Le mouvement sioniste — et l’Etat d’Israël qui en est la réalisation — repose sur l’idée que la question juive ne pourra trouver de solution que dans le cadre d’un Etat juif, bâti en Palestine, la terre des ancêtres. Pour le sionisme, il ne peut s’agir que d’un Etat exclusivement juif, d’où seraient exclus, socialement et physiquement, le plus grand nombre possible d’habitants autochtones.
C’est pourquoi la colonisation sioniste de la Palestine est dès l’origine (début du xxe siècle) différente de tous les autres exemples de colonisation : le sionisme n’a pas cherché à exploiter la population locale, son but étant « la conquête du travail », c’est-à-dire l’exclusion du marché du travail de toute main-d’œuvre arabe, pour permettre l’émergence d’une société purement juive, avec ses propres classes sociales. En 1920 fut fondée la Histadrout, centrale syndicale à base ethnique, destinée à promouvoir le travail juif.
En même temps se développe la campagne pour la « libération de la terre », par le rachat ou sinon par l’expulsion pure et simple des paysans arabes.
C’est avec l’appui de la Grande-Bretagne que le sionisme va parvenir à officialiser son projet (après la Première Guerre mondiale, la Palestine est placée sous mandat britannique) :
1917 la Déclaration Balfour garantit aux Juifs le soutien de l’empire britannique pour la création d’un « Foyer national juif en Palestine ».
Les limites de cet Etat Juif n’ont jamais été clairement définies, mais il était évident pour le sionisme qu’elles devaient être les plus larges possibles (les projets englobaient à l’origine toute Factuelle Jordanie).
Ben Gourion, futur chef de l’Etat d’Israël, déclarait ainsi en 1938, à propos des propositions d’une commission d’enquête britannique : « La commission n’ignore pas combien le territoire qu’elle nous propose pour l’Etat juif est restreint, et que le projet de transfert de la population arabe, si possible de bon gré, sinon par la force, peut permettre d’élargir la colonisation juive. »
« ... II n’y a pas de place pour deux peuples »
Le projet sioniste est encore plus clairement exposé par un autre dirigeant, Y. Weitz, en 1940 : « Il s’agit d’être clair : il n’y a pas de place pour deux peuples. Quand la guerre s’achèvera par la victoire des Anglais, notre peuple devra présenter ses exigences et ses revendications : la seule solution que nous proposerons est la Palestine, ou au moins la Palestine occidentale, vide d’Arabes. Il n’y a pas de place pour des compromis. Il n’existe pas de possibilité autre que le transfert des Arabes vers les pays avoisinants. Il ne faut laisser aucun village, aucune tribu. »
Huit ans plus tard, ce projet allait devenir réalité : en 1947, 800 000 Arabes vivaient dans ce qui devait constituer l’Etat d’Israël ; début 1949, il n’en reste que 133 000. Les sionistes ont exproprié et expulsé les paysans, ils ont, par la violence, le meurtre et la destruction systématique, provoqué l’exode de centaines de milliers de Palestiniens.
Novembre 1947 : l’ONU vote le plan de partage de la Palestine, qui attribue 11 500 km2 à l’Etat Arabe et 14 100 km2 à l’Etat Juif.
Mai 1948 : Proclamation de l’indépendance du nouvel Etat d’Israël. Puis premier conflit israélo-arabe, au cours duquel Israël conquiert de nouveaux territoires, portant sa superficie à 20 700 km2 (près de 80% de la superficie totale de la Palestine).
Israël : un Etat confessionnel et racial
La déclaration d’indépendance du nouvel Etat ne le définit pas comme l’Etat de tous les Israéliens, mais comme « l’Etat Juif dans le pays d’Israël ». Son caractère uniracial est codifié par les deux lois fondamentales de l’Etat : la « loi du retour » (1950) donne à toute personne, d’où qu’elle vienne, du moment qu’elle peut prouver que sa mère est juive, le droit de s’installer immédiatement en Israël et de recevoir la nationalité israélienne. La « loi sur la nationalité » (1952) établit ouvertement la discrimination entre habitants juifs et arabes.
Cette discrimination inscrite dans la structure même de l’Etat se traduit par une discrimination sociale et économique quotidienne à l’égard des 400 000 Arabes vivant à l’intérieur de l’Etat d’Israël. Un double système de salaire s’est mis en place : un ouvrier juif gagne en moyenne 40% de plus qu’un salarié arabe — à la main-d’œuvre arabe sont réservés les emplois les moins qualifiés et les moins payés. Mais au sein de la même branche, l’ouvrier juif gagne toujours 20 à 25 % de plus que l’Arabe.