LIVRES
Clara Zetkin et Rosa Luxemburg.
« BATAILLES POUR LES FEMMES »
Recueil de textes de Clara Zetkin
On ne peut que se féliciter de la parution en français d’un recueil de textes de Clara Zetkin. De tous les partis social -démocrates d’avant 1914, le SPD allemand fut celui qui connut l’expérience la plus importante d’un mouvement de femmes de masse implanté dans la classe ouvrière (1). Et l’on peut sans aucun doute associer le nom de Clara Zetkin à ce mouvement.
Pendant vingt-cinq ans, Clara Zetkin sera rédactrice en chef de Die Gleichheit (Egalité), le journal féminin quinzomadaire du SPD. C’est un journal qui s’adresse quasi exclusivement aux femmes ouvrières et dont le but est d’éduquer, d’élever le niveau politique de ces femmes pour en faire des cadres politiques, militantes de la cause du socialisme et partant, de l’émancipation des femmes. Journal féminin socialiste le plus connu et le plus diffusé dans le monde entier, il tire, en 1913, à 112 000 exemplaires. Elle réussira si bien dans sa tâche de formation qu’au moment de la guerre de 1914, la majorité des lectrices de Die Gleichheit s’opposera à la guerre.
Clara Zetkin n’aura de cesse d’organiser les femmes, de faire des tournées de conférences, de poser leurs problèmes d’organisation dans les syndicats, de produire des brochures, etc. Elle sera de même à l’initiative de la Première Conférence internationale des femmes, en 1907.
Clara Zetkin et Rosa Luxemburg
La lutte contre le révisionnisme et la question des femmes
Cependant, C. Zetkin ne fut pas seulement une dirigeante du travail parmi les femmes mais aussi une dirigeante à part entière du parti sur toutes les questions. C’est ainsi qu’elle mena une lutte implacable, aux côtés de Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Franz Mehring — qui formeront la Ligue spartakiste — contre la profonde décomposition qui avait atteint les directions de la social-démocratie allemande. Bernstein donnera les bases théoriques à cette évolution réformiste qui culminera par le vote des crédits de guerre en 1914.
Au centre de la bataille entre les bernsteiniens et l’aile gauche du parti, on retrouve la question des femmes sur plusieurs points : le droit de vote, le droit au travail, l’importance de l’organisation des femmes. Pour les réformistes, la question des femmes est secondaire. Il sont contre le travail des femmes et ne voient pas la nécessité de mobiliser le mouvement ouvrier pour le suffrage des femmes.
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De même, ils reprochent au journal Die Gleichheit d’être trop politique.
Les autres thèmes d’affrontement entre la gauche et la droite sur lesquels ont trouve des écrits de Clara Zetkin dans le présent recueil furent l’antimilitarisme, le nationalisme et l’organisation de jeunesse, dirigée à l’époque par Karl Liebknecht. A ce propos, il est remarquable de constater que les premières oppositions à la guerre de 1914 vinrent des organisations de jeunesse et de femmes du parti. En août 1915, Clara Zetkin est emprisonnée par le gouvernement allemand pour sa prise de position contre la guerre, et la direction du parti en profitera pour lui retirer la rédaction de Die Gleichheit. Ceci constituera une énorme victoire pour la droite du parti qui, pendant des années, avait cherché à faire taire ce puissant porte-parole de l’opposition.
L’héritage légué par Clara Zetkin
Clara Zetkin contribua énormément à faire pénétrer l’idée de l’émancipation des femmes au sein du mouvement ouvrier, non seulement allemand mais aussi international. Des années durant, elle luttera dans les congrès pour l’égalité des sexes et surtout pour le droit au travail des femmes, affrontant une audience souvent très hostile. Mais le développement du capitalisme et l’éclatement de la Première Guerre mondiale ont raison de cette résistance : l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail fait de cette question non plus un débat théorique et abstrait mais une réalité bien concrète.
Devant ce fait accompli, le problème très pratique de quelles formes d’organisation donner aux femmes se trouvait posé de façon urgente.
Clara Zetkin s’est attachée à le résoudre, mettant à profit ses capacités de dirigeante et sa compréhension profonde de la question féminine. Ainsi, on trouve dans le livre la discussion entre Lénine et Clara Zetkin qui résume sa conception des femmes dans le parti. Voilà ce qu’en dit Lénine :
« De notre conception idéologique découlent nos principes d’organisation : pas d’associations particulières de femmes communistes. Une communiste a sa place au parti, elle en est membre au même titre qu’un homme. Avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Il ne peut y avoir de divergences sur ce point. Nous ne devons pas pour autant refuser de comprendre que le parti doit avoir des organismes : groupes de travail, commissions, comités, sections — appelez -les comme vous voudrez — ayant pour tâche particulière d’éveiller à la conscience les masses féminines les plus larges, de les lier au parti et de les maintenir en permanen -ce sous son influence. » (2)
Les femmes, l’amour et la révolution
Les textes sur les problèmes de la sexualité, notamment dans l’entretien avec Lénine, nous révèlent une des positions présentes dans l’Internationale communiste à l’époque. En effet, il existait une polémique qui opposait ceux qui, comme Lénine, pensaient que les problèmes de la sexualité ne faisaient pas partie des tâches prioritaires et que le changement des bases économiques de la société suffirait de lui-même à résoudre les problèmes des rapports entre les sexes. De l’autre côté, d’autres, comme Kol-lontaï, considéraient la « crise sexuel
Un exemple
même contre tous. Partout, on retrouve son nom : dans la révolution allemande, avec les spartakistes, dans les congrès internationaux. C’est essentiellement sur le plan international qu’elle poursuit son activité militante. Elle meurt en 1933 après avoir appelé l’ensemble de la classe ouvrière au front uni contre le fascisme dans son discours devant le Reichstag, le 30 août 1932.
On ne saurait trop recommander à celles et à ceux qui luttent pour un féminisme révolutionnaire la lecture de l’œuvre d’un personnage aussi marquant de l’histoire des luttes de femmes et du mouvement ouvrier.
E. Renan
Notes
- 1. Voir à ce sujet le livre «Femmes et Mouvement ouvrier» aux éditions La Brèche.
- 2. Sur la base de l’expérience historique, la IVe Internationale préconise la participation à part entière des femmes à tous les niveaux de son organisation et défend en même temps la nécessité d’un mouvement autonome des femmes, de masse.