Octobre : les socialistes espagnols remportent la majorité au Parlement : avec V arrivée des socialistes au gouvernement, c'est l'espoir pour des milliers de femmes de voir cesser cette répression brutale qui s'exerce contre elles et les médecins impliqué(e)s dans des pratiques d'avortement.
Novembre : le pape, en tournée dans ce pays, lance un vibrant appel à ses fidèles pour défendre l'ordre moral ; Jean-Paul II, dans la messe qu'il célébra en faveur de la famille, s'en prit successivement au divorce, à la contraception, à l'avortement : « ... Quiconque refuse de défendre la personne humaine la plus innocente et la plus faible, surtout celle qui est conçue mais pas encore née, commet une grave violation de l'ordre moral. On ne saurait jamais légitimer le meurtre d'un innocent. » Peu importe encore une fois que des femmes, réduites aux avortements clandestins, soient mutilées à vie, ou en meurent tout simplement ; elles, n'étaient pas innocentes, elles, avaient péché !
Janvier : deux infirmiers sont condamnés à 37 et 29 ans de prison pour avoir pratiqué sept avortements. Ce n'est qu'en juin que doit être discuté le projet timide des socialistes espagnols autorisant l'avortement thérapeutique. D'ici là, la droite et l'église vont se mobiliser pour faire barrage à ce projet. Les féministes espagnoles doivent pouvoir compter sur notre solidarité.
Trente-sept et vingt-neuf ans de prison pour avoir pratiqué sept avortements ! Tel est le verdict prononcé en janvier dernier par le tribunal de Barcelone contre deux infirmiers, âgés tous deux de plus de soixante ans. Les neuf autres inculpés ont eu des peines de prison plus légères allant de six à un mois de prison ainsi que des amendes.
Ce jugement est scandaleux et fait penser à une mauvaise farce dans l’Espagne « socialiste » !
Dans le quotidien El Pais du 19 janvier, il apparaît que les magistrats ont consigné dans les attendus du jugement une adresse au gouvernement pour que celui-ci examine le dossier et fasse bénéficier les inculpés d’une mesure exceptionnelle de clémence, selon la loi en vigueur. Dans le même article, le journaliste fait état de positions publiques prises par plusieurs juges de Barcelone ce dernier mois, critiquant le gouvernement de Gonzalès pour ne pas avoir encore proposé au Parlement la loi sur la législation de l’avortement de manière « à rendre plus adéquate la législation avec le changement qui s’est opéré dans la conscience sociale à ce sujet ».
Cette situation illustre bien la confusion qui règne sur cette question.
Rappelons que l’Espagne est un des derniers pays d’Europe où l’avortement est totalement interdit. Le nombre des avortements clandestins est évalué à près de 300 000 par an (chiffres officiels). Et les femmes qui veulent se faire avorter n’ont d’autres recours que les voyages en Angleterre, ce qui revient cher, ou des solutions de fortune dans les pires conditions pour leur santé.
Le droit à l’avortement est une revendication qui a fait l’objet de nombreuses mobilisations du mouvement féministe en Espagne. L’exemple le plus récent de cette lutte est la mobilisation lors du procès de Bilbao qui a abouti à la révision de ce procès en faveur des inculpées.
Avec le nouveau gouvernement socialiste, le problème de la satisfaction de cette revendication devient aigu, mais la bataille s’annonce particulièrement dure, compte tenu du poids de la hiérarchie catholique dans ce pays.
Le programme électoral du PSOE sur la question de l’avortement n’était pas très avancé, c’est le moins qu’on puisse dire. Il ne prévoyait la légalisation de l’avortement que dans le cas d’un risque pour la santé de la mère, de malformation du nouveau-né, ou à la suite d’un viol. C’est-à-dire l’équivalent de l’avortement thérapeutique en France.
Il a pourtant suffi que le ministre de la Santé, Ernest Lluch, annonce que la « légalisation de l’avortement » et sa prise en charge par la Sécurité sociale seraient débattues aux « Cortès » en juin prochain, pour que la droite et l’Eglise se déchaînent à travers les médias.
Ainsi, l’archevêque de Saint-Jacques-de-Compostelle consacrait son homélie du 6 janvier à dénoncer : « Le triste cadeau que les rois mages apporteraient cette année : la dépénalisation de l’avortement. » L’évêque de Malaga, lui, appelle carrément à manifester devant la Chambre des députés et devant les maisons des femmes qui avortent !
Mais le pire, c’est bien que le gouvernement, face à ces réactions, a cru bon de revenir sur les déclarations de son ministre de la Santé pour en atténuer les propos, précisant qu’il ne s’agissait de reconnaître la possibilité d’avorter que dans des limites très précises. Il montre aussi sa volonté de ne pas s’engager dans un affrontement avec la droite, et surtout avec l’Eglise, sur cette question.
Tout ceèi laisse présager que la conquête du droit à l’avortement en Espagne ne s’obtiendra pas sans une mobilisation de grande ampleur. Et nous devons nous preparer à manifester activement notre solidarité à tous ceux et celles qui mèneront cette lutte.
Sonia Folloni