le peuple arabe le plus touché, qui a dû payer le prix élevé de la colonisation sioniste en particulier, impérialiste en général dans tout le Proche-Orient. Ils ont réagi séparément des autres populations arabes, mais pas indépendamment. Et cette séparation elle-même n’est pas si forte que le terme pourrait le laisser croire.

Rien ne sépare dans les domaines culturel, économique, celui reconnu aujourd'hui comme Jordanien, qui vivait dans la Transjordanie d'avant 1948 du Palestinien réfugié de 1948.

Le maïntien au travers de près de vingt années de la spécificité palestinienne est dû avant tout à leur situation sociale et économique dans le monde arabe. Il est un fait que la Résistance Palestinienne n'est pas que le produit d’une révolte d’éléments devant la situation sociale scandaleuse qui leur est ré-

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servée mais un sursaut idéologique et politique d'une avantgarde intellectuelle dans un premier temps orientée contre les raisons politiques de cette situation : le sionisme et l'impérialisme.

Mais la base objective commune à la situation générale au Moyen-Orient et au conflit israélo-palestinien (partie du conflit israélo-arabe) est le sous-développement économique général du monde arabe.

Tant que cette situation se maintiendra, rien ne pourra empêcher le conflit actuel. Seule une poussée révolutionnaire peut transformer cette situation, et encore incomplètement si elle reste limitée à une partie du Proche-Orient ; cette limitation rendrait très précaire son maintien et son développement en tant que révolution.

La fusion de cette situation économique intolérable des Palestiniens et le traumatisme nationaliste qui s'est créé du fait de l’amputation de la Palestine arabe a jeté les bases dynamiques de l'existence d’une identité palestinienne qui se surajoute à l'identité arabe.

La majorité écrasante des Palestiniens expulsés n’a jamais été intégrée, économiquement et socialement, dans les pays où elle était déplacée. Ces pays ne présentaient pas les possibilités économiques d’un emploi massif, agricole, artisanal, industriel, des réfugiés. L'entreprise impérialiste occidentale est responsable de cet état de fait et, de leur côté, les gouvernements arabes, impuissants ou tout simplement profiteurs cyniques ont laissé cet état de chose tel quel.

Le fait national palestinien, pré-national pour être plus précis car la Résistance se donne cette tâche de la construction de la nation palestinienne, est le produit de l’histoire locale au lendemain de 1948. La Résistance Palestinienne est à la fois le produit et l'agent créateur de cet éveil nationaliste.

Dispersés territorialement, les Palestiniens déportés ne produisent pas. Ils ne constituent pas la base économique de la Résistance à l’image des zones libérées du F.N.L. du Sud-Vietnam. Les besoins économiques des organisations de la Résistance sont considérables. L'ensemble des organisations, la Résistance proprement dite, regroupe depuis les combattants jusqu'aux appareils, camps de jeunes, plusieurs dizaines de milliers de personnes. L'entretien d'une telle masse non productive et sans qualification professionnelle est extrêmement coûteuse. La solution ne peut pas être trouvée dans les camps de réfugiés ; ces camps ne constituent donc que la base sociale de la Résistance, idéologiquement friable, son réservoir inépuisable de combattants, volontaires avant l'appel.

Cette désinsertion économique de la base sociale non stabilisée de la Résistance explique la mobilité interne des combattants qui, oscillant d’une organisation à une autre, au plus offrant, à mesure qu’elles scissionnent ou que de nouvelles apparaissent. C'est dire qu'il existe un danger pour les organisations qui offrent un salaire, ne serait-ce que minime mais à l'échelle des centaines ou de milliers de combattants, et de se voir transformer peu à peu en source d'avenir social et économique pour des réfugiés déshérités, et ainsi glisser vers des formes de conservatisme quand la fatigue, les difficultés vont s'affirmer et l'enthousiasme s'éroder. Cette situation explique partiellement la multiplicité des organisations et entraîne des formes de concur-

on

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rence entre elles, imposée par la force des choses, ressources économiques et financières, marché politique dans la course à l'hégémonie sur la Résistance entière.

Cet aspect particulier ne s'est jamais manifesté dans toute l'histoire de la révolution vietnamienne et plus particulièrement à ses débuts.

Conséquemment à cette situation, la Résistance Palestinienne est dépendante économiquement, directement et indirectement, des Etats arabes, de mécènes koweïitiens, d'Arabie saoudite, du Liban, de communautés syro-libano-palestiniennes d'Amérique du Nord, d'Afrique occidentale. L'absence d’un programme politique général de la Résistance vise sans doute à éviter des contradictions avec ces sources vitales dont les bailleurs de fonds sont des capitalistes, mobilisés sur des positions uniquement nationalistes. Cela intervient dans le souci des directions des grandes organisations palestiniennes nationalistes d'éviter les affrontements avec les régimes arabes dont les employés de l’administration d'Etat et les bourgeoisies dirigeantes ont gardé des liens étroits avec les communautés arabes riches de l'émigration, orrginaires des couches sociales supérieures des pays arabes, qui sont des bailleurs de fonds appréciables de la Résistance.

Cette situation délicate n'a pas été vécue par la révolution vietnamienne. À leurs débuts, les guérilleros vietnamiens ont créé leurs propres bases économiques, leurs propres ressources. Les conditions du développement de la lutte au Vietnam ont donné dès son départ une nature prolétarienne définie au combat anti-impérialiste. Au travers de l'exploitation directe des masses vietnamiennes se sont dégagées les conditions pour l'apparition d'une conscience de classe, qui a permis le regroupement des forces révolutionnaires : le Parti Communiste s’est formé et la lutte armée s’est déclenchée. L'impérialisme français abusait d’une main-d'œuvre à bon marché, le sionisme n’a pas agi comme une force colonisatrice traditionnelle, exploitant les populations locales : il les a expulsées, au nom du « travail juif », du « commerce juif ». Jusqu'en 1967, il a éliminé quasi totalement par son idéologie particulière les bases humaines et économiques qui auraient pu fournir les’ bases d'un front arabe anti-sioniste, antiimpérialiste, intérieur, en Palestine même.

Au contact de l'impérialisme, les Vietnamiens ont développé la lutte de libération nationale comme une lutte de classe, pour la possession des moyens de production, de la terre et de ses produits. Dans cette lutte, la population vietnamienne a acquis une conscience d’exploité simultanément à sa conscience nationale. Elle avait appris à s'organiser conséquemment à la concentration de main-d'œuvre ouvrière et paysanne dans les entreprises créées par l'impérialisme, d'où sont sortis les syndicats et les noyaux communistes. Une discipline collective a pu faciliter le développement du Parti Communiste à partir d'un sol déjà préparé, du fait d'une tradition d'organisation syndicale élémentaire. Organisée sur les lieux de production elle était située dans des endroits stratégiques pour la lutte anti-impérialiste.

Sans expérience de lutte et inactifs économiquement, les Palestiniens restent un « sol» instable pour la Résistance.

L'image consacrée du poisson dans l’eau pour caractériser la nature des rapports qui existent ou doivent exister entre les organisations révolutionnaires et les masses est propre au FLN.

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mais pas encore à la Résistance. La question reste posée de l'adaptation, la transformation de l'environnement socio-économique de la Résistance Palestinienne par ses organisations. Nous <ommes encore loin du F.L.N. vietnamien qui lutte dans les limites géographiques de l'Etat qu'il installe à mesure qu'il reconquiert des zones entières du pays, mais sur des bases économiques et sociales nouvelles (réforme agraire, code juridique). C'est là que se situe la source essentielle de la puissance et de la solidité du F.L.N. Comment pourrait-il en être autrement pour résister à la machine militaire U.S.?

Ce n'est pas seulement, comme nous l'avons vu, le facteur temps qui sépare la réalité actuelle de la Résistance Palestinienne du modèle vietnamien comme il se présente aujourd’hui.

Cette configuration sociale et économique de la Résistance a des implications évidemment directes sur l’action militaire de la Résistance.

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La Résistance Palestinienne — Réalité militaire et conditions de son action atmée

Les organisations sont des organisations militaires Profil du champ de bataille Réalité politique et militaire de l'ennemi

La trajectoire suivie par la Résistance Palestinienne est très spécifique. Du jour où elle a commencé à exister, elle s'est exprimée sous la forme militaire. Elle n’a pas connu comme en Indochine dans les années trente ou dans les pays du Maghreb (et plus particulièrement l'Algérie) une période prolongée « d’incubation politique ». Ses dirigeants et représentants actuels, en tant qu'individus ou même à l'échelle réduite d’un regroupement, n'ont pas créé un parti nationaliste palestinien puis, dans sa lancée, l’organisation armée. Le Parti Communiste Indochinois a donné naissance, fin 39-début 40, à la section armée fondée par Giap. Après des années de luttes fractionnelles en son sein, le M.TL.D algérien de Messali Hadj a vu se détacher des éléments qui créèrent le F.L.N. et l’'AL.N. algériens. Dans ces deux cas, une longue tradition de lutte politique a précédé et préparé la création de l’organisation armée et le déclenchement de la lutte.

Peut-être l’histoire politique moderne du nationalisme arabe, égyptien, syrien ou irakien ue alement le Mouvement Nationaliste Arabe et le mouvement baasiste) a-t-elle tenu lieu de passé politique au déclenchement de la lutte armée en Palestine. De nombreux intellectuels palestiniens, originaires de la petite, de la moyenne et de la grande bourgeoisie palestinienne, se sont « investis » dans ces courants politiques et même dans les organisations nationalistes religieuses islamiques comme les « Frères musulmans», organisation inter-étatique par essence. Mais du jour où la réalité palestinienne a commencé à s'exprimer comme telle et par ses propres moyens, par rapport à l’ensemble du monde arabe et devant le monde entier, cette expres-

1. Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques. Organisation mère du nationalisme algérien.

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sion fut militaire et seulement militaire. C'est après quatre à cinq années d’intense lutte armée en Palestine que commencent à s'affirmer les problèmes politiques, à apparaître des tendances politiques divergentes au sein de la Résistance. Le domaine politique du Proche-Orient a été modelé par l'apparition indépendante de la Résistance: cette nouvelle configuration politique de la situation locale n'a introduit en retour la question politique du programme, de la définition politique des objectifs à atteindre et des projets à réaliser, que tout récemment. De plus, cette politisation révolutionnaire a posteriori de la Résistance, si elle était en germe sans aucun doute dès ses débuts, a été accélérée par la rencontre de la Résistance, après un certain stade de développement, avec les courants politiques de la gauche internationale qui exigent objectivement, pour lui apporter son soutien, une expression politique de la part de la Résistance. Un phénomène d'interaction politique a commencé et se poursuivra.

Mais c'est avant tout la configuration géographique des lieux d'affrontement, les conditions de lutte déterminées par l'ennemi sioniste qui ont donné à la Résistance sa réalité militaire actuelle.

Du fait des conséquences de la colonisation sioniste telles que nous les avons vues précédemment, les organisations palestiniennes luttent dans des conditions qui les situent géographiquement aux frontières de l'Etat palestinien à reconquérir sur le sionisme. Les organisations sont « en avant» et agissent fatalement hors de la population palestinienne. Les camps de réfugiés n'occupent pas des positions stratégiques au même titre que des villages ou des petites villes du Sud-Vietnam.

La puissance politique du F.NL. provient de l'existence des zones libérées, de l'instauration d'un contre ou double pouvoir révolutionnaire qui a affirmé la réalité politique et non uniquement militaire du F.N.L. en fusionnant pouvoir politique d'Etat et pouvoir militaire.

Il n'est pas possible pour les organisations palestiniennes de transformer le statut économique des réfugiés palestiniens À l'image des zones socialement et économiquement libérées du Sud-Vietnam. Les camps de réfugiés ne peuvent pas, même d'un point de vue purement propagandiste et donc politique, se proclamer « territoire libre de Palestine»; ce serait en contradiction avec les buts de la Résistance dans un premier temps et, dans un deuxième temps, cela signifierait une ingérence de la Résistance dans les affaires intérieures des Etats arabes, ingérence qu’elle s'est interdite, et pas uniquement, comme nous le verrons, pour des raisons diplomatiques et tactiques.

Ainsi cantonnée sur les territoires des Etats arabes frontaliers de l'Etat sioniste, la Résistance Palestinienne veut (ce qui est souhaitable) constituer des bases sociales révolutionnaires, ECO- NOMIQUEMENT IMPLIQUEES dans la lutte armée : elle œuvre dès lors pour le renversement des régimes actuels, et dans l’ordre les régimes jordanien, libanais, syrien et égyptien, c'est-à-dire ceux qui «abritent» des réfugiés, et en même temps la Résistance. Il a maintenant été prouvé par les faits que ces régimes ne se laisseront pas faire; ils ont déjà pris l'offensive et la reprendront. La réalité militaire de ces Etats arabes constitue donc une des conditions militaires objectives qui président aux développements de l’action militaire palestinienne.

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La lutte contre les régimes arabes, bien que n'étant pas l'objectif principal de la Résistance à ses débuts, découle cependant directement de la volonté des organisations palestiniennes de mettre en place, sous leur direction politique, des réseaux de soutien, des structures socio-politiques «encadrant» la politisation pro-palestinienne des masses de Jordanie et du Liban, et même une certaine infrastructure économique. Cette nécessité stratégique en commande une autre : celle de préparer l’affrontement toujours possible avec les forces armées pro-impéria listes libanaises, et jordano-pakistanaises en Jordanie.

Cette urgence est aujourd'hui affirmée avant même que n'ait été atteint le stade du paysan-soldat, de l'ouvrier en arme, c'est-à-dire du partisan, « stade suprême» du militant révolutionnaire, ou tout simplement politique. Dans cette catégorie rentre la totalité des combattants vietnamiens depuis deux décennies. Ce stade est un point de mire pour la Résistance, une condition politique à réaliser.

Ces préconditions à toute lutte armée se fixant pour but la liquidation de l'impérialisme sont valables universellement, comme l'a prouvé maintes et maintes fois l’histoire récente de la révolution coloniale avec à sa tête la révolution vietnamienne, et aussi, mais négativement cette fois, l'expérience algérienne.

À ces préconditions propres aux luttes anti-impérialistes s’ajoute une caractéristique propre : la réalité militaire de l'Etat sioniste. Car, si la luite palestinienne est anti-impérialiste dans son essence elle est dirigée contre une forme locale très particulière de l'impérialisme, le sionisme, qui se double d'une réalité militaire qui est le concentré de la réalité idéologique, économique, sociale et géographique de l'Etat sioniste. Qu'est l’armée sioniste ? D'où vient-elle ? En 1948, l'Etat sioniste israélien s'est créé finalement par l’action de son armée. Bien que les éléments extérieurs d'un Etat bourgeois moderne aient existé à un stade plus ou moins développé, la première réalité étatique du sionisme fut son armée. L'armée est la première expression historique de l'Etat sioniste et aujourd’hui encore elle en est sa synthèse comme nous allons le voir.

Les dirigeants sionistes et Ben Gourion en premier lieu ont maintes fois réaffirmé que pour créer une nation juive qui n'existait pas, pour créer un peuple juif qui n'existait pas non plus, pour unifier la population du nouvel Etat disparate dans les langues parlées, dans les origines culturelles, il fallait trouver e canal d’homogénéisation d'une mosaïque sociale qui devait avant tout se comprendre pour s'unir, c’est-à-dire parler la même angue hébraïque et agir en commun pour la défense de l'Etat. Seule l'armée pouvait réaliser cet objectif (cette fonction de l’armée s'est exprimée à d'autres époques de l’histoire contemporaine, par exemple l’armée prussienne pour le façonnage de ‘unité allemande). Pour créer la nation, l’armée offre les meileures conditions de brossage social, d'égalitarisme pour un temps. L'armée sioniste a brassé l'ensemble de l'immigration juive et a opéré une transformation sociale de chacun des « arrivants », intégrant militairement l'ensemble de la population féminine ; cette réussite indéniable, l'intégration de la femme à la vie sociale et politique par le militaire, traduit à quel point "Etat sioniste est un Etat capitaliste moderne, Parfois originaires de pays socialement et culturellement très arriérés de l’Europe centrale et méridionale des lendemains de la guerre mondiale,

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ou de certains pays arabes, comme le Maroc ou le sud de la Péninsule Arabique, alors éléments passifs et rejetés de la vie active, les femmes ont été intégrées à l'ensemble de l'Etat sioniste, à son activité économique, sociale et politique. Cette intégration est sans doute supérieure à tout Etat industriellement développé à ce jour. L'armée a été l'agent de cette transformation. Avant même que les masses disparates ne soient intégrées en définitive à l'entité économique israélienne, le marché économique déterminant en dernière analyse la réalité nationale, l'unité idéologique et néo-culturelle se réalisait par le raboteur et le niveleur militaire,

L'imbrication poussée à l'extrême entre l’armée et l'Etat est la conséquence directe de certains aspects de la propagande et de l'idéologie sioniste. En tant qu'idéologie nationaliste réactionnaire, le sionisme conçoit et finalement accepte l'anti-sémitisme, dont il se justifie; en même temps l'idéologie sioniste crée en Israël la psychose de l'assiègement, de la guerre sainte aux frontières, d'un état de guerre permanent, dont la conclusion ultime depuis 1948 est : « Les Juifs à la mer!» La fonction de l’armée dans de pareilles conditions est de rentrer en adéquation avec le sentiment général de la population : «en cas de défaite, où aller, chez qui retourner ?» Le sionisme a constitué les Palestiniens en particulier et les Arabes en général comme ennemis. L'opération politique consiste à identifier, ce qui est aujourd’hui très réussi, le sionisme à la nation et de présenter les organisations palestiniennes comme ennemies des Juifs puisque anti-sionistes’. L'idée même de la possibilité de coexistence avec les Palestiniens est contradictoire au sionisme et fonde l'état de guerre permanent reposant sur la contradiction infernale : ou se perpétuer comme Etat sioniste — ou repartir dans le sang et revivre la tragédie passée. L'armée sioniste est la réponse à cette contradiction et tire de sa fonction son soutien populaire puissant, permanent, rehaussé par son prestige. C'est dire à quel point les arrières de l’armée sioniste sont aussi ses bases socio-économiques et politiques. Du « poisson dans l'eau », elle donne une illustration assez complète.

La puissance de l’armée sioniste ne se réduit pas à ces seules caractéristiques. Le noyau initial de l’armée sioniste et plus généralement de l'Etat et de l'économie, par sa nature, sa qualité, a permis ce que d’aucuns, mystificateurs et apologistes du sionisme, ont caractérisé comme le « miracle israélien ». Du point de vue des Palestiniens, le goût n'est pas le même.

Les éléments décisifs de l'existence économique et militaire de l'Etat sioniste sont d’une part : la qualité exceptionnelle de la base sociale, humaine qui a fourni le noyau initial du développement, quasi totalement originaire des pays capitalistes européens, les plus avancés du monde à cette époque. Cette qualité

2. Cette propagande est facilitée par la propagande arabe officielle du Caire à Bagdad et aussi par la méconnaissance de la réalité palestinienne, différente, orchestrée par les autorités sionistes.

Dans le livre Israël sans sionisme, Uri AVNERY établit un parallèle entre les Croisés et la situation actuelle de l'Etat sioniste et montre les similitudes entre l’armée prussienne et l’armée sioniste. La lucidité de cet auteur « a-sioniste » est un élément de trouble au sein du sionisme bien qu'il ne situe nullement sur des positions révolutionnaires.

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s'est élargie à sa base, s'est reproduite et adaptée à la situation locale, a absorbé par le bas pour l'intégrer ensuite les « arrivages » de juifs nord-africains, des pays de l'Orient arabe et de certains pays d'Asie. La qualification générale, technique, professionnelle des ouvriers, paysans, techniciens de l’économie israélienne est garante d'un haut niveau culturel, renforcé par la jeunesse du pays, le tout fournissant une très haute rentabilité économique et militaire, motivée idéologiquement. Il faut compter parmi ces facteurs d’« efficacité» du sionisme un autre facteur, celui du réseau international financier, scientifique, composé des juifs sympathisants assimilés, aux U.S.A.,, au Canada, en Australie, en Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine), en Europe occidentale, c'est-à-dire dans les pays capitalistes développés ou dans les secteurs avancés de pays semi-colonisés (Amérique latine). Il faut ajouter les non-juifs agissant par culpabilité ou tout simplement cyniquement impérialistes. Ces arrières de l'Etat sioniste sont organisés par les autorités sionistes elles-mêmes, avec pour moteur idéologique la même propagande, adaptée à des conditions différentes que celle développée en Israël même.

D'une part, Israël est un centre d'investissement (pétrole du Sinaï occupé) ou de réinvestissement (principalement en Afrique) dont les sources en capital depuis 1967 proviennent des pays impérialistes. Avec de telles conditions, il est possible de faire un pays développé de n'importe quel pays sous-développé. Et c'est cette image erronée et hypocrite d'Israël, pays miracle du Tiers- Monde développé par le seul courage et la tenacité au labeur de ses habitants, que des gouvernements fantoches pro-impérialistes acceptent et présentent à leur peuple, à titre de collaboration bénéfique, cachant sans effet leur dépendance à l'égard de l’impérialisme. Les exemples : le Tchad, l'Ethiopie, pour les plus flagrants. Financièrement, économiquement et militairement — organisation de gardes prétoriennes — Israël est un maillon impérialiste.

Un autre élément fondamental de la puissance sioniste tient à la structure de son armée, à son recrutement, son organisation. La fine fleur de l’armée israélienne est composée d'éléments des kibboutz, les jeunes kibboutzim. Ces centres socio-économiques ont construit Israël, mais n’interviennent plus que pour un pourcentage très faible dans l'économie israélienne. Ils ont gardé la fonction décisive de pointe avancée, idéologique et militaire, du sionisme. Dans les kibboutz, le sens civique, c'est-à-dire l’idéologie nationaliste réactionnaire du sionisme, se transmet par ce qu'on y recrée les conditions « d’encerclement» des premières années, de l'aube de l'Etat sioniste, conditionnant ainsi la jeunesse dans un militarisme outrancier.

Inspirateur idéologique et grand réalisateur des kibboutz, l’organisation de jeunesse sioniste Hachomer-Hatzaïr* définit ainsi le « collectivisme idéologique » qui doit régir les kibboutz : « Nous pensons qu'il est nécessaire que les haverim du kibboutz aient la même conception idéologique. Tout d'abord parce que nous estimons que l'idéologie est une « partie intégrale » de notre collectivisme. L’idéologie commune est un des principaux facteurs qui lient les membres de la « collectivité» entre eux. La camaraderie et l'esprit collectif dans le kibboutz sont infiniment

3. La jeune garde en français.

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renforcés par la lutte commune des haverim‘ pour la même idéologie. De plus, pour nous, le collectivisme idéologique est l'arme la plus « efficace » dans la lutte des classes. Nous savons très bien que la création du kibboutz ne signifie pas l'avènement du « socialisme en Palestine... ».

La fonction du kibboutz est claire : si l'illusion socialiste s’est envolée par la force des choses, le kibboutz-instrument de la lutte de classe s'est maintenu, réaffirmé même, mais dans l'autre sens, à rebours, contre la révolution arabe au-delà de l'affrontement avec la Résistance Palestinienne.

Le type de guerre et d'armée qui attendent la recrue, et telle qu’elle est pratiquée par le sionisme, est très explicitement défini par le général Tsur, adjoint de Moshe Dayan : « La guerre reste toujours pour nous une action de commando élargie aux dimensions d’une guerre classique. Comme dans un coup de commando, nous devons frapper vite et fort. « Nous sommes condamnés à la « Blitzkrieg», c'est-à-dire à atteindre par n'importe quel moyen et très- rapidement le but que nous nous sommes fixé. De la brigade à la section, toutes les unités de l'armée israélienne agissent plus ou moins selon la technique et d’après l'esprit des commandes. Les unités peuvent combattre isolément sans redouter, comme dans les armées classiques, de manquer de vivres, de munitions, d’eau, d’être dégarnies sur leur flanc gauche ou droit, de perdre leurs liaisons ou de ne plus avoir l'appui de l'artillerie. Elles improvisent au fur et à mesure que se déroule le combat. Leur force tient uniquement à leur vitesse, à leur autonomie et leur légéreté. Elles ne s’encombrent jamais de fourniments inutiles. En campagne, pas de bases arrières, pas de mess, pas de tente d'étatmajor avec d'immenses cartes barrées de coups de crayon rouge ou bleu pour l'édification des journalistes. Ni repas chaud, ni ordonnances. Le général creuse son trou pour dormir dans le sable et partage la boîte de rations de son chauffeur. Nous cherchons avant tout à provoquer l'effet de surprise chez l'adversaire, comme dans les commandos. Surprendre, frapper et disparaître. Nos soldats surgissent là où personne ne les attend, ils ne s’arrêtent pas ; ils foncent toujours vers l'objectif à atteindre. » Cet objectif n'est jamais la conquête d'un terrain’, mais toujours la destruction d’une armée ennemie. Dans le Tsahal' le degré d’entraînement est tellement poussé qu’à tout moment un chef peut être remplacé sans le moindre dommage par son adjoint, puis par l'adjoint de cet adjoint et cela jusqu'aux plus bas échelons...

« Comme dans les commandos, les officiers sont tenus à marcher en tête de leurs hommes. Ils mènent la même vie qu'eux, ils n'ont aucun privilège. Ils doivent être les meilleurs avant d'être admis comme chefs véritables de leur section ou de leur compagnie. Nos pertes en officiers sont les plus élevées du monde : 30 % pendant la Guerre des Six Jours. Maïs ne trouve-t-on

4. « Camarade» en hébreu, Membres des kibboutz par extension.

5. « Les origines, l'idéologie et les réalisations de l'Hachomer Hatzaîr » (Paris 1949), p. 20.

6. Affirmation quelque peu malhonnête, mais s’il ne s'agissait que de malhonnêteté...! NDLR.

7. L'armée israélienne.

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pas ce même pourcentage dans les unités de commandos de toutes les armées ? »

Une telle armée est intrinsèquement supérieure à n'importe quelle armée impérialiste classique dans le monde, C’est l'armée bourgeoise la moins bourgeoise dans son fonctionnement, l'expression de sa hiérarchie, parce que c'est une armée politique, de partisans, mais de partisans contre-révolutionnaires.

Le renseignement, arme parmi d’autres, mais poussée à l’extrême dans ce cas, est présenté par le général Yarit : «…Le renseignement n’a pas de valeur en lui-même, ce n'est pas un produit de consommation interne à l'usage d'initiés. Il doit avant tout pouvoir être utilisé par le plus grand nombre et le plus rapidement possible. Pour nous procurer des renseignements opérationnels, nous utilisons les méthodes orthodoxes qui ont cours dans toutes les autres armées. Il existe cependant une différence. Nos militaires ont toujours été habitués à faire la guerre en utilisant à tout moment les renseignements mis à leur disposition, Ils n'ont jamais oublié non die qu'ils devaient nous en transmettre le plus possible. C'est un courant incessant entre nous et toutes les unités en action. Le renseignement vient d’un point quelconque et repart aussi vite pour être ventilé sur toute l'armée. Ce culte que nous avons du renseignement dans l’armée tient à notre passé clandestin®. »

L'armée sioniste est composée en majorité de réservistes. Qui sont-ils ? : un réserviste est un soldat d'active à qui l'on permet pendant quelques mois par an d'aller gagner sa vie et celle des siens dans le secteur civil pour qu'il ne coûte pas trop cher à l’armée”.

Le colonel Shmuel : « Chaque soldat peut à tout moment se faire expliquer les ordres, demander à n'importe lequel de ses chefs ce que l'on fait, pourquoi il se trouve là, ce que l'on fera ou que l’on tentera de faire le lendemain. Il a le droit d’être tenu au courant du déroulement de la bataille. »

Un dernier élément a contribué à façonner la stratégie militaire sioniste : l'exiguïté du territoire. De ce fait, la doctrine militaire sioniste est fondée sur l'offensive et la guerre éclair. « L’offensive parce que l'Etat d'Israël n’est qu'une bande très étroite de terrain qui ne permet aucun recul. Tous ses points névralgiques, aérodromes, ateliers d'armement, arsenaux, centrales électriques, se trouvaient avant la guerre des Six Jours sous le feu, non seulement de l'aviation maïs de l'artillerie ennemie.! »

La superficie restreinte d'Israël a des conséquences politiques pour l'appareil militaire central. La nécessité de la guerre éclair a déjà été expliquée. Des contacts directs et permanents simplifient la tâche des différents appareils centraux quant aux problèmes militaires.

L'armée sioniste possède une nature et des qualités tout à fait exceptionnelles. Elle est à la fois l'Etat et la population, Contrai-

8. Ces deux citations sont tirées du livre de J. LarrÉGuy, Les murailles d'Israël consacré à l’armée sioniste, pp. 203 et 110.

9. Id., p. 102.

10. Zd., p. 185.

11. Id., p. 129.

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rement à l'armée américaine au Vietnam, elle est idéologiquement motivée; c'est une armée-parti. Tel est donc l'aspect militaire de l'ennemi qu’elle s’est Free d’abattre auquel la Résistance Palestinienne se heurte quotidiennement. L'objectif est juste mais l'objectif est difficile.

Le fait que la grande majorité de l'armée sioniste occupe les rives du canal de Suez et qu'une minorité soit stationnée sur les frontières libano-syro-jordaniennes atteste clairement son efficacité.

Tout mouvement antiimpérialiste se pose, avant le déclenchement de la lutte armée, le problème de son adaptation aux conditions de lutte créées par un ennemi supérieur en nombre dans la phase initiale, et aux conditions géographiques. Cela doit se traduire par un type d'organisation particulier.

Qu'est-ce que la Résistance Palestinienne oppose à l’armée sioniste ? Son caractère de masse actuel n’est pas uniquement imputable à ses succès politiques et militaires. Si l’on poursuit l’analyse comparée de la Résistance Palestinienne et de la révolution vietnamienne du point de vue de leurs effectifs et de la signification de ceux-ci, le problème s'éclaire. Au Vietnam, la lutte armée suivit un cours ascendant, débutant avec de faibles ressources militaires, en hommes et en matériel, ce qui traduisait un appui politique populaire limité. La croissance de ses effectifs s'est faite parallèlement aux développements de la lutte. Elle a ainsi élargi sa base sociale et engagé dans la lutte des fractions plus importantes de la population. Des réformes sociales, leviers révolutionnaires, furent entreprises qui solidifièrent le contre-

pouvoir révolutionnaire en lui assurant une base sociale substantielle.

La masse des combattants palestiniens, des jeunes gagnés à la Résistance, de ceux qui composent l'infrastructure des organisations, est sans commune mesure avec la qualité des interventions militaires actuelles. Plusieurs actions sont entreprises quotidiennement, par une ou l’ensemble des organisations, mais sous forme de raids éclairs de commandos sans pénétration importante sur le territoire israélien lui-même.

L'action militaire de la Résistance se limite à une succession ininterrompue de raids de commandos et ne revêt pas une forme de guérilla à fonction politique et sociale. Son efficacité militaire est inférieure à celle de l'unité mobile de la guérilla classique.

Contrairement à Cuba et au Vietnam, points de comparaison essentiels, existe une disproportion considérable entre la somme des combattants trempés, éduqués et agissant par delà la frontière et la masse de jeunes Palestiniens provenant des camps de réfugiés et s'entraînant au combat. Cette masse de volontaires disponible pour la lutte ne peut malheureusement être engagée militairement au stade actuel de la lutte. Pour les organisations palestiniennes ou partie d’entre elles il faut malgré tout entretenir cette masse de jeunes déshérités, il faut la vêtir, la nourrir et même l’armer, l’entraîner, ce à quoi elle aspire avant tout.

La mystique du fusil libérateur est partout présente, le prestige de la Résistance est grand, mais l'attraction des camps d’entraînement est encore plus forte. Un mouvement de masse a été créé, il s'est mis en mouvement et à pris une extension main tenant redoutable par rapports aux capacités d'absorption po-

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litiques et militaires de la Résistance. Des jeunes par centaines et par milliers attendent l'heure du combat. Un matériel humain innombrable n'a rien d'autre à faire que se battre. Et pour la première fois depuis 1948, des possibilités de lutte réelle sont offertes aux réfugiés palestiniens. Mais ces possibilités se heurtent à des difficultés militaires considérables dues à la nature de l'ennemi précédemment soulignée et à sa force militaire.

Le fait qu'une organisation puisse disposer d’un tel potentiel humaïn, pratiquement dès ses débuts, est un fait sans précédent dans l’histoire des mouvements anti-impérialistes. Nous disions qu'il ne fallait pas voir dans ce phénomène un indice de réussite, car les risques d’étouffement des noyaux politiques réduits des organisations palestiniennes sont réels. La Résistance risque de connaître un déséquilibre entre sa fonction militaire et sa fonction politique révolutionnaire, anti-impérialiste, surtout si elle se cantonne dans un cadre purement militaire, sans intégration politique de la masse de ses combattants à la lutte révolutionnaire ; cela ne peut être réalisé que par une éducation lente et difficile des combattants et non par des schémas ou des corps d'idées et d'images « prédigérés», stéréotypés et donc sans effet.

Il s'est créé irrésistiblement un déséquilibre entre l'accumurlation de forces énormes (20.000 résistants intégrés en à peine plus de deux années) et les difficultés objectives à utiliser rationnellement et efficacement cette force. Cela pose avec acuité la question du renforcement qualitatif et quantitatif des cadres politiques par opposition à la création de fonctionnaires politiques, administratifs de la Résistance. Le fait d'être passé en deux ans environ de 2.000 à 20.000 combattants crée des problèmes ardus à l'organisation révolutionnaire. Cette masse véhicule l'idéologie historiquement dominante que nous pourrions grossièrement caractériser comme islamo-nassérienne. Elle est sans éducation é mentaire (lire, écrire) et impatiente de combattre. Devenir feddayin c’est retrouver une dignité nationale. C'est une des causes de la puissance de la Résistance, c'est aussi accéder à un certain statut social et économique : par le prestige du feddayin (c’està-dire « sacrifié») et par le salaire que certaines organisations distribuent.

Réduire l'idéologie révolutionnaire à des slogans comme « le pouvoir est au bout du fusil» peut provoquer des désillusions violentes, des malaises politiques profonds quand un nombre croissant de combattants aura fait l'expérience des conditions de combat très dures, de ce qu'est l’armée sioniste, sa force, sa mobilité, quand elle sera véritablement orientée sur la lutte contre la Résistance, ce qui n'est pas encore le cas malgré la bataille de Karamé de mars 1968. De plus, de tels slogans sont utilisables par toutes les idéologies nationalistes sans rendre compte d’une stratégie politique autre que la panacée universelle de la lutte armée.

Pour mémoire, rappelons qu'au Vietnam l’armée U.S. se fatigue parce qu'elle se bat pour des intérêts qu’elle ignore dans sa masse. Des unités se sont mutinées ou protestent politiquement. Sa prise de conscience politique de la situation dans laquelle elle se trouve est contradictoire aux intérêts impérialistes qu'elle est censée défendre. Son recrutement est populaire, ouvrier. C’est tout l'opposé en Israël et certainement pour plusieurs

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années encore; comme nous l'avons vu, cette armée n'est pas assimilable à une quelconque armée d'intervention impérialiste classique.

Si nous considérons le terrain, les conditions naturelles, géographiques, sur lequel se déploie l’action militaire de la Résistance Palestinienne, il se présente dans sa plus grande étendue comme un désert rocailleux peu accueillant et peu propice à la culture. Ce facteur facilite la tâche de l'arme principale du sionisme, l'aviation, pour l'utilisation du napalm et les attaques à vuc. La question des défoliants américains au Vietnam ne se pose pas. Et sur ces étendues découvertes, au sud du Liban, dans la partie occidentale de la Lybie et sur presque toute l'étendue jordanienne, les camps d'entraînement, de regroupement de la

ésistance sont installés, leur localisation repérée en permanence malgré leur mobilité par la reconnaissance photographique aérienne israélienne. De surcroît, dès maintenant l'aviation israélienne est équipée de l'arme américaine antiguérilla la plus perfectionnée utilisée au Vietnam, l’avion Phantom.

Il faut donc disperser autant que faire se peut les camps d'entraînement. Plus l’organisation est forte et plus cela réclame de réseaux de « fonctionnaires », de moyens de transport pour le ravitaillement en munitions et en nourriture. C'est autant qui va renforcer l'appareil administratil, statique de la Résistance.

Nous savons que l'art de la guérilla, hérité de l'expérience vietnamienne, est de transformer un rapport de force militaire défavorable au camp révolutionnaire en un rapport favorable en obligeant l'ennemi à diviser et à disperser ses forces pour les attaquer isolément. Pour cela il faut que la guérilla soit parmi les forces ennemies sur le territoire qu’il conquiert ou qu'il contrôle, et qu'il y ait une imbrication étroite entre [a population-nation opprimée et son avant-garde politique armée.

Les conditions d’une guérilla palestinienne à la vietnamienne ou à la cubaine sont réduites, très réduites. D'où le caractère de la Résistance actuellement, des commandos agissant par raids sur les frontières de l'Etat sioniste.

La spécificité des conditions de combat contre le sionisme, sa réalité politico-militaire et la nature du terrain, a reçu une réponse encore très limitée de la part de la Résistance Palestinienne sur le plan militaire. Et on ne peut citer l'exemple de Karamé comme réponse adéquate de la Résistance, quand celle-ci reconnaît l'aspect exemplaire de cette bataille frontale où, face aux chars israéliens, la Résistance (El Fatah dans le cas précis) n'a pas reculé mais a perdu en une seule fois plusieurs centaines de ses meilleurs combattants entraînés. Ce fut le prix exorbitant qu'elle dut payer pour obtenir sa reconnaissance régionalement et internationalement.

La logique ultime de la lutte contre le sionisme est celle d'une guerre classique comme n'ont pas pu et n'ont pas su la mener les régimes arabes à deux reprises, en 1948 et en 1967.

Le Fath le sait qui a repris en main l'armée on ne peut plus classique, sans idéologie révolutionnaire, mais dotée d’un armement moderne qu'est l'Armée de Libération Palestinienne, créée par l'O.L.P. de Choukeiry, en fait par l'Egypte nassérienne. Cela correspond aussi à la volonté d’unifier à tout prix la Résistance, mais dans ce cas le but est plus que l'unité.

La Résistance Palestinienne est coincée devant et derrière

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par des régions et des armées contre-révolutionnaires qui tôt ou tard chercheront à lui régler son compte ensemble ou séparément.

Deux facteurs, temporel et politique, permettent seulement à la Résistance non pas d'éviter ces menaces déjà mises à exécution mais de réduire la portée et l'efficacité de ces pouvoirs destructeurs : l'action rapide et la plus large possible mais la plus politique qui soit, dans le sens de la mobilisation révolutionnaire des masses. Et nous pouvons ajouter à ces axes d’un programme politique qui nous amènent au chapitre suivant, un troisième facteur, le maximum d'unité militaire et politique interne.

Sinon, un avenir sombre se profile, quand bien même les régimes arabes resteraient tranquilles. La concentration croissante des forces de la Résistance aux frontières de la colonie sioniste rappelle une expérience analogue qui fut vécue par la Révolution Algérienne. Il ne s’agit pas de tirer un trait d'égalité et croire à la reproduction mécanique fatale de l’armée des frontières de Boumedienne. Des traits communs peuvent se manifester, s'ils ne sont pas déjà existants.

La raison objective du risque d’ossification est multiple. En premier lieu la difficulté d'obtenir des succès militaires partiels et répétés sur le sionisme, qui entraïîneraient un enthousiasme plus grand et une mobilité plus importante des masses combattantes. En deuxième lieu la masse politico-administrative, épaisse et lourde, agissant comme une néo-bureaucratie, installée sur la faiblesse politique générale, préservant son statut et son pouvoir politique plutôt que de retourner dans les camps, dans l’anonymat et le désespoir. En troisième lieu la volonté générale semblable de l’ensemble de la Résistance de garder son statut actuel, c'est-à-dire la défense minimum de cette première étape de l’affirmation de la réalité spécifiquement palestinienne, en armes, plutôt que de descendre à nouveau dans les camps. Comme il ne peut exister une économie palestinienne indépendante par rapport à l'économie jordanienne au libanaise, il n’est pas de possibilité à ce jour d'emplois pour les Résistants, d’une quelconque préfiguration économique et politique bâtarde de la nation palestinienne (en référence à des tendances en Israël et dans les pays arabes qui vont dans le sens de la constitution d’un Etat palestinien en rassemblant Gaza et la Cisjordanie où un million de Palestiniens végètent).

À supposer même que l'avenir de la Résistance tienne dans le problème d’un armement le plus moderne possible et en quantité requise, il n’est pas un État dit socialiste qui acceptera de le fournir, soit pour des raisons politiques dans le cas de l'URS.S. et de ses « satellites» proches ou plus éloignés, soit pour des raisons économiques en plus des seules raisons politiques pour la Chine. Les données du problème se maintiennent, et se résument dans le blocage militaire de la Résistance par les conditions de lutte qui lui sont imposées. Peut-être les voyages de Yasser Arafat à Moscou puis à Pékin vont-ils dans le sens de la recherche d'une solution au moins militaire à cette situation.

Cette réalité militaire de la Résistance est déterminée par deux éléments. L'un, la situation objective composée elle-même de trois lignes de force, l'entourage militaire des régimes arabes

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qui sont très hostiles à court ou à long terme à la Résistance, puis la « teneur» militaire et politique de l'Etat sioniste, enfin le cadre géographique dans lequel le conflit se développe. Le deuxième élément provient de la conception stratégique que la Résistance a appliquée dans sa majorité écrasante (le Fath, l'O. L.P. et la Saïka) : une lutte armée de libération nationale, qui se joue essentiellement entre les Palestiniens et l'Etat sioniste. C'est-à-dire que la conception étroitement nationale qui est appliquée, essentiellement palestinienne, qui implique la non-ingérence dans les affaires intérieures des États arabes, conditionne complètement, et avant tout militairement, l'élan actuel de la Résistance.

Nous considérons que la Résistance ne peut pas se maintenir longtemps en tant que mouvement de libération nationale avec une telle ligne. Dans le cas contraire, elle se condamne à devenir en mieux ce que fut l'OL.P. d'Ahmed Choukeiry : une armée, un appareil d'Etat, une radio diffusant une idéologie imprécise reflétant un nationalisme élémentaire, produit de la neutralisation des tendances entre elles au sein de l’organisation. Mais sans l'Etat palestinien fondement nécessaire à la création de la nation palestinienne. À moins que dans une période encore éloignée, un Etat palestinien se substitue à l'actuel royaume hashémite de Jordanie, auquel l'Etat sioniste aux prises avec une résistance sérieuse en Cisjordanie devra rendre cette partie occupée.

Nous avons pu établir l'opposition complète des conditions objectives de la lutte militaire entre la révolution vietnamienne et la Résistance Palestinienne. Dans les deux cas, cela échappe à la volonté politique et aux conceptions des directions.

Nous ouvrirons le chapitre suivant consacré à la stratégie révolutionnaire de la Résistance Palestinienne en mettant en évidence un point particulier relevant de la réalité militaire de a Résistance mais révélant un point particulier de ses conceptions politiques, que nous apprécions comme le nœud de toute élaboration politique de la lutte révolutionnaire dans un pays colonisé ou « seulement » néo-colonisé.

Cet élément particulier a déjà été mentionné sous un autre angle : l’énormité de la masse humaine palestinienne prête à utter spontanément. Cet élément pèse en apparence lourdement en faveur des organisations palestiniennes, d'autant plus que nous pouvons les considérer encore dans la phase initiale de eur lutte. Dans le tableau comparé de la révolution vietnamienne et de la Résistance Palestinienne, c'est un des facteurs qui semblerait agir en faveur de la Résistance. Mais nous savons que cela n’est pas le produit d'une politisation révolutionnaire.

11 s'agit plutôt de l’impatience de combattre, de prendre le fusil. Cet élan d'innombrables jeunes Palestiniens à la lutte fait bon marché du matériel humain disponible. Cela a déjà eu des conséquences directes, au moins à deux reprises et en moins de deux années : à Karamé tout d’abord en mars 1968, puis au Liban sud, à Rachaya durant la crise d'octobre 1969 qui a opposé militairement l'Etat libanais et la Résistance Palestinienne, dans ce cas à nouveau le Fath.

Sous-estimant l’armée libanaise, ou présumant de ses forces, la Résistance Palestinienne commit de toute façon une erreur grave qui se traduisit par l'engagement dans un combat incertain d’un nombre important de combattants pour enlever une

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position forte surélevée de l'armée libanaise. En quelques heures près d’une centaine de feddayin tombèrent, sacrifiés pour rien. Comment cela fut-il possible ? Principalement parce que la fonction militaire maintient sa primauté sur la fonction politique de l’action des feddayin. Si sa fonction peut être, dans l’état actuel (mais pas uniquement comme nous allons le voir), militaire à l'égard de l'Etat sioniste, elle ne peut ni ne doit se transposer comme telle nuand elle affronte les unités armées des Etats arabes. Non pas qu'elle ne doive pas se défendre, mais elle a plus à faire. Cela traduit une faiblesse encore grave qui pourrait objectivement être surmontée (qui le doit de toute manière d'un point de vue révolutionnaire).

La valeur intrinsèque de chaque combattant réduite par le nombre de ses égaux, divisée par autant de combattants disponibles, n’est pas élevée au point de préparer en lui un militant révolutionnaire, et reste le plus souvent celle d'un soldat au courage extraordinaire. Et les seules lectures commentées de Fanon, Giap ne sont pas des garanties, étant donné qu’elles reflètent des situations de combat totalement différentes et qu'il faut pouvoir déjà manier l'abstraction pour en tirer les leçons appliose à la réalité palestinienne. Or ce ne peut pas être encore e cas.

En fait ce problème de l'avenir révolutionnaire de la Résistance Palestinienne implique comme partout ailleurs des questions politiques d'ordre historique : la construction et le rôle du parti révolutionnaire, un programme politique, son rattachement politique et organisationnel (et non pas seulement du point de vue de solidarité des motions, éculée et sans effet véritable) au reste de la lutte révolutionnaire dans le monde. Ce dernier point n’est pas le plus compliqué. Sans doute le passage de Arafat à Hanoi, après Moscou et Pékin va-t-il dans ce sens, ne serait-ce qu'incomplètement de toute manière.

L'effectivité militaire de la Résistance Palestinienne à allumé les feux de l'espoir chez les Palestiniens. Une force considérable a pris son « destin » en main. Elle n’a rien à perdre dans toutes les guerres et batailles qui peuvent se profiler au Proche-Orient. Avec Israël de toute manière, mais aussi avec les régimes arabes actuellement en place qui ont cyniquement utilisé les réfugiés.

Paradoxalement, à l’image des juifs dans le monde occidental, les Palestiniens ont fourni aux Etats arabes une grande partie de leurs cadres, médecins, techniciens, ingénieurs, banquiers, in. tellectuels. Cela compte pour la force actuelle de la Résistance au sein même des Etats arabes, mais cela ne peut remplacer le processus révolutionnaire. C'est dire que la grande partie de l’infrastructure intellectuelle palestinienne, d'origine bourgeoise et petite-bourgeoise comme ïl se doit dans les pays colomsés est partie, amputant cette nation d’une partie de ses forces.

Le parallèle avec le sionisme d'avant 1948 présente d'autres similitudes : la militarisation de la Résistance, produit de l’arriération culturelle des masses sur lesquelles s'est greffé un nationalisme élémentaire et émotionnel, est encore renforcée par la concurrence qui oppose les organisations de la Résistance les unes aux autres (F.P.L.P-Fatah, F.PLP-FDL.P. par exemple) pour la conquête de l’hégémonie et des ressources financières et économiques par suite. Elle se solde par une compétition permanente dont le terrain militaire, par ses résultats visibles dans l'instant, est le critère de rentabilité et de force (il en fut ainsi

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de la Hajarah par rapport à l'Irgoun et au groupe Stern). Cette course frénétique à l'hégémonie a pour effet de ralentir l'éducation politique, de la soumettre à une autre urgence, parce qu’elle requiert toutes les énergies éduquées et pas toujours politiquement, pour la préparation et la réalisation des opérations.

Cette réalisation de la primauté du politique sur le militaire se pose avec acuité à l’ensemble de la Résistance. L'inexistence préalable d'une armature politique réelle de masse dans la Résistance pèse maintenant sur son développement d'un point de vue politique.

Cette question ne se réduit pas à la surface interne de la Résistance, mais implique tout aussi bien la politisation effective des masses arabes du Liban, de Syrie, de Jordanie, d'Irak et d'Egypte, sous le nez des régimes arabes en place. Par un tel processus, la Résistance doit élargir sa base de masse, mais ne peut le faire seule ; les organisations locales sont là pour ça.

La réalité militaire de la Résistance doit se transposer expérimentalement aux organisations sœurs des pays arabes environnants. Qu'en est-il ?

- Qui dit politisation dit organisation des masses. Au lendemain des crises répétées de Jordanie, du Liban, annonciations des prochaines, il est très clair que ce travail est très loin d’être réalisé et que cette faiblesse organisationnelle tient à la faiblesse politique intrinsèque de la Résistance, dont le modèle de base, militariste, à base de commandos, est incapable de s’appli. quer mécaniquement à une réalité sociale plus développée, une société organisée par la production et le marché.

Le militarisme hégémonique actuel est directement issu du caractère étroitement nationaliste de la Résistance, L'accroissement quantitatif constant de la Résistance ne s’est pas accompagné d’une augmentation qualitative de sa force politique.

Nous devons voir maintenant quelles sont ou quelles seraient les conditions d’une telle transformation, si elles existent et comment elles peuvent ou pourraient être mises en pratique D'une manière plus abrupte : que doit et que peut faire la Résistance Palestinienne à son stade actuel pour s'engager sur la voie que suit le déferlement révolutionnaire dans tout le Sud-Est asiatique ?

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fée

De la Résistance Palestinienne à la Révolution arabe

1. L'impasse nationaliste

La nature sociale, économique, politique et militaire du sionisme a imposé à la Résistance des formes d'action particulières, difficiles, uniques, comparées au reste des luttes anti-impérialistes internationales. La lutte contre le sionisme a façonné la Résistance plus qu’elle n’a affecté la réalité socio-économique du sionisme en Israël.

Le temps et les épreuves vécues ont commencé à cristalliser au sein de la Résistance des courants politiques divergents. Ils se sont affirmés chaque fois plus nettement au cours des crises que la Résistance a traversées au Liban et en Jordanie quand elle fut l’objet d'attaques de la part des armées de ces Etats. Aujourd'hui, une question est ouvertement posée par les gouvernements arabes en premier lieu, Nasser en tête, par les Etats- Unis comme par l'Union Soviétique : « Comment entreprendre la liquidation de la Résistance Palestinienne, condition nécessaire à la réalisation de ‘la paix au Proche Orient ?» La dimension internationale de la Résistance apparaît inévitablement dans un pareil cadre, prouvant à quel point le conflit israélo-arabe dépasse les limites géographiques du théâtre d'opérations où il s'est exprimé jusqu'à présent. Le jeu local des forces politiques mondiales qui s’y affrontent remontent à de nombreuses années en arrière de la période qui a vu apparaître au grand jour la Résistance Palestinienne. Il en résulte tout naturellement aujourd’'hui une pénétration très forte, dans tout le Proche-Orient, des puissances impérialistes qui se partagent le monde avec la bureaucratie soviétique, elle-même fortement impliquée dans la région et le conflit.

Or, la motivation de la Résistance Palestinienne s’est jusqu’à maintenant exprimée essentiellement par la volonté de créer une nation palestinienne sur l'emplacement actuel de l'Etat israélien. Ce qui en soi suffit largement à justifier l'existence d’une Ré: sistance Palestinienne, première expression d'une nation en marche. La trajectoire politico-militaire qui doit faire passer de la revendication à la réalité cette Palestine libérée, est conçue par la très grande partie de la Résistance Palestinienne dans des cadres strictement militaires, et nous avons pu voir ce qu'il en était de la seule action armée dans les conditions actuelles du développement de la lutte. L'Etat palestinien, « démocrati-

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que, laïque et indépendant » tel qu'il est présenté par le Fath et son corollaire, l'O.L.P., n'est autre chose que le couronnement d'une lutte militaire et non d'une révolution sociale.

Cette conception de l’action armée limitée au seul cadre technico-militaire exclut au départ même de son combat la pré paration des masses arabes de Palestine, dissiminées dans tout l'Orient arabe, à une lutte sociale révolutionnaire contre les structures capitalistes des Etats arabes de la région. Cette vision de la lutte est contredite par les événements eux-mêmes, au Liban comme en Jordanie. Cette conception stratégique se conçoit extérieurement à la réalité sociale de l'Etat israélien Elle manque l'un de ses objectifs fondamentaux : l'insertion politique dans la société israélienne, exprimé même à l'état de projet politique. La pénétration politique dans le camp adverse est omise ou volontairement écartée, dc même que la préparation des masses arabes du: Liban ou de la Jordanie n’a pas été prise en charge par la majorité de la Résistance dans le but d'un affrontement avec les régimes qui les exploitent quand ces derniers lancent des attaques contre elle.

L'affirmation politique de la Résistance Palestinienne s'est jusqu’à maintenant (mi-1970) faite dans les cadres traditionnels du nationalisme arabe en lutte, et non dans les cadres politiques d'un projet de lutte révolutionnaire pour le socialisme. Les premières lézardes dans le mur du sionisme n'ont pas été considérées dans leur dynamique, et devant être exploitées pour ensuite les élargir et faire apparaître des contradictions sociales et politiques au sein d'Israël. Cette lacune montre à quel point la Résistance Palestinienne risque de se paralyser elle-même, quand sa direction de fait reste entre les mains de la partie la plus faible politiquement, mais la plus importante militairement. En ce sens, la Résistance Palestinienne demeure au stade actuel de son développement un mouvement confiné dans la tradition nationaliste.

Une des conséquences de cette situation dans la période actuelle est illustrée par le fait que les sphères hégémoniques de la Résistance Palestinienne ont été dépassées à plusieurs reprises par l'éclatement de crises aiguës et sanglantes, et débordées sur leur gauche par des mouvements principalement orientés et radicalisés par la gauche révolutionnaire palestinienne. La réponse des gouvernements arabes, en premier lieu ceux qui étaient et restent directement concernés par la présence de ces organisations palestiniennes sur « leurs » territoires, fut toujours et restera l’entreprise de liquidation de la Résistance ; dans la mesure où elle joue déjà ou peut jouer un rôle de radicalisation des luttes sociales dans ces pays, la fonction de la Résistance est un danger manifeste pour ces régimes. Il est pour le moins surprenant que la direction de fait de la Résistance Palestinienne, le Fath et l'OL.P. et surtout le premier n'ait nullement conçu l'objectif central de la Résistance comme inévitablement contradictoire au maintien en vie des Etats façades de Jordanie et du Liban. La perpétuation des Etats libanais et jordaniens, sous leur forme actuelle, passe par le maintien de l'Etat israélien, facteur d'équilibre de la présence impérialiste au Proche-Orient.

Sur le plan strictement militaire, cette conception stratégique de la lutte pour ce futur Etat palestinien se heurte à d’autres réalités dépassant par leur ampleur la puissance militaire de

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la Résistance seule, dans les cadres qui la définissent actuellement. Aujourd'hui, la destruction d'Israël par voie militaire, à supposer qu'elle soit possible sous peu, impliquerait une intervention militaire massive de l'impérialisme américain. Les destructions qu'elle opérerait seraient encore rendues faciles par la configuration géographique du terrain.

Selon la logique en cours imposée par la direction de fait (le Fath), la nation palestinienne est en devenir un appareil militaire, se réinsérant dans le concert des Etats arabes du Proche-Orient, au même titre qu'aujourd'hui l'Algérie s'est parfaitement réinsérée au Maghreb avec le meilleur accueil de ses voisins, après quelques années de frictions.

Des individus issus du courant nationaliste arabe traditionnel, ont compris l'impasse de cette orientation, mais uniquement d'un point de vue militaire. Et de ce fait ils continuent à véhiculer les thèmes politiques dont le nassérisme s'est fait le premier interprète : l'indépendance nationale sans contenu social autre que le capitalisme à base étatique militariste, bureaucratique et petite-bourgeoise. Les expériences de 1948 et de 1967 ont montré que l'unité arabe sans principe était une réalité factice quand il s'agissait d'affronter l’armée sioniste. Il s'avère aujourd’hui, plus que jamais, que l'unité arabe est seule capable de permettre un rapport de force conséquent dans la lutte militaire. Elle implique de regrouper les forces armées arabes du Liban à l'Egypte, certes, mais dans la situation présente cela est rigoureusement impensable. Il est possible de donner au moins deux raisons pour expliquer l'impossibilité d’une telle opération.

L'une provient du fait que les armées arabes constituent l'appareil central des Etats arabes dits « progressistes » qui sont les plus à même idéologiquement et militairement d'affronter cet Etat sioniste qui remplit l'essentiel des déclarations de leurs chefs. Or cela implique concrètement pour ces appareils d'Etat de risquer la destruction de la base sociale de leur existence. À cela s'ajoute le fractionnement politique interne dans ce corps politique de l'Etat qu'est l’armée, qui se traduit occasionnellement par des coups d'Etat. Une classe sociale dominante ne joue ses moyens de domination qu’en cas limite où son existence est en jeu, ou dans l'hypothèse d’une victoire réellement possi ble müûrement calculée. (Au sommet islamique de Rabat, en décembre 1969, unitaire et démagogue pour tous, Boumedienne proposa la moitié de son armée pour combattre en Palestine, et sans plus attendre!) Dans les pays arabes dits progressistes, l'armée constitue le garant d'un certain type de régime, sa fonction sociale primant sur sa fonction proprement militaire.

Une autre raison est fournie par la nature de ces armées, profondément marquées par l'éducation et l'entraînement qu'elles ont reçus, et aussi surtout par une pratique militaire qui s'est soldée par la défaite-répétition.

Dans un ouvrage écrit par un militaire arabe qui ne révèle pas son origine mais son grade de Commandant!, une confirmation de ce que nous pouvons déjà conneître de la réalité des régimes arabes est apportée.

1. Sabr Abou NipHar, La Bataille du cing juin 1967, L'Herne, pp. 50-51. Il ne nous étonnerait pas cependant que cet auteur se rattachât au courant baasiste.

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Dans une partie éloquemment intitulée : Suprêmatie donnée au « Paraître » sur l'« être», nous pouvons lire :

« À la veille de la bataille, tout le monde parlait de l'encerclement du petit Etat sioniste par plusieurs armées arabes puissamment armées. Le plus dramatique était que les responsables politiques arabes abondaient dans ce sens en surenchérissant sur leurs forces armées, comme les alliés à la veille de la Seconde Guerre mondiale faisaient état de l'efficacité, voire même de la supériorité de leurs armes anti-chars contre les blindés allemands. On. voyait défiler dans les rues du Caire des fusées énormes capables de détruire massivement les forces ennemies. Voilà le primat du Paraître sur l'être qui caractérise toujours le futur vaincu. Cette faute du Politique et du Diplomatique a été utilisée amplement par les ennemis de notre Peuple dans tous les domaines de la lutte et à tous les niveaux. Ces erreurs étaient commises par un esprit politique étroit, ignorant les règles et les exigences de la guerre. Si le Politique doit à tout instant diriger le Militaire, il ne doit en aucun cas l'ignorer. Or, tous les penseurs militaires arabes ont depuis très longtemps conçu et défini une stratégie globale de défense dont les points essentiels sont les suivants : — Unité militaire arabe — Utilisation des possibilités arabes pour une guerre prolongée — prendre l'initiative des combats (esprit offensif) —.

Aucun de ces points-clés n'est appliqué, parce que ni les discussions interminables des réunions des chefs d'Etat, ni les Traités militaires bilatéraux n'ont permis aux fils de notre Patrie d'unir leurs efforts et de les coordonner en vue de la victoire.

Nous n'avons pas perdu la bataille du 5 juin par manque de SHeEe, ni par défaut de soldats courageux, braves et inteligents.

Nous l'avons perdue parce que le Politique n'a pas su quand il devait utiliser les mots et quand il devait utiliser les fusils. Comme le dit Clausewitz : « La conduite de la guerre est donc dans ses grandes lignes, la politique qui saisit l'épée au lieu de la plume sans cesser pour cela de penser d'après ses propres lois ! » Encore une fois, pour que le Politique d'un camp puisse décider des moyens et des méthodes de la lutte, il faut qu'il soit intégré. Or, le camp arabe est constitué de telle manière que sa politique est un ensemble de petites politiques jamais concordantes et souvent contradictoires.

L'histoire et les générations futures jugeront les responsables des chefs d'Etat arabes sur leur volonté de permettre aux fils de la Patrie arabe d'être unis et préparés pour le jour « TJ» de la libération.»

Cet extrait est lumineux de lucidité sur les tares qui empéchent la seule stratégie arabe conséquente d’être appliquée. Mais cette lucidité s'exprime dans les cadres mêmes qui ont vu naître le nationalisme arabe moderne : une conception strictement mi litaire de la lutte. Dans ce court passage est reconnue l’incurie des dirigeants des Etats arabes « progressistes », et la vanité de leur verbalisme. Il illustre les conséquences ultimes de l'irrationalité dans laquelle ils se complaisent, irrationalité dont

2. Juin 1967.

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Nasser est un parfait exemple quand il prononce un discours à destination des populations arabes, faisant appel au sang et aux images de la Guerre Sainte, et fait démentir le lendemain ce même discours auprès de la presse impérialiste occidentale.

C'est cette tradition, si toutefois cela en est une, que la Résistance Palestinienne a interrompue en mettant en pratique les résolutions non tenues et les promesses démagogiques faites en périodes de tension politique. La Résistance a créé une réalité politique nouvelle à partir des thèmes officiels de la propagande de Nasser, mais en appliquant conséquemment ce que ces derniers se refusaient à faire, pour des raisons que nous avons précédemment considérées.

I1 a suffi que la Résistance Palestinienne agisse selon cette ligne pour que l’effectivité d’une certaine propagande se retourne contre ceux qui la diffusaient, et entraîne les masses d’autant plus facilement qu’elles étaient rompues aux thèmes de cette propagande,

Mais ces thèmes de mobilisation des masses deviennent inopérants lorsqu'il s’agit de lui faire franchir un seuil qualitatif quand la crise sociale au Liban ou en Jordanie dépasse le simple soutien aux fédayins. Dans ce cas, le rôle de direction politique de la Résistance fut manquant et toujours pour les raisons indiquées plus haut : la gauche palestinienne demeurant trop faible pour assumer cette tâche de direction politique des masses arabes.

Le lien quasi-naturel entre la lutte contre le sionisme et la lutte contre les régimes arabes qui la parasitent n'est pas repris dans la stratégie générale de la Résistance (si ce n’est par la minorité révolutionnaire représentée entre autres par le F.D.PL-P. et la situe donc en retrait par rapport à ce qu'elle a objectivement fait naître, ce à quoi les régimes libanais et jordanien sont prêts à répondre de la manière la plus violente.

Si dans le court passage cité, la guerre contre Israël est conçue dans le seul cadre possible : l'unité arabe, elle est toujours inscrite dans son application strictement militaire comme nous l'avons vu. En ce sens, elle ne met pas en cause la structure sociale et politique des régimes arabes qui ont créé ces armées. Et c'est bien là, le type d'homme, dans cet auteur, qui anime les sphères dirigeantes des régimes arabes « progressistes » et aussi de certaines parties de la Résistance, comme le Fath et la Sahika. Ainsi s'exprime d’une manière très concentrée, la « non-rupture » avec les cadres traditionnels de la pensée politique nationaliste arabe par rapport à la question du sionisme. La tendance exprimée est celle d'une amélioration, d'un perfectionnement des conditions données objectivement par la situation historique et économique de près de vingt années de nationalisme sans remettre en cause radicalement les bases fondamentales de cette idéologie et se hisser à une compréhension scientifique de la stratégie révolutionnaire. Le cadre donné et légué par le nationalisme est accepté comme un cadre légal et capable de produire des résultats, ce que l’histoire a formellement démenti.

Dans une telle optique, il est même possible de concevoir l'existence d’une sorte de parti d'avant-garde, de l'appeler « révolutionnaire », au besoin lui donner un sigle quelconque, FLN. qui serait en fait un renouvellement, un « rafraîchissement des anciens partis nationalistes des bourgeoisies nationales d'il y à

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un quart de siècle et même un demi-siècle ; la stabilisation des régimes arabes progressistes par l’aide économique apportée par les bureaucrates d'Union Soviétique crée l'illusion de la réalité de ces Etats et de la force historique de leur idéologie cartonpâte. Un parti défenseur du socialisme arabe, c'est-à-dire du capitalisme bureaucratique d'Etat, n’est rien d'autre que le produit de cette situation qui voit régner l'illusion de l’indépendance actuelle de la « Patrie Arabe » dont parle notre auteur cité. Cette illusion repose sur l'ignorance de la nature économique et sociale de toute guerre révolutionnaire prolongée, comme celle au'impose la nature du sionisme en Israël. Ce confinement de la conception de la lutte dans les limit patriotico-nationalistes pour affronter un corps étranger et hostile à la nation arabe : Israël ne peut que répéter avec des conséquences plus graves encore les échecs passés, et préparer avec plus de force l’avènement urgent d'organisations marxistes-révolutionnaires au Proche-Orient.

Cette mystique de l'unité arabe (= devoir moral), se brise devant la réalité de la dépendance économique des Etats arabes. TOUS les Etats arabes sont rattachés soit à l'économie impérialiste mondiale, soit à celle de l'U.R.S.S., et parfois même aux deux. Cette dépendance économique détermine l'emploi des armées arabes et en conséquence celle de la stratégie générale et du moment de son application dans la guerre contre Israël. Il n'est pas besoin de démontrer que dans état actuel des choses, une telle unité est proprement impensable et a fortiori irréalisable.

La condition la plus importante pour la réalisation d’une telle perspective de lutte, englobant toute l'énergie militaire disponible au sein du monde arabe, est la transformation de la réalité intérieure actuelle des armées arabes. Leur histoire marquée par les défaites n'est pas sans provoquer un tassement dans la mobilisation politique antérieure. Le renouvellement des générations permet certes de reconstituer le potentiel moral de combat, mais les chefs et l'idéologie restent les mêmes et subissent le double vieillissement de l’âge et de l'échec.

Cette transformation des armées arabes en armées révolutionnaires, si tant est que cela soit possible, signifie concrètement l'éjection des «conseillers militaires» soviétiques, c'est-à-dire briser le carcan qui s'oppose à l’utilisation d'un armement de première qualité pour des raisons de basses manœuvres de politiques internationales de la bureaucratie de Moscou, et de préservation de ses intérêts stratégiques dans la région. Mais à cela ne se réduisent pas les conditions nécessaires et suffisantes de la transformation des armées arabes. La motivation politique et l'attitude au combat des armées arabes doit être remodelée de fond en comble.

Un général israélien explique comment l'armée égyptienne s'est conduite dans le Sinaï en juin 1967, compte tenu de son armement soviétique derniercri en matière de stratégie offensive : « Les Egyptiens ne savaient pas se servir des tanks comme d'unités blindées mobiles. Ce n'était pour eux que de l'artillerie. Ils ont commis la même erreur que les Français en 1940 qui étalèrent leurs 4.000 chars tout le long des frontières. Les Allemands, avec 2.500 chars groupés en divisions blindées percèrent où ils voulurent. Concentration dans une guerre de blindés égale victoire. Nous avons concentré nos trois groupements blindés

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sur une largeur inférieure à 50 kilomètres, alors que les Egyptiens les disposaient dans tout le Sinaï. » C'est bien ce type d'armée qu'il faut donc transformer, ou faire disparaître !

Mais comment former de nouveaux cadres militaires destinés à prendre en main ces armées ? Dans quelles écoles militaires ? avec l'accord de quel gouvernement ? Et que faire de tous ceux, parmi les cadres actuels des armées égyptienne, syrienne, irakienne, qu'il faut sortir de leurs anciennes fonctions, qui sans doute ne l’accepteront pas comme cela, compte tenu du statut social de l’armée au Proche-Orient en général et dans les pays arabes dits progressistes en particulier, et aussi que la superstructure de ces armées est faite d'individus liés à la bureaucratie d'Etat, plate-forme de lancement d'une bourgeoisie nouvelle. Aux lendemains de la Guerre des Six Jours, chaque économie arabe a empiré, situant chaque Etat arabe dans une dépendance accrue par rapport au « tuteur » soviétique pour les Etats dits progressistes ; par là même, la situation des armées arabes a vu s’accroître sa dépendance parallèlement, dont la conséquence actuelle est l'impossibilité pour un Nasser d'utiliser son armée en toute liberté, la coupure créée entre elle et lui par la présence et la politique soviétique rendant uniquement défensive la fonction de toute cette armée. L'impasse nationaliste est totale, par quel bout qu'elle soit considérée et malgré l'optique qui l'oriente : l'unité arabe.

Quand il est connu que la chasse aux communistes, même « orthodoxes » est toujours en vigueur dans des pays comme l'Irak ou la Syrie, ce qui n'empêche pas que des ministres excommunistes soient au gouvernement, ies pires doutes, pour ne pas dire une désillusion totale, doivent se manifester quant à la possibilité d'une unité arabe capable de faire face à la réalité actuelle, militaire et économique de l'Etat israélien.

Une dernière considération s'ajoute à ce qui pourrait être un réquisitoire sur l'impuissance et l'impasse nationaliste arabe comme il s’exprime encore et toujours à l'époque présente. C'est un devoir pour tous révolutionnaires arabes, marxistes s'entend, d'écarter cette tendance néo-classique du nationalisme arabe à considérer les formes et les conditions de la lutte militaire antiisraélienne comme avant juin 1967. Depuis, les conditions géographiques de la stratégie sont changées, les conséquences territoriales de la Guerre des Six Jours modifient la configuration du champ de bataille, suite aux occupations de territoires stratégiques par Israël. Les hauteurs de Golan, en Syrie occidentale, ont été perdues et il est très peu vraisemblable que les autorités sionistes les restituent ; elles sont appuyées en ce sens par les puissances impérialistes et le silence de l'Union Soviétique. La raison en est simple : cette position surélevée, truffée d’installations militaires syriennes, dominait des portions entières d'Israël et les tenait sous le feu des canons installés sur la montagne. Le Sinaï, lieu d’affrontement des armées israéliennes et égyptiennes est entre les mains des autorités sionistes, et ne sera rendu qu'en échange d’une paix garantie d'accords de la part des Egyptien: Quand bien même il sera rendu tôt ou tard, il sera démilitarisé, Nasser ou ses successeurs acceptant et appuyant cette mesure, les tentations passées étant trop lourdes de conséquences pour l'Etat et l'économie égyptienne.

L'impasse nationaliste arabe, quelle que soit la forme selon

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laquelle elle continue à s'exprimer est historiquement condamnée. Le risque que la Résistance Palestinienne perpétue ce courant est réel, dans la mesure où elle se nourrit aux mêmes sources, en reproduisant ses conceptions et ses illusions passées. Néanmoins, un seul thème de nationalisme arabe, son thème originel : l'unité arabe, point central de toute l'histoire du mouvement nationaliste arabe et de ses composantes diverses et dissidentes depuis des décennies demeure l’acquit révolutionnaire essentiel de son histoire. Mais comment faire l'unité et sur quelles bases ?

2. La naissance de la révolution arabe

La défaite de juin 1967 est celle du nationalisme arabe. Elle est sans appel. Elle marque dans l’histoire de la révolution arabe l'étape décisive où la stratégie seule capable de permettre la poursuite de la lutte avec de réelles chances de succès est celle de la révolution prolétarienne.

C'est sur cette défaite que la Résistance Palestinienne a grandi et pris son élan. Mais la Résistance Palestinienne, comme nous avons pu le voir n’est pas synonyme de révolution prolétarienne même si nous pouvons et devons considérer qu'elle en accélère le mouvement et la maturation. Des années durant, réduite à l'état de mouvement clandestin ultra-minoritaire, la Résistance Pales tinienne s’est vue pourchassée et réprimée sans véritable possibilité d'action, bloquée par la masse inefficace et factice d'une Armée de Libération de la Palestine reposant sur la Ligue Arabe et dirigée par le pire défenseur que la cause palestinienne a trouvé à ce jour : Ahmed Choukeiry.

L'existence de la Résistance Palestinienne signifie avant tout l'épuisement des formes étatiques du nationalisme, la fin du rôle de radicalisateur politique des masses arabes et palestiniennes joué jusqu'alors par les régimes nationalistes petit-bourgeoïis, Nasser en premier sur la liste. La descente dans l'arène politique des masses palestiniennes a provoqué une certaine cassure dans la continuité du mouvement nationaliste traditionnel. La prise en charge directe de la défense et de la réalisation de leurs intérêts, par les Palestiniens eux-mêmes a créé une situation nouvelle au sein du monde arabe, donnant force et prestige à un mouvement qui s'est développé en dehors des canaux traditionnels et à l'extérieur des structures étatiques de n'importe quel Etat, fut-il aussi démocratique et « progressiste » qu'il puisse en exister au Proche-Orient, présentement. Nous pouvons être certains, que quoi qu'il advienne de la Résistance Palestinienne, cet exemple ne restera pas sans conséquence pour l'avenir immédiat de la révolution arabe ; au même titre que l'expérience révolutionnaire algérienne saura tôt ou tard se réinvestir dans le cadre d’une lutte révolutionnaire pour le socialisme en Algérie. Cette rupture a trouvé son expression ia plus formulée dans les deux organisations de la gauche de la Résistance Palestinienne, le Front Populaire de Libération de la Palestine de Georges Habbache (F.P.L.P.) et sa scission de février 1969, le Front Démocratique et Populaire de Libération de la Palestine de Nayef Hawatmeh (F.D.PL.P.) Ces deux organisations se sont opposées à plusieurs reprises à la réglementation, de la part de quelque Etat arabe que ce soit, visant à limiter leur liberté politique et

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imilitaire d'action. Cela leur vaut maintenant d'être la cible de toutes les menées contre-révolutionnaires de Hussein de Jordanie. Ce sont aussi les deux seules organisations dont les conceptions stratégiques de la lutte anti-sioniste les amènent à une tentative de généraliser le combat à la région, contre les régimes arabes eux-mêmes.

La Résistance Palestinienne, comme phénomène politique, a amorcé un processus plus large qu’elle-même, la mise en mouvement des masses arabes de la région autour d’un thème nationaliste dont les racines populaires permettent son écho favorable auprès de ces populations. Cet élargissement de la base du soutien populaire à la résistance intervient à un moment où les dirigeants traditionnels des courants nationalistes s'apprêtent ouvertement à appliquer une « solution » pacifique à la question palestinienne en traitant d'une manière ou d’une autre avec les autorités israéliennes. Bien que l'idéologie politique fût commune tout au début de la résistance palestinienne, aux régimes arabes les plus « progressistes » et à la résistance, l'effectivité de la résistance sur le terrain militaire et politique a fait sortir une partie d’ellemême de ces cadres nationalistes antérieurs et concrétise par ce fait la première conséquence politique importante de son développement. La fonction de rupture dans le nationalisme jouée objectivement par l'extension et l’action de la résistance s'est produite non pas en conséquence du développement de la lutte de classe dans les pays arabes environnants, selon un processus classique comme il a eu lieu dans la plupart des pays sujets à des développements révolutionnaires antiimpérialistes, mais plutôt en contre-coup de l'installation du sionisme dans la région sous la forme de l'Etat d'Israël.

Il à résulté de cette situation particulière une trajectoire particulière du développement de la Résistance Palestinienne, mais au-delà de la Résistance Palestinienne, de la révolution arabe dans le Proche-Orient (l'Orient Arabe).

3. La rupture objective dans le courant nationaliste

La mise en pratique par la résistance des thèmes nationalistes classiques anti-sionistes créés et largement diffusés par les Etats arabes, a eu pour conséquence positive immédiate de mobiliser et d'entraîner les masses dans l’action, contrairement à la politique des Etats arabes. L’exacerbation des contradictions entre ce mouvement dont la dynamique propre contribue à sa transformation et les régimes arabes, devient une possibilité chaque fois plus affirmée avec la fréquence de crises aiguës durant lesquelles régimes jordaniens et libanais se sont affrontés avec la résistance. Les attitudes discordantes des courants nationalistes arabes au cours de ces affrontements sont autant de facteurs jouant en faveur du développement révolutionnaire, en opposition au tableau déliquescent de l'édifice fissuré des Etats nationalistes petits-bourgeois. L'épuisement accéléré de capacités politiques de mobilisation des masses est encore révélé aux yeux de la résistance, et plus encore à ceux des nouvelles générations, celles des combattants du moment, par le fait qu'’aujourd'hui ces régimes laissent seule la résistance aux prises avec la réaction arabe comme cela est apparu lors des crises de Jordanie et du Liban des derniers mois. Par ce biais, le détachement

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d'une certaine base populaire de ces régimes est devenue pour la partie la plus politisée, une possibilité dont la réalisation témoignera de la maturité politique de la gauche palestinienne, seule capable d'assumer une tâche semblable, pas seule, en alliance étroite avec des organisations révolutionnaires des pays considérés. Cette question se pose concrètement non pas pour les années qui viennent mais à court terme. Mais cela implique de sortir totalement des cadres de pensée, d'action du nationalisme arabe.

Vu la politique actuelle des régimes arabes à la recherche d’un compromis avec le sionisme et l'impérialisme américain, il apparaît avec netteté que de la part de la Résistance Palestinienne, même la volonté de mettre en pratique des thèmes traditionnels, comme c'est le cas pour le Fath au moins, l’oppose à la politique de ces Etats. Le maintien de cette idéologie issue des directions étatiques nationalistes petites-bourgeoises comprend un autre risque : celui d’emprisonner la résistance dont les forces de gauche encore limitées militairement et politiquement ne puissent pas renverser le cours politique et y opposer un cours révolutionnaire. C’est cela que la dernière crise de juin 1970 en Jordanie a concrètement posé.

L'épreuve test est fournie par la visée stratégique de la lutte, dont nous avons mentionné plus haut la formulation qu’elle avait trouvée chez le F.P.L.P. et le F.D.P.L.P. La systématisation de la lutte contre tout ce qui s'oppose à la lutte contre le sionisme est la preuve de cette rupture en cours et non irréversible (ne serait-ce qu’à cause du rapport de force) d'anciennes forces du nationalisme arabe avec ce courant. Elle traduit une maturation politique, en rapport avec les conditions historiques nouvelles et reliée à une analyse plus conséquente de l'action combinée de l'impérialisme et des sionistes dans la région. Mais en définitive, c'est sa mise en application effective qui déterminera cette sortie des cadres nationalistes, sa dynamique propre; ses conséquences agissant sur la radicalisation de la pensée révolutionnaire et l'élargissement de son rayonnement, condition de son succès. L'éclatement du carcan nationaliste qui enferme encore la Résistance Palestinienne implique l'élimination des forces de son maintien se reliant les unes aux autres comme les maïllons d'une même chaîne, depuis la réaction arabe iraditionnelle incarnée par l'Arabie saoudite et les émirats du pétrole, sans compter le Maroc, jusqu’à l'Algérie et la Syrie en passant par l'Egypte et l'Irak. Nous appuyons la critique radiale qui est faite de cette conception illusoire de l'action de la résistance existant présentement dans les milieux hégémoniques de la Résistance Palestinienne, comme elle a été formulée par A. Saîd et M. Machover : « … Les formules qui se limitent à la seule Palestine dérivent, en dépit de leur apparence révolutionnaire, d’une attitude réformiste qui recherche des solutions partielles dans le cadre de conditions existant présentement dans la région. En fait, des solutions partielles ne peuvent être mises en pratique qu’au-travers d’un compromis avec l'impérialisme et le sionisme. » (A. SaîD et M. MACHOvER, « Lutte palestinienne et révolution arabe », Quatrième Internationale, n° 39, septembre 1969.)

Il se trouve que dans la dernière période, le seul fait de vouloir réaliser cette perspective directement issue du nationalisme arabe a inscrit la Résistance Palestinienne en contradiction avec la politique des régimes arabes Cette contradiction est

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devenue par les formes de son expression un facteur de politisation des masses environnantes des théâtres d'opération, et surtout un élément prioritaire de la politique intérieure des régimes libanais et jordaniens, alors que la question israélienne proprement dite Iésnénsionnisme sioniste) était, au moins pour le Liban, une question secondaire, ce vers quoi tendaient volontaire ment les autorités jordaniennes, mais sans succès.

Au sein de la Résistance Palestinienne, le débat le plus important qui a donné lieu à l'apparition de divergences substantielles entre les différentes organisations, porte sur le type de relations tactiques, et politiques, avec les régimes arabes de l'environnement immédiat des opérations militaires. La place tenue par les régimes progressistes dans ces débats est évidemment prépondérante, ne serait-ce que c'est à leurs initiatives dans la lutte contre le sionisme que la résistance doit son existence actuelle, et qu’elle reste fortement tributaire de leurs prises de positions politiques. Le Fath, aile majoritaire de la résistance a déclaré à plusieurs reprises et y compris dans les périodes de crises les plus aiguës, que la Résistance Palestinienne ne pouvait en aucune manière s’ingérer dans les affaires intérieures des pays arabes frères. Si des caractères naïfs pouvaient encore croire à des attitudes tactiques de la part de la direction d'El Fatah, il apparaît qu'au lendemain de la dernière crise de Jordanie, la plus importante par l'ampleur des combats, cette direction semble préparée à des compromis avec les gouvernements « progressistes », au prix de la disparition de l'aile gauche de la résistance.

La réalité de ces désaccords est apparue quand la situation générale a créé les conditions d'une application concrète de ces conceptions divergentes et mêmes contradictoires. Mais l'absence à court terme de possibilités d'application par la gauche palestinienne de conceptions révolutionnaires justes en matière de stratégie, travaille contre elle. L'ouverture d'un front révolutionnaire ici et là dans le Proche-Orient requiert un temps de préparation assez long, d'autant plus que cette lutte n’a d’issue possible que dans le cadre général de la révolution prolétarienne. À ce jour, il ne semble pas qu'aucune de ces deux organisations ait matérialisé ces positions ; même en considérant que le silence de la sécurité et du travail clandestin ne permettent pas d'affirmer péremptoirement que ce travail n'existe pas, nous sommes en mesure de croire et de considérer que deux années et plus après le début à l'échelle de masse de l'action de la Résistance Palestinienne, l'apparition de formes concrètes de cette stratégie n’est pas visible. La chasse aux communistes en Syrie, considérant la nature du type de communiste que les partis communistes stalino-réformistes ont produit dans ce pays comme dans les autres pays arabes, n’est pas non plus une indication de l'ouverture de front révolutionnaire dans ce pays, d’une part parce que la gauche palestinienne entend maintenir dans ce pays de bons rapports avec le régime en place, d'autre part traduit la base foncièrement anti-communiste de ces régimes progressistes petits-bourgeois partisans du « socialisme arabe ». De surcroît, l'absence de traditions organisationnelles et politiques de la classe ouvrière dans ces pays, à l'exception de l'Irak (mais avec réserves après la disparition des bases de masse du parti communiste local), nécessite un effort très important et de

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longue durée. Il ne peut exister de bases prolétariennes ou populaires à aucune lutte révolutionnaire, armée ou guérillériste à fortiori, si elle ne s'appuie pas dans les centres urbains et prolétariens, sur des masses politisées et conscientes de leurs intérêts à défendre, incarnées par cette avant-garde révolutionnaire combattante. À ce jour, il ne semble pas qu'aucune des deux organisations de la gauche de la résistance aient pu réaliser un travail semblable ni même aient trouvé les moyens humains et matériels de cette politique. La question qui est posée en conséquence s'établit comme suit : comme les développements politiques actuels dans les pays arabes sont liés à la situation palestinienne, qu’ils ne peuvent être contrôlés et accentués dans un sens révolutionnaire par la résistance elle-même, que la poli tique de ces régimes arabes relève davantage du nationalisme étroit en axant tout travail de propagande sur la dénonciation du sionisme, et non sur la dynamique révolutionnaire de la Résistance Palestinienne comme il est possible de s’en douter, et que en définitive, ces régimes arabes déterminent l'avenir et l'effectivité de la résistance, nous sommes en droit de douter que cette généralisation de la lutte révolutionnaire dans une partie au moins de l'Orient arabe reste une perspective de lutte encore éloignée, qui n'en demeure pas moins la seule conséquente. Mais cela implique avant tout de s’adonner à une étude plus approfondie de la lutte actuelle et des conditions dans lesquelles elle se déroule, à la lumière d’une théorie marxiste assimilée et non tirée des seuls textes traduits et distribués à ce jour dans le monde arabe, ceux des staliniens, en conséquence du monopole qu'ils ont eu de fait en matière de marxisme. De cela nous pouvons tirer matière à réflexion quant à la formation de l’avantgarde marxiste révolutionnaire arabe.

S'il existe présentement dans l'extrême sud de l'Orient arabe, au fin fond de la péninsule arabique et sur les bords du golfe arabique un mouvement révolutionnaire consistant depuis déjà plusieurs années, son développement n’est pas lié à la Résistance Palestinienne, et du fait des conditions historiques et sociales de son développement, il n’est pas soumis à l'idéologie nationaliste officielle et traditionnelle, à cause de son éloignement des centres idéologiques nationalistes, des formes de son combat antiimpérialiste qui l’inscrivent sur une trajectoire prolétarienne classique (sans entrer dans des considérations sur la nature de son idéologie). Ce sont les conditions de mürissement des contradictions liées à la colonisation impérialiste directe qui ont aidé ce développement.

L'interaction de ces différents fronts de lutte n’est pas établie concrètement au stade actuel de la lutte. Non pas du fait qu'elles restent en decà d'un stade de développement qui permettrait leur audience de masse, mais parce que l'inter-pénétra: tion des fronts est tributaire de l’inter-pénétration préalable des directions de ces mouvements, quand bien même leurs directions entretiennent des relations étroites comme c’est le cas pour le F.D.P.L.P. et le Front de Libération du Golfe Arabique Occupé, issus du Mouvement Nationaliste Arabe.

Le retard et l'inégalité de développement de la révolution arabe dans l’ensemble de l'Orient arabe constitue une menace de taille pesant sur l'activité de la Résistance Palestinienne Cette inégalité, facteur objectif utilisé par les gouvernements arabes, se combine avec les tentatives de ces derniers de faire

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disparaître la résistance, ou au moins, sa partie la plus mobilisée et la plus combattante : le F.D.P.L.P. et le F.P.L.P.

Cette situation est parfaitement synthétisée par À. Saîd et M. Machover : « Le peuple palestinien livre une bataille dans laquelle il doit faire face au sionisme qui est soutenu par l'impérialisme ; à l'arrière, il est menacé par les régimes arabes et la réaction arabe qui est également soutenue par l'impérialisme. Tant que l’impérialisme conservera ses intérêts sérieux au Proche- Orient, il n'est guère concevable qu'il retire son appui au sionisme, son allié naturel, et qu'il permette de renverser ce dernier; il le défendra jusqu'à la dernière goutte de pétrole arabe. D'autre part, les intérêts et la domination de l'impérialisme dans la région ne peuvent être brisés en éclats sans renverser ces associés subalternes. de l'entreprise d'exploitation impérialiste que sont les classes dirigeantes du monde arabe. La conclusion qu'il faut en tirer, n'est pas que le peuple palestinien doive attendre patiemment que la domination impérialiste soit renversée dans la région tout entière, mais bien qu'il doit se rallier à la lutte plus large pour la libération politique et sociale du Moyen Orient.»

4. La rupture subjective avec le nationalisme

Avec le développement de la résistance, les conditions politiques ont été bouleversées. L'organisation de la rupture avec le nationaliste, dans le domaine de la réflexion et de l'éducation politique est la tâche de la gauche palestinienne. De cette transformation dépend le développement de la révolution arabe à partir des nouvelles conditions favorables créées. C'est dire l'importance de l'enjeu palestinien. Les capacités de la résistance d’assurer une telle entreprise découlent de ce que la gauche palestinienne (F.P.L.P.; F.D.P.L.P.) a été capable de faire dans ce domaine jusqu'à ce jour, c’est-à-dire finalement très peu. Comme la réaction arabe en Jordanie et au Liban se structure fortement (unités de l’armée pakistanaise en Jordanie et appareil militaire indépendant de l'extrême-droite au Liban), que la Ré sistance Palestinienne est déjà en régression au Liban sud, l'organisation pratique, subjective des bases de la révolution arabe et de son développement à partir de la Résistance Pales tinienne est la tâche de l’heure. En quantité, et en qualité, la gauche palestinienne reste très faible pour assumer une telle arme gigantesque. Mais, il n'en reste pas moins que si dans les conditions données actuellement, les organisations palestiniennes qui sont les supports objectifs et subjectifs de cette rupture ne profitent pas ou ne continuent pas de profiter des conditions de légalité toutes relatives qui prévalent actuellement en Jordanie du seul fait du rapport de force entre la résistance et le régime (qui leur permet d’agir au grand jour), et d'utiliser des moyens de propagande assez efficaces, pour faire rejaillir la leçon palestinienne sur le monde arabe, l'essor de la révolution arabe sera d'autant retardé. Pour une période encore longue, la direction des masses demeurera entre les mains de dirigeants qui sont installés à des postes de chefs de gouvernement, en liaison avec la droite palestinienne et le Fath. De ces regroupements, la révolution arabe ne peut rien attendre.

Cette question de l'extension de la lutte, du front révolutionnaire, de la politisation de sa base sociale et de son élargisse-

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ment à l'échelle du monde arabe, contre tous ces régimes petitsbourgeois, qui vivent de compromis à la petite semaine avec la bureaucratie soviétique qui leur fournit sa conception stalinomenchevique de la révolution par étape (et par de longues étapes recherchées) et les moyens de se maintenir, et avec l'impérialisme qu'ils craignent d'affronter et s'y refusent finalement, soulève celle de «l'ambiguïté» inhérente à la Résistance Palestinienne. Elle réside dans une certaine illusion apparente, mais jamais démentie par les éléments révolutionnaires les plus conséquents de la Résistance Palestinienne : que la tâche immédiate et prioritaire de tous révolutionnaires arabes est de tout investir dans l'affrontement avec le sionisme sous sa forme actuelle. Nous avons pu voir dans les chapitres précédents que cette vision sur le plan militaire, purement technique, était sans réelle issue. Le fond même de la lutte palestinienne comme l’établissent A. Saïd et M. Machover, repose sur une illusion réformiste de la possibilité de combattre le sionisme séparément de l'impérialisme, en pratique, tout en proclamant à juste titre parallèlement que lutter contre Israël c'est lutter contre l'impérialisme américain, comme si la lutte contre le système capitaliste dans quelque endroit du monde considéré, se limitait à l'affrontement avec le patron local, la police ou les forces de répression locales.

La poussée des masses dans ce sens, préparées objectivement par une propagande démagogique des Nasser et autres Baath, a créé un support très puissant aux réactions immédiates, à quoi les partis communistes ont été incapables d'opposer une alternative révolutionnaire. De ces facteurs, comme nous avons pu déjà le voir antérieurement, une certaine trajectoire politique a orienté le développement de la révolution arabe, dont les mas ses ont été canalisées par les directions nationalistes, produits indirects de la faillite des partis communistes sous la direction de Staline et de sa clique. Inévitablement, les conséquences de cet état de fait ont été le maintien de la conscience des masses à un niveau très bas, entretenu par la démagogie, l’inconsistance des directions petites-bourgeoïises en matière de lutte révolutionnaire et d'organisation de l'économie de guerre, l'utilisation de la mobilisation contre le sionisme comme /e seul objectif révolutionnaire, qui du fait de son insertion naturelle dans les thèmes traditionnels du nationalisme, a permis le repli sur l'idéologie nationaliste, prenant place comme thème central de mobilisation et comme clef de voûte de tout l’appareiïllage politique et organisationnel de la petite-bourgeoisie arabe nationaliste.

Plus largement, nous pouvons relever un aspect très particulier du développement de la révolution arabe au Proche-Orient en comparaison avec celui des mouvements révolutionnaires dans les pays coloniaux d'Asie. Le mouvement palestinien n’a débuté véritablement que vingt années après l'installation de l'Etat israélien proprement dit, et après les premiers combats révolutionnaires anti-impérialistes dans le monde. Et quelques années auparavant, la Palestine avait été secouée par une grève géné. rale prolongée dont les motivations révolutionnaires traduisaient une mobilisation politique certaine des masses arabes.

Dans le cas des mouvements de l'après-guerre en Asie notamment, les combats sont les fruits ultimes de l'exacerbation des contradictions sociales dans des pays où l'impérialisme as-

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surait une exploitation directe des ressources et des masses des pays colonisés. Le sursaut national contre l'impérialisme avait généralement pour conséquence immédiate de donner à cette lutte nationale une conscience politique directement reliée à la base sociale prolétarienne de cette lutte. Très vite, ces mouvements, sur leur lancée affirmèrent leur nature prolétarienne, soumise à de nombreuses déformations politiques, mais dont les racines de classe furent la garantie de leur maintien en lutte ou de leur succès.

Le mouvement nationaliste arabe du Proche-Orient n'a pas finalement pris son essor au contact de la présence impérialiste, considérant toutefois qu'il est tributaire des conditions créées par l'impérialisme. Cet essor a été pris au contact du sionisme, par la réaction à la colonisation sioniste comme nous en avons vu les formes précédemment. Le phénomène nationaliste juif incarné et construit par le sioniste a donné une certaine configuration au nationalisme arabe dont il est devenu le polarisateur essentiel. Le mouvement nationaliste arabe s'est principalement développé par l'affirmation de la question palestinienne et non dans des luttes prolongées et multipliées contre l'impérialisme. En ce sens, l'idéologie nationaliste a trouvé dans ce cadre général du développement du nationalisme arabe une possibilité de se perpétuer, étant ainsi toujours en mesure de maintenir une force considérable sur les masses au travers des organisations, qui sont elles-mêmes tenues par une certaine logique de la lutte anti-sioniste telle qu’elle se définit actuellement.

De plus, comme la pratique de la Résistance Palestinienne a précédé tout développement théorique conséquent sur la question, les courants nationalistes et avant tout le Fath ont pu profiter du vide politique total simultanément à la sensibilisation émotionnelle des masses palestiniennes. L'essor de la résistance n'étant pas dû initialement à un mouvement social national classique, mais à une vague de fond canalisée et entretenue par les différents courants nationalistes, dans les limites de ses thèmes politiques. De ce fait, le terrain politique s'est trouvé très tôt et très fortement structuré par des courants qui ont exploité et formulé une idéologie « naturelle », dont les thèmes, « la Patrie, la Terre,» ont dynamisé le mouvement des masses parce qu'il entrait en résonance directe et immédiate avec le degré de conscience des masses et de mobilisation des secteurs d’avantgarde.

C'est ce cadre idéologique dominant qui paralyse une élévation de la conscience des masses, garante d’une extension politique et militaire du rôle de la résistance. Cette conscience ne peut être valablement étayée et dégagée que dans l'affrontement avec les régimes jordaniens ou libanais, l'éducation ne suffisant pas à elle seule à son müûrissement. Les racines de classe objectives de la Résistance Palestinienne pour devenir une force politique agissante (et assurer une certaine solidité au mouvement) dans la lutte contre le sionisme doivent trouver une traduction politique dans la propagande et dans l’action. Ceci a pu connaître un début d’affirmation lors de la grande grève des ouvriers des phosphates et des cimenteries en décembre 1969-janvier 1970, en Jordanie, qui fut défendue armes en mains par le F.P.L.P. et le F.D.P.L.P. Mais ceci ne reste qu'un épisode qui ne peut suffire à lui seul à transformer les bases sociales et politiques du

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mouvement palestinien tout entier, surtout quand des forces de ce même mouvement (Fath) joue la carte opposée avec force et conviction. De cette transformation dépend l'accélération du processus révolutionnaire dans le monde arabe. La disponibilité totale de la jeunesse des camps de réfugiés à la lutte en fait une matière politique aisément manœuvrable aussi bien sur le plan idéologique que militaire. Jusqu'à ce jour, les directions qui ont occupé une place hégémonique au sein de la Résistance Palestinienne, de l'O.L.P. de Choukeiry à l'OL.P. de Yasser Arafat ont délibérément mis de côté si ce n'est étouffé la question de la nature sociale du mouvement palestinien, l'objectif étant de concilier ce mouvement avec les thèmes idéologiques et religieux traditionnels et surtout ne pas être en contradiction avec la politique des Etats arabes ; l’autre face de cette attitude est de favoriser la naissance d'un courant le plus large possible et sans principe. De Choukeïiry à Arafat, les méthodes ont changé, le style s'est considérablement amélioré, l'efficacité a fait un bond en avant, mais le fond politique, les bases idéologiques sont restés semblables. Néanmoins, cette simple transformation, dans des conditions historiques hautement favorables, a permis de débloquer et de livrer à l’action des forces considérables dont découle la situation présente, ainsi que d’éveiller sur une grande échelle un secteur d'avant-garde important du monde arabe.

La contradiction entre cette étape initiale du mouvement palestinien et celle qui s'est dessinée tout au long de cette année, à la suite de l'accumulation de crises répétées et de l'accroissement en intensité de chacune d’entre elles par rapport à la précédente, ne s’est pas traduite par des bonds qualitatifs importants de la résistance. La mainmise idéologique de courants politiques dépassés historiquement, sur la grande masse de la résistance ne la prépare pas à des heurts inévitables avec la réaction arabe de plus forte intensité.

Cette faiblesse du comportement politique de la résistance par rapport à cet encerclement politique multiforme dont elle est tributaire dans un avenir très proche, se retrouve dans la manière de considérer la question de la société israélienne et de son avenir dans l'hypothèse d'une libération de la Palestine par la résistance, c’est-à-dire d'une victoire militaire de la résistance.

Cette question est sans nul doute celle qui éclaire de la lu mière la plus crue l'incapacité constitutionnelle du nationalisme arabe à retourner le problème palestinien ; elle permet aussi de voir à quel point, à l'exception de la minorité palestinienne se réclamant du marxisme, d'une manière générale, la Résistance Palestinienne reste politiquement en deçà des problèmes auxquels elle se heurte, qui réclament une élaboration politique et des types d'action supérieurs à ce qui existe à l'étape actuelle.

Actuellement, deux formes contradictoires de nationalisme s'affrontent en Palestine, l’une révolutionnaire, l’autre rétrograde et liée à l'impérialisme, la première confondant ses intérêts avec ceux de la révolution mondiale. Chacune s’exclut en tant que totalité contradictoire à l’autre. Le combat est militaire et le restera si la situation demeure ainsi fermée. La société israélienne est une totalité hermétique, dont la forme d'expression, unique, synthétique est son armée. Cette vision peut être justifiée par des années de lutte entre les Etats arabes et l'Etat sioniste, à l'échelle des Etats, masquant la réalité sociale propre à chaque

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camp. Or, chacun de ces deux camps repose sur une structure socio-économique de type capitaliste bien que fortement différenciée. De part et d'autre apparaissent les premières véritables luttes sociales, très réduites et maintenues dans les cadres des systèmes politiques respectifs, et une certaine forme de détachement politique de ces régimes de couches de la jeunesse, sans pour autant que des alternatives soient mises en avant et puissent servir de ciment à l'opposition naissante; elle se développe dans le cadre général des régimes en place, phénomène classique et traditionnel qui se retrouve dans toute société peu politisée.

Jusqu'alors des forces de taille soit négligeable soit assez réduite ont saisi politiquement et pratiquement cette question et y ont vu la racine de la faiblesse constitutionnelle du nationalisme arabe : l'incapacité d'intégrer dans sa stratégie révolutionnaire ne serait-ce que d’un point de vue programmatique dans un premier temps, les forces révolutionnaires anti-sionistes et anti-impérialistes d'Israël; l'incapacité à concevoir à moyen et long terme des développements politiques objectivement ef subjectivement anti-sionistes; l'incapacité à préparer son propre mouvement à intégrer politiquement cette perspective d'avenir et à participer activement, dans la mesure de ce qui est possible actuellement à une certaine radicalisation de couches jeunes non encore müûres politiquement pour une lutte frontale contre le sionisme. La latence de la croyance au rejet inévitable de la société israélienne, tant qu’elle ne sera pas combattue de front permettra le maintien de l'idéologie nationaliste en cours. La croyance répandue mais non proclamée en la reproduction d'un départ semblable à celui des Français d'Algérie paralyse toute réflexion politique de l'avant-garde combattante palestinienne. Comme, en toute vraisemblance, la politisation de ces couches jeunes d'Israël se fera au contact de la réalité régionale et en rapport avec la qualité politique des thèmes avancés par la résistance, le rôle politique de la résistance palestinienne dans l'émergence d’une avant-garde en Israël est décisif. Il existe une relation immédiate de cause à effet entre le développement de la révolution arabe et l'élargissement des failles au sein du sionisme, le rapport de force en Israël entre une avant-garde constituée, effective, et « l'establishment» est dépendant politiquement du rapport de force militaire et politique de la révolution arabe et du sionisme.

Le FD.PL.P. est apparemment la seule organisation palestinienne qui ait saisi cette question, avec sa portée immédiate et à plus long terme. Cette vision internationaliste qui a entraîné un certain type de dialogue de cette organisation palestinienne avec l'O.S.I. (Organisation Socialiste Israélienne — Matzpen) par voies indirectes de presse a eu des deux côtés, comme conséquence, d’agir immédiatement sur les tenants bourgeois et petitsbourgeois de la légalité nationaliste qui attaquèrent et menacèrent ces dangereux utopiques qui ne respectaient pas la règle du jeu. La dénonciation de la traîtrise s’ajouta logiquement, car les

prises de positions politiques de ces deux organisations révolutionnaires les amenaient à sortir du camp nationaliste, simpliste et traditionnel pour rejoindre celui de la lutte de classe. La faiblesse ou l'inexistence de celleci de part et d'autre fit le jeu de la réaction. Cette simple tentative, extrêmement réduite,

puisque limitée à quelques échanges de propos par voie d’arti

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cles, sans relations organisationnelles établies ni accord conclu en quelque domaine, démontre par le type de réactions qu’elle a provoquées l'énormité du travail politique qu'il faut accomplir. Une illusion encore plus révélatrice repose à la surface de la conscience politique palestinienne, et est entretenue par les secteurs les plus figés politiquement dans le nationalisme.

L'Etat d'Israël est composé de deux couches principales d'immigrants juifs, les uns, originaires d'Europe centrale et orientale, créateurs et supports du sionisme, actuels dirigeants de l'Etat israélien, les autres originaires de pays orientaux et principale ment arabes, venus après la création d'Israël dans leur très grande majorité, plus ou moins obligés à sortir des pays arabes où ils vivaient depuis des générations par la combinaison de forces politiques réactionnaires sionistes et arabes qui trouvaient simultanément leur profit particulier dans cet «.exode». Cette deuxième couche dans l'ordre chronologique de l'installation d'Israël occupe une situation sociale inférieure à la précédente, européenne dans son mode de vie. Ces Juifs arabes constituent a quasi-totalité du prolétariat israélien, et c'est à eux que petsent les couches nationalistes figées de la Résistance Palestinienne, pour fournir l'élément juif de cet Etat palestinien démocratique aïque. Grossière illusion! Ces populations juives arabes dont le Maroc et le sud de la péninsule arabique ont fourni les contingents les plus récents et en assez grande quantité, constituent aujourd'hui la couche la plus férocement anti-arabe, celle des kibboutzims militaires des territoires occupés, les éléments utiisés dans la répression contre les Palestiniens. La raison en est simple : par son imbrication avec le système impérialiste, sraël est capable, contrairement aux pays arabes alentours, pauvres et encore peu développés, de donner un niveau de vie élevé à sa population, le plus bas dans l'échelle sociale de tous es prolétaires arabes bénéficiant d’une situation économique et sociale qu'il n’a jamais espérée dans son pays d'origine. Politiquement, socialement, militairement, les juifs arabes sont le fer de lance de la politique ultra des dirigeants sionistes depuis la guerre des Six Jours. La communauté de langage des juifs arabes avec les arabes alentour permet à la direction sioniste d'utiliser à rebours les invraisemblances de la propagande nassérienne où baasiste sur les ondes, quand elle invoque le sang ou autre image frappante.

La réflexion politique et théorique sur les formes initiales de désintégration politique que connaîtra la société sioniste, en rapport avec le développement matériel et politique de la révolution arabe échappe totalement encore à ce jour pour une période encore étendue à des secteurs entiers de l'avant-garde arabe et a fortiori aux courants nationalistes de droite ou de gauche. Parce que l'approche de la question israélienne reste enfermée dans les cadres émotionnels du nationalisme, une définition rationnelle inexistante des rythmes et des formes de désintégration de la société sioniste empêche dès maintenant la résistance d'entrer en résonance politique avec les premiers mouvements marquants des couches jeunes qui n’en sont qu’au début de la lutte contre le système politico-économique du sionisme. Quand les premières manifestations politiques lycéennes et étudiantes (plus marginalement pour cette deuxième catégorie) contre la politique du régime se sont produites, les accusations de manipulation par le Matzpen (OS.I.) lancées par les auto-

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rités eurent pour effet de faire connaître à ces jeunes militants potentiels l'existence du seul groupe révolutionnaire internationaliste en Israël, et ainsi ils purent avoir accès à une compréhension plus large et plus profonde de la dynamique de la révolution arabe, comme de la nature et de l’histoire de la société sioniste. Elevés dans une nation en cours de mise en place, ces jeunes Israëliens ne sont culturellement rattachés à aucun pays européen directement, contrairement aux Français d'Algérie. Ils représentent une réalité nouvelle en devenir, encore très marginale, de la société israélienne après la disparition des générations actuellement au pouvoir, celles de la colonisation, avec cela de particulier que l'idéologie qu'elles véhiculent s’épuise avec elles.

Par sa faiblesse politique, la Résistance Palestinienne ne s'est pas donné les moyens de pouvoir intervenir politiquement au sein de la société israélienne ; la portée de l'intervention serait très importante aussi bien pour ses intérêts que pour ceux de l'avant-garde révolutionnaire en Israël. Les initiatives du F.D. P.L.P. sont encourageantes, elles doivent être suivies et défendues contre les attaques des réactionnaires arabes. En Israël les journaux sionistes donnent une place considérable aux déclarations et prises de positions du Fath dont ils profitent, et ignorent avec hypocrisie les publications et les thèses du F.DP.L.P. La lutte de classe en Israël, condition ultime de la liquidation du sionisme ne peut être attendue par la Résistance Palestinienne. Mais elle est déterminée au sein d'Israël par la radicalisation politique de la résistance. La situation de guerre permanente ne sera pas tôt ou tard sans produire des effets sur la totalité de la vie économique dont l'intensité provoquera des mouvements sociaux qui lieront leurs revendications à la critique de la politique du régime à l'égard du monde arabe. Le développement d’une authentique propagande révolutionnaire arabe ne pourrait avoir dans une situation semblable que des effets favorables au développement des combats de part et d'autre. Mais quand ce développement.. ? C'est à ce stade que les facteurs subjectifs dans le développement des luttes prennent leur place, aussi bien dans le sens de l'accélération du processus révolutionnaire que pour en prendre la direction.

Cette possibilité, relativement hypothéquée par la montée des périls contre la Résistance Palestinienne, est favorisée par une situation qui appelle une transformation révolutionnaire inté grale du mouvement palestinien : la crise du sionisme annoncée concrètement maintenant, tant sur le plan idéologique que sur le plan stratégique, qui se produit dans une période de radicalisation accélérée et de montée des luttes des masses arabes de Palestine.

Dans une semblable situation, il est possible d'envisager à quel point serait grande la portée de la Résistance Palestinienne comme facteur révolutionnaire agissant concrètement dans les conditions internes d'existence du sionisme. Cela signifie la possibilité d'opérer dans le mouvement palestinien une révolution intérieure, pour passer du stade de mouvement majoritairement regroupé sur un fond nationaliste émotionnel freiné dans son évolution politique par le poids de la religion, à celui d’une stratégie internationaliste considérant l'Orient arabe dans son entier.

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C'est sous cet éclairage que la Résistance Palestinienne peut se maintenir dans sa lutte contre le sionisme, son environnement hostile agissant comme une hypothèque à court terme, opposant déjà à son développement une stratégie d'étouffement progressif.

Le type de lutte antisioniste tel qu'il s'est dessiné et se maintient présentement a contribué à faire couler la conscience générale dans les moules nationalistes, la nature de l'ennemi et l'absence de rapports autres que militaires depuis la naissance de l'Etat sioniste, créant un climat de rejet à tous les niveaux favorables aux formes les plus affirmées du nationalisme.

La tâche historique de la Résistance Palestinienne apparaît comme démesurée par rapport aux forces politiques de gauche en son sein qui réduisent d'autant par leur force réduite, le poids de la résistance à l'égard de ses tâches historiques.

La rupture subjective et la mise en pratique d'une ligne révolutionnaire intégrale est maintenant urgente. L'idéologie dominante de la résistance a montré qu'elle menait directement à la capitulation, par l'attitude du Fath en Jordanie récemment et au Liban en octobre 69. Cette rupture requiert l'affirmation des racines sociales prolétariennes de la résistance, et dans la mesure où cet effort de tous les instants n'est pas fourni, la polarisation de la lutte dans le sens d’une réduction aux cadres nationalistes prégnants est inévitable. La lutte entre ces edux pôles est permanente dans son essence.

La mainmise idéologique et organisationnelle du nationalisme arabe sur le mouvement révolutionnaire palestinien s’est trouvée facilitée par la non-existence de classes sociales structurées au sein de la population palestinienne des camps, par son exclusion de toutes formes de production, son rejet du circuit économique industriel et agricole. De ce fait, non située dans la chaîne des rapports de production capitalistes, sous la forme qu'ils présentent dans les pays sous-développés, la population palestinienne sans conscience de classe est restée soumise à l'emprise religieuse séculaire, facteur d’occultation maintenu des décennies durant comme le seul cadre culturel des réfugiés. Ce cadre culturel agissant par ses formes organisationnelles produites par les structures organisationnelles de la religion elle-même comme un lien communautaire aidant à la pérennité du poids idéologique de la religion.

Dans ce sol religieux de la conscience «historique» des masses arabes en général et palestiniennes en particulier, le nationalisme a trouvé les thèmes de son développement et le Fath plongé ses racines. Cette situation de fait crée un déséquilibre permanent pour les deux organisations de la gauche palestinienne (F.D.P.L.P. et F.P.L.P.), poussées à osciller entre le pôle que représente cette situation historique sur le plan de l'idéologie dominante et toujours officielle (rôle des Etats arabes) dont elles sont issues inévitablement comme tous les courants qui la composent, et l’autre pôle représenté par la nécessité dans lesquelles elles se trouvent d'agir sur ces données ini tiales pour réaliser alors les visées stratégiques fondamentales du mouvement révolutionnaire qu'elles incarnent et initient. La lutte contre le premier pôle et la réalisation des objectifs inscrits dans le second ne peut se concevoir que simultanément, le combat pour le développement du front arabe de la révolution arabe palestinienne, créant les conditions de cette croissance po-

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litique de la conscience des masses palestiniennes à mesure que s'approfondit et se précise la fonction politique de l'avant-garde palestinienne.

Se présenter aujourd'hui comme une avant-garde marxiste en Palestine, comme le Front Démocratique et d’une manière différente comme le F.P.L.P. le fait aussi, ne peut pas se concevoir en dehors de ces conditions historiques générales et des formes politiques et d'action à mettre en œuvre pour les changer et les dépasser, intérieurement à ces organisations comme au sein des masses palestiniennes directement freinées dans leur élan par leurs effets.

La question du rapport de force militaire et organisationnel que ces organisations doivent soutenir avec les tendances (Fath) ou Etats arabes qui sont les reproducteurs de cette idéologie devient la question urgente car elle signifie en droit et en fait la possibilité pour la gauche palestinienne de continuer son action, qui lui a été contestée à plusieurs reprises par les régimes libanais et jordaniens et le tout accompagné d’attitude inquiétante du Fath dans ces occasions. Le Fath n'est pas contre l'existence de ces organisations palestiniennes en soi, dans la mesure où elles s'intégrent dans le courant majoritaire de la Résistance Palestinienne dominé par lui-même. La question posée est : qui détient la légalité de la résistance ? — Qui en est le dépositaire, et au nom de qui et de quoi? En Jordanie et au Liban c'est le plus fort. D'où le danger permanent de liquidation qui pèse sur la gauche palestinienne.

ans ce contexte ainsi rappelé et redéfini, quelles sont les solutions qui permettent de sortir de la situation actuelle? Qui peut les mettre en pratique avec des chances d'obtenir des résultats substantiels ? L'échéance apparemment située à très court terme pour le maintien, non pas de la Résistance Palestinienne, mais surtout des forces qui en son sein incarnent les possibilités de développements révolutionnaires les plus sérieuses dans la situation donnée, est celle de l'avenir immédiat de la révolution arabe.

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Conclusion

La dernière crise de Jordanie a montré avec une évidence aveuglante qu’une époque dans l’histoire très courte de la Résistance Palestinienne avait été close et qu'une autre s'était ouverte. Cette nouvelle période est celle de la question du pouvoir posée à la résistance. Le mouvement palestinien risque fort de se casser devant cet objectif qu'il a contribué à faire apparaître puis s'imposer devant lui sans pour autant qu'il ait été prêt à l'affronter dans toutes ses conséquences locales, à l'égard du pouvoir fantoche de Jordanie comme à l'égard des masses arabes de Jordanie.

La mobilisation des masses par la Résistance Palestinienne n'est pas un phénomène qui peut se poursuivre indéfiniment sur des bases nationalistes, sans que l'énergie de ces masses pauvres et combattives ne se développent selon ses propres intérêts de classe et culminent dans des affrontements avec les formes d'oppression intérieures au régime jordanien. À plusieurs reprises au cours de ces derniers mois, des grèves ont secoué la Jordanie pro-impérialiste, mettent à mal les ressources des exploitants capitalistes du pays et des masses ouvrières et paysannes. La répétition de ce mouvement social entraîne nécessairement une transformation de la fonction de la Résistance Pa. lestinienne au sein du monde arabe. De porteur et de fer de lance des idéaux nationalistes de l’ensemble du courant nationaliste arabe, comme veulent qu’elle soit les régimes alentours du Proche-Orient arabe, la Résistance Palestinienne est entraînée à assumer un rôle de catalyseur des forces sociales en lutte contre les régimes capitalistes pro-impérialistes les plus faibles et les plus liés à la politique des U.S.A. ou de la Grande-Bretagne ou encore de la France comme c’est le cas pour le Liban en grande partie. Face à cette tâche, il est très clair qu’à la lumière des derniers événements de Jordanie, la résistance ne peut rester un mouvement uni ou non divisé en permanence. L’aile gauche constituée presque uniquement par le F.P.L.P. et le FD.PL.P. demeure encore politiquement, militairement, organisationnellement trop faible pour supporter à elle seule le choc d'une épreuve de force de l'ampleur d’une crise sociale posant concrètement et avec urgence la transformation des structures d'Etat, c'està-dire de la prise du pouvoir en Jordanie.

Par son action continue depuis près de trois années dans une sorte de légalité de fait, la Résistance Palestinienne est devenue prisonnière d’une situation qu'elle a créée quasi involontairement et vis-à-vis de laquelle elle ne peut pas rester sans réponse,

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car qu'elle le conçoive ou non, qu'elle le reconnaisse ou non, le temps travaille maintenant en faveur d'un accord de paix entre l'Egypte et Israël, par l'intermédiaire des puissances mondiales USA. et URSS. et que l'approche d'un accord implique la légalisation internationale de la liquidation de la résistance par les forces réactionnaires de Jordanie, aidées par les régimes alentour. Quel que soit l'accord signé entre les puissances internationales, son contenu et ses clauses, il n'empêchera pas le développement de la révolution arabe, et sans doute contribuera à accélérer la prise de conscience à une échelle de masse dans le sens du développement de la lutte révolutionnaire socialiste. Mais, l'avenir de la résistance se pose à courte échéance, chaque semaine en apporte la preuve. Tout récemment, les deux organisations de la Résistance Palestinienne qui ont à un degré ou un autre développé une politique allant dans le sens des intérêts de classe des masses arabes, les deux Fronts, ont l’une après l’autre dénoncé les manœuvres de certain dirigeant de l'O.L.P-Fath, prenant position au nom de ce nouveau Comité Central de la Résistance Palestinienne mis en place au Caire au début de juin 1970, lors du 7° Conseil National Palestinien, à la veille de la grande crise jordanienne considérée. Kamal Nasser, l’un des représentants les plus nationalistes et sans doute de la droite du Fath si tant est que des tendances politiques différenciées puissent exister dans cette organisation, a dénoncé à plusieurs reprises en des termes menaçants les actions de ces organisations palestiniennes, qui échappent à son contrôle direct (celui du Fath-O.L.P.) et qui représentent de surcroît une puisson politique potentielle dangereuse pour ses propres objectifs.

Désormais le schisme politique au sein de la Résistance Palestinienne est un fait établi, que les crises répétées de Jordanie et du Liban ont peu à peu poussé à la surface.

Pour illustrer cet état de fait nouveau, nous reproduisons plus bas les deux articles parus dans Rouge au moment des événements de Jordanie de juin dernier. Depuis, la situation n’a pas substantiellement évolué, les positions restent les mêmes. ainsi que les termes généraux de la crise et ses perspectives. L'analyse de la situation est faite en deux temps, tout d’abord les rapports existants entre la résistance et les régimes arabes, puis dans un deuxième les rapports au sein de la résistance en relation avec les échéances politiques inévitables.

Où va la Résistance Palestinienne ? Après la crise de Jordanie, un nouveau seuil à franchir

La réaction jordanienne vient de comimettre une nouvelle agres sion armée contre l'ensemble de la Résistance Palestinienne. Audelà de l'escalade dans les dispositifs et les formes de lutte contre-révolutionnaire mis en place par l'armée jordanienne, il y a le contexte politique général au niveau de toute la région, dans lequel un certain rapport de force s'est instauré entre la Résistance Palestinienne et la réaction arabe sous toutes ses formes. L'avenir de la Résistance Palestinienne ne dépend plus du

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seul rapport de forces établi en Jordanie car désormais les forces contre-révolutionnaires pensent en termes précis et commencent à avoir une vision globale de la lutte à mener contre les « gauchistes » d’abord, et les « modérés » ensuite de la Résistance Pa lestinienne.

ÜNE MENACE SÉRIEUSE

Deux courants politiques s'expriment aujourd'hui, au niveau de tout le monde arabe, à savoir le nasserisine et la Résistance Palestinienne. Le premier pour ce qu’il avait représenté historiquernent par rapport aux masses arabes, et la seconde pour ce qu'elle représente aujourd'hui comme moyen de lutte contre le sionisme, l'impérialisme et dans une certaine mesure contre la réaction arabe. Ces deux courants continuent à se ménager comme si aucune contradiction fondamentale n'existait entre eux.

Depuis juin 1967, Nasser a pu maîtriser la situation intérieure. Il a anéanti toute l'avant-garde politique. aidé en cela par le P.C. égyptien qui, refusant le terrain des luttes, s’est dissout dans l'Union Socialiste Arabe.

Aujourd'hui Nasser met à exécution sa stratégie « panarabique » d'unité arabe. En quelque sorte, c'est la répétition d'un processus qui a déjà failli (voir l'éclatement de la République arahe unie égypto-syrienne).

Nasser n'a rien trouvé à dire le 1* mai 1970 aux travailleurs de Halouan, de Lougsor, de Port-Saïd, etc., que de longues suppliques à Nixon l'exhortant à faire des pressions sur le gouvernerent de Golda Meir pour qu'il accepte ses neuf points. I! cherche sincèrement (on n'en doute pas) à créer les cadres et les conditions pour la solution pacifique et par là à reconnaître l'Etat d'Israël.

Ses atouts ? Il n'en manque pas : ses « califes» en Lybie et au Soudan deviendraient prochainement ses partenaires dans le cadre d'une « nouvelle R.A.U. des bonapartistes ». Comme deuxième atout la présence, en Egypte, de l'U.RS.S., imperturbablement inconditionnelle dans son Soutien au bonaparte Nasser, conformément à la stratégie internationale stalinienne de soutien à la bourgeoisie nationale ou à la petite bourgeoisie jouant son rôle.

Le discours nasserien du 1* mai porte la marque des « champions » de la « coexistence pacifique » et de la solution pacifique. En effet, Nasser et l'URSS. sont au moins d'accord sur un point, à savoir, la réalisation de la résolution du Conseil de sécurité du 22 novembre 1967 et ses implications.

L'URSS. se méfie — à tort disons-nous — de l'importance et de l'audience qu'acquiert la Résistance Palestinienne dans l’ensemble du monde arabe aujourd'hui. Elle place ces « masses » dans un combat d’arrière-garde en attendant la résurrection des P.C. arabes squelettiques. Elle préfère investir les leviers politiques égyptiens pour influer sur l'orientation politique et au

1. Union Socialiste Arabe : parti unique égyption (nassérien).

2. Rappelons-nous des 9 points avancés par Hussein au nom de Nasser à Washington en avril 1969, et dont le deuxième point dit sans ambiguïté : «Respect et reconnaissance de la « souveraineté » des territoires ainsi que de l'indépendance politique pour tous les pays de la région. »

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besoin changer de dirigeants. Le marxisme serait-il devenu putchisme chez l'indigent théoricien L. Brejnev ?

En tout cas, pour Nasser il s'agit d'employer prudemment ses atouts pour démontrer à Nixon qu'il reste encore le seul interlocuteur arabe.

Nasser, fort du soutien inconditionnel de l'U.R.S.S., n'en cherche pas moins à acquérir une position de force lui permettant de réaliser ses objectifs :

1) Par les accords économiques, les commissions politiques au niveau le plus élevé qui se succèdent entre les trois régimes lybien, soudanais et égyptien, il s'engage dans la voie d'une nouvelle RA.U.

2) Par le renouement des liens avec le Baas syrien en déconfiture depuis 1967.

3) Par Le développement des relations avec l'autre Baas ira kien.

4) Par ses relations historiques avec le Chéhabisme, principal candidat aux élections de juillet-août 1970, au Liban.

5) Par l'inauguration d'un nouveau type de relations avec la Résistance Palestinienne.

La réalisation de ces différents points tendra vers le renforcement — contrôle politique et militaire — du front oriental; ceci dans la perspective de s'imposer à l’ensemble des masses arabes comme une alternative face aux « prétentions» de la Résistance Palestinienne de se présenter comme l'avant-garde politique et militaire des peuples de la Nation arabe.

RELEVER LE DÉFI

C'est sur cette toile de fond que l’on pourrait tirer la ou les significations réelles des événements récents de Jordanie.

Quatre mois seulement se sont écoulés, depuis la dernière tentative du pouvoir royal d’étouffer la Résistance Palestinienne :

quatre mois de préparatifs de coordination entre les deux principaux pouvoirs arabes engagés dans une lutte sans merci contre la Résistance Palestinienne (Liban et Jordanie).

Hussein et autres chérif Nasser Benjemil (oncle du roi), le prince Reda (frère du roi) et le général Said Ben Chaker (cou- Sin du roi) — décidément, c'est la même famille ! — préparaient depuis début mars ce nouveau coup de force.

Ainsi, dès le 2 mars 1970, Hussein va chercher, auprès de la Résistance Palestinienne, une caution nécessaire (!) à son évenluel remaniement ministériel. Deux émissaires, en contact avec le palais royal depuis près de dix-huit mois, vont tenter de convaincre les officiels de la Résistance Palestinienne de se prononcer favorablement sur un tel remaniement.

3. Selon le ministre .des Affaires étrangères jordanien AI-Rifai, connu pour son pro-occidentalisme, les deux émissaires en question Dajani et Khaldi, sont des agents de l'impérialisme américain !

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De fait, un remaniement ministériel a eu lieu le 19 avril, mais, précisons tout de suite que, malgré l'opération-charme, la réponse de la Résistance Palestinienne fut un non catégorique.

Pendant ce temps, des « milices spéciales » étaient constituées et se présentaient à la population comme des fedayins. Pour créer la confusion, ces «milices» étaient habillées en tenue léopard : celle même que certains vrais fedayins portent habitue!lement.

Au même moment des officiers de l'armée, connus pour leur sympathie envers la Résistance Palestinienne et pour avoir fraternisé avec les guérilleros lors des « crises » précédentes, furent, pour la plupart, limogés ou mutés au front.

Dès le début mars 1970, soit quinze jours après l'échec retentissant que la monarchie et ses sbires ont essuyé le 12-13 février, le petit roi, son frère (le prince Reda), son oncle Ben Jemil et consorts s'affichaient publiquement et officiellement avec les chefs, les sous-chefs des tribus du Sud de la Jordanie (bastion de la féodalité). Par des discours enflammés, des déclarations agressives et menaçantes, les armes à la main, ces forces de la contre-révolution jouaient dès ce moment leurs cartes'.

Pour la Résistance Palestinienne et l'avant-garde arabe, tout indiquait que le prochain round serait plus dur, et demanderait aux forces contre-révolutionnaires moins de temps que par le passé.

La tentative du pouvoir jordanien de se faire cautionner par la Résistance Palestinienne, pour son remaniement ministériel, était bel et bien un coup d'alarme. Car, en réponse à la juste revendication de la Résistance Palestinienne et du peuple jordanien : que le roi démette de leurs fonctions le commandant des forces armées royales Chérif Ben Jemil et Rassoul Al-Keylani, l'ancien sinistre ministre de l'Intérieur, les services de renseignement américains ont mis au point un plan d'intervention mettant en branle tout l'arsenal répressif, en vue de liquider, du moins les « athées rouges» sinon la Résistance Palestinienne.

De façon plus précise qu'au cours de la dernière crise de février 1970, l'objectif principal du pouvoir était à moyen terme de liquider la « partie rouge» de la Résistance Palestinienne, et de neutraliser l'autre partie, jugée modérée et responsable (!!!) par la presse bourgeoise internationale et par les régimes pseudoprogressistes.

Lors des événements de février 1970, on n'avait vu ni blindés à Amman, ni encerclement du siège du C.L.A.P. et des camps de réfugiés. Cette fois-ci par contre, des blindés prirent position à des endroits stratégiques de la ville, prirent part à l'encerclement du siège du C.L.A.P. à Djebel Hussein, et bombardèrent des camps de réfugiés au même Djebel Hussein.

Les principales batailles de février s'étaient déroulées au camp d'El Wandath (cf. Rouge n° 54, 2-3-1970). Mais cette fois l'affrontement principal a eu lieu à Djebel Hussein où toutes les organisations palestiniennes ont leurs bureaux centraux, et où se trouvent le C.L.A.P., l'O.L.P. le C.U.RPS.

4. Tous les journaux arabes du Moyen-Orient de l'époque en ont parlé, des photos représentant les comploteurs ont illustré les commentaires de ces journaux.

5. C.LA.P. : Commandement de la lutte armée palestinienne

OL.P. : Organisation de libération de la Palestine, CUR-P. : Commandement unifié de la résistance palestinienne.

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Le choix de tels objectifs par l'armée de Ben Jemil n'est pas fortuit. Il correspond au plan général, probablement conçu à Beyrouth et à Amiman pour frapper un grand coup sur la Résistance Palestinienne, tant au Liban qu'en Jordanie.

Pour la CIA., la situation n'a jamais été plus claire que le jour où elle est passée à l'action contre la Résistance Paleslinienne.

L'URSS., par sa politique au Moyen-Orient et en Egypte particulièrement, exerce des pressions sur l'administration Nixon pour que celle-ci, à son tour, en exerce sur l'administration Meir- Dayan.

En ce sens, l'affaire Goldman, outre le tollé qu'elle a provoqué en Israël et à l'extérieur, était plus un ballon d'essai qu'une menace exercée par Nixon : on sait les résultats, Meir n'en a pas démordu, et l'affaire fut étouffée.

Nasser a un plan! Il consiste à se débarrasser à moyen terme de l'influence russe dans l'armée essentiellement, de réaliser l'union économique (Soudan-Lybie-Egypte), de renforcer le front oriental et de le contrôler politiquement, enfin de reconnaître l'existence de l'Etat d'Israël (de facto ou de jure. c'est la même politique).

Les Yankees, réceptifs au discours de Nasser du 1* mai 1970, savent qu'un accord avec les Etats arabes pour une « paix dans la solution pacifique» passe encore par Le Caire; en conséquence, il faudrait l'aider car Nasser s'avère le principal défen- Seur, après Israël, des intérêts américains dans cette partie du monde.

Mais comment aider un Nasser dépendant militairement aujourd'hui des Russes ? Comment Nasser va-t-il lutter contre l'influence grandissante qu'exerce la Résistance Palestinienne dans tout le monde arabe ? Telles sont les questions que se posent les stratèges de Nixon.

Pour les deux principaux protagonistes de cette lutte contre la Résistance Palestinienne (Nixon-Nasser), une chose est claire : en finir avec son influence menaçante. On peut se douter que quelques divergences pourraient exister entre Nixon et Nasser quant aux moyens à adopter, mais on ne peut douter des intérêts communs qu'ils ont à défendre.

SORTIR DE L'IMPASSE DU LIBAN !

La Résistance Palestinienne a affronté le pouvoir jordanien dans des conditions pour le moins qu'on puisse dire difficiles.

Elle venait de rater un de ses objectifs fondamentaux, et non le moindre, au Liban. Durant tout le temps que l'implantation de la Résistance Palestinienne dans le Sud du Liban a nécessité. les relations entre la résistance et les masses dans cette région n'ont pas été tissées sur des bases politiques claires; bases politiques représentant une perspective de luttes communes engageant d'une part les masses libanaises, et d'autre part les Résistants Palestiniens dans le combat à livrer aux forces sionistes d'agression, et pouvant répondre à la stratégie d'élargissement du front et de dispersion des forces de l'ennemi.

Nous nous associons aux camarades de l'Organisation des socialistes libanais et du Liban Socialiste (journal Al-Hurrya) qui, dans un mémorandum commun adressé, il y a près de quatre

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mois, au rassemblement des partis et des groupes progressistes libanais ainsi qu'au C.L.A.PS disaient :

« Il est impossible, politiquement et matériellement, d'ouvrir un front large en Haute Galilée et de déclencher des opérations d'envergure dans les conditions qui entourent les fedayins dans le Sud» : dès qu'un garde-frontière israélien était fait prisonnier, 23 Libanais civils et militaires étaient enlevés et toute la région était agitée sans la moindre résistance.

« À cause de cela était apparue la première préoccupation : les accords du Caire ne peuvent rien régler — du moins dans le Sud — aussi longtemps que ces accords butteront sur les conditions arriérées dans lesquelles sont tenues les masses des villages libanais, qui constituent par ce fait la « matière à la révolution» dans le Sud. Les fedayins, confrontés à cette triste réalité, arrêtent leurs opérations dès que leur apparaît l'enjeu de l'échec politique qui risque d'être perpétué, dans les conditions de l'exode ei de la misère générale aux campagnes du Sud. Exode et misère qui provoquent la suspension et la fragilité dans les activités des forces de soutien à toutes les actions dans tout le Liban.

« La vérité aujourd’hui est qu'il n’y a d'espoir en aucune lutte armée efficace contre le Nord d'Israël aussi longtemps que les conditions dans le Sud restent ce qu’elles sont aujourd’hui. Le statut quo dans le Sud du Liban ne sert que les intérêts et les plans du pouvoir, visant à faire partir les fedayins du Sud sans confrontation armée; (ceci pour montrer aux habitants du Sud que la Résistance Palestinienne est incapable de livrer bataille et surtout de repousser une quelconque agression israélienne). Ce statut quo exige donc un changement radical dans les formes d'actions des fedayins et des forces libanaises®. »

Cette appréciation est d'autant plus correcte que tout dernièrement, après les batailles de Arkoub (Sud du Liban), plusieurs dizaines de milliers de déshérités du Sud ont quitté cette région pour aller s'entasser dans des camps de réfugiés.

Devant une telle situation, la bourgeoisie libanaise a endigué le mécontentement de la population du Sud et l’a transformé; en conflit direct avec la Résistance Palestinienne. Ce conflit s est concr. par l'ultimatum adressé à la résistance, lui enjoignant un délai jusqu'au 15 juin pour que cesse toute activité des fedayins à partir du territoire libanais contre Israël.

Joumblat, ministre de l'Intérieur libanais et défenseur zélé des « accords du Caire», préfère jouer la carte électorale (des élections présidentielles auront lieu en juillet-août), et intimer l’ordre aux Palestiniens de cesser leurs activités avant le 15 juin. Rappelons que Joumblat (le « socialiste» du gouvernement) est un des principaux soutiens du candidat bourgeois Fouad Chehab, de tendance politique bonapartiste,

Que va-t-il se passer au Liban? l'avenir de la présence des fedayins dépend à la fois des forces de gauche libanaises et de la Résistance Palestinienne.

6. Al-Hurrya, n° 517, 1-6-1970, pp. 4-5-6.

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CONCLUSION

Plus que jamais le développement et la survie même de la Résistance Palestinienne vont à l'encontre du statut quo politique au Moyen-Orient.

L'impérialisme, les régimes « pseudo-progressistes » arabes, les forces « pacifistes » dans le monde y compris l'U.R.S.S. font ces tentatives concertées pour récupérer l'initiative politique et imilitaire en vue d'un règlement lésant les intérêts historiques du peuple palestinien, et visent à endiguer le développement de la révolution arabe.

Face à ces agissements nous nous associons au Front Populaire Démocratique de Libération Palestinienne (F.P.D.L.P.), qui disait dans un texte diffusé lors de la conférence des chrétiens pour la Palestine : « …la victoire de la cause palestinienne est conditionnée par la création d'un instrument révolutionnaire arabe uni, avec une stratégie cohérente commune, qui mènerait une lutte complémentaire au niveau de toute la région ».

Pour sa part la Résistance Palestinienne devra trouver les formes politiques et organisationnelles pour rendre la jonction et l'organisation des masses arabes effectives.

Désormais, l'extension de la révolution aux pays du Moyen- Orient et la jonction avec les autres foyers révolutionnaires (Sud- Yémen, Golfe Arabique) sont à l'ordre du jour.

Bas les pattes devant la Résistance Palestinienne ! Palestine vaincra ! Vive la révolution socialiste arabe !

À. YOLDACHS.

Cette dernière crise est la plus violente et la plus meurtrière de toutes celles qui ont opposé le régime royal de Jordanie et l'ensemble de la Résistance Palestinienne depuis qu'elle agit au grand jour, après la Guerre des Six Jours de juin 1967. Son imporiance dépasse toutes celles qui l'ont précédée : elle a fourni la preuve du mûrissement d'une autre crise, mais au sein du camp palestinien lui-même, entre les différentes organisations qui composent aujourd'hui la Résistance Palestinienne.

L'intensité de cette dernière crise entre la résistance et le régime jordanien marque une étape dans les relations entre les deux pôles politiques qui se partagent le pouvoir dans le pays; jusqu'alors le roi avait fait des concessions, en novembre 1968, en février 1970, cette fois-ci encore il a fait des concessions, mais ces dernières sont d'une autre nature. Et parce que ces dernières concessions ont abouti à l'éclatement de l'appareil d'Etat central du royaume hashémite de Jordanie, par la disparition des principaux soutiens du pouvoir central, les cousins et oncles du roi Hussein, il n'existe plus aujourd'hui dans le pays aucune autorité capable de définir des cadres légaux maintenant en bon ordre le bloc royal d'une part et le bloc palestinien de l'autre.

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LA DÉLIQUESCENCE DU POUVOIR ROYAL CENTRAL

La puissance de cette dernière crise a été telle, que le statuquo Résistance Palestinienne - gouvernement jordanien, établi à partir de l'entente El Fath - Roi Hussein a perdu les bases objectives de son existence et de son application. D'une part, les ultras de la famille royale, pro-américains, descendant en droite ligne de Abdallah, roi de Jordanie, favorable à l'installation de l'État d'Israël, et qui traita secrètement avec Ben Gourion en 1948, ne sont plus tenues par aucune forme légale découlant de leur appartenance au pouvoir d'Etat légal. L'oncle de Hussein de Jordanie, le Commandant en chef de l'Armée, Cherif Ben Nasser Jamil, démis de ses fonctions sur demande de la résistance, n'a pas pour autant perdu son pouvoir sur l'élément essentiel de l'appareil d'Etat jordanien, l'armée. Le cousin du roi, Zaid Ben Chaker, général de l'armée, écarté lui aussi sur la demande de la résistance, maintient une grande partie si ce n'est l'essentiel de son pouvoir : l'armée, et plus précisément les blindés et les troupes bédouines. Sortis des structures légales du pouvoir, ces deux chefs principaux de la royauté hashémite main: tiennent toute leur influence et disposent d'une liberté d'action plus grande. Dans la mesure où comme dans la plupart des pays sous-développés, l'appareil d'Etat est composé de clientèles autour de chefs politico-féodaux rassemblés en une sorte de gouvernement, ces membres de la famille royale gardent leur propre appareil personnel qui se recoupe dans ce cas précis et se double d'une dimension internationale par les liens étroits qu'ils entretiennent avec les services secrets impérialistes, américains en premier lieu. Que reste-til au roi Hussein pour représenter un pouvoir central crédible, capable à la fois d'entretenir des «relations » comme par le passé avec la résistance et de maintenir son autorité traditionnelle ? Nous pensons qu'il ne lui reste rien pour continuer à jouer ce va-et-vient. Peu nous importe que le roi Hussein se dise « sincèrement solidaire de la cause noble et sacrée» pour laquelle luttent les « frères palestiniens ». Il nous intéresse de savoir ce qu’il peut faire pour cette cause. Il ne peut rien faire ! Il n'est même plus représentatif du camp auquel il avpartient. Dans son dos, ses anciens soutiens se préparent à le dépasser sur sa droite et peut-être même à se passer de lui. L Américains ne seraient pas mécontents d'un nouveau roi fourni par la personne de son frère, Hussein étant un produit direct de l'impérialisme britannique.

LA RÉSISTANCE PALESTINIENNE FACE AU POUVOIR

Devant cette désintégration accélérée du pouvoir d'Etat, la résistance affronte la question-clef qui découle normalement de son existence et de son développement dans les frontières de l'Etat jordanien : la question du pouvoir. La Résistance Palestinienne peut-elle et doit-elle prendre le pouvoir en Jordanie? Dans l'affirmative, cela modifieraït la structure politique générale de l'Orient arabe. Et cette question précise détermine depuis les tous débuts de son existence, l'unité de la Résistance Palestinienne, parce qu'elle est la donnée stratégique qui soustend ses formes d'actions et ses objectifs.

Les réponses que chaque organisation de la Résistance Pa-

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lestinienne donne à cette question qu'elles ont contribuée à faire naître et qui se présentent à elles comme une échéance à court terme, est à la base des divergences publiques qui opposent les organisations palestiniennes entre elles, plus précisément la gauche de la Résistance, F.P.L.P.-F.D.P.L.P. au Fath, auquel nous pouvons rattacher encore avec des réserves l’organisation liée au Baath syrien, la Sdika.

Seules les deux premières proclament haut et fort la nécessité de renverser partout où ils se trouvent les régimes arabes réactionnaires, afin de mobiliser les forces requises pour la libération de la Palestine. Elles se stuent avec d'autant plus d’aisance sur cette ligne politique qu'elles sont toutes deux issues du Mouvement nationaliste arabe implanté à des degrés divers dans tous les pays arabes, et que la plupart de ses branches « nationales » se réclament du marxisme désormais. Il est normal que leur perspective se définisse ainsi, combinant dans leur lutte les deux objectifs suivants, la libération de la Palestine et la transformation socialiste de l'Orient arabe. Les deux autres organisations se situent sur une ligne résolument et étroitement palestinienne, écartant tout ce qui n'intègre pas directement -et uniquement la lutte contre le sionisme. El Fath apparaît maintenant à la lumière crue des derniers événements comme l'aite droite majoritaire de la Résistance, partisane d'une politique de collaboration - concession avec les régimes libanais et jordanien et davantage avec le second. Et Fath a toujours négocié les accords et dans les cas de crise a joué les rôles modérateurs de rappel au calme. Arafat, principal artisan de ces compromis voit ses interlocuteurs disparaître, comme le général libanais Boustany, aux lendemains des accords du Caire, ou perdre leur crédit comme Hussein de Jordanie. La Saïka, déterminée par la politique du gouvernement baathiste de Syrie s'inscrit dans le cadre de lutte prôné par le Fath, maïs développe à l'égard du Liban une politique offensive, parallèlement à celle de Damas.

Ces divergences fondamentales de conception de la lutte ont dominé tous les rapports unitaires au sein de la résistance.

IMPOSSIBLE UNITÉ DE LA RÉSISTANCE PALESTINIENNE

Le facteur temps domine toutes les discussions unitaires depuis qu'elles sont apparues. Face à la réaction arabe, prise de vitesse par la résistance aux lendemains de la Guerre des Six Jours, paralysée par la propagande palestinienne, par ses propres propos démagogiaques, la réaction arabe, libanaise et jordanienne, soutenue aussi bien par Fayçal d'Arabie que par Nasser, n'a plus

7. Le 23-5-1970 il y eut une grève dans la société DALTA (au sud d’Amman) où les 400 travailleurs se sont heurtés aux forces du FATH — entretenant des relations avec les patrons de cette entreprise. Les travailleurs après avoir élu démocratiquement une commission syndicale se sont vus intimer l'ordre par l'Union Générale des Travailleurs Palestiniens (organisation contrôlée par l'appareil de EL-FATH) de dissoudre leur commission syndicale et. d'intégrer cette U.G.T.P. Devant le refus légitime des travailleurs d’une telle prétention, les forces fedayin du FATH ont tiré sur les grévistes (voir deux communiqués parus dans «Al-Hurrya», n° 517, 1-6-1970, l’un émanant du

L.P. et l’autre du F.D.P.L.P.).

T4

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le choix aujourd'hui. Elle doit liquider la résistance si elle veut se maintenir, et aussi meitre en application la Résolution de l'O.N.U. du 22 novembre 1967. Elle s'y emploie. La dureté des positions israéliennes travaille contre elle, et profite aux combattants palestiniens. Si, de leurs côtés, les gouvernants israéliens cèdent aux pressions américaines pour parvenir à un accord avec Nasser, comme ce dernier l'implore presque à genoux, ils ne peuvent signer qu'avec des régimes arabes capables de contrôler ce qui se passe chez eux, d'où le coup de main donné la semaine passée par les services secrets américains aux ultras jordaniens. Dans les deux camps, aller le plus vite possible devient une né. cessité impérieuse. Le rapprochement des crises en Jordanie et au Liban est maintenant tel que l'avenir de la résistance est fortement assombri. Doublé sur sa gauche par l'axe F.P.L.P.-F.D.P. L.P., le Fath dans une situation aussi tendue que la situation actuelle ne dispose plus des moyens de sa politique actuelle. S'il ne parvient pas à contrôler l'ensemble de la résistance, il risque fort de devenir soit le chien de garde sur les frontières israélien: nes des intérêts libanais et jordaniens, sans doute malgré lui mais inévitablement s'il fait le choix de l'imposition de sa ligne politique sur l'ensemble de la résistance. Les expériences passées de construction de structures unitaires sont très significatives sous ce rapport.

Le Conimandement de la lutte armée palestinienne (CL A.P.) créé au printemps 69 n'a pas vécu une année, même si le sigle est toujours utilisé par le Fath actuellement. Le Commandement Unifié de la Résistance Palestinienne (C.U.R.P.) fondé aux lendemains de la crise jordanienne de février 70 a récemment fait place nette devant un « Comité Central Palestiniens constitué par décision du dernier Conseil National Palestinien (le septième du nom après celui de septembre dernier au Caire) qui s'est tenu au Caire au début de juin.

Ces structures unitaires ont toutes vu le jour après des affrontements avec les gouvernements libanais et jordaniens. Structures unitaires de défense contre les attaques de la réaction arabe, le danger passé momentanément elles perdaient de leur fonction. Le Fath participe à toutes ces tentatives unitaires, poursuivant sans succès sa politique permanente de contrôle sur l'activité politique et militaire des autres organisations, notamment le F.P.L.P. qui n'y participa que dans le dernier cas mais ne se tint pas pour engagé, comme le F.D.P.L.P., par ces décisions.

Le « cavalier seul » du F.P.L.P. est appuyé par deux éléments ; le premier est son implantation qu'il partage en partie avec le F.D.P.L.P. dans les territoires occupés, à Gaza et en Cisjordanie, qui provient du Mouvement nationaliste arabe d'antan, et le se: cond une certaine puissance militaire qui lui permet de ne pas subir le Fath comme les autres organisations. L'aide matérielle de l'Irak lui a donné une indépendance appréciable ; avec le cours gauche dans lequel est entré le F.P.L.P. depuis plusieurs mois, ces liens peuvent se distendre, comme l'a montré tout récemment la pression exercée sur le F.P.L.P. par le ministre irakien présent aux négociations entre les représentants jordaniens et palestiniens, pour accepter les mesures proposées.

La taille plus réduite et les ressources limitées du Front démocratique (F.D.P.L.P.) le rendent plus vulnérable aux pressions « unitaires» du Fath. C'est pour cette raison que le F.D.P.L.P.

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s'est retiré en décembre dernier du C.L.A.P. Mais en même temps sa vulnérabilité qui en fit la cible déclarée ouvertement par le Roi Hussein lui-même depuis janvier dernier, lui impose de se défendre dans le cadre plus général des structures uni taires de la résistance. Sa recherche d'une aide financière et militaire auprès des Etats ouvriers, comme le Vietnam ou la Corée, ou même les pays de l'Est européen l'a amené non pas à changer son programme politique, le plus avancé de toute la résistance, mais à se démarquer d’une manière pour le moins piteuse des accusations de « trotskysme» qui lui étaient portées, éventuelle monnaie d'échange dans les rapports avec les puissances contactées (il est vrai que des éléments posadistes et pablistes, se présentant comme IV° Internationale n'ont pas arrangé Îles choses !).

La presse occidentale a donné ces derniers temps, et notamment Le Monde une surface considérable au F.P.L.P., et surtout aux déclarations de Georges Habbache son principal dirigeant. Si la ligne développée par G. Habbache est une ligne révolutionnaire conséquente dans la situation actuelle en Jordanie, notamment les développements qu'il fait dans l'interview accordée au représentant du Monde (Edouard Saab), cela ne doit pas masquer le fait qu'il n'est pas seul à appliquer cette conception de la systématisation de la lutte contre les réactionnaires dans le camp arabe, et que, durant la crise le F.D.P.L.P. agit d'une manière tout aussi radicale.

Issus tous deux du Mouvement Nationaliste Arabe dont ils fondèrent la branche palestinienne, qui se transforma en un Front Populaire de Libération de la Palestine, Habbache ei Hawatmeh ont partagé les mêmes conceptions politiques de ia lutte. La scission qui a vu naître en février 69 le F.D.P.L.P. de Hawatmeh s'était produite sur la base de désaccords importants sur la stratégie à suivre. Les deux organisations se réclament d'une même plate-forme, celle du Congrès du F.P.L.P. d'août 1968. Pendant une période, le F.P.L.P. s'est orienté dans des actions aventuristes dont le profit politique fut incontestable dans les pays arabes, les détournements d'avions, les actions de commandos en Europe assurés par des très jeunes Palestiniens. Stratégiquement sans effet et politiquement sans grand rapport dans les pays capitalistes européens, il semble que cette orientation ait élé abandonnée au profit d'une action radicale comme le préconisait le F.D.P.L.P. dans les pays arabes. Dès lors le chevauchement de deux lignes politiques suivi d'actions semblables ne pourra rester longtemps sans transformation des rapports entre ces deux organisations. Nous reviendrons sur cette question qui revêt une grande importance. Une gauche palestinienne unie et structurée représenterait une force de combat (et d'attraction) sans commune mesure avec son état de division présente.

L'IMPORTANCE DE L'ENJEU EN JORDANIE

C'est en Jordanie qu'est stationné le gros des forces de l'ensemble de la Résistance Palestinienne. L'issue de la crise actuelle détermine le maintien de la résistance au Liban.

Le 15 juin devaient entrer en vigueur au Liban les accords sur la limitation des déplacements, des surfaces utilisées, et des ports d'armes, par la résistance. La gauche palestinienne ne les res-

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pectera que dans la mesure où elle y sera obligée à cause du rapport de force. Que fera le Fath maintenant, principal signa taire de ces Accords, sous couvert du C.L.A.P. dont il remplit seul la coquille, si des heurts se produisent ? Profiter de la situation pour assominer les adversaires sur sa gauche, comme Arafat l'a laissé envisager ? Cela risquerait à terme de mettre en question son propre avenir.

Mais si la résistance doit plier l'échine en Jordanie à ce moment, à la suite de la plus grande crise qui se soit produite jusqu'alors, c'en sera fait d'elle. Si au contraire elle fait un pas en avant et s'oriente vers le renversement complet du régime royal hashémite, et installe des structures révolutionnaires dans les limites de la Jordanie actuelle, un coup de fouet d'une portée immense sera donné aux développements de la révolution arabe dans son ensemble. Il reste à voir quelles seront les réactions des puissances arabes dites progressistes, de l'impérialisme U.S. prêt à débarquer comme il l'a été montré lors de la crise. Cette question est la clef de voûte du développement de la résistance. (Nous la considérerons dans un prochain article.)

Plus que jamais la défense de la Résistance Palestinienne est la tâche de l'heure des révolutionnaires internationalistes.

G. VERIAT.

Nous cons'dérons après les développements faits dans cette analyse de la résistance faite tout au long des chapîtres précédents, et comme elle est vérifiée dans les deux articles présentement reproduits, qu'il n'est pas d’issue victorieuse de la Résistance Palestinienne si elle ne parvient pas à se sortir des cadres paralysants, idéologiques qui dominent et structurent maintenant l’ensemble du mouvement. L'analyse que nous avons pu fournir de cette composante unique et sans précédent de la révolution coloniale de ces dernières décennies, montre non sans inquiétude la faiblesse intrinsèque considérable d'un mouvement dont la portée est tout aussi considérable du point de vue révolutionnaire, tant la position stratégique de cette région du monde touchée par les développements relatifs à la question palestinienne est décisive.

Il n'est de victoire contre le sionisme de la part des masses arabes qu’à la condition de pouvoir mobiliser et organiser politiquement, militairement, économiquement, des quantités considérables d’entre elles sur l'étendue du Proche-Orient arabe.

Cette position ne consiste pas à rappeler des positions de principes évidentes, que d’aucuns se limitent à répéter pour se maintenir dans l'inaction criminelle, mais elle doit précéder une approche politique conséquente de la question palestinienne. Cette vérité de base perd tout son sens éducatif et révolutionnaire si elle signifie l'abandon du soutien à des organisations qui ne reproduisent pas immédiatement dans les faits les conséquences d’une telle visée stratégique, seule réelle et seule possible. Nous devons comprendre que la révolution arabe, par le fait de la question palestinienne est en train de trouver un souffle nouveau, que la Résistance Palestinienne a permis en un moment donné commun à tous et toutes au Proche-Orient d'accéder à un nouveau stade de pensée politique, souvent déformé et

AT

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mystifié par la propagande politique. Cette mise en mouvement de la conscience des masses représente un pas considérable qu'aucun mouvement n'avait pu jusqu'à ce jour, à une telle échelle, initié.

La transformation de ces énergies nouvelles en courant révolutionnaire prolétarien requiert des formes organisationnelles et des orientations politiques que seule une organisation marxiste révolutionnaire à l'échelle du monde arabe au moins pourrait réaliser. Les conditions actuelles toujours plus évidentes d'une internationalisation des combats et de la vie politique mondiale implique que ces structures organisationnelles soient étroitement connectées organisationnellement avec l'avant-garde internationale telle qu'elle s'affirme actuellement. Le choix n’est pas compli: qué, et au-delà de formes puériles de prosélytisme, les militants marxistes conséquents du monde arabe ne trouveront guère que la IV Internationale pour permettre la construction d'une telle organisation révolutionnaire. Sans doute le temps devra-t-il s’écouler sur une période encore étendue avant de voir se concrétiser cette seule solution marxiste concrète et rationnelle aux problèmes du dégagement de la direction révolutionnaire arabe.

Il ne suffit pas d’invoquer les mânes de la révolution vietnamienne pour se convaincre de la justesse de la lutie et de la pureté de son développement, et situer la Résistance Palestinienne sur la grande avenue des victoires retentissantes de la révolution coloniale depuis la fin de ia dernière guerre mondiale.

De la Guerre des Six Jours à la période présente, la trajectoire de la Résistance Palestinienne colporte une ambiguïté fondamentale, issue de la situation d'équilibre instable dans laquelle elle se trouve, et dont la conclusion en matière de choix s'établit comme suit : l'impasse ou la révolution.

Ce choix ne relève pas uniquement d'un malentendu initial portant sur la viabilité ou la non-viabilité d'un mouvement du type de la Résistance Palestinienne, dans les conditions données ignorées et délaissées du point de vue de l'étude préalable. Il est partiellement tributaire du fait qu'aucune réflexion politique, qu'aucun travail théorique conséquent n'ait précédé le lancement de la résistance, ce qui expliquerait son glissement naturel dans les moules du nationalisme et son repli sur cette idéologie nouvelle, aidé en cela par la politique de trahison et de faillite des partis communistes arabes, et par cet autre écueil pour son développement révolutionnaire qu'a été la pénétration sous la bannière des falsifications staliniennes du marxisme.

La raison fondamentale de cette situation dans son ensemble réside ailleurs. Les caractéristiques historiques des sociétés arabes depuis des siècles portent l'essentiel de l'explication du retard de la révolution arabe par rapport aux autres mouvements révolutionnaires anti-impérialistes.

L'absence d’une structure de classe selon un schéma européen classique (féodalisme, puis bourgeois-capitalisme.….) a eu certaines conséquences dont les effets se font sentir dans le développement et la maturation politique des masses arabes à l’époque moderne. L'agent du développement économique récent, et donc des transformations étatiques et politiques dans l’ensemble des parties avancées du monde arabe n'a pas été une bour geoisie de type classique-européen. Avant la colonisation impérialiste de l'Orient arabe, le féodalisme n'existait pas selon le

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modèle traditionnel, mais plutôt une bureaucratie d'Etat propriétaire des terres, corrompue mais sans stabilité de classe. Les conditions d'une accumulation capitaliste donnant le jour à une classe bourgeoise structurant un marché économique qu'elle possède a bloqué un processus général de développement économique et culturel ainsi qu’il s'est développé dans les pays européens. L'idée de nation propre à l'ascension de la bourgeoisie n'est pas apparue, conformément à sa fonction idéologique de marquer les frontières du droit et de la propriété bourgeoise et de canaliser les énergies populaires dans le sens de la défense de la nation bourgeoise. C'est la petite bourgeoisie arabe, commerçante, intellectuelle qui a été cet agent du développement politique et étatique du monde arabe, le structurant sur des bases nouvelles, aussi bien sur le plan organisationnel. Cette petite bourgeoisie reléguée à l'arrière-plan par l'impérialisme et ses alliés compradores dans les pays arabes en l'absence de classes sociales structurées, elle-même étant informe et peu structurée et non influencée par un prolétariat quasiment inexistant, a fourni les hommes et les bases sociales de la réaction contre l'impérialisme, mais dans les limites de ses intérêts et de son maintien comme force sociale charnière de la vie politique et économique. Elle fournit les cadres de l'armée, officiers et sousofficiers, et emprunta aux pays colonisateurs l'idéologie nationaliste, et donc l’idée de nation, une création artificielle pour laquelle elle rassembla les forces en vue de l'indépendance. L'armée qu’elle tenait en main, substitut à toute classe sociale organisée et structurée fournit le levier des coups d'Etat et des révolutions-couvre-feux qui secouèrent sans interruption jusqu'à maintenant tout le monde arabe.

Cette empreinte pèse d'un poids considérable sur la conscience politique des masses arabes. Elle explique le retard du développement révolutionnaire arabe sous la forme d'un mouvement prolétarien, authentiquement internationaliste et non sous la forme d'un «internationalisme palestino-centrique» tel qu'il s’est diffusé jusqu'alors, considérant toute question de solidarité internationale par le prisme palestinien.

La forme actuelle du nationalisme palestinien reproduit la conception nationaliste engendrée par la petite bourgeoisie arabe. L'islam comme idéologie nationale de résistance, récupérée par la petite-bourgeoisie a pu peser de tout son poids obscurantiste et occulter la conscience des masses. Mais aujourd’hui, la petite bourgeoisie arabe est en contradiction avec elle-même suivant les secteurs inégaux de son développement. La direction majoritaire au sein de la résistance, le Fath, est coincée entre les intérêts de sa propre direction liée au reste de la petite-bourgeoisie arabe, et les intérêts de la Résistance Falestinienne dont elle vit et d’où elle tire les moyens de son existence politique, comme petite-bourgeoisie palestinienne, rassemblée dans les cadres militaires et administratifs de ce contre-Etat palestino-jordanien constitué par le Fath-O.L.P.

L'idée de nation palestinienne telle qu'elle est diffusée par cette petite-bourgeoisie arabe et une grande partie de la Résistance Palestinienne, ses sphères dirigeantes, s’identifie à la réalité politico-économique des régimes petits-bourgeois arabes de la catégorie des Etats « progressistes et démagogiques» qui en viennent depuis des années à se disputer le leadership de la

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lutte contre le sionisme, recouvrant celui du nationalisme panarabe, L'affirmation toujours plus répétée de cette nation correspond quotidiennement dans ses formes d'expression à un « gouvernement armée-Etat» sans les masses et parfois contre elles, substituant une certaine forme de mobilisation antiisraélienne essentiellement militariste à celle des masses pour la lutte révolutionnaire anti-sioniste.

Sans direction révolutionnaire conséquente et adéquate aux tâches de l'heure, les masses arabes et à fortiori palestiniennes suivront encore pour une période étendue ces directions traditionnelles dont la fonction historique de démarreur du mouvement s'épuise peu à peu à mesure que les luttes se durcissent et qu'elles requièrent des secteurs toujours plus larges des masses arabes.

La défaite de juin 1967 est celle du nationalisme arabe. Elle est sans appel. Elle marque dans l’histoire de la nation arabe le moment où le centre de gravité de la révolution arabe est pass irrémédiablement des directions petites-bourgeoises vers les masses sous l'impulsion de la Résistance Palestinienne.

La faiblesse de la Résistance Palestinienne qui se traduit encore maintenant par son silence dans la campagne politique libanaise pour la réélection d’un nouveau président de la république fantoche, renforcée par l’encerclement dont elle est l'objet par les forces multiples de la contre-révolution locale armées et dirigées par celles de la contre-révolution internationale demeure la conséquence immédiate de cette emprise idéologique de la petite-bourgeoisie.

Mais la force du mouvement palestinien en fait le tremplin de la révolution arabe. Il y a maintenant de par le monde arabe des noyaux révolutionnaires qui grossiront sous l'effet de ce séisme révolutionnaire qui a secoué un monde désuet dans ses structures sociales et politiques actuelles et réveillé des masses entières, en leur présentant l'idée de la lutte, du combat révolutionnaire. L'exemple palestinien doit être défendu pour la justesse de sa cause, pour ce qu'il est, mais aussi pour la fonction de rupture dans le nationalisme paralysant et d’annonciateur de grandes luttes révolutionnaires dans cette région qui fut le centre du monde civilisé.

G. VERJAT

Paris, le 25 juillet 1970.

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Annexe :

LA SITUATION EN PALESTINE

(Thèses du groupe trotskyste palestinien en 1947)

La thèse de nos camarades palestiniens, que nous publions ciaprès, a été élaborée avant la proclamation formelle de l'Etat d'Israël et l'invasion de la Palestine par les armées des Etats arabes. Comme elle permet de comprendre le fond des événements, il nous suffira d'une brève mise au point de la position de la IV* Internationale face aux récents événements.

Ce que nous avons déclaré au moment de la décision de l'O. NU. du partage de la Palestine (« IV° Internationale», janvierfévrier 1948) reste complètement justifié en ce qui concerne le nouvel « Etat» miniature d'Israël. Loin de résoudre la question juive, il va lui donner une acuité encore plus tragique, non seu: lement en accentuant les tendances antisémites en Grande-Bretagne et dans les pays du Proche-Orient, mais aussi et surtout en cristallisant les sentiments anti-impérialistes des masses arabes dans tous les pays environnants. Même abstraction faite de l’attitude des grandes puissances, cet Etat n'a aucun avenir historique. Sujet à des crises et à des convulsions permanentes — la guerre civile permanente n'ayant été évitée que par le nettoyage complet de tous les villages arabes sur son territoire — il Sombrera dans une effroyable boucherie à une prochaine étape de la révolution arabe, si le prolétariat juif ne se détache pas à temps du chauvinisme sioniste. La tâche des révolutionnaires juifs en Israël est de préparer cette rupture. Leur ligne politique doit rester inébranlablement celle de la lutte contre le partage de la Palestine, pour la réintégration du territoire d'Israël dans une Palestine unie, dans le cadre d’une Fédération des Etats Arabes du Moyen-Orient qui garantira à la minorité juive tous les droits d'autonomie culturelle nationale.

Les potentats féodaux arabes, Farouk et Abdullah, loin de lutter contre le partage de la Palestine, cherchent surtout à partager ce malheureux pays entre leurs propres royaumes. Leur învasion avait surtout pour but de détourner l'attention de leurs propres sujets de la tension sociale montante dans leurs pays. En même temps, ils ont cherché à exploiter les sentiments antiimpérialistes des masses pour couvrir leur propre capitulation misérable devant le capital mondial (affaire du Soudan, traités

1. Il s’agit en réalité du n° 9 de novembre-décembre 1947 où fut publié le texte précédent.

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de l'Irak et de la Transjordanie avec la Cité, etc.). Quelques semaines de guerre ont suffi à dévoiler l'organisation lamentable de leurs forces militaires. Ce n'est pas sous leur direction que les masses arabes pourront réunifier la Palestine. Encore moins la lutte contre l'impérialisme se développera-t-elle sous leur égide, alors que même dans l'affaire de la Palestine les souverains arabes sont prêts à se laisser imposer finalement le compromis élaboré actuellement par les grandes puissances.

Îl en va tout autrement de l'opposition que les masses arabes manifestent de toute part contre l'Etat d'Israël et l'intervention de l'impérialisme dans cette partie du monde. Cette opposition est une force incontestablement progressive, qui, demain, ira renforcer le courant général de la révolution arabe au Moyen-Orient. Aujourd'hui les masses restent dans l'expectative, aussi longtemps que leurs propres maîtres semblent se charger du combat. Quand la trahison de ceux-ci éclatera à la face du monde, l'intervention indépendante des masses arabes sera à l'ordre du jour. Elle permettra à ce moment une convergence de la lutte contre les seigneurs féodaux et l'ejfroyable misère sociale et de la lutte contre l'impérialisme et le sionisme. Préparer dès aujourd'hui cette convergence est la tâche des révolutionnaires du Moyen- Orient qui, fout en luttant contre tout courant chauvin et antisémite, concentreront leur propagande sur les mots d'ordre suivants :

À bas le partage de la Palestine! Pour une Palestine arabe unie et indépendante, avec pleins droits de minorité nationale à la communauté juive.

À bas l'intervention impérialiste en Palestine! Hors du pays toutes les troupes étrangères, les « médiateurs» et « observateurs » de l'O.N.U.! Pour le droit des masses arabes à disposer d’elles-mêmes ! Pour l'élection d'une Assemblée Constituante au suffrage universel et secret ! Pour la révolution agraire!

A bas la Ligue Arabe, instrument de l'impérialisme! A bas les rois corrompus et les féodaux exploiteurs ! Vive la révolution socialiste arabe dans le Moyen-Orient !

1. — La faiblesse de l'impérialisme britannique après la Deuxième Guerre mondiale, la consolidation de la bourgeoisie indigène dans quelques colonies importantes et le développement de la classe ouvrière ainsi que l’intensification de sa lutte sociale et antiimpérialiste ont obligé la Grande-Bretagne à évacuer ses troupes de certaines colonies et à prévoir un réajustement de la défense de l'Empire. D'autre part, la bourgeoisie indigène est devenue un agent de la domination impérialiste indirect plus digne de confiance du fait de la peur grandissante devant la classe ouvrière organisée qui est sortie plus forte que jamais de cette guerre. Particulièrement dans les colonies et semicolonies et dans les régions coloniales où l'impérialisme américain a pénétré comme principale puissance économique, l'impérialisme britannique essaie d'assigner une partie des tâches de la défense de l'Empire et de la préparation de la prochaine guerre mondiale à l'impérialisme américain. D'autre part, la Grande-Bretagne cherche à maintenir autant d'influence économi-

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que et d'autorité sur la bourgeoisie indigène qu'il est possible de le faire. C'est ce qui se passe à présent dans le Moyen-Orient. D'une part, l'impérialisme britannique évacue une partie de ses troupes de Palestine et de l'Irak et laisse à l'O.N.ÜU. c'est-à-dire à l'impérialisme américain, le soin de décider du sort de la Palestine et, d'autre part, il incite à la « guerre sainte» en Palestine afin de gagner de l'influence politique sur le monde arabe et il s'efforce de s'allier aux Etats arabes, comme par le traité prévu avec l'Irak qui donnerait à l'impérialisme britannique le maximum de pouvoir possible dans les conditions de domination indirecte. L'antagonisme entre les impérialismes américain et britannique dans cette région se manifeste particulièrement dans la question de savoir de quelle façon chacun d'eux peut obtenir le maximum d'influence directe sur l'économie et la politique indigènes tout en y envoyant le plus petit nombre de troupes. La décision de diviser la Palestine appuyée par les Etats-Unis apparemment en opposition à la Grande-Bretagne a créé la situation suivante dans l'Orient arabe : la Grande-Bretagne a obtenu ia possibilité de retirer une partie de ses troupes tout en renforçant son prestige dans le monde arabe; l'Amérique, dont les intérêts pétroliers n'ont pas souffert d'une certaine perte de prestige à cause des liens économiques qui lient la bourgeoisie indigène à l'impérialisme yankee, y a gagné un agent direct : la bourgeoisie sioniste qui, de ce fait, est devenue complètement dépendante du capital américain et de la politique américaine. De plus, l'impérialisme américain a maintenant une justification pour intervenir militairement dans le Moyen-Orient chaque fois que cela lui conviendra. Tous les deux ont créé une situation de chauvinisme grandissant dans laquelle il est devenu possible d’écraser la classe ouvrière arabe et tous les mouvements de gauche dans tout l'Orient arabe — et ceci est également dû à cause de l'appui russe au plan impérialiste de division de la Palestine.

2. — Les féodaux arabes et la bourgeoisie du Moyen-Orient représentés par la Ligue Arabe voient dans la bourgeoisie sioniste un concurrent non seulement sur le marché des moyens de consommation du Moyen- Orient (en ce qui concerne l'Egypte) mais également sur le marché des agents impérialistes dans l'Orient arabe. Par sa guerre raciale contre les Juifs de Palestine, la Ligue Arabe veut limiter la zone d'activité des industries juives et prouver à l'impérialisme qu’elle est un facteur qui peut encore mieux le servir que le sionisme. En même temps, elle favorise l'impérialisme dans ses plans sur une grande échelle au Moyen-Orient et elle n’est que trop intéressée à suivre ses ordres en vue d'utiliser cette guerre chauvine pour aviver les sentiments anti-russes et pour écraser brutalement la classe ouvrière arabe et tous les groupes de gauche. Elle voit dans l'épouvantail sioniste et dans le problème palestinien en général une trop belle occasion pour détourner l'attention des masses opprimées des pays arabes de leurs problèmes sociaux et de l'exploitation impérialiste et indigène et pour exacerber les haines raciales contre les minorités et pour recruter des chômeurs pour « Gihad» en Palestine. Dans ces circonstances, l’antagonisme traditionnel entre les deux cliques de la Ligue Arabe — la famille hashemite britannique d’une part et le bloc américain du roi du pétrole de l'Arabie, de l'Egypte et du régime

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actuel en Syrie d'autre part — se manifeste dans leur compétition pour l'intervention la plus extrême et la plus active en Palestine afin d'être sur place, d'y créer un fait accompli et de rassembler le butin dès qu’il sera nécessaire de se conformer aux décisions finales de l'impérialisme.

3. — Les féodaux arabes de Palestine, sachant que dans une telle guerre raciale ils sont les dirigeants naturels, veulent reconquérir de cette façon leur autorité sur la population arabe de Palestine, autorité qui avait été affaiblie par le développement durant la guerre de la jeune bourgeoisie des villes du littoral et par la croissance et l’organisation de la classe ouvrière arabe de Palestine. L'appui direct que l'impérialisme britannique a accordé à ces dirigeants féodaux contre tout autre facteur arabe (« rapatriement » des Husseinis, reconnaissance du Haut Comité arabe imposé par lui-même, etc.) — tout cela parce que lim périalisme anglais était intéressé à voir la direction arabe la plus réactionnaire et chauvine — a permis à ces féodaux d’imprégner dès le début leur propre caractère aux événements actuels, Alors que la révolte de 1936 avait commencé par une grève générale et s'était concentrée au début dans les villes, cette fois-ci le principal aspect de l'activité a été dès le début une action militaire de bandes de guérillas rurales. Alors qu’en 1936-1939 une grande partie des « combats» a été menée contre les troupes ritanniques (même si le but principal était dirigé contre les Juifs) cette fois-ci ce sont principalement les Juifs qui sont attaqués, tandis que les fonctionnaires de l'impérialisme britannique ainsi que les officiers et les soldats sont traités amicalement ou tout au plus accusés de ne pas tenir la « neutralité» promise, C'est ainsi qu'ils ont réussi à créer une atmosphère de chauvinisme extrême, dans laquelle une provocation peut entraîner un massacre massif des ouvriers juifs comme dans les raffineries de Haïfa de la part des sections arriérées de leurs compagnons ourvriers arabes (quelques-uns des ouvriers arabes les plus avancés ne participèrent pas à cette action et d’autres sauvèrent les Juifs), et où il n'y a plus de lutte gréviste commune entre ouvriers juifs et arabes pour les mêmes revendications, mais au contraire où ces luttes sont menées séparément pour l'introduction de mesures de sécurité contre des attaques éventuelles. La séparation entre ouvriers arabes et juifs et la séparation entre la classe ouvrière arabe des villes les plus avancées et de leur hinterland — les pauvres des campagnes — l’un des principaux buts de la division) sont accomplies par la prétendue lutte des dirigeants féodaux arabes contre la division. La bourgeoisie arabe, dans la mesure où elle existe en Palestine en tant que classe indépendante (propriétaires de plantations de citrons et éléments urbains des villes du littoral — les adeptes de Muss el- Alami) veut l'ordre et la sécurité dans l'intérêt des affaires, mais sa « garde nationale », au cours des attaques chauvines de masse, est de moins en moins importante en comparaison des guérillas à direction féodale.

4. — Le sionisme qui semble être au zénith de ses succès diplomatiques, a réussi à aider l'impérialisme à créer une situation dans laquelle les masses juives doivent apprendre ce que veut dire être le bouc émissaire de l'impérialisme. La guerre civile

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actuelle, qui exacerbe à l'extrême le chauvinisme dans les masses juives est elle-même en partie la conséquence du chauvinisme sioniste qui a accompagné l'établissement d’une économie juive fermée. Si l'impérialisme a réussi à détourner de lui le mécontentement des masses arabes dans le Moyen-Orient et à le diriger contre la population juive de Palestine, la conséquence inévitable de cette guerre sera la dépendance totale du sionisme envers l'impérialisme américain.

5. — Dans ces circonstances le recul de l'influence des organisations ouvrières arabes est évident. Après être parvenues à devenir un facteur important dans la vie politique arabe, elles sont aujourd’hui presque paralysées. Nous ne pouvons pas non plus nous attendre à ce qu’elles regagnent cette position dans le proche avenir, et ce pour les raisons suivantes :

a) La vague d’écrasement des organisations de gauche et de la classe ouvrière dans l'Orient arabe est survenue avant que celles-ci soient suffisamment fortes pour se défendre et pour maintenir leur position. Si cela a été le cas dans les centres de la classe ouvrière arabe, particulièrement en Egypte, il n'y a aucun doute que cela influence la classe ouvrière plus arriérée de Palestine.

b) Dans le proche avenir, il faut s'attendre à un déclin numérique de la classe ouvrière arabe en Palestine, premièrement à cause de la diminution du travail pour l’armée et deuxièmement à cause des arrêts de travail causés par les événements. Le chômage parmi les ouvriers arabes ne menacera pas seulement les conquêtes limitées des dernières années, mais créera un terrain fertile au chauvinisme et favorisera le recrutement des bandes à direction féodale.

c) Les staliniens arabes ont perdu une partie de leur influence politique et organisationnelle parce que les masses les considéraient comme Îles représentants de la Russie qui a trahi les masses arabes en favorisant la division de l'Etat juif.

d) Le chauvinisme grandissant des ouvriers juifs, l'appui ouvert du partage par les sionistes de « gauche», y compris les staliniens juifs, sont également reflétés parmi les ouvriers arabes et constituent un autre facteur qui les jette dans les bras de la réaction féodale. D'autre part, la composition sociale de la classe ouvrière arabe est aujourd'hui beaucoup plus progressive qu'elle ne l'était au début de la révolte de 1936-1939. Alors qu'à cette époque les ouvriers agricoles, les employés de commerce, etc. constituaient plus de la moitié de la classe ouvrière arabe, aujourd'hui près des trois quarts des ouvriers arabes sont em ployés sur les chantiers gouvernementaux, dans les compagnies pétrolières et autres établissements industriels, Après la période de réaction et de recul, le point de départ sera à un niveau plus élevé qu'en 1939.

6. — Si dans le passé l’activité politique du parti révolutionnaire parmi les ouvriers juifs a été difficile à cause de la position privilégiée de ceux-ci dans l'économie fermée des Juifs, elle le sera d'autant plus aujourd’hui que cette position a été sou-

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tenue non seulement par l'impérialisme américain maïs encore par la Russie. Le tournant des staliniens juifs, devenus les adeptes les plus enthousiastes de la division de la Palestine et de la création de l'Etat juif, limite encore les points de contact qui auraient pu être utilisés par le parti révolutionnaire comme point de départ pour son activité parmi les ouvriers juifs. D’autre part, l'influence accrue de la réaction féodale arabe s'exprime par un chauvinisme accru du côté juif. Une certaine perspective de notre travail consiste dans la possibilité de gagner individuellement des staliniens qui sont demeurés fermement opposés à la division et qui peuvent par conséquent admettre la trahison de la Russie stalinienne.

7. — L'analyse précédente montre que dans le proche avenir (les prochains mois) on ne peut pas s'attendre à des actions sur une grande échelle de la part des ouvriers arabes, encore moins d'actions communes entre ouvriers arabes et juifs. Avant que ne se fasse sentir la lassitude provoquée par la détérioration de la situation économique et par l'effusion de sang et qui sera le point de départ d’une nouvelle montée révolutionnaire, il est très probable qu'il y aura un renforcement du chauvinisme et des massacres sur une grande échelle. Dans le proche avenir, notre travail sera limité essentiellement au maintien des liaisons entre les camarades arabes et juifs, à renforcer les cadres, particulièrement du côté arabe, comme base pour une activité révolutionnaire dans l'avenir. Nous devons expliquer patiemment aux couches les plus avancées du prolétariat arabe et à l’intelligensia, que les actions militaires raciales ne font qu'agrandir le fossé entre les Juifs et les Arabes, et conduisent ainsi pratiquement à la division politique; que le facteur fondamental et que la cause principale de la division c'est l'impérialisme; que les combats actuels ne font que renforcer l'impérialisme; que grâce à la direction bourgeoise et féodale des pays arabes —

qui est l'agent de l'impérialisme — nous avons été battus à une étape de la lutte anti-impérialiste ; et que nous devons nous préparer pour la victoire à une prochaine étape — c'est-à-dire

pour l'unification de la Palestine et de l'Orient arabe en général

— en créant la seule force qui puisse parvenir à ces buts : le

parti prolétarien révolutionnaire unifié de l'Orient arabe. Notre

succès dépendra en très grande partie de la consolidation, entre

temps, des forces communistes révolutionnaires en Egypte. Haïffa, janvier 1948.

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Table

1. Introduction

D

. L'insertion historique de la Résistance Palestinienne dans l'Orient arabe. Ses rapports avec les traditions nationales 11

Les courants nationalistes et les P.C. .................... 11

3. L'environnement de la Résistance Palestinienne : les ré- SAITES ATADÉS, sue 2 2 22 Pannes eu de eu 66 esse 18

4. La Résistance Palestinienne comme phénomène social de TDASSS ee ne er . . 25

Les racines socio-économiques de la Résistance. La spécificité palestinienne : les racines « nationales » de la Ré-

sistance Palestinienne ..........................,...,.,.. 25 5. La Résistance Palestinienne. — Réalité militaire et conditions de sonsaction armées... 0eme 24 conne 30

Les organisations sont des organisations militaires. Profil

du champ de bataille. — Réalité politique et militaire de DEN. 4 à raspeses Ne SES AU nono tie sa He ne Merci 30 6. De la Résistance Palestinienne à la Révolution arabe .... 44 1. L'impasse ‘nationaliste sm 2-22 ann à ses mess 44 2. La naissance de la Révolution arabe .................. 51 3. La rupture objective dans le courant nationaliste ...... 52 4. La rupture subjective avec le nationalisme ............ 56 A OODCISIOE- Le T 65 Où va la Résistance Palestinienne ? Après la crise de Jordanie, un nouveau seuil à franchir ...................... 66

Annexe : La situation en PAleStIne 2 24 surement on à 81

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AcHrvé D'IMPRIMER EN SEPTEMBRE 1970 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE CH. CORLET, 22-26, RUE DE VIRE, A 14-CONDÉ-SUR-NOIREAU DÉPÔT LÉGAL : 3 TRIMESTRE 1970 N° IMPRIMEUR : 8338. N° ÉDITEUR : 367 PREMIER TIRAGE : 5.000 EXEMPLAIRES

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hebdomadaire de la Ligue Communiste (Section Française de la IV* Internationale)

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brochure écrite et diffusée par:

la jeune garde socialiste / belgique

la igue communiste / france

la igue manxste révolutionnaire /suisse François Maspero, éditeur 1, place Paul-Painlevé, Paris-V°

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