Extrait du Programme Commun de la Gauche : Chap. 9, « La promotion de ta femme »
La promotion de la femme suppose sa participation à la vie économique sociale culturelle, politique. Elle exige des lois nouvelles, des mesures concrètes, des moyens matériels, afin que les femmes accèdent à l'égalité dans le travail, la société, la famille.
Les discriminations contenues dans la législation à l'égard des femmes seront abrogées.
Des lois nouvelles seront élaborées concernant l'autorité parentale, les régimes matrimoniaux, la filiation, le divorce. Le droit de divorcer par consentement mutuel sera reconnu dans cette législation qui veillera aux responsabilités des deux membres du couple à l'égard des enfants et la protection de leurs intérêts matériels et moraux. Les pensions alimentaires seront indexées. Le recouvrement et le versement des pensions non payées seront garantis.
Les femmes disposeront de droits égaux à ceux des hommes en matière de salaire, de formation professionnelle et d'éducation permanente, d'emploi, de promotion professionnelle.
Pour que la femme qui travaille puisse assumer dans de bonnes conditions ses responsabilités de travailleuse et de mère, le congé de maternité sera allongé à seize semaines des congés spéciaux seront accordés à l'un des parents pour soigner un enfant malade ; une indemnité sera attribuée pour frais de garde ; ceux-ci seront déduit des sommes soumises à l'impôt ; un important réseau d'équipement collectif à des prix abordables sera créé pour décharger les femmes et les familles d'une part importante du travail ménager ; le nombre des aides familiales sera augmenté.
La participation des femmes aux affaires de l'entreprise, du quartier, de la ville, du pays sera facilitée par l'amélioration de leurs conditions de travail et de vie, par le développement de leurs connaissances, de leur information, par l'extension des libertés syndicales et démocratiques.
LAREACTUAU/
SAHON
DU
PROGRAMME
COMMUN?
Au moment où on parle de réactualisation du Programme Commun, il est intéressant de relire le chapitre consacré aux femmes parce document (voir le texte en annexe). Situé entre la culture et bien sur la famille, dans la partie intitulée « vivre mieux, changer la vie », il forme un ensemble isolé. Aucune allusion n'est faite à la condition des femmes dans les chapitres concernant l'organisation de l'économie, les institutions ni même l'école la santé ou l'urbanisme. Le passage lui- même, intitulé « promotion de ia femme », est un sommet dans l'abstraction et le maniement des généralités.
On prévoit des mesures tendant à établir l'égalité juridique : aucune n'est détaillée. On parle d'égalité dans le travail mais on insiste surtout sur la protection de ia mère dans le travail ; rien n'est dit sur la lutte nécessaire contre les métiers et filières féminines. Le droit au travail pour toutes les femmes n'est pas mentionné. Les équipements collectifs sont annonçés ; on apprend au chapitre suivant qu'il s'agit de millejxèches alors qu'il nait en France 850 000 enfants par an. De plus le développement des aides familiales est retenu comme une solution alors que c'est aujourd'hui le choix effectué par le gouvernement pour dissimuler le chômage féminin et réduire les dépenses sociales. La question du partage des tâches entre hommes et femmes, la remise en cause des rôles ne sont pas abordées. La phrase qui indique que les femmes doivent pouvoir assumer leur double rôle de mère et de travailleuse figure en bonne place. Seul le divorce suscite un énoncé détaillé de mesures... qui sont aujourd'hui appliquées par le gouvernement. L'accès à la vie politique est mentionné par une phrase où la généralité le dispute à la banalité.
Sans doute le Programme Commun date-t-il de 1972 à un moment où les luttes des travailleuses pour leur emploi étaient plus rares, où la radicalisation féministe n'a pas encore pénétré danstoute les couches de la société. C'est pourtant l'époque où les femmes ont commencé à se mobiliser pour l'avortement.
Aujourd'hui que les réformistes tiennent un discours sur l'oppression des femmes, qu' Antoinette s'interroge pou savoir si une femme est avant tout un »; mère et publie des dossiers sur le viol, aujourd'hui que se développent des commissions syndicales femmes et que des débats ont lieu dans les partis réformistes on pourrait s'attendre à ce que le chapitre « femmes » face l'objet d'un > réactualisation sérieuse. Il suffit de lire la presse pour s'apercevoir qu'il n'en est rien. Le débat polarisé autour de la question des nationalisations, la polémique PC-PS ont rejeté à l'arrière plan toutes les revendications des femmes. M. Vincent (l'Humanité 21-10-77) explique maintenant que son parti a fait des propositions de réactualisation du Programme Commun à partir de la loi cadre présenté par le PCF à l'assemblée. Nous reviendrons sur l'analyse de cette loi dans notre prochain numéro. Il reste que ce n'est pas sur la lutte des femmes et leurs revendications que le PCF met l'accent mais sur l'appui que les femmes devraient donner au PCF dans la polémique : « voilà pourquoi nous disons : les mesures sociales indispensables la nationalisation des neufs grands groupes industriels de leurs filiales, l’impôt sur le capital et sur les fortunes, l'extension résolue des droits des travailleurs, la garantie de l'indépendance nationale, c'est l'affaire des femmes » (l' Humanité 21-10-77). C'est une nouvelle variante de l'utilisation de la radicalisation des femmes comme force d'appoint. Et si les femmes, dans les entreprises, sur les quartiers où sont organisées des réunions publiques posaient des questions au PCF et au PS non seulement sur les débats en cours mais aussi sur leur droit au travail, le statut dans la famille, les centres d'orthogénie ou encore les violences qu'elles subissent ?