197 1 : fondation du Chiswick Women's Aid
Avril 1978 : conférence européenne sur les femmes battues. Deux dates dans l’histoire de la lutte des femmes, deux dates récentes car l’existence des femmes battues est un des aspects de l’oppression qui a été le plus tardivement mis en lumière.
Pourtant, c’est une réalité vécue quotidiennement par une très grande majorité de femmes.
Pourtant, l’existence de femmes battues, n’a jamais été complètement ignorée.
Non, c’était pire : idées reçues, proverbes et dictons issus de la « sagesse » du peuple des hommes, histoires soi-disant drôles, plaisanteries éculées...
Rien n ’est plus dur que de lutter contre une réalité vécue comme inévitable et même normale.
Cependant, sept ans après la création du premier groupe d’aide aux femmes battues en Angleterre, les mouvements féministes de la plupart des pays européens ont pris en charge cette dimension de l’oppression des femmes. La mobilisation est très inégale : des nombreux centres fonctionnant en Angleterre aux quelques foyers qui se sont créées en Allemagne (RFA), en Hollande, ou en Belgique, des premières tentatives d'aide concrète en France aux groupes « non opérationnels » de Grèce ou d’Italie.
Les femmes battues, des inconnues que nous frôlons chaque jour.
Les femmes battues, le sont toujours par leur mari ou leur conjoint concubin, et toujours chez elles.
La violence physique qui s’exerce sur elles peut aller jusqu’au meurtre. Selon une enquête du FBI, organisation peu encline a s’apitoyer sur le sort des femmes, dans 80 96 des cas où une femme est assassinée par son compagnon, la police a dû intervenir au moins une fois auparavant pour violences physiques.
Les femmes battues sont extrêmement nombreuses et, bien sûr, très difficiles à dénombrer précisément. Toujours selon le FBI « battre sa fem-ne » est le crime le plus courant et le moins dénoncé aux USA ; on estime tu’aux USA, cinq millions de femmes mt régulir,ement battues par leur conjoint et qu’en Angleterre la pro-pv . tion de femmes battues varie d’une femme sur deux cents à une sur cinq cents.
Partout en Europe, l’ampleur du phénomène est tout aussi importante mais les statistiques l’escamotent en
Ces données, rapidement rappelées, ne firent l’objet d’une campagne de masse qu’après la publication du livre d’Erin Pizzey Crie moins fort tes voisins vont t’entendre .en 1972. Le mouvement féministe s’était si peu l’enregistrant sous diverses rubriques allant du « tapage nocturne » au « meurtre ». En France, une enquête officielle menée auprès de médecins alsaciens faisait apparaître les chiffres suivants : deux mille médecins signalant chacun > cas de femmes battues par an, soit dix mille femmes en Alsace.
préoccupé de ce problème que même le célèbre Notre corps nous -mêmes du collectif de Boston n’en parlait absolument pas.
C'est en Angleterre qu’Erin Pizzey fonda, en 1971 à Chiswick, le premier
A l’initiative des féministes anglaises
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DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE « Women’s Aid » . Au départ, il y eut une maison mise à la disposition des femmes qui désiraient un lieu collectif pour se retrouver ; très vite E. Pizzey s’aperçut que les femmes qui s’y réfugiaient avec leurs enfants fuyaient les coups d’un mari violent. La maison se transforma vite en centre d’accueil, les femmes du « Women’s aid » se retrouvèrent aux prises avec les services sociaux qui les renvoyaient de mairie en hôpital. Affrontant elles-mêmes d’inextricables problèmes financiers, elles expérimentèrent le parcours d’obstacles presque impossible à franchir que devaient vaincre les femmes battues décidées à partir de chez elles. Le livre d’E. Pizzey fit connaître l’expérience de Chiswick et incita de nombreux groupes anglais à créer à leur tour des centres.
Actuellement, il existe en Grande-r etagne une fédération de centres qui i. groupait en 1978, >7 refuges accueillant des femmes dans 33 districts différents. (...)
Mais comment se servir des mé-
Grande-Bretagne : les femmes contre les violences faites aux femmes
Une semaine d’action organisée par la Women's Aid Federation (la Fédération d’aide aux femmes) se termina, le samedi 1 0 mars, par une manifestation nationale à Leeds. L'un des principaux objectifs de cette campagne fut d’affirmer le droit des femmes à marcher seules dans la rue, sans être agressées. De nombreux autres cortèges eurent lieu dans les différentes villes de Grande-Bretagne. Ces manifestations avaient aussi poui* but de montrer que la majorité des violences contre les femmes se déroulent non pas dans les quartiers mal famés, mais bien au sein de la famille.
dias, en évitant de devenir la proie de la presse à sensation ? Comment financer les centres ? Faut-il accepter de l’argent du gouvernement et courir le risque de devenir une soupape de sécurité ? Toutes ces questions qui furent longuement débattues lors de la conférence d’Amsterdam, en avril 1978, se posèrent rapidement aux féministes allemandes et hollandaises qui dès 1971-1976, ont ouvert leurs premiers centres.
Comité permanent de soutien aux femmes agressées
L’analyse féministe des « femmes battues »
Curieusement, l’analyse féministe des « femmes battues » est assez bien résumée dans la brochure éditée par le groupe d’Amsterdam Keep your hands to yourself (Gardez vos mains pour vous). (...)
Rencontre nationale pour les femmes battues à Chambéry
Une cinquantaine de femmes représentant une vingtaine de groupes et d’associations d’aide aux femmes battues en France se sont réunies à Chambéry le 9 mai. Elles refusent de concevoir leur action comme un « service social » et s’inscrivent « résolument dans le mouvement de luttes des femmes ».
Dans leur plate-forme, elles revendiquent :
— que les organismes d’HLM mettent en place une procédure d’urgence pour l’attribution de logements aux femmes victimes de violences et à leurs enfants ;
— l’adoption, comme en Grande-Bretagne, d’une loi interdisant aux maris de battre leur femme. Cette loi, qui ne pourrait empêcher les violences contre les femmes permettrait à celles-ci d’exiger l’expulsion du mari violent dès le second constat de coups.
Le groupe d’Amsterdam met en cause la famille, structure où s’exerce le pouvoir des hommes sur les femmes sans que celles-ci aient le moindre recours ; la menace de violence et la possiblité d'en user sont d’après le groupe indissolublement liées au mariage car celui-ci repose selon elles sur l’idée que la femme est propriété de son partenaire.
L’AIDE AUX FEMMES BATTUES
Cette analyse, qui fut globalement partagée par tous les groupes des différents pays participant à la conférence d’Amsterdam, diffère sensiblement de celle avancée par Erin Pizzey. Cette dernière, en effet, ne remet pas en cause l’institution familiale mais bien plutôt la transmission des rôles homme violent/ femme battue : elle explique que les petits garçons issus de tels foyers deviendront à leur tour des maris violents et que les petites filles reproduisent la passivité maternelle. Analyse fataliste basée sur des constatations souvent exactes, mais qui amène presque inévitablement les groupes féministes au rôle d’assistante sociale palliant un phénomène héréditaire, le processus ne pouvant logiquement se renverser qu’en prenant en charge l’éducation de tous les enfants dès leur plus jeune âge. (...)
L’analyse du groupe d’Amsterdam permet de recadrer les actions de soutien aux femmes battues dans l’ensemble des luttes féministes tandis que celle d’E. Pizzey tend à isoler ce problème.
Curieusement, ce fut pourtant son livre Crie moins fort... qui, traduit en plusieurs langues et largement diffusé, fut à l’origine de la création de groupes en France, en Belgique, en Suisse, en Grèce.
Les problèmes concrets des centres
Paru en France en 1974, ce livre eut un grand retentissement. Dès 197 5, des femmes de la Ligue des droits des femmes créaient SOS-Fem-mes alternative, mais il fallut attendre mars 1978 pour que s’ouvre le centre Flora-Tristan, premier centre pour femmes battues dans la région parisienne ; après d’innombrables barrages administratifs et de multiples
Un film sur les femmes battues
Libération films, 83, Belsize Lane, London NW3 N W 3. Téléphone: 01.722.44.66.
Titre du film : That’s no lady démarches auprès des ministères du Travail et de la Santé et auprès de la DASS, etc.
Les problèmes posés par l’ouverture d’un centre sont tout d’abord des problèmes financiers : qui financera ? Et si le groupe qui ouvre le centre trouve l’argent nécessaire, pourra-t-il garder son indépendance ? Les mouvements anglais, hollandais et allemands qui sont à l’origine des expériences les plus avancées, n’ont pas résolu le problème ; les femmes de ces groupes sont toutes d’accord cependant pour affirmer que la conception, l’organisation et la structuration des refuges dépendent pour beaucoup de l’origine du financement et des contraintes que cela implique.
Le centre doit-il être géré seulement par des femmes ? Ou bien la présence d’hommes est-elle nécessaire à l’équilibre des enfants qui s’y réfugient avec leur mère ? Le travail des militants doit-il être bénévole ? Quelles femmes accueillir dans les refuges ? Des femmes victimes de violences physiques et mentales, comme à Brighton, ou uniquement des femmes battues au sens strict, comme à Amsterdam ? Faut-il rejeter les femmes alcooliques ou droguées, comme à Bruxelles, ou les accepter, comme à Amsterdam ?
Et surtout, comment faire progresser une bribe de conscience féministe chez les femmes battues qui viennent dans les refuges ?
Ce problème, auquel se heurtent depuis plusieurs années les féministes du nord de l’Europe, le mouvement français, qui regroupe aujourd’hui 10 groupes SOS-Femmes battues, se le pose à son tour. Il n’est pas simple d’éviter qu’une activité féministe serve objectivement de béquille au système.
Qui dit service social, dit que le problème est là et qu 'on va faire avec. Nous, nous voulons le supprimer » affirmaient les groupes français lors de leur congrès national, à Chambéry, en mai 1979. Devra-t-on attendre que le mouvement espagnol ou italien fonde à son tour ses premiers centres et se heurte aux mêmes problèmes ?
L’échange d’expériences et la réflexion collective qui firent la richesse de la conférence internationale d’avril 1978, doivent se poursuivre.
Y. M.
Martinique : un comité permanent de soutient aux femmes agressées. Communiqué de presse
Communiqué de presse :
« Le 3 juillet 1978, un comité permanent de soutien aux femmes agressées a été constitué pour : informer, soutenir, mobiliser et organiser les femmes antillaises soumises quotidiennement à de multiples agressions (dans leur intégrité sexuelle, physique et mentale).
« En effet, pendant le seul mois de juin, deux femmes travailleuses : Henriette Mormin et Lydie Nepost se sont fait injurier, brutaliser, battre par des patrons. Mme Henriette Mormin a été injuriée grossièrement, agressée et battue par M. Farid, patron des Nouveautés palestiniennes, qui tenta même de l’étrangler. Son état a nécessité huit jours d’incapacité de travail. Mlle Lydie Nepost, serveuse à la Parilla -Grill a été insultée, molestée et licenciée par le propriétaire du restaurant, M. Grillot.
« Sur deux femmes qui parlent et dénoncent, il y en a des centaines qui, humiliées et de crainte de perdre leur salaire de misère, se taisent. Parce que ce sont des travailleuses, des femmes, voire même des Antillaises, elles ont été battues.
« Pour lutter contre ces agressions, un comité de soutien aux femmes agressées a été constitué, car dans la société coloniale martiniquaise, les femmes sont doublement exqloitées en tant que travailleuses, mais aussi en tant que femmes.
« Infantilisées, humiliées, battues, sbumises aux pressions sexuelles, sociales et familiales, elles sont souvent sans recours et choisissent de se taire. Pour qu’elles ne renoncent pas à leur identité, pour qu ’elles ne se limitent pas à leur rôle que leur impose bien souvent la société (femmes au foyer, épouses, doudous, etc.), elles doivent se doter de structures. Structures où elles pourraient discuter de leurs problèmes spécifiques, les faire connaître et dénoncer leur oppression.
« Le comité est Tune de ces structures, rejoignez -le. »
Pour joindre le comité, écrire à : Comité permanent de soutien aux femmes agressées, A. Augustin BP, 97207 Fort-de-France, Cedex Martinique.