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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Un 8 mars éclaté

· Cahiers du féminisme, n° 15, mars - avril 1981 · p. 14-15 · 973 mots

8 MARS ET DROIT A L’EMPLOI

Manifestation du 8 Mars 1980 à Paris

Un 8 Mars éclaté

Le 8 Mars, journée internationale des femmes, sera l’occasion pour toutes les femmes de s’affirmer collectivement, de dire non à Giscard et à son gouvernement antisocial, de mettre en avant leurs propres revendications.

En effet, le droit intégral à l’avortement et à la contraception, enjeu des luttes des femmes ces dix dernières années, n’ést toujours pas acquis. La loi votée fin 1979 est très limitative et appliquée de la manière la plus restrictive (cf. les procès contre les médecins pratiquant des avortements pour des femmes ayant dépassé les limites de la loi : les Chevalier à Bayonne, les médecins du centre d’IVG de Tours, le procès pour l’exemple contre les médecins de la clinique La Pergola). Par ailleurs, une réelle information sur la contraception n’est diffusée que de manière très partielle.

Dans le même temps, les incitations à faire des enfants, à retourner au foyer se multiplient, les mesures natalistes se succèdent.

De plus, l’absence aggravée de crèches, de maternelles rend parfois le choix du retour à la maison inévitable. Le droit à l’emploi est plus que jamais menacé : l’informatisation va s’attaquer de front aux secteurs les plus féminisés et entraîner une diminution sensible des effectifs. Ces licenciements partiels vont être favorisés et maquillés par les récentes lois sur le temps partiel dans le secteur privé et dans la Fonction publique.

Les quelques acquis des femmes risquent donc d’être progressivement grignotés si une riposte d’envergure de toutes les forces conscientes de ce problème n’intervient pas.

Manifestation du 8 Mars 1980 à Paris

Pas d’initiative à la hauteur des attaques gouvernementales !

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On peut douter que les nombreuses initiatives annoncées pour le 8 Mars seront à la hauteur dé l’attaque.

D’un côté, les courants féministes du mouvement autonome des femmes se sont rassemblés dans un collectif pour organiser un 8 Mars des féministes : manifestation le samedi 7 mars à Paris et sans doute dans plusieurs villes de province ; débats et bal salle Wagram, le dimanche 8 Mars.

Les groupes femmes, partie prenante de ce collectif, étaient au départ favorables à une manifestation nationale à Paris.

Les groupes femmes ont cependant décidé nationalement que toutes les initiatives de ce 8 Mars (manifestations, forums-débats) seront centrées sur le bilan du septennat et pour le droit des femmes à l’emploi.

Une partie des femmes des groupes aurait souhaité que le collectif de préparation de ce 8 Mars soit largement ouvert aux femmes des organisations du mouvement ouvrier, et donc que le collectif s’adresse, entre autres, aux syndicats. Le rejet de cette proposition limitera la possibilité de faire descendre dans la rue le maximum de femmes sur les objectifs ci-dessus mentionnés. Et ceci d’autant plus que, dans le collectif de préparation, les thèmes proposés par les groupes femmes ont été pour le moins relativisés.

Pour les féministes radicales par exemple, la principale tâche de l’heure est de dénoncer Psychanalyse et Politique qui, grâce entre autres à des ressources commerciales et financières importantes, s’est approprié le sigle MLF et tente de minimiser ou de nier les interventions des autres composantes du mouvement. Cette dénonciation ne peut en aucun cas remplacer les objectifs de mobilisation. Une pratique différente, une élaboration théorique sur l’oppression et l’exploitation des femmes, une affirmation des mots d’ordre sont un moyen autrement efficace pour rassembler les femmes et les inviter à rejoindre le mouvement autonome des femmes.

La CGT, quant à elle, organise un rassemblement à Paris le vendredi soir et une semaine d’action du premier au 8 Mars. Tout laisse supposer qu’une semaine d’action aussi confidentielle et aussi peu préparée se réduira à des initiatives formelles sans mobilisation. A cela s’ajoute un esprit sectaire : aucune initiative unitaire n’est envisagée. Rien qui puisse réellement servir les intérêts des femmes.

Le PCF, de son côté, organise le 7 mars une manifestation en soutien à la candidature et à la campagne de Marchais. Le PCF. comme toujours, se présente comme le parti de la libération de la femme. Nous sommes déjà en période électorale ! Et le PCF, au lieu d’œuvrer à une mobilisation unitaire, choisit de se présenter comme le seul défenseur des femmes. Qui peut croire que nous gagnerons ainsi ?

Il n’aurait pas été mauvais qu’à l’occasion du 8 Mars de multiples initiatives de préparation se déroulent, à condition toutefois qu’elles culminent dans une manifestation commune. Ce ne sera pas le cas à l’évidence. De ce point de vue, en renonçant à se donner les moyens de rassembler les femmes, à peser sur les partis et les syndicats pour qu’ils intègrent complètement les revendications des femmes, le collectif de préparation du 8 Mars sur Paris a commis une erreur. Ce sont les femmes qui feront les frais de ces sectarismes. Mais la lutte ne s’arrête pas le 8 Mars.

Des Etats-généraux sur l’emploi en perspective

Les groupes femmes proposent déjà comme prochaine initiative des « états généraux pour l’emploi des femmes ». L’organisation de cette initiative sera fixée ultérieurement. Mais on peut dire d’ores et déjà que le collectif de préparation de ces états généraux devrait être composé de toutes les forces désireuses d’imposer le droit des femmes à avoir un emploi : femmes des commissions syndicales femmes, femmes des partis, femmes venant aux initiatives, femmes d’Union dans les luttes, etc. Ces états généraux devraient être précédés d’initiatives locales, de forums-débats, projections de films, d’actions de soutien à des luttes locales de femmes, etc. Ils devraient être l’occasion de centraliser et d’organiser une force féministe autour d’objectifs communs. Les groupes femmes ont les moyens de faire des propositions constructives à tous et à toutes et, ainsi, de s’affirmer.

Ces états généraux devraient être conçus comme largement ouverts à tous et à toutes, comme un lieu de confrontation et de mobilisation.

Marie Annick

Des Etats-généraux sur l’emploi en perspective

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