AVORTEMENT— CONTRACEPTION
LETTRE AD MINISTERE DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CONTRACEPTION
Cette lettre a été adressée à Mme Yvette Roudy par les femmes du groupe Self-help de Paris et les groupe femmes « pratique santé » de Lyon.
Madame,
Connaissant l’intérêt que vous portez aux questions de contraception et votre intention de développer l’information sur ce 'sujet, nos deux groupes désirent contribuer à votre travail en attirant votre attention sur les points suivants :
En effet, depuis plusieurs années, il semble que les seuls moyens contraceptifs mentionnés comme valables dans les revues comme dans les centres de planification soient :
— la pilule ;
— le stérilet ;
— éventuellement le diaphragme.
Nous n’oublions pas que l’accès à la contraception, essentiel pour les femmes, s’est fait grâce à ces méthodes, et souvent au prix de luttes contre les tenants de l’ordre établi qui s’opposaient (s’opposent encore) au changement de la place de la femme dans notre société.
Mais à l’heure actuelle, parler « contre la pilule », s’interroger sur ses conséquences pour la santé des femmes, c’est s’exposer aux pires accusations, c’est acculer les femmes à l’avortement. Ceci nous semble inacceptable, car nous refusons l’alternative la pilule /l’a-vortement de même que l’équivalence contraception = pilule.
Nous nous battons bien au contraire pour une contraception diversifiée car l’important pour nous est que les femmes aient les moyens de faire un véritable choix.
La pilule a aujourd’hui vingt ans. C’est un des rares produits médicamenteux à avoir été testé sur un aussi large échantillonnage de population (des dizaines de millions de femmes) et pourtant, en 1981, 60 % des femmes (1) ne peuvent pas ou ne veulent pas prendre la pilule, en raison des contre-indications ou des effets secondaires après utilisation, parce qu’elles relèvent de couches, parce qu’elles allaitent, vont subir une opération, par lassitude, en raison d’une vie sexuelle irrégulière, etc. On en est donc plus à l’heure du bilan qu’à l’heure de l’information.
C’est d’ailleurs ce qui se passe dans les pays nordiques, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, où un large débat public est en cours sur les dangers de la pilule.
Pourquoi pas le stérilet ? Les plus récentes études estiment à environ 25 % le nombre de femmes qui ne peuvent supporter un dispositif intra-utérin. Et il nous semble important que les femmes faisant le choix de ce mode de contraception sachent aussi qu’aujourd’hui le véritable mode d’action du stérilet (inflamation de la muqueuse ? pas de nidation ? etc.) reste un mystère pour le monde médical.
Nous ne dénions pas aux femmes le droit de décider après avoir pris connaissance des risques encourus, que la pilule ou le stérilet est le moyen qui leur convient le mieux. Mais il faudrait aussi que l’information soit faite sur les autres méthodes également existantes à l’heure actuelle.
Ces moyens peuvent être soit mécaniques (diaphragme, préservatif, cape cervicale) associés ou non à l’utilisation d’un spermicide, soit chimiques et locaux tels que les ovules, spermicides, éponge au collagène.
Si, pour notre part, nous nous intéressons plus particulièrement aux moyens mécaniques, c’est pour deux raisons :
• la première est que notre définition d’une bonne contraception s’appuie sur trois critères :
— efficacité ;
— bonne acceptation par l’utilisatrice ;
— faible taux de risques pour la santé de la femme ; et que le diaphragme ou la cape avec un taux d’efficacité de 98 96 et un taux de risques pratiquement nul présentent un rapport très intéressant ;
• la seconde est que nous sommes des femmes de self-help, et que l’utilisation de tels moyens va pour nous dans le sens d’une plus grande prise , en charge par les femmes de ce qui concerne leur santé, leur sexualité et leur vie en général.
Or en France, à l’heure actuelle, aucune information n’est faite sur la cape cervicale ; il faut se la procurer en Angleterre, et aucune étude ni recherche n’est menée à ce sujet.
Nous-mêmes sommes en relation avec des groupes de femmes aux Etats-Unis et au Canada qui mènent elles-mêmes des études sur ce moyen de contraception et l’utilisent en grand nombre (Barbara Seaman (2), le Collectif de Boston, la Fédération de centres de santé féministes américains, Hélène Sahut, etc.) et avons rédigé deux brochures, une sur le diaphragme et une sur la cape, dont nous vous joignons un exemplaire. Nous préparons une étude beaucoup plus approfondie sur la cape qui sera prête en début d’année prochaine.
Nous vous joignons également la photocopie de deux articles qui viennent de paraître et rejoignent tout à fait nos préoccupations.
Nous comptons donc sur vous pour veiller à ce que l’informaion diffusée soit la plus vaste possible, sachant qu’il n’existe pas de contraception miracle, et « qu ’il y a des individus différents, des situations personnelles différentes, des cas particuliers différents. A tel ou tel âge, dans telle ou telle situation personnelle le problème de la contraception peut se poser dans des termes tout à fait différents. La pratique anti-conceptionnelle passée aujourd’hui dans les mœurs a donné aux femmes une plus grande liberté. Son évolution récente leur donne maintenant une liberté de choix également plus grande. C’est dans la mesure où elles seront mieux informées qu'elles pourront convenablement en user » (1).
Veuillez agréer, Madame, l’assurance de nos sentiments coopératifs.
Femmes Self-Help-Abbesses, Librairie « La Brouette », 20, rue Caulaincourt, 75018 Paris.
Groupe femmes « Pratique-Santé », centre social de la Croix-Rousse, 27, rue Pernon, 69004 Lyon.
Notes
- (1) Dr Chatain «Danger-Pilule, pour une contraception diversifiée ».
- (2) Co-auteur d’un livre «Women and the Crisis in Sex Hormones» qui va paraître en France en mars 1982.