Le 8 Mars, Journée inter na-onale des femmes, devrait, cette nnée, être célébré de manière totale-lent différente des années précédents ; c’est du moins ce qu’on nous romet. Du côté du « MLF » Psy. et o. d’abord qui, depuis plusieurs se-iaines déjà, fait campagne pour que ; 8 Mars devienne « une journée jriée, chômée, payée, pour toutes les smmes ». Pour convaincre, les mili-mtes de Psy. et Po. n’ont pas lésiné ur les moyens : sondage, pétition objectif : 50 000 signatures), comités e préparation du 8 Mars, affichage ublicitaire pour leur hebdomadaire, >urnées de mobilisation nationales s 6, 7 et 8 Mars contre la miso-ynie... (cf. interview). Du côté du ouvernement, ensuite, qui se proose de célébrer solennellement la wrnée internationale des femmes en ccueillant à l’Elysée plusieurs cen-lines de femmes membres d’ assortions féminines représentatives. A ette occasion, le Président de la république en personne décorera de i légion d’honneur des travailleuses articulièrement « méritantes ». rvette Roudy, qui insiste sur la écessité de dénoncer la surexploita-on des femmes au travail, inaugure-a ce même jour une exposition onsacrée au travail des femmes ans les nouveaux locaux du ministre des Droits de la femme.
La CGT, enfin, a précisé que « le 8 fars 1982 sera l’une des premières randes manifestations d’ampleur in-’.r -professionnelle que la CGT a déci-é d’organiser en direction des femmes ». « Pour cela, la CGT les invite à rendre et à exiger quatre heures ayées sur le temps de travail : —pour s’informer, s’exprimer, inter -enir, lutter;
-pour agir (...),-
—pour conquérir des droits nou-eaux ; faire sauter le verrou patronal ; btenir une véritable formation prof es • ionnelle, sortir de la situation d’OS et tre respectée dans son travail. »
Cette volonté nouvelle de la CGT e faire du 8 Mars une grande jour-ée de mobilisation, avec arrêts de ravail à l’appui, tranche singulière-lent sur les années précédentes où i confédération s’était effacée au rofit des manifestations du PCF « parti de libération des femmes » ou de l’Union des femmes françaises.
Les groupes femmes quant à eux ont prévu des initiatives régionales, une manifestion le samedi 6 mars sur la région parisienne à laquelle s’associent d’autres composantes du Mouvement de libération des femmes (radicales et autres). On compte sur la présence de toutes les femmes qui avaient participé aux Assises des 14 et 15 novembre derniers consacrées au travail des femmes et aux femmes dans le travail. Cette initiative avait rassemblé 700 femmes venues de toute la France, d’horizons différents. Les thèmes retenus pour cette journée sont multiples : emploi-travail, avortement, solidarité internationale (Argentine, Pologne, Algérie, etc.). Ce sera donc, comme à l’accoutumée l’occasion pour les femmes d’exprimer dans la rue leur force collective, leurs exigences et la solidarité avec toutes les femmes en lutte dans le monde ; mais ce sera aussi une étape dans la préparation des états généraux sur le travail des femmes ouverts à toutes et tous et qui doivent se tenir les 1 7 et 1 8 avril prochains à Paris. Ce sera une étape dans la campagne prolongée par la défense des droits des femmes dans le travail. Tel est le panorama du 8 Mars aujourd’hui.
Que peut bien signifier la réception organisée par le gouvernement en l’honneur des femmes travailleuses quand les principales mesures économiques et sociales qu’il a mises en œuvre jusqu’à maintenant ont pour conséquence de les maintenir en situation de main-d’œuvre d’appoint, au statut marginal et précaire, surexploitée et sous-payée : développement du travail à temps partiel, extension du travail la nuit et le weekend en contrepartie des 39 heures, contrats de solidarité qui remettent en cause les acquis, etc.
Sans parler des promesses non tenues concernant les crèches ou l’avortement dont le remboursement est sans cesse repoussé. Cela ressemble bien à une opération dérisoire de diversion qui ne trompera pas grand monde.
Par ailleurs on aurait préféré des actes concrets en faveur des travailleuses à des initiatives grotesques inspirées par l’ancien régime (remise de la légion d’honneur...).
8 MARS
Dans ce contexte, la demande de Psy. et Po., adressée au gouvernement que le 8 Mars soit dorénavant « journée fériée, chômée, payée pour toutes les femmes » est une démarche de bon sens. Nous sommes pour la reconnaissance du 8 Mars comme journée chômée et fériée pour les droits des femmes. Encore que nous doutions que cela soit la première exigence des femmes et la plus urgente. Il ne faudrait pas non plus que cela se retourne contre les femmes elles-mêmes. Or, si les femmes, et uniquement les femmes, bénéficiaient le 8 Mars d’une journée fériée, chômée, payée, le risque serait grand en effet de voir cet avantage se retourner contre elles. Les femmes ne travaillant pas ce jour-là, quelles formidables pressions morales et physiques s’exerceraient sur elles pour qu’elles en fassent encoe plus à la maison !
Et à l’entreprise, au lieu que le 8 Mars soit l’occasion d’un débat collectif sur l’oppression des femmes, de faire progresser la conscience de la nécessaire solidarité hommes-femmes face au patronat, l’occasion de dénoncer aux yeux de tous les comportements sexistes quotidiens et insupportables, cette journée, en l’absence des femmes, deviendrait au contraire une occasion de défoulement collectif misogyne.
Si le 8 Mars devient jour férié, chômé et payé, il faut que cette fête ne soit pas une occasion d’accentuer la division entre hommes et femmes mais au contraire une journée de luttes communes pour faire progresser les droits des femmes. Cela doit être une journée de lutte de tout le mouvement ouvrier au cours de laquelle les femmes doivent manifester ensemble leur force collective et avancer leurs revendications.
Mais en tout état de cause, il y a plus urgent, et à séparer la bataille pour un 8 Mars férié et chômé de la satisfaction immédiate des exigences des femmes (avortement libre et gratuit — droit à l’emploi qualifié — baisse massive du temps de travail, etc.) on laisse au gouvernement une porte de sortie qu’il ne manquera pas d’emprunter pour éviter de répondre frontalement à la question que toutes les femmes qui ont voté le 10 mai pour Mitterrand se posent et sont en droit de lui poser : ce nouveau gouvernement qui prétend défendre les droits des travailleurs, des femmes et de tous les opprimés, tiendra-t-il ses promesses ou acceptera-t-il à l’image du précédent régime, que les femmes, en premier lieu, fassent les frais de la crise, soient les laissées pour compte du changement, soient les éternelles sacrifiées ?
Ce débat ne pourra non plus être évité dans la CGT, car même si aujourd’hui (cf. le dernier Antoinette) cette confédération exprime de * nouveau, après plusieurs mois de sf-f lence, son hostilité au travail à temps partiel dénoncé comme « fausse solution », quelles initiatives concrètes, quelles mobilisations la direction a-t-elle organisées depuis le 10 mai ou prévoit-elle en défense de l’emploi des femmes par exemple ? Des ordonnances ont été promulgées, d’autres sont prévues fin février, début mars sur le temps partiel, quelles consignes d’action la direction de la CGT donne-t-elle à ses militants ? Dans ce contexte que sera le 8 Mars ? Une initiative sectaire de la CGT, pour concurrencer la CFDT, pour mettre un terme au malaise interne du secteur femmes et prouver que, malgré le départ de C. Gilles et les divergences de l’équipe d'Antoinette avec la direction confédérale, la direction CGT conserve la maîtrise de son appareil ? Ou le 8 Mars sera-t-il une véritable journée de mobilisation, dans les entreprises en particulier ? La réponse ne dépend pas seulement des intentions de la direction mais aussi de la volonté et de la pression de la base du syndicat.
Si les femmes se saisissent de la proposition de la direction pour se réunir sur les entreprises, mais à condition que cela se fasse dans un cadre unitaire, intersyndical, si les discussions se développent, les exigences qui s’expriment rejoindront à coup sûr celles qui se sont imposées lors des Assises sur le travail des femmes les 14 et 15 novembre derniers parmi lesquelles :
— l’arrêt des licenciements ;
— l’abrogation des lois sur le temps partiel ;
— la baisse massive du temps de travail pour tous et toutes sans compensation (35 heures maxi) ;
— le droit à un emploi qualifié ;
— le développement d’équipements 'i collectifs de qualité (en particulier les crèches) ;
— l’avortement libre et gratuit, etc.
Par ailleurs, à là veille de ce 8
Mars, un manifeste signé par trente femmes du monde syndical et universitaire appellent les femmes à « la vigilance et à l’action » pour « faire passer dans la vie les idéaux socialistes inséparables d’une libération réelle des femmes (...) ».
A l’évidence, le sentiment qu’une riposte urgente est nécessaire pour porter un coup d’arrêt aux attaques très graves contre les droits des femmes est aujourd’hui largement partagé. Le 8 Mars peut être une étape pour rassembler les femmes qui en ont conscience. C’est dans cet esprit que les militantes de la LCR seront partie prenante des initiatives impulsées par les groupes femmes et d’autres courants féministes (manifestation le samedi après-midi, fête le vendredi soir au Bataclan, initiatives spectaculaires le lundi soir) et qu’elles appelent toutes les femmes à y participer.
Au-delà du 8 Mars, les états généraux seront une seconde étape. Lors de toutes ces échéances devrait être discutée et approfondie la question des moyens de construire le mouvement de femmes indépendant, de masse et unitaire dont nous avons besoin pour que les femmes puissent en permanence imposer un rapport de forces favorable dans une société qui va être bouleversée.
Notes
- C. B. le 7/2/1982