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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

LUTTE

Une crèche sauvage : À La Poste de Paris 9 en décembre

· Cahiers du féminisme, n° 19, mars - avril 1982 · p. 17 · 822 mots

Une situation insoutenable : au central des PTT du IXe arrondissement, 30 à 40 % de femmes sur neuf cents travailleurs ; aucune crèche, alors que les horaires matinaux imposent des prises de service à 6 h à des employé(e)s habitant en banlieue.

Pour les enfants, difficultés multiples : impossibilité de trouver des garderies et des crèches adaptées sur les lieux d’habitation parce qu’elles ne sont pas ouvertes à S h du matin. Et même si elles l’étaient, cela supposerait de lever les enfants à 4 h, à moins qu’elles ne soient ouvertes vingt-quatre heures sur vingt-quatre et que les enfants y passent la nuit.

Côté nourrice, indépendamment de l’inconnue que cela représente bien souvent en termes de conditions de garde (cadre, environnement, formation de la nourrice, etc.), le problème reste le même pour ce qui est des horaires. Quelle nourrice va accepter de commencer à 5 h du matin ? Enfin, l’aspect coût, au-delà de la question pénurie, est encore un point particulièrement noir pour les employé(e)s de la distribution postale qui sont dans les tranches de bas salaires. Comment, dès lors faire face aux 1 500 francs par mois, demandés par une nourrice ?

Bien souvent, cela se traduit par des solutions d’horaires inversés dans le couple (brigades inverses ou l’un en jour ou l’autre en nuit) pour ne pas faire garder les enfants, quand ce n’est pas l’abandon du travail par la mère. En règle générale, jusqu’ici, les problèmes de garde d’enfants ont été totalement absents des préoccupations syndicales.

Les choses évoluent...

D’une part, les exigences commencent, cà et là, à être posées avec précision. Il suffit de presque rien... pour qu’elles le soient. L’existence d’un local inoccupé par exemple, et hop, l’occasion est saisie comme à Paris 9. C’est ainsi que la section CFDT, avec le personnel, a réalisé une initiative de crèche sauvage pour une crèche et une halte-garderie. Après le refus de la section CGT de s’associer à la mobilisation, trois commissions ont été mises en place pour assurer une prise en charge très collective : de l’information, de la popularisation, de la prise en charge des enfants, des soins, de la nourriture, des jeux.

Une vingtaine de marmots de trois mois à huit ans ont ainsi été accueillis ce matin-là. Il faut noter que dans la grande salle de tri, l’immobilisation d’un grand carré pour cette crèche occasionnait une gêne pour les agents qui travaillaient ce matin-là, mais l’initiative ayant été longuement préparée et expliquée, aucune récrimination de travailleur n’a été enregistrée, au contraire. De son côté, la hiérarchie locale n’a pu que se taire. Ainsi, syndiqué(e)s et non-syndiqué(e)s ont activement participé à la réussite de cette mobilisation. A noter, pour nombre de femmes, c’était la première action collective.

L’après-10 mai, le changement toujours en attente

Le ministre des PTT dans sa déclaration de juin 1981 avait fait des promesses en matière d’équipements sociaux, de participation administrative aux frais de garde. Notamment, les PTT devaient montrer l’exemple en prenant en charge la tristement célèbre cotisation « employeur » pour les femmes et les parents devant faire appel à une nourrice. Mais ce n’est pas le versement de la prestation « assistante maternelle » de

460 F par trimestre qui change fondamentalement la situation. Un ministre socialiste qui veut montrer la voie en prenant en compte les besoins en équipements collectifs pour la petite enfance peut et doit donner l’exemple en octroyant 1 % du budget pour la construction et le fonctionnement de ces équipements. Monsieur le ministre, il faut passer des paroles aux actes !

D’une façon plus générale, dix mille places de crèches familiales ou collectives sont prévues au lieu des trois oent mille promises lors de la campagne électorale. On peut se féliciter de l’envoi par le ministre de la Famille et celui des Droits de la femme d’une représentante lors de l’action entreprise à Paris 9. On apprécie les bons conseils du type : « La crèche entreprise est, peut-être, un excellent dépannage provisoire mais ne croyez-vous pas que les crèches de quartier qui évitent un long trajet à l’enfant seraient mieux adaptées ? » Certes, la réflexion est judicieuse. Mais alors, pourquoi le nouveau gouvernement ne prend-il pas les moyens pour que ces équipements existent partout, pour mettre un terme à la situation de pénurie actuelle, pour mettre un terme au fait que l’enfant en bas âge soit « naturellement » à la charge de la mère. L’existence de ces crèches ne doit pas être dépendante de la bonne volonté de telle ou telle municipalité ou de son intérêt électoral. Aussi, la mobilisation des forces unies du mouvement des femmes autonome et du mouvement ouvrier dans son ensemble est donc bien à l’ordre du jour pour que les enfants, dès leur plus jeune âge, puissent être accueillis dans des conditions satisfaisantes à charge de la société. C’est le seul moyen de déculpabiliser les mères, de les libérer.

P. B.

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