Nous étions (plus ou moins selon les cas) informés des femmes russes, chinoises, cubaines -mais de celles d’Europe de l’Est, nous ne savions presque rien : aussi le livre d’Anita Rind qui vient de paraître chez Stock est-il tout particulièrement intéressant, d’autant que l’auteur, se situant d’un point de vue féministe, a su trouver le « ton » qui convient, évitant aussi bien l’apologie inconditionnelle que le dénigrement systématique -et ce n’est pas rien, si l’on considère la littérature occidentale habituelle sur les pays de l’Est. De plus, elle démolit une autre idée reçue, celle qui voudrait qu ’il en aille de même dans tous ces pays, qu ’ils soient identiquement gris et répressifs.
Le stalinisme triomphant avait bien vite rétabli dans ses droits et remise à l’honneur, en U. R. S. S., la famille un moment ébranlée.
Famille
Elle demeure au fondement des régimes d’Europe de l’Est, faute d’équipements collectifs, d’évolution très profonde des mœurs dont le régime s’accommode bien. Cependant, que de différences entre la R.D.A., d’un extrême libéralisme en matière d’avortement et de contraception, et une Roumanie qui y oppose les plus grandes difficultés ! Que de contradictions, entre la volonté d’émancipation des femmes, les traditions, obstacles « objectifs » et leur désir de préserver, dans la famille, un îlot de « liberté » par rapport à l’Etat... La famille à l’Est se porte bien, mais ce n’est pas sans problèmes, et surtout d’harmonisation avec le travail.
Travail...
A l’Est, presque toutes les femmes travaillent à l’extérieur. Mais ceci ne les empêche pas d’être les principales exécutrices du travail ménager, de faire les queues devant les magasins, de s’occuper des enfants quand il n’est pas possible de les confier à une grand-mère. Alors certains pays ont opté pour une forme de « salaire maternel » provisoire, mais la contradiction ne semble pas résolue pour autant. Malgré la législation, les discriminations au travail, pullulent, au niveau des salaires, de la qualification, etc., mais en dépit de toutes ces difficultés, on sent au fil des interviews que l’idéal de la « femme au foyer » est absolument périmé.
Patrie...
A part bien sûr les officiels (et encore il s’en trouve de critiques) aucune femme rencontrée par Anita Rind n’est une « fan du régime ». Certaines « s’en fichent », d’autres ont souffert de trop de tracasseries et difficultés, et il y a des pays, comme la Roumanie, où l’atmosphère est tout particulièrement oppressante. Il y a peu d’analyses politiques dans ce livre, mais, une fois reconnus les plus ou moins grands avantages offerts aux femmes, un sentiment assez largement répandu de mal-être qui ne les porte guère à se féliciter du pouvoir en place, bien que peu d’entre elles songent à émigrer.
Et puis il y a tout le reste, comment on s’aime, se marie, s’habille, se maquille, se distrait... Comment on se prostitue, aussi, pour le compte des flics ou pour un jean, comment on « se débrouille »... Ce livre, fait de portraits, de rencontres avec des responsables, des données chiffrées, n’est assurément pas exhaustif, il ne concerne que cinq pays, et n’y dit rien des campagnes, moins faciles d’accès -mais tel qu’il est, il est passionnant, et il apporte un ensemble de données que personne ne devrait ignorer.
Denise Avenas.