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Contraception : Un point de vue

· Cahiers du féminisme, n° 19, mars - avril 1982 · p. 21-22 · 1 049 mots

Entretien avec M. M..

Cette entrevue -discussion avec une sage-femme latino-américaine, réfugiée politique, qui a une expérience considérable dans la recherche contraceptive dans son pays, apporte un témoignage complémentaire dans le débat sur la contraception abordé par le précédent numéro des Cahiers du féminisme (n° 18). M.M. travaille depuis cinq ans comme sage-femme dans un centre de planification et de protection maternalo -infantile. Elle a contribué à faire connaître la cape cervicale en France par sa participa -tion au groupe Self-help de Paris et par la pose individuelle de celle-ci à des dizaines de femmes de Paris et de province à la recherche d'une contraception autre que les éternels « pilule » ou « stérilet ».

• Quelle est ton expérience en matière de contraception ?

M.M. — J’ai travaillé, plusieurs années avant l’apparition de la pilule et du stérilet, dans un hôpital où le chef du service de gynécologie et d’obstétrique avait à sa charge la recherche d’un contraceptif qu’il expérimentait sur des femmes venues pour accoucher. Dans la majorité des cas, celles-ci n’étaient même pas prévenues.

• Pour qui faisiez-vous ces recherches ?

M.M. — En général, c’était pour des centres d’études américains financés essentiellement par des fondations comme la Fondation Rockfeller, Ford, etc.

• En quoi consistaient ces études ?

M.M. — Nous avons constaté que l’introduction d’un corps étranger dans l’utérus altérait son alcalinité et sa disposition normale à la fécondation. Après les accouchements, nous introduisions un petit rouleau de fil de plastique (fil de pêche) et renvoyions les patientes chez elles. Quand elles revenaient pour le contrôle, certaines l’avaient expulsé, d’autres avaient une infection et d’autres enfin se trouvaient à nouveau enceintes. Très peu d’entre elles le conservaient sans problèmes. Nous avons ensuite reçu des stérilets venant directement des Etats-Unis. Mais nous avons continué avec le même procédé d’expérimentation sur le corps des femmes qui venaient accoucher à l’hôpital. On avait aussi expérimenté un type de stérilisation. Nous avons découvert par erreur un produit (un vaccin périmé, dont je ne me rappelle pas l’utilité, que nous avions en stock à l’hôpital) qui se solidifiait au contact de la sécrétion vaginale. Nous injections ce produit dans les trompes utérines, ce qui provoquait leur obstruction totale. Je crois qu’une recherche est actuellement faite dans ce sens au Brésil. J’espère et je suppose qu’elle se fait avec le consentement des femmes et, bien sûr, avec des produits adéquats.

• Tu as parlé de méthodes en expérimentation, mais ne disposiez-vous pas d’autres méthodes ?

M.M. — Evidemment, le diaphragme et la cape cervicale existaient déjà.

• Quelle est ton expérience avec ceux-ci ?

M.M. — Nous étions sûrs d’une chose, ces méthodes n’altéraient pas le fonctionnement normal du corps. Nous les recommandions et les prescrivions sans problème de conscience pour cette raison. De plus, bien posés et avec un spermicide, ils étaient très sûrs, surtout la cape cervicale puisqu’elle absorbe en elle le col de l’utérus en le protégeant totalement tandis que le diaphragme, sans effet de ventouse comme la cape, peut bouger. Le problème est apparu dans le rapport des femmes avec cet objet étranger (cape ou diaphragme) qu’elles devaient introduire dans leur corps, lui aussi étranger et méconnu. Nous avons donc conçu une maquette avec laquelle nous décrivions l’anatomie et la physiologie sexuelles de la femme. Ce fut avec un grand étonnement que la plupart des femmes découvrirent que, dans cet espace rose et fermé, il était impossible que la cape se perde. Une autre crainte était qu’elle puisse tomber, qu’elle ne reste pas en place. Après

AVORTEMENT-CONTRACEPTION nos explications et nos démonstrations, elles pouvaient partir avec une meilleure connaissance de leur corps et de son fonctionnement, donc plus rassurées.

• Alors tu penses que la cape et le diaphragme ne peuvent être utilisés que par des femmes conscientes de leurs corps ?

M.M. — C’est certain.

• Cela ne concerne qu’une minorité alors !

M.M. — Non, je pense justement qu’il faut socialiser les connaissances, donner à la masse des femmes la conscience de leur corps pour qu’elles soient elles-mêmes les responsables de leur contraception et de leur santé. Cette démarche peut donner aux femmes une dimension critique quant à la place qui leur est faite dans la société. Pourquoi penses-tu que cela soit réservé à une minorité ? Ne doit-on pas œuvrer à l’extension de cette couche qui est encore aujourd’hui une minorité ?

• Plusieurs femmes des classes populaires de ton pays sont donc arrivées à utiliser la cape cervicale sans problèmes ?

M.M. — Oui. Mais je te le répète, le fait de s’introduire un objet étranger dans le corps ne s’est pas toujours fait sans problèmes.

• A quoi est dû la quasi-disparition de la cape cervicale à ton avis ?

M.M. — A l’apparition de la pilule et du stérilet. D’abord, pour nous, c’était plus simple à prescrire. Il était plus facile de donner des explications sur la prise quotidienne de la pilule ou de poser un stérilet une fois pour toutes. Pour elles, avaler la pilule ou se faire poser un stérilet impliquait moins de connaissances ou de responsabilisation. A ce niveau-là, je crois que la pilule était le grand évènement.

• Quelle contraception conseillerais-tu actuellement aux femmes ?

M.M. — Je crois que la femme doit pouvoir choisir la méthode contraceptive qui lui convient le mieux. Mais justement, pour pouvoir choisir, elle doit disposer de l’ensemble des informations sur la contraception :

— savoir que la pilule existe (ce qui est globalement acquis), connaître ses avantages (facile à prendre, facile à trouver, et efficace), mais aussi ses désavantages (expérimentation insuffisante ; risques vasculaires ; contre-indications classiques : diabète, phlébite, cholestérol ; action sur le mécanisme endocrinien très délicat) ;

— savoir que le stérilet existe, que son efficacité à 97% va d’un an à trois ans, que les risques d’infection sont fréquents et que l’expulsion est courante et donc à contrôler ;

— savoir que la cape cervicale existe avec les avantages et les désavantages indiqués dans notre entretien ;

— savoir que les préservatifs existent, connaître le grand choix de qualité et combattre les idées reçues sur la « sensivité », en indiquant quand même les délicatesses de manipulations.

Ensuite seulement, on pourra parler de choix, en fonction des connaissances et des recherches encore limitées aujourd’hui.

Propos recueillis par Louise Briceno.

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