Mais qu’est -qu’elles veulent ?
Dans le nouveau conflit des « anciens » et des « modernes » qui oppose adversaires et partisans de la flexibilité, ces derniers affirment disposer dun atout majeur : « La flexibilité, disent-ils, répond à la demande des travailleuses. »
Si les objectifs du patronat sont clairs, la question de cette « demande » l’est beaucoup moins : de quoi s ’agit-il exactement ? Question complexe, mais qu’il importe d’élucider : car elle ne sert pas seulement au patronat à justifier ses projets. C’est aussi sur elle que s’appuient certaines directions syndicales, comme la CFDT, pour dire : « On ne peut pas s ’opposer à la flexibilité, les femmes la demandent ; ce qu’il faut, c’est obtenir des garanties. » Essayons donc d’y voir un peu plus clair.
Premier paradoxe dans cette affaire : cette demande, prétendument « massive », ne transparaît guère dans les chiffres. Les femmes ne semblent pas se ruer sur l’intérim : elles ne représentent que 36 % des intérimaires, alors qu’elles étaient majoritaires autrefois. Les contrats à durée déterminée ? 5 % seulement des personnes sans emploi en recherchent un. Et ce ne sont que 15 % des femmes inscrites à l’ANPÈ qui demandent un travail à temps partiel.
Certes, on ne peut nier la progression de ces diverses formes d’emploi, ni la place qu’y occupent les femmes. Mais il n’y a pas de mystère à cela : ce sont de plus en plus les seuls emplois proposés sur le marché du travaul. Des secteurs entiers n’embauchent plus qu’à temps partiel ou sous contrat à durée déterminée : le commerce, petit ou gros (dans les hypermarchés le temps partiel représente souvent 50 % des emplois), la restauration, les entreprises de service et d’hygiène (nettoyage des bureaux par exemple), etc. Les femmes à la recherche d’un emploi ont de moins en moins le choix : c’est ça, ou rester au foyer. Quant à celles qui ont le « privilège » de travailler à temps complet, on a vu dans les pages précédentes à quel chantage elles étaient parfois soumises : à l’usine Lif, c’était le « choix » entre le mi-temps et la porte ; à la Thomson d’Angers, le travail en équipes, ou la porte...
Voilà quelques réalités qu’il n’est pas inutile de rappeler à tous ceux qui nous parlent de « révolution du temps choisi ». Révolution du temps, certes : travail le week-end, la nuit, quelques jours par mois, ou quelques mois par an... Mais un temps de plus en plus imposé. Une révolution aux mains des seuls patrons !
Le travail d’une femme n’est jamais fini
On ne peut cependant en rester à cet aspect de la question. Car il est vrai que beaucoup de gens rêvent de plus de liberté dans leur travail, d’horaires plus souples, d’avoir enfin « le temps de vivre ». Et c’est vrai que les femmes sont particulièrement sensibles à tout ce qui touche à la question du temps de travail. Cela n’a rien d’étonnant : faut-il rappeler que pour elles le travail ne s’arrête jamais à la sortie des bureaux ou de l’usine? Qu’au fameux « métro-boulot-dodo » s’ajoutent marmots-courses-cuisine-vaisselle-ménage-etc. ; que leur vie est une course permanente contre la montre, et qu’une bonne partie de leur énergie est réquisitionnée par cet im- pératif : arriver à gagner un peu de temps... grignoter quelques heures, quelques minutes... Tout cela est connu, certes. Mais cela ne semble pas troubler beaucoup ces messieurs : contrairement à ce que l’on croit parfois, la question du partage des tâches ménagères n’a guère avancé : 26 % des hommes dont la femme travaille ne font toujours rien à la maison '. Même chez les jeunes couples qui mettent en pratique, au début, une conception plus égalitaire, les traditions reprennent assez vite le dessus : de façon plus ou moins brusque, le partage des tâches est abandonné après quelques années de vie commune et l’arrivée des enfants.
Mais le travail domestique n’est pas seulement une question de tâches qui peuvent être comptabilisées : c’est aussi une responsabilité, le souci de veiller sans relâche à ce que tout fonctionne comme il le faut. Et cette responsabilitè-là, elle continue à peser quasi exclusivement sur les femmes, et elle exige une disponibilité permanente : on n’abandonne jamais ses préoccupations domestiques dans les vestiaires du bureau ou de l’atelier, « nous venons toutes au boulot avec le poids de la maison sur le dos ». Qui ne se reconnaîtra pas dans ces lignes, qui ouvrent l’étude de Katherine Blum-den : « Ce livre est dédié à toutes celles qui, au beau milieu d’une addition compliquée, d’une dactylographie effrénée ou d’une réunion stratégique, se demandent soudainement si une omelette pourrait suffire pour ce soir 2 » Il en résulte forcément un rapport au travail professionnel qui est différent de celui qu’ont les hommes, eux à qui l’on apprend dès le plus jeune âge que
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I c’est par ce travail qu’ils se « réaliseront ».
Cela signifie-t-il que le travail professionnel n’est qu’un aspect secondaire de la vie des femmes, que nous investissons toutes prioritairement dans la famille ? Peut-on en conclure, comme le font les partisans de la flexibilité, l’existence d’une « demande » pour toutes les formes d’emploi « souple » ou précaire ? Les choses sont loin d’ètre aussi simples, et l’on rencontre ici un deuxième paradoxe : s’il est vrai, par exemple, que beaucoup de femmes disent qu’elles rêvent de travailler à temps partiel, cela ne veut pas dire qu’elles soient prêtes à prendre ce temps partiel quand la possibilité s’en présente : on l’a bien vu à l’usine Micmo Gitanes, où les candidates ne se bousculaient pas pour ce fameux « temps partiel scolaire » qui était pourtant censé réaliser le rêve de toute femme, concilier son travail et les congés des enfants.
Travailler pour sortir de chez soi
Les raisons de ce paradoxe sont multiples. Il y a bien sûr des raisons d’ordre économique : un emploi stable, un salaire (même s’il n’est pas mirifique), ce sont des atouts précieux en ces périodes d’austérité et de fort chômage. Il y a là de quoi réfléchir sérieusement avant de prendre une décision qui se traduit par une amputation plus ou moins grande du salaire (et le plus souvent sans aucune garantie de retrouver son temps plein). Sans oublier que, pour beaucoup de femmes, la question ne se pose même pas : pour toutes celles — de plus en plus nombreuses — qui vivent seules et ne peuvent donc compter que sur leur propre salaire ; a fortiori, pour les quelque huit cent mille femmes qui assument seules (la plupart de façon délibérée : femmes célibataires, divorcées, séparées) la charge d’un ou de plusieurs enfants 3. La grande majorité d’entre elles sont des salariées de couches modestes, ouvrières, employées, personnel de service : pour elles, les difficultés à mener de front vie familiale et vie professionnelle sont démultipliées, mais impossible de s’en sortir avec un salaire partiel !
Mais les raisons économiques n’expliquent pas tout, puisque les taux de temps partiel, contrairement à ce qu’on pourrait croire, diminuent quand on monte dans l’échelle sociale. Et comment expliquer, par exemple, le peu de succès rencontré par le télé-travail à domicile, que l’on nous présente pourtant comme la formule idéale pour « concilier » vie familiale et vie professionnelle : grâce au terminal installé dans sa salle à manger, on peut gagner sa vie tout en restant avec ses enfants, tandis que la soupe mijote sur le feu et que tourne la machine à laver. Autant d’écono-misé en frais de garde et temps de transport ! Mais même les plus farouches partisans de cette formule sont obligés de reconnaître qu’elle ne tente pas grand monde. Cela se comprend facilement : l’idée d’avoir à surveiller en même temps l’écran, les marmots et les casseroles n’a rien de très exaltant ! Les femmes interrogées à ce sujet ajoutent toutes une autre raison : « Si je travaille, c est justement pour sortir de chez moi » : avoir un emploi, ce n’est pas seulement avoir un salaire, cela signifie aussi des contacts, des relations, une existence sociale autonome. Et c’est tout aussi important que le reste, n’en déplaisent à ceux qui prétendent que nous ne nous réalisons vraiment qu’au sein de la famille, « en tant que mère » : les femmes se réalisent aussi par le travail.
Mais quel travail ?
On se trouve ici confrontées à une autre contradiction : jusqu’à quel point peut-on s’investir dans son travail quand celui-ci est sans intérêt, répétitif, abrutissant, qu’il ne fait jamais appel à l’esprit d’initiative mais seulement aux facultés de soumission (soumission à la machine, soumission aux « petits chefs ») ? Or les femmes, on le sait, occupent majoritairement les emplois les moins qualifiés. Mais en outre, au sein d’une même catégorie, les postes auxquels elles sont affectées sont assujettis à plus de contraintes que ceux des hommes : chez les OS, par exemple, les femmes sont plus souvent soumises au contrôle d’une pointeuse (40 % des femmes contre 27 % des hommes), elles travaillent plus souvent à la chaîne (26 % contre 8 %), elles sont plus souvent payées au rendement (29 % contre 18 %). Enfin, elles ont deux fois plus souvent que les hommes l’interdiction absolue de parler pendant leur travail 4.
Quand toutes ces contraintes viennent s’ajouter au poids grandissant d’un travail domestique qu’il faut assumer (quasiment) seule, on comprend que le temps partiel apparaisse comme le moyen de « souffler » un peu. Mais on ne peut guère parler d’un « choix », ni d’une volonté de « concilier les rôles » (de travailleuse et de mère), comme on le dit si souvent. Les travaux de Danièle Kergoat montrent comment la demande de temps partiel est en fait la résultante d’un ensemble complexe de plusieurs facteurs : « Elles prennent le temps partiel “pour” les enfants, elles ne peuvent le prendre “que” si les revenus familiaux le permettent, mais elles ne le prennent à long terme que “parce que” leur travail est inintéressant5 . » Ce sont tous ces facteurs qui interfèrent dans le rapport des femmes à l’emploi, et il est donc largement abusif de parler de « demande des femmes », comme si toutes étaient placées dans la même situation !
Mais les partisans de la flexibilité ne s’embarrassent pas de telles nuances : ils mettent toutes nos aspirations dans le même sac, ils baptisent cela « demande sociale », et prétendent ensuite avoir trouvé la solution : temps partiel, temps choisi, aménagements divers et variés du temps de travail, etc. En réalité, il s’agit d’un véritable détournement de ces aspirations, au seul profit du patronat : car ses objectifs sont totalement incompatibles avec les aspirations réelles des femmes, et les « solutions » proposées ne peuvent au contraire qu’aggraver leurs problèmes.
Vous parliez d’aspirations ?
Quel est le bénéfice, en effet, pour les vendeuses et les caissières embauchées à temps partiel dans les hypermarchés ou les grands magasins, quand les horaires qu’on leur impose se traduisent par une amplitude encore plus grande de la journée de
Tiré d’Antoinette n° 236.
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travail, avec des coupures dans l’après-midi ? Le seul résultat, c’est qu’elles passent leur temps à courir, encore plus qu’avant... et qu’elles sont encore plus crevées... Et les femmes de ménage, les employées des services de nettoyage, les aides ménagères à domicile? C’est dans ces catégories que l’on trouve les taux de travail à temps partiel les plus élevés : cela recouvre en fait des heures de travail éclatées sur toute la journée et toute la semaine, entre plusieurs employeurs... Loin d’apporter du temps « en plus », le temps partiel signifie dans bien des cas une désorganisation complète de la vie quotidienne !
Et cette nécessité de « concilier vie professionnelle et vie familiale », dont certains paraissent si soucieux, qu’en font-ils pour les employées d’Interco-lor, dont la seule obligation est d’être présentes... le mercredi ? Qu’en font-ils pour ces caissières ou ces vendeuses, qu’on n’embauche que pour les samedis ? Ou pour les femmes de ménage qui doivent aller nettoyer les bureaux le soir, à l’heure où tout le monde s’installe pour dîner ou regarder la télévision en famille ?
Voilà la façon dont le patronat prétend prendre en compte les aspirations des femmes ! Mais la meilleure preuve que cela n’a rien à voir avec ces aspirations, c’est la résistance acharnée qu’opposent souvent les femmes aux propositions patronales : on se souvient de la lutte des employées des grands magasins de Paris, en 1979, contre l’ouverture le dimanche, ou de celle des ouvrières de Bekaert-Coke-rill contre le passage à mi-temps ; on a vu les ouvrières de la Thomson, à Angers, préférer le risque d’un licenciement plutôt que d’accepter le travail en équipes !
Les propositions patronales en matière de temps de travail aboutissent en fait à des contraintes encore plus pesantes. Mais aussi à un travail plus intensif et plus crevant puisque l’objectif de toutes ces propositions est d’ajuster au mieux la main-d’œuvre aux besoins de la production. Finis les temps morts ! Ainsi, travailler à temps partiel le samedi, dans les grands magasins, cela veut dire travailler beaucoup plus que n’importe quel jour de la semaine. Même chose pour les intérimaires ou les contrats à durée déterminée, qui ne sont embauchés que pour les périodes de pointe. Même quand il ne s’agit pas d’horaires imposés, la situation n’est pas meilleure : dans les bureaux, les banques, les administrations, on sait que les temps partiels ne sont jamais remplacés ; on doit faire en quatre jours le travail de cinq. Quant aux horaires variables, s’ils donnent un peu plus de souplesse dans la façon d’organiser son temps (et encore ! ce n’est pas le cas du Crédit lyonnais), ils signifient aussi trente-neuf heures de travail effectif, sans pauses, sans autorisation d’absence exceptionnelle, etc. Ainsi, dans tous les cas, le gain qu’on a l’impression de réaliser d’un côté, est aussitôt perdu de l’autre.
Du temps libéré... pour faire du ménage
Reste, nous dira-t-on, ce cher temps libre gagné grâce aux diverses formules de « temps choisi ». Surtout, ajoute-t-on, quand il s’agit d’un temps vraiment « choisi » par les salarié(e)s et non imposé par le patron : il faudrait donc se battre pour que les femmes aient réellement le choix. Vaste hypocrisie que tout cela ! La demande de temps partiel ou d’horaires souples ne résulte jamais d’un véritable choix, on l’a vu tout' l’heure. Et dans presque tous les cas, le temps libéré est aussitôt envahi par le travail domestique. Parce que le mari ou compagnon cesse très vite d’y participer, sous prétexte que « tu as maintenant plus de temps que moi ». Mais aussi parce que le travail domestique est dans sa nature quelque chose de complètement élastique : où s’arrête le nécessaire, où commence ce qui n’est pas vraiment indispensable ? Question sans réponse : cela varie selon chacune de nous, et selon le temps dont on dispose. Quand on travaille à temps plein, on s’accommode très bien du « vite fait », tant pis si la maison n’est pas impeccable, si les plis de la chemise ne sont pas parfaits, si l’on n’a pas le temps de mijoter les recettes de nos grands-mères : de toute façon, on ne peut pas faire autrement... Mais dès que l’on se retrouve avec un petit peu de temps « übre », plus ou moins consciemment, on commence à culpabiliser, et on se sent obligée d’en faire plus : on ne va quand même pas laisser les enfants à la cantine alors qu’on est à la maison le midi ! Et ce désordre, cette poussière... on ne peut laisser ça ! Ce qui était supportable avant, brusquement ne l’est plus : alors on fera plus souvent le manège, on repas-
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R sera avec plus de soin, on consacrera plus de temps à ses fourneaux, etc. Est-ce vraiment de cela qu’on rêvait quand on rêvait de temps libre ? La journaliste des Nouvelles, qui nous parle « de grasses matinées câlines avec les enfants, de flâneries sans mari, de cinoche et de bouquins, bref d'un peu de vie pour soi », n’a certainement pas inventé les femmes qui lui ont fait ces confidences6. Hle a simplement rencontré quelques heureuses privilègiées ! Pour la grande majorité des femmes, la réalité reste bien différente... Cette réalité a pour noms contraintes supplémentaires, fatigue accrue, surcharge de travail domestique. Et toujours cette même course contre la montre ! Les solutions proposées sont complètement contradictoires avec les aspirations auxquelles elles sont censées répondre. Mais cela ne doit pas nous étonner : dans le système actuel, répondre aux aspirations des salarié(e)s par des solutions individuelles, cela ne peut profiter qu’aux plus forts. Sur le marché du travail comme au sein du couple, les femmes seront toujours les premières victimes ! Pour le patronat, elles servent tout simplement de terrain d’expérimentation sociale des nouvelles formes d’exploitation. Tandis que dans le « hors travail salarié », les rapports de domination se renforcent un peu plus.
Aux solutions individuelles, il faut donc opposer des solutions collectives. Mais cela ne signifie pas passer sous la table les aspirations des individus, au contraire : pourquoi laisse-
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rait-on au patronat le soin de discuter des problèmes d’organisation du travail et du temps de travail ? On sait l’usage qu’il en fait. Nous avons nous aussi des choses à dire là-dessus ! On peut réfléchir et discuter collectivement, par exemple, sur ce que seraient des horaires (collectifs) mieux adaptés aux besoins des salarié(e)s, dans le cadre d’une diminution importante du temps de travail pour tous et toutes.
Mais parce que le travail des femmes a toujours une double dimension (travail salarié/domestique), on ne peut pas non plus s’arrêter à la question du temps de travail : que signifie pour les femmes la diminution du temps professionnel, si elle se traduit automatiquement par une augmentation du temps du travail domestique, par une surcharge de tâches ménagères ? Il faut que les solutions que nous avançons tiennent compte de l’ensemble des activités de la vie des femmes, et que les revendications sur le temps de travail s’accompagnent de mesures garantissant aussi la diminution du travail domestique : création d’équipements collectifs, partage des tâches ménagères. Ces revendications ne sont pas nouvelles. Mais faute d’avoir été réellement prises en charge — et même tout simplement prises en considération —, on en arrive à la situation d’aujourd’hui, où de plus en plus de femmes n’ont pas d’autre « choix » que d’accepter les solutions individuelles, même si cela ne résoud rien pour elles.
Anne-Marie Granger
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Réunion-débat de Résister
Alors que les femmes sont très directement concernées par la mise en place de la flexibilité, il est rarement question d’elles dans les articles ou les débats syndicaux consacrés à cette question : il n’y est toujours question que des « travailleurs » sans plus de précision. Aussi peut-on se féliciter de l’initiative prise par Résister (revue de débat syndical), qui organisait le 20 avril dernier, à Paris, une réunion-débat sur la flexibilité et qui, à cette occasion, avait décidé de consacrer toute une commission à la question des femmes, de leur place dans le développement de la flexibilité. Pour les organisateurs, cette réunion n’avait pas seulement pour objectif une réflexion d’ordre général. Il s’agissait aussi de confronter les expériences et les pratiques des uns et des autres en la matière : comment s’organiser contre la précarité ? Peut-on contrôler la flexibilité ?
La commission « Femmes salariées : superflexibles ? » débuta par un exposé de Chantal Rogerat, ex-rédactrice en chef de Antoinette : après avoir rappelé que la flexibilité ne date pas d’aujourd’hui, elle montra pourquoi les femmes étaient particulièrement visées. Le débat, auquel participaient une vingtaine de militant(e)s syndicalistes de divers secteurs, porta successivement sur les différentes formes de flexibilité (temps partiel, extension du travail de nuit, horaires variables, travail à domicile), ainsi que sur les conséquences des nouvelles technologies sur l’emploi des femmes.
Au total, une initiative positive, même si elle a attiré assez peu de monde. L’ensemble des débats de cette réunion doivent être publiés dans un prochain numéro de Résister. En attendant, nous vous conseillons la lecture du numéro que la revue a déjà consacré à ce sujet : Résister, -Dossier flexibilité, n° 17, mars 1985.
Notes
- 1. Enquête réalisée par l’Institut national des études démographiques (INED) en 1983. Citée dans Antoinette n °236, février 1985. Sur le travail domestique, voir aussi l’article dans les Cahiers du féminisme n° 29.
- 2. Katherine Blumden : «le Travail et la vertu : femmes au foyer, une mystification de la révolution industrielle ».
- 3. Cf. le dossier paru dans le Monde de l’éducation de mars 1985 : «Elever seul son enfant».
- 4. Enquête du ministère du Travail, 1978, citée par Anne-Françoise Molinié et Serge Volkoff in : «Les conditions de travail des ouvriers et des ouvrières », Economie et statistique n° 118, 1980.
- 5. Danièle Kergoat : les Femmes et le travail à temps partiel, 1984. Voir aussi l’interview donnée aux Cahiers du féminisme n° 31.
- 6. «Qui bloque le temps partiel ? », les Nouvelles, 21-27 septembre 1983.