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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Nos luttes peuvent changer la vie entière

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 4-5 · 1 377 mots

Que souhaitons nous en tant que féministes ? Une société débarassée de toutes les oppressions, bien sûr ! Et plus précisément nous luttons pour une société où les femmes ne seront plus surexploitées dans leur travail, condamnées à une deuxième journée de travail quand elles rentrent chez elles, confinées à leur rôle de mère et d'épouse docile ; une société où notre corps ne sera plus un objet de consommation exposé, vendu, acheté, violé, battu... où notre sexualité ne sera plus niée, normalisée, une société où enfin les femmes seront reconnues comme des individus à part entière, où les rapports entre l'ensemble des individus seront débarrassés de toute violence.

Pour un socialisme féministe !

Pour réaliser cette aspiration on ne peut faire l'économie d'une transformation globale de la société. Tant que la société fonctionnera selon la loi du profit, aucun de nos espoirs n'a de chance de devenir réalité. Ce socialisme pour lequel nous combattons doit être démocratique et féministe : ce qui nécessite non seulement la suppression de la propriété privée, la gestion collective des moyens de production par les travailleurs et les travailleuses eux-mêmes mais aussi une réorganisation complète de la vie politique sociale et de la vie « privée », en particulier la prise en charge collective et mixte des tâches ménagères et d'éducation.

Cette lutte pour un socialisme féministe, elle nous concerne nous les femmes en premier lieu. Mais elle concerne aussi l'ensemble des travailleurs qui aujourd'hui résistent à la remise en cause de leurs privilèges d'hommes, mais ont un monde à gagner à une révolution socialiste féministe.

Cette société socialiste féministe ne sortira par un jour toute belle, sans affrontements et confrontations : affrontements à l'état bourgeois, confrontations au phallocratisme dominant au sein du mouvement ouvrier. En tant que féministes nous devons nous saisir de toutes les occasions pour renforcer le poids du mouvement des femmes sur la scène politique, pour élargir la prise de conscience dy mouvemnt ouvrier sur ces questions. Les élections de 78 peuvent constituer une de ces occasions.

La campagne des législatives nous concerne

Les prochaines élections vont intervenir dans un contexte politique particulier du point de vue des luttes des femmes. L'action du mouvement des femmes, l'approfondissement de la crise économique sociale et politique font qu'aujourdhul la contestation féministe ne touche pas seulement quelques intellectuelles et quelques organisations d'extrême gauche, mais a gagné la masse des femmes, des femmes travailleuses en particulier. A tel point d'ailleurs que Ijes partis de gauche, les organisations syndicales ont été contraintes d'intégrer dans leurs plates-formes, leurs discours, une série de revendications portées par le mouvement des femmes. Quant aux organisations d'extrême gauche (mis à part LO et l'OCI) elles ont reconnu l'importance du mouvement des femmes depuis plusieurs années sous là pression de leurs militantes notamment.

Néanmoins en tant qu'organisa-tions mixtes elles ont, elles aussi, à résoudre nombre de contradictions.

Pourtant la masse des femmes reste encore en marge de l'action politique, poir plusieurs raisons ; les raisons données par les femmes interrogées par le Matin (9 décembre) dans son sondage sont particulièrement instructives ;

Question : « En France il y a très peu de femmes qui sont membres de partis politiques, à votre avis pourquoi, à quoi cela tient-il plutôt ? Parmi les réponses celles qui ont recueilli le plus fort pourcentage sont :

« elles n'ont pas le temps de faire de la politique : 43 % »

« les partis politiques sont dirigés par des hommes et en fait ceux-ci excluent les femmes des débats politiques : 37 % »

Eh oui la première raison pour laquelle les femmes ne font pas de politique c'est qu'elles n'ont pas le temps, responsables qu'elles sont de la maison, des enfants...

Mais c'est aussi sans doute à cause d'une certaine conception de la « politique » portée par les organisations de gauche, dirigées par des hommes, conception qui reproduit la coupure entre vie privée et vie publique imposée par la société bourgeoise. Cette coupure fait obstacle au militantisme des femmes.

Là encore les organisations d'extrême gauche n'échappent pas totalement à ce type de conception du « politique ».

Ce sont les luttes des femmes sur l'avortement -contraception, le viol, les crèches... qui ont fait de ces questions des questions politiques. Auparavant elles constituaient toutes ce que certains appelaient des problèmes de « bonnes femmes ». Les militantes, elles aussi ont refusé de subir plus longtemps la division traditionnelle des tâches, à l'intérieur même des organisations mixtes du mouvement ouvrier. Le PS, le PC, la CGT, la CFDT ont donné à leur manière une réponse à la question : quelle est la place des femmes dans l'organisation. Nous mêmes, dans notre dernier congrès, nous avons débattu longuement de l'« oppression » des femmes dans l'organisation (cf les résolutions publiées depuis).

Malgré tout de multiples réticences subsistent. Les partis de gauche n'ont pas jugé bon de faire de la réactualisation du programme commun sur la question des revendications des femmes, un enjeu de leur polémique (cf le n° 1 des Cahiers du Féminisme). De même, les directions syndicales ont escamoté quasiment cette dimension dans leur dernière plate-forme.

Les femmes doivent-elles se détourner de ces élections, comme d'un terrain pourri, piégé par les hommes ?

Pour nous la campagne des élec-tigns peut permettre au mouvement des femmes de consolider le bénéfice de ses luttes antérieures.

Le mouvement des femmes peut se saisir de la tribune des élections

■ pour populariser auprès de millions de femmes traditionnellement exclues de la vie politique, ses exigences prioritaires :

• Le droit au plein emploi pour les femmes (cf notre dossier;

• La gratuité et la liberté de l'avortement et de la contraception y compris pour les mineures et les immigrées.

• Le développement massif d'équipements collectifs de qualité

• La lutte contre le viol et les violences sexistes, l'ouverture de centres pour les femmes battues.

■ pour dénoncer les projets réactionnaires de « Laissez les vivre » et du RPR, visant à revenir sur les maigres acquis que représentent la loi Veil en matière d'avortement.

■ pour rappeler à la bourgeoisie que les femmes poursuivront leurs luttes au lendemain des élections, contre l'austérité dont elles sont victimes en tant que chômeuses et à travers les atteintes aux équipements collectifs ;

■ pour exiger du PC et du PS, en cas de victoire électorale, la satisfaction des revendications des femmes, revendications qu'il est hors de question d'escamoter au nom d'autres priorités, du réalisme.

■ pourappeler les femmes à s'organiser collectivement pour prendre en charge leurs propres affaires.

Car que restera-t-il au delà des discours électoraux, si ce n'est précisém-ment la nécessité dé nous mobiliser pour défendre nos objectifs de luttes.

Tel pourrait être le sens d'une participation du mouvement des femmes à la campagne électorale !

Tels pourraient être aussi les axes d'une plate-forme de lutte commune, aux différentes composantes du mouvement, élaborée collectivement. De plus, au cours même de la campagne électorale, il serait important que des initiatives telles le meeting sur l'avortement/contraception, par exemple, comme celui prévu à Paris pour le 5 février, ou la (les) manifestation(s) autour du 8 mars soient aussi discutées et prises en charge par toutes les composantes du mouvement des femmes. Ces initiatives, si elles voient le jour, auront un écho non négligeable auprès des femmes travailleuses, auprès de toutes celles qui attendent du mouvement qu'il soit capable de refléter leurs préoccupations, particulièrement celles des femmes les plus exploitées et opprimées.

Cela pourra ainsi être un pas important pour le développement du mouvement.

Cette démarche d'actions communes ne sera en rien un obstacle à l'expression des divergences qui peuvent nous séparer les unes et les autres sur les mesures à prendre pour lutter contre l'austérité et ouvrir la voie au socialisme.

Certaines femmes du mouvement feront peut-être confiance aux solutions préconisées par l'Union de la Gauche.

D'autres, par contre, comme cela est le cas des militantes de la LCR se reconnaissent dans les propositions de l'extrême gauche. D'autres enfin estiment n'avoir confiance que dans le mouvement, et ne se sentent pas impliquées dans le choix des stratégies en présence.

Pour cela nous pensons que le débat doit avoir lieu franchement sans que cela compromette les initiatives communes du mouvement des femmes et donc sa propre campagne.

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