La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 27, hiver 1984 · p. 32 · 810 mots

L'avortement reste un crime

Lisbonne, Portugal — Les 26 et 27 janvier dernier les groupes femmes portugais ont maintenu une présence permanente devant le Parlement où les députés discutaient les projets de loi socialiste et communiste sur l’avortement. Le nouveau projet de la loi du Parti socialiste a finalement été approuvé par 132 voix contre 102.

Chaque année deux cents mille avortements clandestins sont pratiqués ; 2 000 femmes meurent des suites d’une IVG illégale au Portugal. La loi actuellement en vigueur qui date de 1886, considère l’avortement comme un crime ; quelles que soient les raisons qui poussent une femme à avorter, elle est passible de deux à huit ans de prison ferme. La lutte pour l’abrogation de cette loi réactionnaire a commencé il y a près de dix ans par une campagne de solidarité pour la levée des inculpations frappant Maria Conceicao et ses ami(e)s.

Il faut se rappeler que pour la première fois dans l’histoire du Portugal, le Parlement a été appelé, le 12 novembre 1982 à se prononcer sur une loi légalisant l’avortement, proposée par le Parti communiste portugais. Ce projet de loi fut rejeté par 127 voix contre et 105 voix pour. L’examen de ce texte fut à l’origine d’une manifestation devant le Parlement qui regroupa plusieurs milliers de femmes favorables à la dépénalisation de l’avortement.

S’il est clair qu’il ne s'agit pas d'une légalisation de l’avortement, celui-ci est néanmoins autorisé en cas de viol, de risque de malformation du nouveau-né, et de danger pour la vie ou la santé physique ou psychique de la mère. Le délai maximum est fixé à 12 semaines (voir Le Monde du 28 janvier 1984).

Une proposition supplémentaire émanant du Parti communiste a été repoussée. Elle incluait une “clause sociale’’ autorisant l'avortement en cas de difficultés économiques ou sociales.

Cette loi qui ressemble fort à la législation récemment votée par l’État espagnol a provoqué de violentes critiques de la part de l’Eglise catholique qui a réussi à regrouper près de dix mille personnes le mardi soir aux cris de « oui à la vie, non à l’avortement ».

Si cette loi approuvée par le Parti socialiste, le Parti communiste, l’Union socialiste et le Mouvement démocratique portugais ne résoud en rien le problème de la libre disposition de leur corps pour les femmes du Portugal, elle peut quand même être considérée comme une première victoire pour les femmes portugaises.

La lutte va certainement continuer. Notre solidarité reste nécessaire !

Voir aussi les Cahiers du féminisme, numéro 11, octobre-novembre 1979, « Solidarité contre la répression » et le numéro 12, janvier-février 1980, « Victoire à Lisbonne ».

Une initiative en préparation : le tribunal européen « Femmes contre la crise »

Les 14 et 15 janvier s’est tenu, à Bruxelles, une réunion regroupant des femmes de la plupart des pays européens : Allemagne, Angleterre, Belgique, France, Hollande, Italie, Luxembourg, Portugal. La rencontre était convoquée par le collectif belge « Femmes contre la crise ». Ce collectif regroupe des femmes des associations féministes, des syndicats et de partis politiques qui, depuis trois ans, mènent de manière unitaire des actions contre les conséquences que la crise économique entraîne pour les femmes.

La rencontre avait pour but de lancer la préparation d'une initiative européenne pour mars 1985, qui pourrait prendre la forme d'un tribunal permettant aux femmes de mettre en accusation tout ce qui les maintient en état d’inégalité, d'infériorité, de dépendance.

L'idée d’une action des femmes au niveau européen avait pris naissance lors des débats à la rencontre internationale de Turin, en avril dernier, sur : « Production et reproduction, les femmes et le travail dans les pays industrialisés ». De la prise de conscience que la crise économique entraînait des conséquences semblables pour les femmes des pays d’Europe, quel que soit le gouvernement en place, découlait celle de la nécessité d’une riposte des femmes au niveau européen.

Cette première coordination internationale de Bruxelles a principalement discuté du contenu de la conférence internationale « Femmes contre la crise » sur les thèmes suivants :

— réduction du temps de travail, travail à temps partiel ;

— égalité des traitements ;

— indépendance économique des femmes ;

— les femmes et le réarmement ;

— les femmes immigrées et réfugiées politiques. Certains pays ont souhaité que la question de l’avortement soit intégrée aux thèmes proposés, notamment l’Allemagne et l’Angleterre. Pour l’Espagne, la coordination sur l’avortement de Madrid s'est excusée de ne pouvoir participer à cette première réunion de coordination, mais s’est déclarée partie prenante de la préparation du tribunal. Un planning de travail a été décidé en commun pour suivre la préparation dans les différents pays. La prochaine coordination est prévue à Bruxelles le 2 juin 1984. Le collectif belge a été chargé de rendre public le projet du tribunal lors d’une conférence de presse internationale à l’occasion du 8 mars 1984.

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