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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Les femmes polonaises en grève : «Rosa-Luxemburg»

Cahiers du féminisme, n° 33, automne 1985 · p. 31 · 977 mots

Si toutes les femmes du monde

Les femmes polonaises en grève <K Rosa-Luxemburg **

C’était le 28 février 1985, à l’usine Rosa-Luxemburg de Varsovie. Ce jour-là, les femmes commencèrent une lutte pour une augmentation de salaire de deux à trois mille zlotys par mois. Cette lutte dura plusieurs semaines, avec des interruptions, un ou plusieurs secteurs de l’usine se mettant à plusieurs reprises en grève durant quelques heures.

Cette usine de matériel d’éclairage a déjà été en grève pour des questions de salaires en juillet 1983 : les femmes revendiquaient deux mille zlotys d’augmentation et n’en avaient obtenu que trois cents.

Nous publions des extraits d’un numéro du bulletin clandestin « Tygonik Mazowsze » récemment paru, portant sur les événements de février à avril et sur le rôle des ouvrières polonaises dans la lutte.

A consulter également, le dossier Pologne dans « Inprecor » du 8 juillet 1985, n° 200, pour une analyse de la « crise du mouvement social polonais ».

« A midi, le 28 février, les ouvrières de la section W1 de l’usine Rosa-Luxemburg ont arrêté les machines et levé la main en faisant le signe de la victoire. La direction a choisi d’ignorer cette manifestation.

« Le lundi 4 mars, c’es l’équipe de la section PI, quelque cent personnes, qui a interrompu le travail pendant une demi-heure. Les grévistes ont demandé l’alignement de leurs salaires sur la moyenne nationale, c’est-à-dire une augmentation d’environ trois mille zlotys. La direction leur a promis d’examiner la question.

Un 8 mars mouvementé

« Le 8 mars, toute la section W4, forte de deux cents personnes, s’est mise en grève. Les femmes ont eu un coup de sang pendant la journée internationale de la femme, quand elles ont reçu les fiches de paie et qu’elles les ont comparées avec les nouveaux prix. Les travailleuses du W4, qui remplissaient 140 à 150% de la norme, avaient sept mille zlotys nets par mois. Elles n’ont même pas été rémunérées pendant les arrêts de travail consécutifs à la mauvaise qualité des pièces. Jusqu’à présent, elles recevaient en moyenne six cents à huit cents zlotys en dédommagement. Généralement, une pièce sur trois est bonne, et les ouvrières, payées à la pièce, sont inévitablement lésées.

« Pour compléter le tableau, les experts ont contesté le quatorzième mois. D’après eux, la direction se serait trompée dans ses calculs concernant l’exportation et on n’aurait pas droit au quatorzième mois.

« Les femmes travaillent à la pièce, et elles bossent souvent dix à douze heures par jour. A la section du montage, elles commencent à 5 heures et demie du matin ; à 14 heures, la moitié de l’atelier est encore là. Le 8 mars, toute la section W4 s’est arrêtée, même les membres du parti et les rares adhérentes du nouveau syndicat. On a demandé une augmentation de trois mille zlotys. On n’a pas nommé de déléguées ; au contraire, on a décidé que dès que l’une d’entre nous prendrait la parole, les autres s’y joindraient en chœur, de façon à ce qu’ils n’entendent pas constamment les mêmes voix. Ils auront ainsi plus de mal à choisir les futures licenciées.

Le mouvement s’étend...

« Le directeur et le premier secrétaire du POUP sont venus. Ils nous ont promis une réponse avant le 14 mars. Les filles se sont un peu calmées et elles se sont remises au travail. Le même jour, la section PI s’est révoltée. Là, les femmes se sont mises en colère quand on leur a offert pour la journée de la femme des flacons de parfum “Félicita” avec un prix de 295 zlotys imprimé, alors que tout le monde sait que ce parfum a été démarqué à cent zlotys. Les chefs de brigade de cette section leur ont conseillé de ne pas donner d’interviews aux journalistes étrangers qui attendaient devant les portes de l’usine.

« La tension n’a pas baissé, les 1 1 et 12 mars. Ce sont les sections P2, P3 et P5 qui se sont jointes au mouvement. A la demande du chef de section de ne pas se mettre en grève, les femmes ont donc répondu par la formulation de leurs revendications par écrit. Le secrétaire du POUP de Wozniak est resté trois jours à l’usine, mais il n’a pas osé affronter les ouvrières et les ouvriers. Le 15 mars, le directeur a convoqué une réunion de la section W4. Il s’est plaint de ne pas avoir d’argent mais a dit qu’il allait essayer d’en trouver. Les femmes ont décidé d’attendre jusqu’au 25 mars.

...jusqu’à la satisfaction des revendications

« Ils savent que les femmes sont têtues. Quand elles se sont mises en grève une fois, elles recommencent. Les femmes. sont mécontentes, et si le 25 mars nos exigences ne sont pas satisfaites, la section W4 s’arrêtera, et les autres suivront... la combativité n’a pas baissé. » [Extrait du numéro 121 du 4 mars 1985.]

« Après leurs grèves du mois de mars, les ouvrières de Rosa-Luxemburg ont pratiquement arraché les augmentations qu’elles demandaient. Les fiches de paie du 17 avril ont fait état d’une augmentation des salaires allant de deux mille cinq cents à trois mille zlotys. » [Extrait du numéro 127 du 2 mai 1985.]

« Mais comme le bulletin clandestin Solidarnosc Walczaca à Poznan, numéro 7/34 du 7 avril 1985, l’a constaté, le pouvoir “cherche à cacher les grèves de Rosa”. Il ne veut pas que d’autres suivent notre exemple et que le monde entier constate que la “normalisation” en Pologne est une pure fiction... Nous appelons tous les travailleurs, en particulier les femmes de Zyrardow et d’autres villes, à exiger des augmentations de salaire compensant pleinement la hausse du coût de la vie. C’est le seul moyen de faire reculer le pouvoir et de protéger nos enfants de la misère... Nous exigeons de véritables réformes permettant de sortir de la crise. »

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