La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

«Nous ne nous tairons pas !» [Lettre des deux militantes du Parti socialiste des travailleurs, condamnées à la prison à vie]

· Cahiers du féminisme, n° 11, octobre - novembre 1979 · p. 30-31 · 1 299 mots

TOUTES LES FEMMES DU MONDE « Nous ne nous tairons pas ! »

Notre condamnation à la prison à perpétuité ne nous fera pas taire ! Après quatre-vingt-dix jours de détention illégale ordonnée par M. Satarian, procureur du tribunal révolutionnaire islamique, nous, qui sommes deux militantes du Parti socialiste des travailleurs, avons été jugées in abs-tentia par les successeurs de M. Satarian.

Ce tribunal, dont l’existence réelle nous laisse dubitatives, ne nous a même pas autorisées à prendre connaissance de l’acte d’accusation du procureur ou à présenter notre défense. Le droit élémentaire d’avoir un avocat et de pouvoir le consulter nous a été refusé. Ce tribunal — dont nous ignorons l’identité des membres — s’est tenu à huis clos et a décidé de notre sort en notre absence.

Après tous les combats, après tous les martyrs qui sont morts en luttant contre les tribunaux criminels du régime Palhavi, cette procédure inique fera date dans l’histoire des luttes opposant les gouvernants et les opprimés en Iran.

Après ledit procès, des gardiens de la révolution armés nous ont transférées, les yeux bandés, vers un lieu inconnu, dont nous découvrîmes plus tard qu’il s'agissait de la prison de Dezful.

Ils ont refusé de répondre à nos questions lorsque nous les avons interrogés sur notre destination. Alors que nous protestions en expliquant que de telles méthodes avaient été précisément rejetées par l’immense rébellion du peuple d’Iran, ils nous ont répondu : « Ne vous en faites pas, nous sommes prêts à faire plus. »

Simulacre d’exécution

A un moment, ces gardes armés sortirent de la camionnette, au milieu de la nuit, alors que nous nous trouvions en plein désert. Ils nous expliquèrent : « Ne résistez pas. » Nous avions toujours les yeux bandés. C'est alors qu’ils nous ont dit . « Ce qu il vous faut, c est deux balles dans la tête. Quand vous entendrez les détonations, vous serez mortes sur le coup. »

C’est ainsi qu'ils commencèrent à nous torturer psychologiquement.

A la prison de Dezful, ils nous jetèrent dans des cachots individuels qui devaient faire trois pas sur quatre de surface. Us commencèrent alors à nous torturer physiquement en

TOUTES LES FEMMES DU MONDE nous frappant. On nous expliquait : « C'est pour être exécutées que vous ave: été transférées ici. » Nous avons protesté en exigeant de voir les responsables de la prison. Ils répondaient : « Il n'y a pas de responsable de cette prison. » Us refusèrent, de même, de laisser un médecin soigner nos blessures.

Il est intéressant de savoir que nous n’avons eu connaissance de nos condamnations et des charges qui pesaient contre nous que deux jours après le procès, lorsque les médias l'annoncèrent.

Le tribunal révolutionnaire islamique d'Ahwaz avait rendu publiques les charges suivantes contre nous :

— activités anti-islamiques. Comme socialistes nous ne luttons pas contre la religion. Nous ne pensons pas que le combat en Iran se situe entre les marxistes et les musulmans. Nous croyons que le combat qui se poursuit oppose les larges masses du peuple aux capitalistes et aux propriétaires fonciers. Ainsi que l’expliquait la Charte des droits et libertés pour les travailleurs et les masses laborieuses, rédigée par le PST, les socialistes se prononcent en faveur de la liberté religieuse. Nous pensons que nos frères et nos sœurs exploités, qu'ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, ont des intérêts communs. Les combats des masses iraniennes qui se poursuivent pour une meilleure vie face aux conspirations et aux provocations des capitalistes et des propriétaires fonciers sont la meilleure preuve de cela. L’assaut mené par l'impérialisme mondial contre la révolution iranienne est un autre exemple ;

— la deuxième accusation contre nous, « c'est d'avoir accusé le gouvernement d'étre un gouvernement répressif qui supprime la démocratie ». Il suffit de voir comment, six mois seulement après l’insurrection victorieuse contre la monarchie, l’impérialisme, la Savak et la terreur Palhavi, les attaques contre la liberté de la presse, contre de nombreuses organisations, l’apparition de nouveaux prisonniers politiques, ont été l’œuvre du gouvernement. Ce qui nous arrive est-il une démonstration de la liberté existant en Iran ou de la répression gouvernementale ?

— l’autre accusation, c’est d’être « membres de la direction de branche du PST d'Ahwaz ». Nous posons la question : quelle est la loi qui fait un crime de l’appartenance à la direction d’un parti légal comme le PST ?

— la quatrième accusation, c’est d’avoir « encouragé la lutte armée contre le gouvernement central ». Les socialistes luttent pacifiquement en exposant leur programme d’action révolutionnaire. L’explication patiente de nos propositions pour la nouvelle Constitution et notre propagande pacifique témoignent de ce fait. Nulle part a Ahwaz ou ailleurs en Iran, nous n'avons agi autrement. La signification de notre condamnation par le procureur est claire : au bout d'un an et demi de lutte, les millions d’iraniens de l’insurrection victorieuse de février ont ouvert toutes grandes les geôles du shah et renversé le régime tyrannique des Palhavi. Dans cette lutte, les femmes, qui constituent la moitié de la population iranienne, ont joué un rôle de premier plan.

Cette victoire nous a apporté la possibilité d’établir une société de liberté, d’abondance, de justice sociale et de paix. Les travailleurs et les pauvres ont montré, à travers leur action héroïque, qu’ils pouvaient diriger cette société. C’est pour ne pas avoir abandonné cette perspective réaliste et réalisable que nohs avons été condamnées.

Condamnées aussi parce que femmes

Nous avons également été condamnées parce que nous sommes des femmes. La première attaque centrale du gouvernement. après l’insurrection, a été dirigée contre les femmes. Les femmes sont supposées rentrer chez elles, à la maison. Elles ne sont censées être que des moyens de production et restent des esclaves.

Mais les femmes, par leurs grandes manifestations, ont montré qu’elles n’entendaient pas être écartées de la vie sociale et politique. Le gouvernement central a mis en œuvre une politique contre les femmes dans le domaine de la famille, de la société, de l'emploi. Notre condamnation est une nouvelle tentative de semer les graines de la peur dans le cœur de nos sœurs, les femmes d’Iran, qui combattent pour la liberté.

Si le procureur islamique et le gouvernement nous ont arrêtées, emprisonnées et condamnées à la détention perpétuelle pour nous empêcher de dire la vérité ou pour nous interdire, par la terreur, toute activité politique et sociale, ils doivent savoir qu’ils échoueront.

Vous ne pourrez pas emprisonner à perpétuité la voix des femmes et des peuples héroïques de l’Iran. Ni les accusations sans fondement, ni les calomnies ne parviendront à déformer longtemps la réalité de notre combat.

Le souvenir de notre lutte contre le régime Palhavi existe, et nous en sommes fières. Nous n’allons pas cesser de lutter pour une société qui détruira les prisons pour construire des crèches. La liberté d’opinion, d’association, la liberté pour les partis politiques sont parmi les acquis fondamentaux de notre révolution. Beaucoup de sang a été versé pour l’obtenir.

Nous demandons à être jugées publiquement, et non à huis clos. Nous demandons de pouvoir être présentes à notre jugement, devant les yeux du peuple et non dans son dos.

Nous demandons à toutes les organisations, toutes les personnes qui luttent pour la liberté, à tous les défenseurs de la révolution iranienne de par le monde, de nous aider à reconquérir notre liberté î

Une campagne financière est nécessaire pour aider les militants du PST, permettre l’envoi d’avocats, etc.

Des collectes doivent systématiquement être organisées Dans de nombreux pays étrangers, les collectes organisées par les militants de la IVe Internationale ont déjà rapporté plusieurs milliers de francs en quelques jours.

Tous les chèques, tous les dons doivent être adressés par courrier à Rouge , 2, rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil, avec mention au dos ou sur le talon « Solidarité Iran ».

Notes

  1. Nous republions ci-dessous la lettre de deux militantes du PST d'Ahwaz condamnées à la prison à vie. (Lettre publiée dans Rouge n° 885.)
  2. Malisa Hashemi, Fatima Fallahi, prison de Dezful (nord du Khouzistan), le 30 août 1979

Une erreur sur cette page ?