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L’une a aimé, l’autre pas...

«Espace et temps du travail domestique»

· Cahiers du féminisme, n° 35, printemps 1986 · p. 34 · 753 mots

Tel est le titre d’une étude menée par trois chercheuses entre 1979 et 1981 pour le ministère des Transports dans la cité minière de Lens et deux communes rurales de la Drôme. Nous y avions fait référence dans un précédent numéro des Cahiers du féminisme *. Cette recherche vient seulement d’être publiée. On ne peut que le regretter.

Pour ces trois sociologues, le travail domestique au sens plein du terme n’apparaît qu’avec le développement de la « famille salariale », dans le cadre du système capitaliste. C’est la séparation entre les activités de production et celles de reproduction, l’insertion de la famille dans un réseau d’institutions comme l’école en particulier, qui permettent l’expansion du travail domestique.

Le temps des femmes au service de la famille

En zone urbaine, les femmes doivent être disponibles pour leur famille en permanence, qu’elles aient une activité professionnelle ou non : « Seule la maladie (...) peut être considérée comme un moment extrême où elles pourraient se soustraire à la demande de la famille. » La participation des hommes au travail domestique est totalement differente : ce n’est qu’en complément, en « cas d’urgence », qu’ils donnent un coup de main ; leur participation est « intermittente ». L’exemple d’un couple d’enseignants illustre très bien « l’absence de réciprocité entre les hommes et les femmes ». Comment s’organisent-ils pour préparer leurs cours, corriger leurs copies, etc. ? « La femme n’entreprend son travail d’enseignante que si les enfants et le mari ne sont pas présents au foyer et qu’elle est assurée que la femme de ménage fait pendant ce temps-là une partie du travail domestique. Au contraire, l’homme poursuit son travail en présence des enfants puisqu’il est assuré que sa femme a la charge de s’occuper d’eux. » De plus, c’est sur la base d’une compétence « particulière » que les hommes apportent leur contribution : fils de couturière, « le mari de Mme B. fait les travaux de couture à la machine », fils de commerçants, « M. F prend eh charge un certain nombre de courses », etc. La situation tend à se modifier au moment de leur retraite, les hommes participant plus régulièrement à la vaisselle ou au ménage. Mais, là encore, on note des différences entre hommes et femmes : « Le choix des hommes se fait de manière privilégiée vers tout ce qui est mécanique et ce qui concerne les déplacements. »

Le travail domestique des femmes ne se limite pas à celui qu’elles réalisent chacune individuellement dans leur propre famille. Il faut prendre en compte l’ensemble des services que les femmes se rendent en fonction de leur degré de parenté, de voisinage : la relation la plus intense de ce point de vue est celle qui fonctionne en général entre mère et fille : « Plus les femmes sont âgées et/ou en mauvaise santé, et plus leurs filles prennent en charge les travaux domestiques qui leur étaient affectés et, en particulier, les travaux les plus pénibles. Et inversement, plus les femmes sont jeunes et ont des enfants petits et plus leurs mères prennent en charge des parts de leur travail domestique. » Cette relation est “dissymétrique” dans la mesure où les mères sont beaucoup plus disponibles vis-à-vis de leurs filles que l’inverse.

Familles rurales, salariat et travail domestique

En zone rurale, dans de petites exploitations agricoles où l’ensemble de la famille, y compris les femmes, participe directement au travail agricole, le temps et l’espace des femmes n’a rien à voir avec ceux des femmes de Lens : « On ne peut dissocier production et travail pour la famille. La structure temporelle (...) ne repose pas sur la disponibilité permanente des femmes, mais sur une articulation entre le travail agricole et le travail à la maison où le premier est prioritaire (...) L’espace du travail domestique est défini par ses relations avec le marché et les institutions spécialisées de la reproduction. Ici, seuls les hommes sortent de l’exploitation agricole, y compris pour des courses alimentaires et des transports d’enfants, tandis que l’espace des femmes est circonscrit à la maison et à l’exploitation. » Mais la pénétration des rapports capitalistes à la campagne, la présence dans la famille de membres salariés, etc. transforment de plus en plus le travail des femmes en travail domestique.

Pour ces chercheuses, le travail domestique des femmes n’est ni un travail « résiduel » ni un travail « marginal » en système capitaliste, bien au contraire. Un petit livre, comme on le voit, toujours d’actualité.

Josette Desbois

Notes

  1. * Espace et temps du travail domestique, par Danielle Chabaud-Rychter, Dominique Fougeyrol-las-Schwebel, Françoise Sonthonnax, librairie des Méridiens, 145 pages.
  2. * Cahiers du féminisme n° 29.

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