Nous remercions la camarade du Comité de solidarité avec le Nicaragua qui nous a communiqué cet article
La participation de la femme nicaraguayenne dans la résistance et, par la suite, au renversement de la dictature somoziste, a fait l’objet de nombreuses analyses. Vingt mois après la victoire sandiniste, on peut s’interroger sur la situation de la femme au
Nicaragua. Où sont les femmes, comment vivent -elles ? Quel a été le résultat de leur participation à la lutte révolutionnaire, au sein de l’armée sandiniste, dans les milices populaires, dans l’arrière-garde et la logistique ?
A Managua, capitale du pays, on observe encore des écarts importants entre les vécus des femmes. D’abord une jeunesse qui participe activement à la tâche de reconstruction : des jeunes filles, après mars 1980, ont gagné les montagnes et les coins les plus reculés du pays, dans le cadre de la campagne d’alphabétisation, ce qui, au départ, inquiétait les parents. Face à cette jeunesse étudiante, issue le plus souvent de la petite bourgeoisie, un autre univers de femmes, celui des paysannes. Dés qu’on s’éloigne de Managua ou de Léon (deuxième ville du pays), les contrastes sont plus frappants, Différences considérables d’ordre économique, mais aussi dans les structures sociales. L’ inexistence en milieu rural, de la famille paysanne (sauf dans certaines régions où les petits producteurs jouissent d’une relative stabilité sur leurs terres), fait que la plupart des femmes vivent seules avec leurs enfants, fruits de liaisons passagères.
Des situations très diverses
Dans les centres urbains du nord, comme Ocotal, Somoto, Esteli, carrefour commercial et agricole, les femmes analphabètes sont encore plus nombreuses qu’à Managua. Faute de formation, d’emplois, la prostitution se présente comme la seule issue. Dans cette région de grandes plantations de café et de tabac, la garde somoziste et les propriétaires faisaient appel aux femmes pendant les récoltes et les forçaient à se prostituer. Ce qui permettait, à la fois, de fixer les travaileurs saisonniers sur les plantations et de les obliger à reverser leurs salaires dans le petit commerce et les bordels, souvent contrôlés par eux-mêmes.
Dans les villes assez développées comme Managua, Léon, Granada, où vit une couche moyenne plus nombreuses, les femmes arrivent à s’insérer progressivement au marché du travail. Il n’est donc pas étonnant qu’un débat plus approfondi, sur le rôle de la femme dans la société et sur la lutte contre sa marginalisation, ait vu le jour dans ce milieu plus privilégié. Comme à la campagne, la plupart de ces femmes n’ont pourtant pas échappé à l’oppression et à l’exploitation ? Toutefois, la prise en mains d’autres activités les a rendues plus combatives contre l’ancien régime. On les trouve en effet dans le commerce, les marchés d’aliments de base et de produits de première nécessité, dans la restauration populaire ; elles font aussi de la couture (parfois à domicile), lavent le linge, etc.
Le travail domestique dans les maisons de la bourgeoisie constitue, à la limite, la condition la plus aliénante pour les femmes des villes qui se trouvent isolées les unes des autres. Pour affronter cet isolement, pour combattre ce phénomène d’ordre structurel (le travail domestique est une source importante d’emplois), un « Syndicat des Employées de Maison » a été créé avec l’appui de la AMNLAE. Le succès croissant qu’il a connu depuis quelques mois, témoigne de l’intérêt que lui portent les femmes. C’est le lieu où elles parlent de leur vécu, de leurs problèmes : salaires, santé, enfants, patrons, formation, aspirations, etc.
Le rôle d’A.M.N.L.A.E. (Association des Femmes Luisa Amenda Espinoza)
En analysant la lutte de ces femmes, il faut tenir compte de la diversité de leur situation, pour ne pas tomber dans des généralisations hâtives.
Les centres de développement de l’enfance
Les C.D.I. -centre de développement de l’enfance -sont des garderies qui ont de plus un rôle éducatif. l’A.M.N.L.A.E. considère la mise en place des structures d’aide à l’éducation des enfants comme une des conditions essentielles à l’intégration de la femme dans la société. Nous lançons un appel à la solidarité internationale pour la construction d’un C.D.I. à San Marcos, petit village du Département de Carazo au sud-ouest du pays.
Dirigez votre contribution au « Comité de Solidarité avec le Nicaragua », (mention « C.D.I. -Sans Marcos).
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
Les femmes nicaraguayennes ont vu certains de leur efforts couronnés de succès. Ainsi, aujourd’hui, elles jouent un rôle décisif dans tous les secteurs : organisations de masse, syndicats, ministères, armée, etc. Paralèl-lement, la A.M.N.L.A.E. se voit renforcée. S’intéressant spécialement aux problèmes qu’affrontent les femmes, la A.M.N.L.A.E. se distingue d’AMPRONAC (association des femmes face à la problématique nationale) qui de 1977 jusqu’à la révolution assurait la convergence entre les forces révolutionnaires qui menaient le combat dans la légalité. Depuis la révolution, d’autres organisations de masse font appel aux femmes : les CDS, la jeunesse sandiniste, les syndicats. En pratique, bien que la A.M.N.L.A.E. soit l’organisation de toutes les femmes, elle ne compte que sur l’appui effectif d’un nombre limité d’entre elles. Mais il faut reconnaître que les tâches sont multiples et qu’on peut difficilement être au four et au moulin. C’est pourquoi la A.M.N.L.A.E. stimule l’organisation des femmes là où elles se trouvent : lieu de travail, syndicats, quartiers, sans pour autant exiger l’intégration à la structure de l’association.
Pour libérer les femmes de l’oppression et de l’exploitation, la A.M.N.L.A.E. a tracé des axes principaux d’intervention : intégration aux tâches de défense de la révolution et de la reconstruction du pays, incorporation aux milices populaires, participation à la gestion de l’Etat révolutionnaire, abolition des lois discriminatoires, création d’emplois et formation professionnelle, amélioration de la qualité de la vie (santé et conditions de travail, surtout.
Quelle place pour la famille ?
Ce programme est important mais il ne peut être efficace que s’il contribue à réduire les écarts qui séparent les femmes organisées de celles qui ne le sont pas encore.
Par ailleurs, pour mener à bien les luttes, une réflexion particulière doit être engagée pour tenir compte de la spécificité du combat des femmes dans des domaines traditionnellement réservés aux seuls hommes. Cette réflexion devra déboucher sur des débats de fond sur la structure de la société, au plan idéologique et moral, sur le rôle d’institutions telles que l’Eglise ou la famille.
En fait, la famille est quasiment inexistante au Nicaragua dans d’importants secteurs populaires, à cause de la désintégration qu’imposent les conditions de vie. Ainsi, s’expliquent les analyses de la A.M.N.L.A.E. qui impute la tendance à la désintégration de la famille au développement du capitalisme. D’où le souci de renforcer le noyau familial et de s’attaquer aux causes de ce qu’on appelle « la paternité irresponsable ». Ce qui se comprend, vu la situation souvent dramatique des femmes abandonnées seules avec leurs enfants, mais ce qui peut entraîner également le renforcement du rôle traditionnel des femmes dans la famille.
Le prolongement de cette analyse oriente le débat sur la prostitution qui, tout en reposant sur des bases économiques, comporte des aspects sociaux et culturels. De même, la socialisation du travail domestique, de l’éducation des enfants -grands axes d’intervention de l’A.M.N.-L.A.E. -risque tant par manque de moyens que par des blocages dus aux mentalités, d’être contestée, puis imposée aux familles. Le débat sur l’éducation sexuelle et le contrôle des naissances est relégué au second plan par l’ A.M.N.L.A.E., sous prétexte que le catholicisme imprègne largement les esprits. Cependant, derrière le discours moral apparent, se cache une toute autre réalité. On constate en effet que, dans les quartiers populaires, dans certains villages, la religiosité est différemment perçue selon les couches sociales. La maternité, l’avortement, la prostitution, les tabous et préjugés d’ordre sexuel sont autant de questions qui ne font pas l’unanimité.
Dans tous ces domaines, le risque est grand de tirer des conclusions rapides et de généraliser un type de réflexion qui se déroule actuellement au sein d’A.M.N.L.A.E. D’où la nécessité d’ouvrir ce débat plus largement afin de donner aux femmes les moyens de poser les problèmes et de les résoudre.
L’A.M.N.L.A.E. ne pourra se renforcer qu’en reprenant à son compte l’ensemble des revendications et des aspirations des femmes, en jouant un rôle d’avant-garde du mouvement.
Aujourd’hui, on constate un tiraillement : d’une part la peur du bouleversement, la crainte d’imposer des solutions qui n’ont pas encore fait leurs preuves ; d’autre part le manque de données sur les femmes et donc le risque de voir se maintenir de profondes différences entre elles, empêchant par là la pleine expression de la solidarité féminine.
Urgent... Urgent... Urgent... Du pain pour le Nicaragua
Les U. S. A. menacent le peuple nicaraguayen avec l’arme de la faim ! L’administration Reagan vient en effet de bloquer les 10 millions de dollars restants du prêt de 65 millions accordé par Carter ; cette somme était en fait destinée à l’achat de farine. Cette mesure aura de graves conséquences sur la vie du Nicaragua : rationnement du pain (les enfants qui tirent 12% de leurs besoins protéiniques du pain seront les plus touchés), chômage pour les boulangers et les travailleurs des industries dérivées (pâtes, aliments pour animaux, etc.), déséquilibre de la balance des paiements (nouvelles importations et réduction des exportations du Nicaragua en manioc, banane et maïs utilisés comme substituts), etc.
Nous devons réagir à cette nouvelle et ignoble tentative de l’impérialisme américain pour étouffer la jeune révolution nicaraguayenne. La solidarité internationale doit répondre à l’appel lancé par les organisations de masse du Nicaragua : en dénonçant l’attitude des U.S.A. et en apportant une aide financière au peuple de Sandino.
En envoyant 20 francs tous les mois, vous assurez la ration de pain mensuelle nécessaire à un enfant.
Contactez-nous en envoyez vos chèques à l’ordre du Comité de Solidarité avec le Nicaragua (mention PAIN).
Comité de solidarité avec le Nicaragua 14, rue de Nanteuil -75015 Paris et Bourse du travail Esplanade B.-Frachon, 93100 Montreuil.
Tatiana.