Le 6 décembre, le parlement doit discuter de la loi sur l’égalité professionnelle; le 10 décembre, les députés devront se prononcer sur le projet de loi concernant le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale. Alors, silence les femmes, vous n’avez vraiment plus de raison de vous inquiéter et si certaines veulent encore manifester, contester, c’est « pour se faire plaisir » comme l’a laissé entendre ouvertement Yvette Roudy, lors d’une réunion publique du PS (I).
Malheureusement, l’heure n’est pas encore venue de nous reposer sur nos deux oreilles. D’abord parce que la droite n’a pas encore dit son dernier mot sur l’affaire du remboursement de l’avortement. En outre, si le principe même du remboursement par la sécurité sociale semble acquis, les modalités du financement de ce remboursement ne semblent pas particulièrement claires à l’heure où nous écrivons : tant que l’avortement ne sera pas considéré comme un acte médical comme un autre et inscrit à ce titre au budget de la sécurité sociale, nous ne pourrons être satisfait(e)s.
De la sécurité sociale, parlons en justement : blocage du complément familial, blocage des allocations pré et post natales, réduction de moitié de l’allocation pour le troisième enfant (2), modification en baisse du maximum de ressources pour pouvoir bénéficier de l’aide au jeune ménage; ces « économies » viennent s’ajouter à celles réalisées dès juillet par le report en janvier des hausses prévues : bilan de l’opération : 6 milliards; Mais ce n’est pas tout, puisque Qu’il est prévu de fiscaliser les allocations familiales vour alléger une nouvelle fois les charges patronales bénéfices patronaux espérés : 30 à 35 milliards; enfin le remboursement de 1289 médicaments est réduit à néant ou en régression, conformément aux exigences des trusts pharmaceutiques (On peut se demander d’ailleurs si l’annonce du remboursement de l’IVG relève de la pure coïncidence ou si elle n’est pas destinée à faire porter la responsabilité de ces « économes » aux femmes qui n’ont pas voulu comprendre qu’on ne peut pas tout avoir !)
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Tout ceci constitue bien évidemment des amputations importantes au pouvoir d’achat de nombreux salariés et notamment des femmes qui élèvent seules leurs enfants.
Pour nous consoler, on va nous rappeler la hausse de 1 % du SMIC au 1 er décembre. Mais comme le dit la CGT, « le compte n’y est pas » puisque c’état 4 % de hausse qui étaient prévus en 1982 et non 3,2 %, comme cela va être le cas. Or comme de juste et c’est Yvette Roudy qui l’a rappelé elle-même lors d’un déjeûner -débat avec l’AJIS (3), plus de 70% des femmes sont payées au SMIC.
« Les femmes ne feront pas plus les frais de la crise que les hommes » (1) lançait récemment Yvette Roudy devant un j auditoire peu enthousiaste. Non seule-| ment pour nous ce n’est pas une consola-i tion mais en outre c’est faux : nous sa-| vons bien que les femmes représentent 60 % des chômeurs or les récentes écono-I mies de l’UNEDIC vont les toucher très | directement.
Que reste-t-il du changement ?
Que reste-t-il alors du chàlgement tant attendu ? La loi sur l’égalité professionnelle. Sur cette question comme sur les autres, le gouvernement a choisi de ne pas entrer en conflit avec le patronat, Résultat : rien n’est vraiment prévu pour faire appliquer sérieusement l’égalité des salaires. Yvette Roudy l’a d’ailleurs reconnu publiquement en déclarant que cette loi n’entraînera pas de charges supplémentaires pour les entreprises qui pourront même bénéficier éventuellement d’aides financières (3).
Ces deux lois (loi sur le remboursement de l’avortement, loi sur l’égalité professsionnelle) doivent être votées en principe, avant la fin de l’année : municipales et 8 mars obligent !
Le 8 mars cette année va intervenir en effet entre les deux tours des élections municipales. Alors, comme prévu, la droite va redoubler de démagogie pour tenter de raccoler les voix de toutes ces femmes qui, entre les soucis d’argent et leur double journée de travail, n’ont pas encore goûté au changement tant promis; du côté du gouvernement, l’on va à nouveau fêter officiellement la journée internationale des femmes et l’on ne manquera pas de nous rappeler la campagne en faveur de la contraception, les quotas de femmes dans les stages de formation, la loi sur l’égalité professionnelle, le projet de loi sur la participation des femmes aux listes municipales, la loi sur... le remboursement de l’avortement et le poids de la crise internationale.
Disons le franchement, si le Mouvement des femmes ne s’était pas mobilisé et n’avait pas impulsé la préparation unitaire du 23 octobre, on en serait encore aux promesses, pire aux remises en cause pure et simple au nom du « respect des différentes familles spirituelles de la France ». Dison le franchement encore : toutes ces mesures ne coûtent rien ou presque ! Par contre, se donner les moyens de faire respecter l’égalité des salaires dans les entreprises, de créer des équipements collectifs de qualité, en nombre suffisant, notamment des crèches et des écoles maternelles, baisser la journée de travail de tous et toutes sans perte de salaire impliquent d’autres choix budgétaires, une politique sans concession à l’égard du patronat. C’est ce type de mesures que le gouvernement a refusé de prendre, remettant à demain le changement, encourageant ainsi la droite toujours plus arrogante, décourageant ainsi bon nombre de travail- notamment. Elles doivent se poursuivre en janvier. Mais dès maintenant quant à nous, nous proposerons sur nos lieux de travail, des assemblées générales ce jour-là (ce sera un mardi), sur le temps de travail, en sollicitant le soutien des sections syndicales, pour discuter entre femmes et avec l’ensemble des travailleurs, des discriminations concrètes que nous subissons au travail et dans notre vie quotidienne et des moyens de les combattre. Par ailleurs, il nous semblerait important que toutes les femmes qui ont lutté ensemble contre les lois sur le temps partiel, pour l’égalité professionnelle, pour la li- leur(e)s. Les moyens de satisfaire les revendications des travailleurs existent pourtant : la dette patronale à la Sécurité Sociale se monte à plusieurs milliards, la réforme de la fiscalité annoncée n’a toujours pas vu le jour; les milliards distribués en pure perte sous forme de subventions au patronat auraient pu servir à créer des milliers d’emplois dans le secteur public et nationalisé... C’est ce programme que défendront les militant(e)s de la LCR sur des listes unitaires nous l’espérons, dans le cadre des élections municipales.
Le 8 mars en sandwich électoral
C’est dans ce contexte électoral que va se dérouler le 8 mars. Un certain nombre de discussions ont d’ores et déjà commencé au sein du Mouvement des femmes sur la préparation du 8 mars 1983, lors de la réunion nationale du 24 octobre berté de l’avortement et son remboursement, contre les violences sexistes, se retrouvent pour rédiger un manifeste qui, synthétiserait les exigences prioritaires des femmes, deux ans après le 10 mai. La popularisation de ce manifeste serait l’occasion pour toutes les féministes de convaincre de nouvelles femmes de se regrouper, de renforcer le Mouvement des femmes. Ce manifeste pourrait enfin servir de base d’appel à des initiatives du Mouvement des femmes dans les villes, à la veille de ce 8 mars. Une telle apparition nationale du Mouvement des femmes donnerait aux femmes les moyens d’exprimer leurs exigences de manière indépendante du gouvernement et sans faire le jeu de la droite.
Notes
- U4n2/mi
- (1) Lors d’un meeting du PS dans le IIe arrondissement, à Paris, fin novembre.
- (2) Nous avons toujours combattu des allocations de type nataliste qui favorisent le 3e enfant, mais l’égalisation ne passe pas par la remise en cause des avantages acquis.
- (3) Cf. Le Monde du 30 novembre 1982.