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A propos du salaire ménager

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 22-23 · 2 180 mots

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Lors de la rencontre internationale des femmes à l'université de Vincennes (1 ) nous avons entendu pour la première fois en France, les représentantes du courant pour le salaire ménager. Par ailleurs un livre en faveur de ce salaire vient de paraître (2).

Les partisanes du salaire ménager ont eu le grand mérite de montrer toute l'importance de la question du travail domestique. Néanmoins leur revendication nous paraît inadaptée aux objectifs du mouvement des femmes qui lutte pour remettre en cause notamment la division traditionnelle des tâches entre hommes et femmes.

Un salaire pourquoi faire ?

C'est sur les femmes que repose aujourd'hui l'essentiel des tâches liées à la reproduction et à l'entretien de la force de travail : tâches ménagères, éducation des enfants, soins aux malades, aux personnes âgées dans le cadre privé de la famille ou d'institutions spécialisées (crèches, écoles, hôpitaux...).

Ce travail fait appel au dévouement permanent des femmes au prix de leur épuisement. Il est indispensable au « bon » fonctionnement de la société, mais est toujours sous-payé. Quand il est réalisé dans le cadre de la famille, le travail domestique n'est pas reconnu socialement : il ne donne lieu a aucun salaire direct.

Faut-il alors, pour rendre visible ce travail invisible, réclamer un salaire ménager ?

Faut-il faire payer ainsi au prix fort à la bourgeoisie les tâches domestiques et l'inciter par là à développer les équipements collectifs ?

L'autonomie financière des femmes passe-t-elle par un salaire ménager ? Est-ce là le seul moyen de surmonter la division entre les femmes au foyer et celles qui ont un travail extérieur ?

Ce sont là les arguments de celles qui défendent le « salaire ménager ».

Si notre objectif est de libérer le plus rapidement possible les femmes de l'esclavage des tâches ménagères, il faut agir pour que la société prenne en charge collectivement et de manière mixte, l'éducation des enfants et les tâches de la vie quotidienne. Pour nous ce « salaire ménager » irait à l'encontre d'un tel but.

En effet, même si le salaire ménager (à condition d'être substantiel) peut donner une certaine autonomie financière aux femmes, il ne règle en rien le fardeau des tâches ménagères. Pire, il risque de consolider les femmes dans ce rôle de servantes : combien de femmes ayant perçu un salaire pour assurer l'entretien de la maison, du mari, des enfants... oseraient distraire une parcelle de leur temps, pour faire autre chose ?

Ceci s'explique par la nature même du travail domestique : les femmes y investissent non seulement de l'énergie physique mais leur affectivité, leur personnalité toute entière (3).

C'est pourquoi, il n'est pas possible de comparer la situation de femmes au foyer qui obtiendraient un salaire ménager à celle d'ouvriers qui viennent de gagner une augmentation de salaire. C'est pourtant ce que font les femmes du collectif « l'insoumise »(4) ; elles prétendent en effet, que ces femmes « rémunérées » ne seraient pas ainsi encouragées à « en faire plus ». Dans leur cuisine, les femmes sont isolées et culpabilisées en permanence ; les ouvriers eux se retrouvent collectivement sur leur lieu de travail et ne sont pas liés à leur patron par des relations « d’amour », d'affection. Voilà une différence non négligeable.

A qui attribuer ce salaire ?

Aux femmes au foyer avec enfants ? Et celles qui ont déjà un salaire et ont aussi une double journée de travail, devront-elles abandonner leur travail extérieur pour en bénéficier ?

Et même si des hommes décidaient de devenir des « hommes au foyer », les rôles seraient peut-être inversés dans quel- ques couples mais rien ne serait changé sur le fond. Des tomes aussi connaîtraient « ta névrose de la ménagère » (S*t rien ne serait modifié sur le plan de l'organisation sociale

Nous ne sommes pas non plus indifférent (es) au fait quès femmes travaillent hors de chez elles ou non. En effet, mêf$i les femmes subissent une surexploitation en tant que fenfs salariées et sont condamnées actuellement à une doublejf-née de travail, travailler à l'extérieur, c'est avoir l'occasiofe remettre en cause pratiquement, le ghetto familial. C'est$i l'occasion pour les femmes de nouer des relations sod�s indépendamment de leur mari ou de leurs enfants. N'est-cés à l'occasion du conflit que les femmes de Lip ou de la ClPit pris conscience de leur oppression spécifique en tant queli-mes, ont remis en cause la séparation entre « vie privée e« publique... Le salaire ménager au contraire enferme unu plus les femmes dans leur ghetto. Ce n'est pas un hasardto plupart des femmes qui ont été contraintes un jour de tra v#r à l'extérieur pour subvenir aux besoins de leur famille, refit généralement de redevenir « femmes au foyer », poururt-taire de 10 000 F environ (6).

Enfin, quand on avance un tel mot d'ordre, encore faut-itor compte du contexte économique et politique actuel. P »a bourgeoisie internationale, l'heure est à l'austérité. CelaabjJt au sacrifice des équipements collectifs, au développemeiw chômage, et pour le masquer on incite les femmes à retoifr dans leur foyer. Ainsi dans un débat qui a eu lieu le 5 décei#. au Sénat, le ministre du travail, M. Beullac a approuvé lecteur du Doubs, M. Henri et qui a proposé de rémunérer le# parental par un « salaire parental » qui pourrait être de lOlf et ferait l'économie d'autant d'indemnités de chômage » P* « salaire ménager » est donc bien envisagé par la bourge*P elle-même avec le double but de masquer le chômage etih faire une aumône.

!

Quelles solutions ?

(

D'abord faire respecter le droit à l'emploi des femmes!® oublier encore une fois la surexploitation dont elles sont?1 -mes à l'usine comme au bureau. Mais par un travail extÆf-les femmes commencent à sortir de leur isolement etfor#r ainsi leur droit à ne plus être cantonnées aux tâches métrés.

C'est pourquoi nous défendons le mot d'ordre suivant : Indemnités de chômage égale au SMIC à toutes les femmes qui s'inscrivent à l'ANPE. C'est un moyen de mettre en évidence le sous-emploi des femmes et de leur permettre de disposer, dans l'attente d'un emploi, d'un salaire, d'une certaine autonomie financière.

Il faut en même temps exiger le droit à une formation professionnelle de qualité et bien sûr l'amélioration des conditions de travail pour tous.

Combattre pour l'abaissement massif du temps de travail et dans l'immédiat pour les 35 heures est tout aussi indispensable : en effet l'abaissement massif du temps de travail peut permettre une remise en cause de la division traditionnelle des tâches entre hommes et femmes et une prise en charge par tous des tâches ménagères et de l'éducation des enfants. Ce n'est pas une condition suffisante néanmoins. En effet, dans les couples où les deux travaillent, où l'homme et la femme disposent du même temps de travail, le partage des tâches ne va pas de soi... L'abaissement massif du temps de travail est aussi une condition minimale pour que les femmes puissent participer à la vie sociale, aux activités politiques et syndicales.

Les prestations familiales actuelles devraient être modifiées : une allocation couvrant les frais d'entretien, de garde et d'éducation devrait être attribuée à l'enfant, quels que soient l'activité de la mère et le rang de l'enfant.

Toutes les mesures fiscales visant à dissuader les femmes de travailler devraient être abrogées.

Il faut exiger enfin, et cette revendication est décisive, le développement massif d'équipements collectifs.

Voilà quelles sont d'après nous les solutions qui préparent une modification en profondeur du statut social des femmes et de l'organisation de la vie quotidienne en général.

|1 ! Cette rencontre a eu lieu fin mai.

(2I « Le foyer de l'insurrection ». Textes sur le salaire ménager. Collectif l'insoumise, Genève. 171 pages, 26 F à la librairie Rouge.

(3) Cf. Citations de Sheila Rowbotham.

(4) Le Foyer de l'Insurrection, p. 11.

(5 Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, tome II, p.

(6 Enquête INSEE.

(7 Le Monde du 7 décembre.

e/poce et temp/ ménager

Parler du travail ménager est un acte politique. C'est mettre en question l 'illusion sociale qui consiste à croire que le temps de non-travail professionnel est du temps libre, disponible, et faire apparaître que ce temps soi-disant libre est socialement presque entièrement rempli par un autre travail : le travail ménager. C'est mettre en question le mode de réalisation du travail ménager. C'est mettre en question la situation sociale où femmes et travail ménager se confondent.

Les tâches ménagères ne disparaissent pas

Sous des dehors immuables, le travail ménager a considérablement évolué et se différencie selon les conditions sociales dans lesquelles on le réalise.

De plus en plus de marchandises sont jetées sur le marché, qui évitent que chaque ménagère les produise. On le voit très précisément pour l'habillement où, en une génération, on est passé de l'ère de la fabrication familiale au Pri-sunic du coin. D'une manière générale, le niveau de vie a augmenté et permet l'accès, à la plus grande masse, aux vêtements tout faits. En même temps, ces produits s'usent rapidement et l'on ne voit plus guère la mère retourner le vieux pardessus du père pour en coudre un manteau à la fille, que cette dernière portera plusieurs années avant de le passer à sa sœur ou sa cousine.

Chaquefois qu'unetâche est socialisée, que ce soit sous la forme d'un produit rapidement consommable comme la boîte de conserve, ou d'un service, comme la laverie (payante), elle ne représente pas un gain de temps brut car elle s'accompagne du temps nécessaire à son achat et à son utilisation. La tendance du capitalisme du troisième âge est de transformer les services en marchandises, et l'on voit fort bien que la forme sociale générale du lavage, par exemple, n'est pas la laverie collective (payante) mais la diffusion massive de machines à laver.

Bien que l'appareillage ménager, la diffusion massive de produits de consommation courante et, dans une moindre* mesure, la mise en place de services (payants) aient augmenté dans des proportions considérables, le temps nécessaire au travail ménager n'a pas été réduit dans les mêmes proportions. Et cela pour deux raisons principales :

— Si les tâches de production familiale ont été réduites, les tâches de consommation ont considérablement augmenté à l'échelle sociale, parce qu'elles sont sous-tendues par une organisation de l'espace à l'échelle de la ville qui morcelle les différentes activités, qui entraîne l'augmentation du temps de transport, et parce qu'elles s'accompagnent d'un appareillage de plus en plus développé et

Bibliographie

1) Simone de Beauvoir : « Le Deuxième Sexe », tome I, pp. 57-67, coll. Poche.

2) Sheila Rowbotham : « Conscience des Femmes, Monde de l’Homme », chap. : « Le travail d'une femme n'est jamais fini », p. 121, édit, des Femmes.

3) Cahiers du GRIF n°2, fév. 74 « Faire le ménage, c'èst aussi travailler ».

4) Jeannette Laot « Stratégie pour les femmes », édit. Stock, pp. 156-157.

5) « Le Foyer de l'Insurrection », textes sur le salaire ménager. Collectif l'insoumise, Genève », 171 p.

C'est pourquoi nous défendons ie mot d'ordre suivant : Indemnités de chômage égale au SMIC à toutes les femmes qui s'inscrivent à l'ANPE. C'est un moyen de mettre en évidence le sous-emploi des femmes et de leur permettre de disposer, dans l'attente d'un emploi, d'un salaire, d'une certaine autonomie financière.

Il faut en même temps exiger le droit à une formation professionnelle de qualité et bien sûr l'amélioration des conditions de travail pour tous.

Combattre pour l'abaissement massif du temps de travail et dans l'immédiat pour les 35 heures est tout aussi indispensable : en effet l'abaissement massif du temps de travail peut permettre une remise en cause de la division traditionnelle des tâches entre hommes et femmes et une prise en charge partous des tâches ménagères et de l'éducation des enfants. Ce n'est pas une condition suffisante néanmoins. En effet, dans les couples où les deux travaillent, où l'homme et la femme disposent du même temps de travail, le partage des tâches ne va pas de soi... L'abaissement massif du temps de travail est aussi une condition minimale pour que les femmes puissent participer à la vie sociale, aux activités politiques et syndicales.

Les prestationsfamiliales actuelles devraient être modifiées : une allocation couvrant les frais d'entretien, de garde et d'éducation devrait être attribuée à l'enfant, quels que soient l'activité de la mère et le rang de l'enfant.

Toutes les mesures fiscales visant à dissuader les femmes de travailler devraient être abrogées.

Il faut exiger enfin, et cette revendication est décisive, le développement massif d'équipements collectifs.

Voilà quelles sont d'après nous les solutions qui préparent une modification en profondeur du statut social des femmes et de l'organisation de la vie quotidienne en général.

l1 -Cette rencontre a eu lieu fin mai.

(21 « Le foyer de l'insurrection ». Textes sur te salaire ménager. Collectif 1 Insoumise, Genève. 171 pages, 26 F à la librairie Rouge.

(3) Cf. Citations de Sheila Rowbotham.

(4) Le Foyer de l'Insurrection, p. 11.

(5 Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, tome II, p.

(6 Enquête INSEE.

(7 Le Monde du 7 décembre.

Notes

  1. l1 -Cette rencontre a eu lieu fin mai.
  2. (21 «Le foyer de l'insurrection ». Textes sur te salaire ménager. Collectif 1 Insoumise, Genève. 171 pages, 26 F à la librairie Rouge.
  3. (3) Cf. Citations de Sheila Rowbotham.
  4. (4) Le Foyer de l'Insurrection, p. 11.
  5. (5 Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, tome II, p.
  6. (6 Enquête INSEE.
  7. (7 Le Monde du 7 décembre.

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