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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Femmes travailleuses : Féminisme et syndicats

Cahiers du féminisme, n° 10, juin - septembre 1979 · p. 14-20 · 4 933 mots

FEMINISME ET SYNDICATS

Femmes travailleuses : féminisme et syndicats

Pourtant, si l'on s’en tenait à une lecture des plates-formes mises en avant par la plupart des syndicats européens à l'heure qu'il est, on pourrait être tenté de croire que le problème de la prise en charge des exigences spécifiques des femmes est résolu, ou en passe de l’être. Sur le papier, la progression des idées en ce qui concerne le contenu des revendications relatives à la situation des fem-

Du point de vue des axes revendicatifs proposés et des attendus qui justifient l’orientation actuelle des organisations ouvrières, on constate une évolution plus grande dans les documents syndicaux depuis deux ou trois ans que durant les cinquante années qui précèdent.

Alors que le « discours » syndical du mouvement ouvrier du début du siècle et celui du début des années soixante-dix mettaient avant tout l’accent sur les revendications égalitaires d’un point de vue économique, l’insistance est mise aujourd’hui, non seulement sur les facteurs fondant la surexploitation des femmes, mais aussi son oppression spécifique. L'Année internationale de la femme , a marqué un tournant dans la compréhension des syndicats en ce qui concerne les discriminations dont les travailleuses font l’objet. Le mouvement de libération des femmes est passé par là... Son impact sur des couches importantes de travailleuses, couplé à une augmentation très nette du nombre des femmes salariées occupant en général les emplois les plus répétitifs et les moins bien rétribués (cf. article qui précède )a entraîné une accélération des luttes de femmes dans les entreprises sur des thèmes qui ne se limitent pas à des questions strictement économiques.

Les directions des organisations ouvrières n’ont pu faire autrement que d’y prêter attention.

Du Portugal à l’Allemagne, en passant par l’Espagne, l’Italie, la Suisse, le Danemark, la France, etc., par exemple, il n’existe plus guère de plates-formes syndicales n’incluant pas la revendication du droit du père à prendre un congé — avec ou sans salai-re après la naissance d’un enfant, mes travailleuses est, en effet, très sensible dans la quasi-totalité des textes que nous avons pu consulter. On y trouve une dénonciation assez systématique des racines de l’oppression de la travailleuse en tant que femme -mère-épouse , dont le rôle traditionnel au sein de la famille est à la source de toutes les discriminations qu’elle connaît au niveau de l’emploi.

ou en cas de maladie d’un enfant ou d’une personne malade dans la famille. (Quant à la concrétisation d’un tel droit, là où il est accordé par le patronat. c'est une autre affaire ! En Suède, pourtant, 1 0 à 13 96 des congés postnaissance sont désormais pris par les hommes, contre à peine 2 % en 1974).

Les idées progressent... sur le papier

Avortement et contraception

La question de la liberté de l’avortement et de la contraception — est, elle aussi, présente dans la plupart des textes étudiés. Souvent, c’est le caractère explosif de la situation sociale et politique ou la volonté des bureaucrates syndicaux de redorer leur blason qui ont déterminé l’adoption de cette revendication. La pression des luttes féministes au niveau international a, dans ce cas, joué un rôle plus déterminant que la bataille dans les syndicats par les travailleuses concernées. Les limites de la présence de ce mot d’ordre dans les plates-formes syndicales sont alors évidentes. L’exemple le plus frappant en est le Portugal où les syndicats, de même que le PC et le PS « revendiquent » le droit à l’avortement libre et gratuit depuis 1 97 S sans avoir jamais mené d’action concrète à ce sujet.

Mais ailleurs — en Italie et en Grande-Bretagne notamment — l’avortement a été l’objet d’affrontements très durs au sein des organisations syndicales, les directions bureaucratiques soutenant qu’il s’agissait d’une question « privée » qui n’avait rien à voir avec l’action du syndicat. Il aura fallu les mobilisations massives que l'on sait et la peur de perdre toute crédibilité vis-à-vis des femmes qu’ils influençaient pour que les bureaucrates italiens finissent par reculer, l’an dernier. En Grande-Bretagne, c’est la pression de la campagne nationale pour le droit à l'avortement et l’action menée par des militantes et des militants du LARC (regroupement sur l’avortement interne au Parti travailliste) pour que le congrès du TI C. la principale centrale syndicale anglaise. regroupant la plupart des syndicats nationaux, finisse par modifier sa position sur cette question en 1978...

Les crèches...

Le problème de l’existence de crèches au niveau du quartier ou de l’entreprise, s’est, lui aussi, heurté pendant longtemps à la passivité des directions syndicales qui ne voyaient pas là une question d’urgence. La généralisation de cette exigence dans les plates-formes revendicatives et surtout les considérants qui la sous-tendent démontrent qu’une évolution est en train de se faire à ce propos. L’importance que revêt pour les femmes les problèmes de la prise en charge collective des enfants et de la mise à disposition de services sociaux leur permettant de se décharger des tâches domestiques et de participer plus activement à la vie politique et syndicale a, en effet été mis en évidence par les militantes syndicales à plusieurs reprises. En Italie, c’est l’un des principaux thèmes qui fut abordé dans les premières réunions nationales non-mixtes organisées spontanément par les syndiquées de la FLM (syndicat unitaire de la métallurgie) en 1977. Les travailleuses présentes ne manquèrent pas d’attaquer vertement l’orientation des bureaucrates — soutenus par l’indifférence de la plupart des syndiqués masculins — qui tenaient jusque là ces problèmes pour négligeables. Il fut souligné que la question de l’absence de services sociaux était la source du faible degré de participation des femmes aux activités syndicales et que c’était un facteur essentiel dans la division entre travailleurs et travailleuses puisque c’est sur les femmes que continuent de retomber les tâches domestiques. Si les syndicats s’étaient si peu soucié de

DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE cette question jusqu'alors, c'est bien parce qu’ils sont dirigés quasi-exclusivement par des hommes peu sensibles a ces problèmes...

L’influence du mouvement des femmes

D’une manière générale, les arguments que l’on trouve aujourd’hui dans les textes syndicaux pour expliquer l’importance de telle ou telle revendication spécifique des femmes témoignent de l’influence des débats qui ont traversé les mouvements de libération des femmes depuis 10 ans.

« Dans notre intervention sur la tion des revendications traditionnelles — salaires, conditions de travail, congé maternité, réduction de l’horaire hebdomadaire, lutte contre le chômage, etc. — qui rend bien compte du changement d'optique à propos de ces questions.

La situation des femmes marque les revendications

Les racines des différences salariales entre hommes et femmes sont presque toujours abordées dans le détail : absence de qualification, conditionnement social de la femme, problèmes liés au fait que ce sont elles

L’exigence de la réduction du temps de travail pour tous fait en général écho au refus du travail à temps partiel conçu par les patrons comme un mode de surexploitation d’une partie de la main-d’œuvre — les femmes — et qui est un élément important de division pour la classe ouvrière.

La combativité des syndiquées de la FLM a contraint la direction de ce syndicat à prendre en compte leur refus du temps partiel dans les négociations qui ont eu lieu en Italie il y a quelques mois. Dans leur argumentation, ces militantes mettaient l'accent sur le fait que seule une diminution radicale des horaires quotidiens permettrait l’instauration d’un autre type question de la femme au premier congrès national des Commissions ouvrières, nous avons insisté sur le fait qu’au -delà de la défense des revendications spécifiques, ce qu 'il faut, c ’est lutter pour imposer un rôle nouveau de la femme au sein du couple, de la famille, de la société, du travail (...) et par conséquent du syndicat. La mobilisation des femmes elles -mêmes est indispensable à cet effet, de même que le mouvement féministe », dit une dirigeante syndicale espagnole au lendemain du congrès des Commissions ouvrières de 1978.

Ce type d'analyse et les luttes des féministes n’ont pas seulement entraîné l’adoption de thèmes revendicatifs nouveaux dans les syndicats. Ils ont également conduit à une articula- qui mettent au monde les enfants, etc.

A propos des mauvaises conditions de travail, de l’accélération des rythmes, des nuisances, les textes mettent en évidence les conséquences qui en découlent pour les organes reproductifs des femmes, le risque accru de fausses couches, la nécessité pour les ouvrières de pouvoir changer de poste de travail durant leur grossesse... Très souvent, les textes ont un lien explicite entre la bataille à mener sur ces questions et celle concernant l’avortement et la contraception, l’une et l’autre étant comprises dans le cadre de la lutte pour le droit des femmes de choisir. Et cela débouche fréquemment sur la critique du système de la santé qui exclut toute médecine préventive dans la société capitaliste.

de rapports entre individus et une mise en question de la division traditionnelle des tâches au sein de la famil-le.

En ce ‘ qui concerne le travail à temps partiel, et plus encore le travail à domicile, l'accent est mis sur l’absence de garanties que représentent de tels emplois, tant en ce qui concerne la Sécurité sociale que le droit aux vacances payées ou à la retraite.

Du fait que la quasi-totalité de la main-d’œuvre dans ces catégories est une main-d’œuvre féminine, la relation est faite explicitement dans les textes syndicaux officiels entre ce type d’emplois et le rôle traditionnellement attribué à la femme.

Sur la question des lois protectrices et du travail de nuit des femmes en

FEMINISME ET SYNDICATS particulier, le débat est ouvert. Ce qui ressort le plus souvent, c’est le refus du travail de nuit pour l’ensemble des travailleurs — à l'exception de certains secteurs sociaux indispensables — et le danger d’exiger l'abolition des lois interdisant le travail de nuit aux femmes sous prétexte des discriminations qu’ elles entraînent.

Là où le travail de nuit est d'utilité sociale, il faut exiger un statut d’égalité entre hommes et femmes, mais ne pas tomber dans le piège que tend le patronat dont la propagande pour l’abolition des lois interdisant le travail de nuit aux femmes n’est que trop évidemment motivé par la recherche du profit maximum.

Les exigences relatives à la formation et à la qualification professionnelle des femmes montrent combien ces problèmes sont liés à tout le système d’éducation qui prévaut à l’école comme dans la famille. De plus en plus, les plates-formes syndicales mettent l’accent sur la nécessité de cours de formation et de recyclage spécifiques pour les travailleuses, tenant compte de leur bas niveau de qualification et de leur situation sociale (mise à disposition de crèches durant les cours, etc.).

Enfin, et d’une manière générale, le taux de chômage des femmes, beaucoup plus élevé que celui des hommes, est non seulement dénoncé mais les bases matérielles de ce phénomène sont analysées avec précision.

Cela débouche parfois, comme c’est le cas en Angleterre et en Italie, sur des revendications concernant l’obligation pour les patrons de respecter des quotas à l’embauche.

L’impression globale, c’est qu’on a sous les yeux une bonne analyse de l’exploitation et de l’oppression spécifique des femmes et qu’une série de conclusions très sensées en sont tirées du point de vue des revendications sensées. Et pourtant...

Des textes à la réalité... un fossé

D’abord, il faut souligner que le statut des plates-formes évoquées varie selon qu’elles ont été votées dans le cadre de conférences nationales extraordinaires sur la question des femmes travailleuses ou de congrès ordinaires du syndicat. Comme on a pu le constater récemment en France dans la CGT et la CFDT, les textes de congrès sont souvent très en retrait sur les résolutions des conférences féminines. Cela prouve bien le caractère parallèle — voire marginal — que conserve le débat sur l'oppression dans les organisations du mouvement ouvrier.

Mais même lorsque ces plates-formes expriment la ligne officielle du syndicat, débattue et votée aux congrès, il faut souligner le fossé qui exis-!e entre la théorie et la pratique, et le peu d’empressement que mettent les bureaucrates à défendre les revendications concernant les femmes.

Un élément clé : peu de femmes dans les syndicats

Parmi les facteurs déterminants qui permettent d’expliquer la mollesse des directions syndicales à ce propos, il faut bien sûr relever le faible nombre de femmes présentes dans les syndicats, proportionnellement aux hommes, et plus encore dans les directions syndicales et les commissions de négociation.

Dans son livre sur la politique des syndicats à l’égard des femmes (Das Arbeiternehmer Patriarchat — Die Frauen Politik der Gewerkschaften ),

Claudia Pinl, ex-permanente syndicale et ex-rédactrice du mensuel syndical de la DGB montre bien quelles sont les racines de cet état de fait.

L’attitude des bureaucrates, « oubliant » de défendre les intérêts particuliers des femmes durant les négociations, n’est pas seulement fondée sur le machisme et la conviction profonde chez la plupart d’entre eux que la place de la femme est à la maison. Elle est aussi déterminée par des éléments matériels très concrets : la majorité des permanents syndicaux qui président aux négociations sont — dans le meilleur des cas — d’anciens ouvriers qualifiés qui ne se sont jamais posés beaucoup de questions sur les conditions d’existence des travailleurs non qualifiés et des femmes en particulier.

Par ailleurs, l’acceptation par la plupart des directions syndicales européennes de la politique d’austérité promulguée par leurs bourgeoisies respectives amène les bureaucrates à reculer en premier lieu sur les revendications touchant aux mesures de restrictions de crédits dans les secteurs sociaux.

D’une part, nombre d’entre eux ne sont pas convaincus que la lutte pour le droit à l’avortement et à la contraception — avec les implications que cela suppose pour la mise en place des services correspondants au niveau hospitalier — soit du domaine de l’intervention syndicale.

Mais outre le manque d’habitude des syndicats de mener des batailles sur d’autres terrains que celui de l’entreprise, la résistance qu patronat à faire quelque concession que ce soit sur la question des équipements collectifs dans le cadre de la crise économique actuelle est un bon prétexte pour justifier l’abandon de revendications qui touchent en premier lieu les femmes, au moment des négociations paritaires « où il faut savoir établir des priorités ».

L’idéologie réactionnaire des bureaucrates syndicaux

L’idéologie qui entâche tous les rapports sociaux en ce qui concerne le rôle des femmes, ainsi que la situation personnelle d’un très grand nombre de dirigeants syndicaux dont la femme est souvent « à la maison » vu le salaire confortable qu’ils perçoivent, les amènent à penser — tout comme les patrons assis en face d’eux — que les problèmes d’augmentations de salaire se posent dans des termes totalement différents pour l’homme et pour la femme.

Alors que dans le premier cas il s’agit pour eux d’un salaire « familial », le salaire de la femme n’est considéré, lui, que comme un salaire « individuel », comme un salaire d'appoint. L’idée, pourtant évidente, qu’un pourcentage énorme de femmes seules sont elles aussi des « chefs de famille » n’est pas encore passée dans les esprits de la moyenne des gens ni dans celles des bureaucrates. Claudia Pinl montre qu’en Allemagne — mais c’est vrai ailleurs — la bataille pour la suppression des catégories salariales les plus basses semble s’être soldée par un succès dans un certain nombre de cas. Si ce n’est que de nouvelles catégories salariales, non comprises dans la grille, ont été créées pour les emplois les plus qualifiés.

Ce qui fait que, loin de se refermer les « ciseaux » se sont écartés...

Le mépris des directions syndicales à l’égard des discriminations dont les travailleuses sont victimes se traduit parfois dans la manière dont ils abordent la question du temps partiel, refusant de voir les implications négatives de ce type d'emploi pour la femme, tant du point de vue de son indépendance économique que des limites que cela suppose sur le plan du poste de travail occupé et des responsabilités dans le travail (sans parler des autres

Face à cela, les femmes commencent à comprendre, dans la plupart des pays, que te salut ne viendra que d'el- discriminations évoquées plus haut).

Cela se traduit notamment par leurs réticences à se battre pour le maintien du plein-emploi et contre l’introduction du temps partiel dans une série de secteurs où les patrons tentent ainsi de faire subir les effets de la crise aux travailleurs, et plus particulièrement aux travailleuses.

Mais il est un autre facteur objectif qui renforce la passivité des directions syndicales : c’est le fait que les femmes soient présentes en majorité dans des secteurs où le degré d’organisation syndicale et les traditions de lutte sont les plus faibles. Ce qui ne veut pas dire que les grèves et les mobilisations dans des secteurs « typiquement féminins » n’aient pas été parmi les plus dures ces dernières années (cf. la vague d’occupations dans le textile dans le nord de la France en 1 976, en Espagne et en Belgique plus récemment). Mais le fait qu’il s’agisse de branches considérées comme secondaires sur le plan économique comme sur le plan syndical conforte les bureaucrates dans leur conviction qu’il s’agit là de questions mineures et rend d’autant plus difficile la bataille pour la solidarité de tous les syndiqués avec les revèndications et les luttes des femmes travailleuses.

tes -mêmes. Soit qu' elles sont conscientes du fait que les pratiques de la bureaucratie syndicale, tout entière axée vers une politique de collaboration de classes, ne peut déboucher que sur une trahison de leurs intérêts de travailleuses surexploitées ; soit — et c’est la majorité — qu’elles sont simplement choquées par les contradictions criantes entre les belles promesses des jours de congrès et la pratique quotidienne des directions, les femmes syndiquées ont de plus en plus tendance à s’organiser entre elles ou à imposer la création de commissions féminines — très souvent non mixtes dans les faits si ce n’est dans les règles — pour pouvoir débattre de leurs problèmes et imposer leur point de vue.

« Lors de la 4e Conférence nationale de la FLM, en mai 1977, il a été décidé de prendre en charge et d’impulser le débat sur la condition des femmes au travers de la création de coordinations de déléguées et de travailleuses au niveau local, provincial et national. Depuis lors, la politique de confrontation des femmes entre elles s’est développée dans le cadre de réunions, de débats, de cours de formation et de séminaires des 150 heures. Les coordinations se sont constituées dans presque toutes les provinces, impulsant dans certains cas la naissance de coordinations intercatégorielles avec les travailleuses d’autres branches », dit un document de la FLM qui, en Italie, représente la pointe avancée de l’expérience de l'organisation des femmes entre, elles au sein du syndicat.

Il est intéressant de noter que les militantes de la FLM insistent sur la nécessité d’ouvrir les coordinations à des femmes non syndiquées et d’y impliquer les travailleuses permanentes des syndicats qui sont la plupart du temps confrontées à des problèmes en partie analogues à ceux que connaissent les autres travailleuses dans leur emploi (difficultés d’expression, faible degré de responsabilités, etc.). Divers documents de la CISL et de la CGIL mettent eux aussi l’accent sur la nécessité de mettre en place des structures non mixtes unitaires.

Ce type d’expérience se développe aussi en Espagne, notamment au sein des Commissions ouvrières comme en témoignent de nombreux rapports

Il y a longtemps que les travailleuses anglaises ont pris l’habitude, de leur côté, d’organiser des « caucuses » (réunion non mixtes) à l’occasion de congrès ou d'assemblées générales. Et elles sont arrivées à la conclusion qu’il était essentiel de systématiser ce type de réunion pour permettre aux femmes de dépasser les blocages que la plupart d’entre elles continuent à éprouver dans les réunions syndicales. C’est dans cette même perspective que s’inscrit la décision de militantes de

Un acquis : les femmes s’organisent au sein des syndicats

FEMINISME ET SYNDICATS divers syndicats anglais de créer un journal ouvert à toutes afin de disposer d’un instrument commun où elles puissent débattre de leurs expériences. Ce journal, Women in Action (« Les femmes dans l’action »), a été lancé par des militantes actives dans la Working Women’s Charter Campaign (Campagne pour la charte des femmes travailleuses). Il entend s’adresser à toutes celles qui luttent dans le mouvement ouvrier pour la défense des intérêts spécifiques des femmes.

L’idée fondamentale exprimée dans le premier numéro sorti récemment, c’est que seul le regroupement de leurs énergies permettra aux femmes de créer un rapport de forces face aux directions syndicales qui n’ont que trop souvent négligé leurs luttes — quand elles n’ont pas carrément refusé de les appuyer. Dans l’un des articles de ce premier numéro, une femme syndiquée s’interroge en se demandant si l’échec de la grève des travailleuses de la Grunwick — en majorité immigrées — n’est pas due en partie au fait que les ouvrières n’ont pas eu recours à des formes d’organisation spécifiques durant la lutte. Ce qui les a mises en position de faiblesse face à la volonté des bureaucrates de négocier sur leur dos. Contrairement à ce qui s’était passé dans d’autres grèves, où les femmes avaient décidé de se réunir entre elles, elles sont restées prisonnières de la politique timorée de la direction syndicale et de son refus d’impulser un vaste mouvement de solidarité pour soutenir la bataille qu’elles menaient.

Dans la plupart des pays, même là où la pratique des réunions non-mixtes dans le syndicat a moins progressé, les femmes réclament aujourd’hui la mise en place de structures spécifiques permettant de débattre des problèmes spécifiques des travailleuses (commissions féminines, etc.) ou la transformation en structures actives de celles qui n’existent que sur le papier. Ceci dit, un peu partout, les militantes relèvent le danger que de telles structures ne deviennent un ghetto (dont les directions syndicales s’arrangent alors fort bien) si leur création ne se double pas d’une bataille décidée pour la présence et la représentation des femmes à tous les niveaux du syndicat.

Les femmes et la question de l’unité

Soulignons à ce propos le caractère positif, d’un point de vue syndical général, des initiatives prises par les syndiquées dans divers pays. L’aspiration des femmes à sortir de l’isolement qu’elles ont connu dans leur travail comme dans la famille, les amène à être souvent beaucoup plus offensives que le reste de la base des syndiqués sur la question de l 'unité des travailleurs — des travailleuses en l’occurrence.

Des réunions de l’Intercatégoriel-le, en Italie, qui rassemblent des militantes appartenant aux diverses centrales syndicales (CGIL, CISL, UIL) ainsi que des chômeuses ou des travailleuses non organisées, aux commissions intersyndicales existant dans divers pays où se retrouvent des syndiquées de différentes branches d'une même centrale, en passant par le journal déjà cité, tout indique la volonté des travailleuses concernées de briser le carcan des traditions en ce qui concerne la structuration souvent rigide de l’organisation syndicale et de mettre en question des divisions qui affaiblissent la classe ouvrière.

D'où l’accent qui est mis sur la nécessité de structures souples, favorisant l’auto -organisation et la prise de parole de la part des femmes, plutôt que le système organisationnel vertical cher aux bureaucrates qui empêche la base de s’exprimer. Cette exigence n’est d'ailleurs par une remise en cause du principe d’élection de délé-gué(e)s pour les congrès, mais, bien au contraire, une aspiration à des méthodes démocratiques permettant que cette élection se fasse dans les meilleures conditions, après un véritable débat de tous les travailleurs et travailleuses concerné(e)s.

Dans le même sens, l’insistance des déléguées de la FLM aussi bien que de la CISL italienne la mise en place de structures au niveau de la localité montre qu’elles entendent faire éclater les limites habituelles de l’organisation syndicale qui se contente, le plus souvent, d’intervenir au niveau de l’entreprise ou de la branche. Pour elles, il est décisif de créer des liens organiques avec tous ceux et toutes celles qui sont exclus du travail en entreprise : chômeuses et chômeurs, travailleuses à domicile, ménagères, etc.

Contre le sexisme

C’est la même démarche qui guide les Anglaises quand elles décident de s'appuyer sur des campagnes extérieures au mouvement ouvrier proprement dit, pour porter au sein de ce dernier le débat sur un certain nombre des questions posées par le mouvement de libération des femmes (avortement, femmes battues, viol, etc.)

Enfin, et ce n’est pas secondaire, dans la plupart des syndicats européens, les femmes mettent l’accent sur la lutte à mener contre les discriminations dont elles sont victimes et contre te sexisme qui règne à l’intérieur du syndicat lui -même.

C’est une lutte qui passe par une politique volontariste de formation et d’éducation des syndiquées et qui doit se traduire pas des mesures concrètes permettant aux femmes de dépasser les handicaps qu’elles connaissent au départ (cours tenant compte de leur niveau de formation générale, crèches

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» DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE à disposition durant les cours, durée des cours établis en fonction des problèmes spécifiques des mères de famille, etc.). Mais c’est une lutte qui nécessite aussi de savoir dénoncer des cas concrets où les femmes sont victimes d’agressions verbales ou d’agressions sexuelles de la part de leurs collègues du travail ou de leurs camarades syndiqués.

Les Italiennes d’une entreprise de Gênes ont engagé la lutte contre

Il ne s’agit cependant pas d’avoir des illusions sur les rythmes de la bataille engagée pour la reconnaissance des droits des femmes, ni sur le caractère spontanément révolutionnaire des actions menées par les militantes féministes dans les syndicats. Le poids du réformisme et les divisions qui traversent le mouvement ouvrier n’épargnent pas les travailleuses sous prétexte qu’elles sont femmes.

On l’a bien vu dans les débats à propos du temps partiel en Italie où, en dépit de leur détermination à imposer leur refus de cette « solution » au patronat, en obligeant la direction syndicale à reprendre en charge leur position et à associer plusieurs déléguées féminines à la commission le sexisme. Contre l’affichage de calendriers exposant des photos de, femmes nues dans les ateliers, elles ont fait venir d'Allemagne des photos d'hommes nus qu’elles ont collées un peu partout. Elles sont parvenues à leurs fins : après un débat houleux et des réactions extrêmement violentes de la part des ouvriers, elles ont pu faire disparaître toutes les photos un beau matin sans qu’ils osent réagir, de peur d’être encore plus ridicules...

de négociation, les travailleuses de la FLM ne sont pas parvenues à se mettre d’accord entre elles sur le mot d’ordre central à mettre en avant.

L’influence des réformistes sur la majorité des femmes concernées par ce débat a conduit à une formule de compromis rejetant le temps partiel et réclamant la poursuite du débat sur la question de la diminution du temps de travail, mais sans avancer pour autant la revendication des 3 > heures pour tous immédiatement. Ceci au nom des « choix globaux » du syndicat... à savoir l’acceptation, par les bureaucrates, de la politique d’austérité de la bourgeoisie !

Nénmoins, parce qu’elles sont parmi les plus exploitées, parce qu'elles n’ont en général pas grand chose à perdre, les femmes se sont montrées souvent plus déterminées dans leurs luttes que les travailleurs masculins ces dernières années, et elles hésitent souvent moins qu'eux à s'affronter aux directions syndicales lorsqu'elles se sentent lésées par la politique menée.

Cela ressort clairement de la façon dont les travailleuses italiennes ou anglaises se sont prononcées contre toute orientation avalisant la politique d’austérité que les touche au premier chef, au travers des restrictions de crédits dans les secteurs sociaux, et ceci en dépit des documents officiels de leurs syndicats qui faisaient l’impasse sur la question.

De plus, alors que les intérêts de nombreux travailleurs masculins peuvent paraître — à court terme — s'accomoder des divisions entre travailleurs de branches plus ou moins industrialisées, entre travailleurs qualifiés et non qualifiés, entre autochtones et immigrés que perpétue la politique des directions syndicales, les femmes, elles, réagissent souvent plus rapidement contre l’absurdité de telles divisions, en raison de la place qu'elles occupent dans le processus de production. C’est dire qu’elles jouent et continueront à jouer un rôle déterminant dans la bataille pour que les organisations syndicales adoptent une orientation de classe et défendent réellement les intérêts des couches les plus opprimées et les plus exploitées.

Un renforcement de la combativité, de l’unité et de la démocratie

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Textes syndicaux consultés

Grande-Bretagne : Plate-forme du congrès du TUC, 1978.

Documents de la conférence féminine du TUC, 1979.

Charte des femmes travailleuses, 1978.

Portugal : Plate-forme de la CGTP.

Plate-forme de la rencontre des femmes travailleuses, 1976.

Plate-forme de la conférence des femmes travailleuses de la CGTP, 1978.

Espagne : Documents du congrès national des CO, 1978.

Plate-forme de la Journée des femmes travailleuses des CO, 1979.

Plate-forme de la conférence des femmes travailleuses de l'UGT, 1977.

Documents du congrès national de l’UGT, 1978.

i -

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Italie : Documents de conférence femmes, de la FLM, 1978.

Plate-forme de la coordination nationale des femmes de la FLM, octobre 1978.

Documents de la FIM, 1978.

Documents de la CGIL, 1977 et 1978. Documents de la coordination nationale femmes de la CISL. 1978.

Allemagne : Programme et documents syndicaux du DGB, 1969, 197 î, 1977.

France : Plate-forme interfédérale CGT-CFDT, 1974. Charte de la conférence nationale femmes CGT, 1977.

Plate-forme de la conférence femmes CFDT, 1977.

Plate-forme confédérale CGT, 1977 et textes du 40e Congrès 1978.

Suisse : Programme d'action de la FTMH. 1978.

Documents de la conférence nationale féminine de la VPOD, 1978.

Documents syndicaux divers pour le Danemark, la Hollande, l’Irlande et la Belgique.

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Notes

  1. (Extrait d'un document de préparation de la Conférence féminine de la VPOD, syndicat suisse des services publics, 1978)

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