La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

POLITIQUE FAMILIALE

Un million pour le troisième enfant

Cahiers du féminisme, n° 12, janvier - février 1980 · p. 17-19 · 2 095 mots

On ne peut pas dire que les mesures annoncées par le gouvernement en matière de politique familiale (voir ci-contre) aient rencontré un franc succès et pour cause !

D’abord, le vote sur ces mesures n’interviendra qu’au printemps 1980, ce qui reporte à la fin 1980, au mieux en juillet ou octobre prochain le début de leur application ! C’est toujours cela de gagné pour le gouvernement et un petit coup de pouce, juste à la veille des élections présidentielles, cela ne peut pas nuire à la popularité du président, n’est-ce pas ?

Des mesures discriminatoires

Ces mesures ont surtout un caractère discriminatoire scandaleux ; elles sont inspirées par une seule préoccupation : inciter les femmes à « pondre » un troisième enfant. Le gouvernement propose, par exemple, de porter à six mois le congé maternité à partir du troisième enfant. Cette mesure serait positive si elle touchait toutes les femmes qui attendent un enfant. L’objecti. du gouvernement est étroitement nataliste, c’est pourquoi il n’a fait aucune proposition pour améliorer les conditions de travail des femmes enceintes notamment : augmenter le

Les quelques améliorations que représenteront diverses mesures pour les familles nombreuses sont assez dérisoires. Le gouvernement s'engage par exemple à garantir une progression du pouvoir d’achat des allocations familiales pour les familles d'au moins trois enfants de 3 % par an, mais, comme le rappelle l'Humanité du 24 novembre : « A la Libération, les prestations familiales représentaient 47,7 % du salaire brut ouvrier mensuel et 8.5 % en 1979. »

nombre de consultations prénatales prises sur le temps de travail (quatre sont actuellement obligatoires alors qu’une consultation mensuelle jusqu’au septième mois et bimensuelle pour les deux derniers mois sont jugées souhaitables par de nombreux médecins). Il faudrait généraliser la suppression du travail au rendement pour les femmes enceintes, réduire massivement le temps de travail sans perte de salaire, etc. Mais là, le gouvernement devrait se heurter au patronat ! Pourquoi ne pas créer enfin un congé paternité qui permettrait aux hommes de prendre en charge le nouveau-né dès sa naissance ?

POLITIQUE FAMILIALE

Une prime pour « acheter » les familles

l£ gouvernement a fait un autre choix de société : il annonce, a grand renfort de publicité, une prime de 10 000 F pour le troisième enfant. Cela ne vous rappelle-t-il ien 9 Mais si, la prime de 10 000 F pour le retour des travailleurs immigrés dans leur pays d’origine : on pourrait remplacer les travailleurs immigrés par de « bons » petits Français qui ne mettent pas en peril la race blanche ! Mais cette mesure constitue surtout un aveu de mépris fondamental pour les femmes et les couples : le gouvernement ne propose pas d’améliorer les structures d’accueil de la petite enfance, il ne propose pas non plus d’augmenter l’emploi ou d’améliorer la qualité du système de santé . non, c’est même tout le contraire. Il propose, par contre. « d'acheter les familles » par une prime qui, de toute façon, va être rapidement grignotée par l’inflation. Le gouvernement aurait mieux fait de suivre les recommandations du Conseil économique et social, organisme qui n’a rien de subversif, mais qui concluait son débat de manière lucide sur les questions démographiques : « Ce qui conduit à exclure le recours à des mesures comme l’octroi d'une forte prime pour le troisième enfant . même si elle était efficace démographiquement, elle constituerait un leurre, aurait un caractère ouvertement nataliste et de ce fait choquerait les esprits et entraînerait de vives contestations (1). »

Des mesures pour renforcer la famille

Le gouvernement a proposé, par ailleurs, de prendre en charge les cotisations sociales que doivent payer les parents quand ils font appel à une assistance maternelle. Nous ne pouvons que nous en féliciter ; c’est une des revendications défendues par de nombreux parents et organisations syndicales depuis la publication du statut des assistantes maternelles à la fin 1977. Mais cette décicion gouvernementale a une autre signification politique manifeste : elle a pour but d’encourager les modes de garde à domicile au détriment des crèches collectives jugées trop coûteuses et contradictoires avec le renforcement de la famille « pilier indispensable » de la société, d’après la bourgeoisie, surtout en période de crise î Mais ne soyez pas tristes ! Voici ce qu’a promis Monique Pelletier au cours du débat parlementaire : « ... Dans les villes, les pelouses des parcs, des jardins et des squares ne seront plus interdites à l’enfant. (2). » Après les scandales, le gouvernement ne craint pas le ridicule.

Autre mesure annoncée comme une solution d’avant-garde, le développement du travail à temps partiel des femmes, qui a le double avantage pour le gouvernement de masquer le chômage et de faire supporter aux femmes la responsabilité des enfants. Nous devons nous attendre de la part du gouvernement à une réelle offensive sur la question, au printemps prochain. Le mouvement féministe et les organisations ouvrières doivent relever le défi, en défendant le droit des femmes à l’emploi et en exigeant l’abaissement massif du temps de travail pour toutes et tous, sans baisse de salaire. Le 8 mars prochain peut constituer une nouvelle occasion de le faire.

Politique familiale, politique de classe

Sur la question de l’avortement-contraception, le gouvernement a refusé d’accorder la liberté et la gratuité totales tout en évitant de heurter de front « l’opinion publique » en faisant une marche arrière radicale. En matière de politique familiale, le gouvernement a voulu satisfaire le courant nataliste au sein de la majorité, sans remettre en cause sa politique d’austérité. Dans ces deux cas, le

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Le mode de garde des enfants en 1975

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A la fin de l’année 1975. on comptait en France environ 2 400 000 enfants de mois de trois ans dont :

— 1 500 000 sont gardés par leur mère soit

62,5 % ;

— 200 000 sont à l’école maternelle soit 8,3 % ;

— 85 000 sont confiés à une grand-mère, soit

3,5 %.

— 70 000 sont gardés en crèches collectives soit

2.9 % .

— 47 000 sont placés en crèches collectives, soit

1.9 % ;

— 22 000 sont placés en crèches familiales, soit 0.9 % ;

— 480 000 sont confiés à une assistante maternelle. dont la moitié sont agréées, soit 20 %.

POLITIQUE FAMILIALE caractère de classe de sa politique s'est affirmée clairement : ce sont les femmes les plus démunies qui rencontreront encore le plus d’obstacles pour avorter. Ce sont les femmes et les familles les plus défavorisées qui rencontreront encore le plus de difficultés pour élever leurs enfants : le quotient familial continuera de favoriser les familles nombreuses les plus riches au détriment des autres. le complément familial, attribué sous condition de ressources continuera de pénaliser les femmes qui travaillent, cela s’ajoutant à l’aggravation des conditions de vie et de travail.

Un gouvernement qui dénie aux femmes le droit de choisir d’avoir ou non un enfant, qui encourage même les femmes à les abandonner (3), qui sacrifie délibérément les crèches, les écoles, les hôpitaux, et propose, comble de cynisme, de faire payer une deuxième fois, en somme, aux travailleurs âgés le déficit de la Sécurité

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6 mesures pour les familles nombreuses

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• Progression garantie de 3 % du pouvoir d'achat — « La revalorisation des allocations familiales intégrera chaque année un gain de pouvoir d'achat d'au moins 3 %, soit le double de la progression garantie aux autres familles. »

• Réductions sur les transports. — « Maintien des réductions de transports SNCF aux parents et aux derniers enfants de familles nombreuses jusqu 'à l'âge de dix-huit ans. que! que soit l' âge des aines Dans le même ordre d'idée, ajoute Mme Pelletier, les prestations familiales seront maintenues dans les conditions actuelles aux apprentis ayant plus de dix -huit ans jusqu'à ce qu’ils atteignent l'àge de vingt ans »

• 10 000 F pour le troisième enfant. — « Le gouvernement a décidé de porter à 10 000 F l'ensemble des allocations versées à l'occasion de la naissance d'un troisième enfant ou d'un enfant de rang supérieur et de regrouper en un seul versement les allocations post-natales qui sont actuellement versées en plusieurs fois sur une période de deux ans. Ainsi, le montant de l’allocation post-natale unique sera de 81 20 F au lieu de 2467 F actuellement, et cela pour toutes les mères, quel que soit le niveau de leurs ressources. »

• Le congé de maternité porté à six mois. — « Pour permettre aux femmes qui travaillent d'assumer dans les meilleures conditions l'accueil du troisième enfant et des suivants, la durée totale du congé de maternité, qui est actuellement de quatre mois, sera porté à six mois. »

• Droit a la retraite pour les mères de Jamilte. —

« Toutes les mères de famille de trois enfants et plus qui bénéficient du complément familial ont l’assurance que ces années consacrées à leurs enfants leur ouvrent intégralement et gratuitement un droit à la retraite. Plus de 700 000 nouvelles mères de famille vont ainsi bénéficier d'une affiliation gratuite, les cotisations étant directement payées pour elles par les caisses d'allocations familiales. »

• Prêt de 100 % pour l'achat d'un logement. —

« Dans les six mois de la naissance du troisième enfant ou d’un enfant de rang supérieur, une famille devra pouvoir déménager vers un logement plus spacieux. (...) Le gouvernement a de plus décidé de leur permettre d’accéder à la propriété sans avoir à fournir un apport personnel. Lorsqu'elles auront choisi d'acquérir ou de faire construire l’habitation de leur choix, elles bénéficieront d’un prêt qui nourro représenter 100 % de la dépense envisagée. » (..)

I

| Extrait du « Monde » du 24 novembre 197 �

sociale, est un gouvernement condamné !

Quant à nous, nous sommes d’accord avec la déclaration de la CFDT à l’occasion du débat au Conseil économique et social : « Les prestations familiales doivent être fondées sur le principe du droit de l'enfant quel que soit son statut juridique. Elles ne doivent pas dépendre

— ni des ressources des parents ,

— ni de leur activité professionnelle .

— ni du rang de l'enfant dans la famille ,

— ni de la forme juridique de celle-ci. (1). »

Nous ne pouvons que reprendre la conclusion déjà publiée dans un article des Cahiers du féminisme numéro 1 0 : « Ceci implique notre opposition à la notion même de politique familiale, en ce quelle implique une discrimination entre les femmes sans enfant ou avec enfant unique par rapport aux femmes qui ont trois enfants ou plus. De même, nous combattons toutes les mesures d'aide à la famille fondées sur le statut des femmes (travailleuses ou au foyer), du type salaire unique ou salaire maternel, en ce qu elles entérinent la situation traditionnelle des femmes et pénalisent les femmes qui travaillent.

Le principe du libre choix des femmes implique de donner aux femmes et/ou aux couples la possibilité matérielle d’avoir le nombre d'enfants voulus. Les revendications qui en découlent tiennent en plusieurs points :

— contraception gratuite: diffusion de l’information; financement de recherches pour une amélioration des techniques , avortement libre et gratuit ;

— augmentation des allocations familiales avec une somme accordée par enfant, dès le premier enfant ;

— déduction d'une somme fixe pour tous et par enfant du montant des impôts ;

— développement massif d'équipements sociaux de qualité (crèches, logements, espaces verts, etc ).

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Il aurait mieux fait de se taire !

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Dimanche 9 décembre, le sénateur Henriet déclarait : « Le travail des femmes (...) n'en est pas moins un facteur de chômage et de dénatalité. Plutôt que d'envoyer les femmes au travail, mieux vaut les envoyer au lit »

Le sénateur Henriet, cela ne vous dit rien ? Mais si ! c’est lui qui déclarait au début des années soixante-dix : « Dans le merveilleux mécanisme du cycle féminin et de la fécondité, la pilule est comme un éléphant furieux dans un magazin de porcelaine. Elle brise tout, casse tout. » et d’ajouter : « Pas de cycle, pas de femme, pas de libido .'finies ces fantaisies, ces chatteries qui font le charme féminin ; par contre, des seins douloureux à ne pas toucher et des troubles psychiques. La première vengeance de la nature est que le partenaire s'éloigne. Sans l’approuver, je le comprends. »

C’était « une blague », paraît-il (sic. Nicole Pas-quier). Elle traduit surtout une belle constance dans les propos réactionnaires et sans être psychanalyste, une certaine fixation du sénateur.

Notes

  1. (I) «Journal officiel. 27 et 28 juin 1978. Rapport Evelyne SuUerot
  2. (2) Monique Pelletier. Le Monde, 24 novembre 1979.
  3. (3) Valéry Giscard d'Estaing au journal la Croix, le 2S-26 novembre 1979 : «Offrir aux mères un recours sous forme, par exemple, d'une chance d'adoption si elles ne se sentent pas à même d’assumer le sort de l’enfant qu'elles attendent »

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