Nous avons présenté dans le précédent numéro des Cahiers du féminisme les débats les plus importants aui ont eut lieu lors du dernier congrès mondial sur « la révolution socialiste et la lutte pour la libération des femmes ».
Dans ce numéro, nous terminons le compte rendu des débats sur la résolution femmes, sur la partie consacrée à « l’origine et la nature de l’oppression des femmes ».
La discussion a montré qu’il existait un large accord dans l’Internationale sur certaines idées essentielles : les fondements de l’oppression des femmes sont de nature économique et sociale ; l’oppression des femmes a précédé la formation des sociétés de classes ; l’oppression des femmes s’est opérée dans une période de transition des sociétés sans classes aux sociétés de classes, période qui s’étale sur plusieurs millénaires ; l’apparition de la famille patriarcale avec les sociétés de classes marque un tournant dans le statut social des femmes, réduites, de plus en plus, au rôle de « servantes et de productrices d’enfants » (1). La famille patriarcale s’est développée « en même temps qu’augmentait la productivité du travail fondé sur l’agriculture, la domestication du bétail, la constitution de stocks, l’apparition de nouveaux secteurs d’activités, l’artisanat et le commerce, l’apparition d’un surproduit social croissant, la possibilité pour certains de vivre du travail des autres. »
C’est cette analyse et de la famille patriarcale comme institution de classes et de l’articulation entre contradictions de classes et contradictions de sexe qui. nous séparent des féministes radicales pour qui, combat anticapitaliste et combat antipatriarcal constituent deux luttes parallèles sur deux scènes politiques différentes. C’est cette analyse qui nous amène à insister sur la nécessité de lier lutte contre l’exploitation de classes et lutte contre l’oppression des femmes.
Cependant, la IVe Internationale, consciente que cette question « est un objet permanent d'analyse, de recherche et de débat, y compris pour ceux qui souscrivent à une vue matérialiste de l’histoire », ne se prononce pas sur les modalités exactes selon lesquelles est apparue l’oppression des femmes sur « le processus exact selon lequel cette transition complexe s ’est opérée ».
L’origine de l’oppression : un débat ouvert
Au-delà de ces points d’accord, la majorité de la section française souleva une question et fournit un début de réponse qui suscita l’opposition de la majorité du congrès mondial : comment expliquer que le groupe des hommes se soit trouvé en position dominante et non les femmes alors même que les femmes ont joué un rôle décisif dans les sociétés par leurs capacités à donner la vie ? A cette question, la majorité du secrétariat femmes de la section française avait apporté un début de réponse : « Pour expliquer l’existence de l’oppression des femmes dans des sociétés pré-classistes, il faut tenir compte des implications sociales de la fonction de reproduction assurée par les femmes : les femmes jouent un rôle indispensable dans la continuité de la vie du groupe, en mettant au monde des enfants. En tant que telles, elles ont été vénérées. Mais les grossesses et l’allaitement tardif... ont été des obstacles à la mobilité des femmes. Elles se sont trouvées à l'écart, en général, d’activités décisives pour la survie du groupe, défrichage de zones éloignées, expéditions guerrières, etc. C’est ce qui a permis aux hommes de concentrer entre leurs mains armes et moyens de production, de se constituer par rapport aux fem -mes comme groupe dominant. »
La majorité de la section française, considérant que le débat n’avait pu avoir lieu de manière approfondie ni dans la section française ni dans l’Internationale, proposa seulement de supprimer deux ou trois formulations qui pouvaient laisser penser qu’il n’y avait aucune oppression avant l’apparition de la propriété privée des moyens de production.
Aucun de ces deux types d’amendement ne fut retenu par le congrès mondial, de nombreux et nombreuses camarades craignant de voir s’introduire l’idée fausse, défendue par personne au sein de l’Internationale, suivant laquelle l’oppression des femmes serait de nature biologique.
Dans l’immédiat, ces divergences théoriques n’ont pas d’implications directes quant aux perspectives de développement du mouvement des femmes dans les pays capitalistes. Elle peuvent, éventuellement, en avoir une quant à l’analyse des tâches dans une société de transition au socialisme. Il est évident que le débat pourra se rouvrir à la lumière des travaux de chercheuses et chercheurs marxistes et de contributions émanant de sections de l’Internationale.
Mireille
Notes
- (1) Citations de la résolution mondiale.
- (2) Amendements soumis au débat par la section française, mais non au vote des congrès.