JÛ M H c/5 c/5 O ü de l'informatique elles sacrifiées ?
Les O.S. seront
A y regarder de plus près, ces « nouvelles technologies » dont on ne cesse de nous vanter les charmes ne sont pas toutes aussi nouvelles que cela. Ainsi, c’est en 1946 que l’armée U. S. utilisa pour la première fois un ordinateur pour ses calculs militaires. Bien sûr, il fonctionnait avec des lampes et occupait 300 000 fois plus de place que nos ordinateurs actuels. Mais tout de même, c’est bien de cette période que date cette troisième révolution industrielle qui inclut aussi l’énergie nucléaire. Pourtant les différences sautent aux yeux.
La miniaturisation des matériels, leur multiplication, leur diversification (robots industriels, machines à traitement de texte, télécopieurs, magnétoscopes, micro-ordinateurs personnels, monnaie électronique, réseaux câblés, etc.) ont déjà modifié les conditions de travail et la vie de millions de personnes. Demain, ils peuvent les bouleverser. Toute la question est de savoir au bénéfice de qui. Le patronat, le gouvernement, les « experts » cherchent à nous convaincre que la « filière informatique » est le « vecteur privilégié »
pour sortir de la crise. Y. Roudy affirme que « les nouvelles technologies permettent la requalification des femmes ». C’est ce qu’il faut essayer d’apprécier à partir des données historiques et des études dont on peut disposer aujourd'hui (ci bibliographie).
Au début, on embauche...
Lorsque les premières grandes entreprises de production en continu (raffineries de pétrole, industrie chimique, centrales de distribution d'eau, etc.) ont été automatisées, peu de travailleurs (surtout pas les femmes) se sont sentis concernés par ces modifications technologiques. Et pour cause. . . Les choses ont changé lorsque l’informatisation toucha les-grandes banques, les administrations publiques au cours des années soixante, période de croissance de la production et de la consommation, du crédit et d’extension des services publics (santé par exemple). A cette époque en effet sont mis en place les grands services informatiques centralisés de gestion des grandes entreprises et l’on va proposer des emplois aux femmes. Celles-ci sont particulièrement appréciées pour leur rapidité, leur dextérité, leur patience érigées en vertus féminines, et donc massivement embauchées comme O.S. dans les industries productrices de matériel informatique, électrique, électronique. On fait travailler des jeunes femmes munies d'un CAP de couture comme câbleuses ou monteuses de composants électroniques en les payant au tarif le plus faible. Par ailleurs, dans les services informatiques des grandes administrations, les femmes font merveille comme « perfo-vérif. ». Ainsi en 1975, elles représentaient 97 % de cette catégorie mais seulement 20% des programmeurs et 10% des ingénieurs. Ainsi, dans l’informatique, à l'usine comme au bureau, les femmes se retrouvent au bas de l’échelle, cantonnées dans les emplois les moins qualifiés, les moins payés, les plus répétitifs... comme toujours ! Mais des emplois pour les femmes, il s'en crée beaucoup à l’époque.
Le tournant des années 70
Pourtant, au début des années 70, dès le début de la crise économique, l’industrie électronique connaît des mutations dont les femmes vont commencer à faire les frais. La commutation électronique, par exemple, se substitue à la commutation électromécanique dans l'équipement des centraux téléphoniques. Conséquence : réduction d’emplois pour les femmes (cf. exemple de la Bretagne). C’est aussi à cette période que l’on commence à introduire des robots dans l’industrie automobile mais là, ce sont surtout les immigrés qui sont concernés... Mais ce n’est pas encore l’angoisse car le tertiaire (les banques, les administrations, le commerce) continue à se développer. C’est justement dans ce secteur (au Crédit Lyonnais par exemple) que l’on va inaugurer le travail sur écran, sur terminal d’ordinateur avec son cortège de nouvelles « nuisances » (cf. article sur les banques et les assurances). On trouvera là l’explication de grèves comme celle des dactylo-codeuses de l’INSEE en 1981, spécialisées dans la « saisie au km » pendant sept heures d’affilée. Après plusieurs semaines de grève, elles finirent par obtenir vingt-cinq minutes de pause, une heure de travail manuel autre que le travail sur écran (ramené ainsi à 5 h 35) et la suppression des contrôles individuels des rendements.
Puis le chômage pour les O.S...
Et depuis, comment la situation a-t-elle évolué ? Il suffit de rappeler l’actualité économique et sociale immédiate pour comprendre qu’en période de crise, la « modernisation », l'automatisation sont synonymes, en système capitaliste, de dizaines de milliers d’emplois supprimés. C’est déjà le cas pour l’automobile, bien sûr, mais aussi pour la sidérurgie, les chantiers navals etc. Cela ne sera-t-il pas le cas demain dans le tertiaire qui commence à peine à être touché par la bureautique (machines à traitement de texte, télécopie, bases et banques de données, etc.) ?
Comment alors concilier ces pronostics inquiétants et les discours' optimistes des responsables officiels ? Pour ceux-ci, l'argument choc est le suivant : il ne faut pas confondre suppression de postes de travail et suppressions d’emplois. 400 000 postes de travail sont susceptibles d’être supprimés en France entre 80 et 85 (dont 50 000 environ dans le tertiaire) mais il peut y avoir des mutations, des reconversions et de nouveaux emplois peuvent voir le jour. Il faudra bien les fabriquer ces robots, ces télécopieurs, ces fibres optiques. La France ne souffre-t-elle pas d’un déficit énorme d’ingénieurs, de programmateurs ? Ceci n'est pas faux mais le problème n’est pas là car dans cêtte course à l'automatisation, à l’informatisation, aux nouvelles technologies, toutes les catégories ne sont pas à égalité et les risques encourus ne sont pas les mêmes. Pour sûr, les informaticiens (analystes, ingénieurs) ont un avenir garanti. On prévoit une croissance de 40 % chaque année pour ces personnels très qualifiés entre 1981 et 1985. On sait aussi que les sociétés de services et de conseils en informatique qui emploient ce type de personnel vont se développer. Par contre, 50% des perfo-vérifs ont déjà vu leur emploi supprimé et sont condamnées à disparaître à brève échéance. Et au fur et à mesure que les entreprises de production vont s’automatiser, le chômage des O.S. va se développer à moins que, comme à l’usine Thomson d’Angers, on ne leur propose des emplois à 30 heures en travaillant le samedi et par équipe, pour un salaire amputé de 300 F ! et comme par hasard ce sont des femmes !
Sont aussi menacé(e)s à brève échéance les sténos-dactylos, les comptables faiblement qualifiés, les dessinateurs industriels, les rédacteurs de compagnies d’assurances. Ainsi, alors même que 160 000 femmes continuent à se présenter chaque année sur le marché du travail, les emplois qui avaient le plus progressé entre 1968 et 1975 les emplois d'O.S. et de sténos-dactylos, majoritairement ou en totalité occupés par des femmes, vont à court terme être en grande partie éliminés sans garantie aucune de formation ou de reconversion pour les intéressées. Qui oserait aujourd’hui prédire que la fabrication des matériels informatiques (micro-ordinateurs, robots, etc.), la création ou le développement de nouveaux services (banques et bases de données, nouveaux services PTT tels « Trans-pac », « Caducée », « Titan », « An-tiope », etc.) seront en mesure de compenser les suppressions de postes prévues et d’ores et déjà planifiées. Rien n'est plus aléatoire.
Pour autant, nous ne sommes pas de ceux ou de celles qui rejettent en bloc ces nouvelles technologies même si dans le cadre des rapports sociaux actuels elles renforcent les inégalités sociales entre ceux qui sont qualifiés et ceux (et surtout celles) qui sont astreintes à un travail répétitif sans intérêt, entre ceux qui décident et ceux (et surtout celles) qui subissent.
Malgré les apparences, l’automatisation peut aider à supprimer les travaux pénibles, favoriser les loisirs et la création de nouveaux emplois mais cela suppose un bouleversement des rapports sociaux. Nous y reviendrons en conclusion de notre dossier.
Claire Bataille
Glossaire : Petit vocabulaire à l'usage des néophytes
On distingue aujourd’hui huit grands types d’« automatismes » :
• Les M. O. C. N. : machines outils à commande numérique. Ce sont des machines outils destinées à la production en petites séries soumises au contrôle d'un ordinateur.
• Les automatismes de production discontinue en grandes séries : les robots, manipulateurs, etc. qui débouchent sur les ateliers flexibles.
• Les automatismes de processus utilisés depuis les années 60 dans les raffineries puis la sidérurgie, etc.
• La CAO (Conception assistée par ordinateur) matériels de dessin automatique (aéronautique — automobile — construction navale).
• Les automatismes de lecture optique : tri postal — traitement de chèques dans les banques.
• Les machines à traitement de texte : machines à écrire à mémoire qui peuvent mettre en page automatiquement, faire des corrections automatiques, etc.
• La télécopie : transmission à distance des photocopies par le canal des lignes téléphoniques.
• Les bases et les banques de données (bibliothèques informatiques).
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