La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

L'avenir des Cahiers du féminisme : Le débat est ouvert

· Cahiers du féminisme, n° 15, mars - avril 1981 · p. 3-5 · 1 938 mots

Après trois ans de publication régulière, les Cahiers du féminisme ne sont pas reparus depuis l été, contrairement aux années précéden -tes.

Après la disparition �Histoires d’Elles pour des raisons financières, la suspension de Remue-ménage par manque de forces, celle de Femmes en mouvement et de bien d’autres revues féministes, sans que l’on sache vraiment pourquoi, les Cahiers du féminisme vont -ils eux aussi quitter la scène ?

Les Cahiers du féminisme ont une situation à part dans la presse féministe. En effet, notre revue est une revue d’organisation. Sa publication n 'est donc pas liée seulement à l’activité d’une équipe de rédaction mais à celle de toute notre organisation.

A un moment où la LCR réfléchit sur les forces dont elle dispose pour se développer et défendre son projet politique, un bilan d’ensemble sur les Cahiers du féminisme et son avenir s’imposait. Il s’imposait d’autant plus qu 'au fil des mois, les Cahiers du féminisme étaient de moins en moins bien intégrés aux choix de construction de l’organisation.

Cette discussion s’est engagée à l’occasion d’un débat plus général sur l’intervention femmes de la LCR. C’est ce débat et l’avenir des Cahiers du féminisme qui seront tranchés lors de la prochaine réunion du comité central en mars.

Néanmoins, après huit mois de silence, après le vote des lois sur le temps partiel, à la veille d’échéances politiques importantes comme l’élection présidentielle ou le 8 Mars, il nous semblait indispensable de sortir ce numéro des Cahiers, sans que cela puisse constituer un engagement sur l’avenir.

La création des Cahiers du féminisme a été décidée lors de la conférence nationale femmes (1) de novembre 1977 de notre organisation.

A l’époque, des milliers de femmes qui avaient participé les années précédentes aux luttes dans les entreprises ou les quartiers faisaient entendre leur voix et leurs exigences nouvelles jusque dans les syndicats et les partis ouvriers traditionnels : rappelons l’impact du cortège des femmes, le 1er Mai 1977, et les débats de la conférence femmes CGT qui l’a suivi, par exemple. De leur côté, les groupes femmes étaient profondément divisés : des femmes recherchaient les voies de la mobilisation de masse, unitaire, pour l’avortement et la contraception libres et gratuits notamment ; d’autres refusaient tout contact avec le mouvement ouvrier organisé, au nom de la lutte contre la récupération par les organisations mixtes.

Il nous paraissait donc urgent de disposer d’une publication complémentaire pour populariser notre orientation : favoriser la jonction entre le mouvement des femmes et le mouvement ouvrier organisé, au cours

CAHIERS DU FEMINISME de mobilisations de masse. Cette perspective était et reste nécessaire pour développer un mouvement de femmes de masse, implanté parmi les femmes travailleuses.

Par ailléurs, les Cahiers devaient favoriser la éprise en charge collective de l’intervention femmes de la LCR dans l’ensemble de son activité de masse (au sein des syndicats, dans le Planning familial ou les groupes femmes, etc.) par toutes et tous les militant(e)s.

Les Cahiers devaient enfin inciter la Ligue à approfondir son élaboration et ses débats sur les différents aspects de l’oppression des femmes.

Quel bilan ?

A la lecture des différents numéros — quinze sont sortis en plus de trois ans — certaines caractéristiques se dégagent.

• Notre revue est résolument internationaliste : nous avons rendu compte de l’expérience du mouvement des femmes dans les pays capitalistes développés comme les USA, l’Angleterre, l’Italie ou l’Espagne. Nous avons de même témoigné systématiquement sur le développement de la lutte des femmes dans des pays sous l’influence de l’impérialisme américain comme le Brésil, dans des pays en lutte ouverte avec l’impérialisme comme l’Iran, le Nicaragua, le Salvador. Nous suivons depuis peu, avec tout autant d’intérêt, le développement de la lutte des femmes dans les pays de l’Est, en URSS ou en Pologne.

• Notre revue a mené campagne. Nous étions convaincu(e)s de l’importance et de la possibilité d’une campagne de masse unitaire pour la liberté et la gratuité de l’avortement et de la contraception, à l’occasion notamment du renouvellement de la loi au Parlement en 1979, échéance politique décisive d’après nous. C’est a contre-courant bien souvent que les Cahiers ont été amenés a défendre ce point de vue. Nous l’avons fait non seulement par le biais d’articles généraux sur la politique de stérilisation forcée de l’impérialisme dans les pays « sous-développés » (2) ou sur la politique nataliste des gouvernements bourgeois comme en France (3), mais nous l’avons fait aussi en tirant les leçons des expériences positives comme celles du comité Lariboisière dans le 1 8e arrondissement de Paris (4) ou du centre d’orthogénie du Kremlin-Bicêtre (5). C’est aussi en expliquant nos divergences avec les camarades de l’OCT en mars 1979 (6) ou en expliquant notre orientation pour le mouvement des femmes à l’occasion de la manifestation du 6 octobre 1979 et du 24 novembre (7). L’importance de ces mobilisations, le développement des collectifs unitaires ont confirmé ces potentialités dont beaucoup doutèrent longtemps.

• Notre revue a, dans la mesure de ses moyens, rendu compte des débats qui pouvaient traverser les organisations syndicales sur la question des femmes et la lutte des femmes dans les entreprises, pour la défense de leur emploi en particulier : dès le numéro deux, notre dossier central portait sur l’emploi féminin ; celui du numéro sept portait sur la question des femmes dans la CGT ; dans le numéro neuf, nous donnions la parole aux femmes de Longwy ; dans le numéro dix, consacré à l’Europe, nous faisions le point sur les femmes au travail et leur place dans les syndicats. Dans les derniers numéros, nous avons centré nos articles sur la lutte contre les aménagements du temps de travail mis en place par le gouvernement ou le patronat en vue de meilleurs profits : dans le numéro onze, nous trouvons des articles sur la lutte dans les Chèques postaux pour le samedi libre, contre le travail le dimanche dans le commerce ; dans le numéro douze, un article sur la lutte pour le droit à l’emploi et contre les discriminations sur le plan international ; dans le numéro treize, un article sur le mercredi libre ; dans le numéro quatorze, un article sur le temps partiel.

Cahiers du féminisme

Des projets

Néanmoins, nos carences sur ce plan sont énormes : nous avons en effet mené une campagne générale pour l’abaissement massif du temps de travail et contre toutes les discriminations mais notre revue aurait gagné en intérêt si elle avait pu s’appuyer sur des exemples concrets de luttes et de débats saisis sur le vif dans les entreprises, les organisations syndicales, etc.

Telles sont les caractéristiques principales des Cahiers du féminisme. Mais notre bilan ne serait pas complet si nous ne rappel lions pas le dossier paru sur la petite enfance dans le numéro quatre ou celui sur la prostitution dans le numéro cinq, dossiers qui sont loin d’être secondaires si nous voulons analyser l’ensemble des aspects de l’oppression des femmes et des luttes qui peuvent en découler.

Cahiers du féminisme

A travers les Cahiers enfin, nous avons mené le débat avec plusieurs courants du mouvement des femmes et du mouvement ouvrier : nous avons donné la parole aux militantes de l’OCT (8) dans le numéro sept ; nous avons interviewé des militantes d 'Elles voient rouge dans le numéro huit, une responsable du PS dans le numéro douze ; nous avons polémiqué avec le PCF à plusieurs reprises ainsi qu’avec Psychanalyse et Politique dans les numéros sept et quatorze, etc.

Notre bilan ne peut être exhaustif : nous avons abordé bien d’autres thèmes. Mais, ce qui nous semble expliquer l’impact de notre revue, au-delà de la LCR, c’est probablement son caractère un peu hybride.

Dans les Cahiers du féminisme , en effet, nous avons tenté de combiner des articles de réflexion qui ne débouchent pas automatiquement sur des mots d’ordre immédiats et des articles plus directement liés à des batailles politiques. A chacun des numéros, nous avons cherché tout à la fois à témoigner, dénoncer les différents aspects de l’oppression des femmes et à définir régulièrement des perspectives de luttes pour toutes celles et tous ceux qui veulent faire le lien entre la lutte féministe et la lutte des classes.

Nous sommes bien conscientes cependant de nos carences et elles sont immenses :

— nous n’avons pas pu rendre compte systématiquement des expériences de nos camarades de province ;

— notre rubrique culture, même si elle a bénéficié de collaborations intéressantes, demande à être enrichie ;

— nous n’avons pas mené, dans nos colonnes, de réflexion approfondie sur certaines expériences impulsées par le mouvement des femmes, comme celle des centres de femmes ;

— nous aimerions aborder de manière régulière les problèmes liés à la vie quotidienne des femmes : la question des enfants, du couple, de la sexualité -,

— populariser les luttes sur la question des crèches.

Mais nous souhaitons avant tout combler une de nos carences essentielles : les Cahiers devraient devenir un instrument de débat et de soutien à la lutte des travailleuses. Il ne s’agit pas de nous transformer en revue syndicaliste mais d’apporter un point de vue féministe et révolutionnaire sur l’activité et les difficultés rencontrées par cette moitié du mouvement ouvrier, qui reste encore largement dans l’ombre alors même que la bourgeoisie la prend directement pour cible.

Nous souhaitons, enfin, améliorer encore notre présentation.

Mais c’est aussi à vous de faire le bilan des Cahiers du féminisme. Ecrivez-nous !

Des problèmes à résoudre

Pour pouvoir améliorer les Cahiers, il ne s’agit pas seulement de formuler des souhaits, mais de résoudre trois problèmes essentiels :

• Améliorer notre diffusion. Si nous avons été bénéficiaires les deux premières années, nous avons été en déficit la troisième année. Les trois derniers numéros en particulier ont été vendus à moins de 3 200 exemplaires alors que la totalité des numéros précédents (sauf un) ont dépassé ce chiffre. Vendre à 3 200 exemplaires minimum les Cahiers nous semble parfaitement réalisable si la diffusion est assurée par l’ensemble des militantes et militants de notre organisation sur leur lieu de travail et d’intervention.

• Renforcer l’équipe de rédaction. C’est à quatre, voire trois militantes que nous avons assumé l’ensemble des tâches liées à la sortie d’une telle revue, dans la dernière année : choix d’un sommaire, rédaction de certains articles, recherche de collaborations, préparation et correction des copies, préparation de la maquette... alors que nous sommes toutes salariées par ailleurs.

• Surmonter la coupure persistante entre l’intervention femme et l’intervention dans les entreprises de la LCR. Surmonter cette coupure est non seulement indispensable pour faire des Cahiers une revue qui réponde aux préoccupations des travailleuses, cela est aussi nécessaire si notre organisation veut être capable de riposter à l’offensive centrale de la bourgeoisie contre le droit à l’emploi des femmes. Surmonter cette coupure est enfin décisif si la LCR veut aider à développer un mouvement des femmes parmi les plus exploitées, si la LCR veut devenir une organisation implantée dans la classe ouvrière, parmi les femmes de la classe ouvrière notamment.

A un moment où le mouvement des femmes est fortement divisé, où de nombreuses femmes se posent de multiples questions, où la presse féministe qui s’inscrit dans une perspective de lutte de classe a du mal à survivre, nous pensons, quant à nous, que les Cahiers du féminisme peuvent jouer un rôle important et aider à la clarification politique que nous souhaitons.

Les Cahiers du féminisme ont-ils leur place dans le système de presse de la LCR ? La LCR dispose-t-elle d’assez de forces pour publier une telle revue ? Telles sont les données du débat qui sera tranché en mars prochain.

Claire Bataille Hélène Numance Josette Desbois

Cahiers du féminisme

O

Notes

  1. Notes : '
  2. (1) Il existe une brochure qui rend compte des débats de cette conférence de novembre 1977.
  3. (2) Cahiers du féminisme n° 8.
  4. (3) Cahiers du féminisme n° 9.
  5. (4) Cahiers du féminisme n° 6.
  6. (5) Cahiers du féminisme n° 8.
  7. (6) Cahiers du féminisme n° 8.
  8. (7) Cahiers du féminisme n° 1 1 .
  9. (8) Rappelons qu'une partie de l'OCT a fusionné avec la l.CR en 1979.

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