La différence entre la jeunesse des années quatre-vingt et celle de soixante-huit n ’est pas un fait du hasard ni une mutation biologique, c’est bien le résultat d’un contexte socio-économique et politique différent, pour ne pas dire contraire. La génération de soixante-huit évoluait dans une période d’expansion économique, dans un carcan moral rétrograde qui commençait à craquer. Elle vivait au rythme de l’Amérique du Che et de la guerre du Vietnam et ne s’identifiait plus aux partis de gauche traditionnels qui n’avaient pas de projet révolutionnaire à lui offrir et luttaient mollement contre l’impérialisme.
Aujourd’hui, la morale n ’est peut-être plus aussi contraignante, mais il fait se méfier de certains retours en arrière. La gauche est au pouvoir, gère une crise économique toujours plus aiguë qui touche directement les jeunes, et tout ceci laisse un goût amer à toute une frange de la jeunesse.
Alors... Qu’est-ce qui fait courir les jeunes en 1986 ?
La République des faiseurs de vent
Rien de nouveau sous le soleil noir des temps de crise : œcuménisme, appel à la générosité de la jeunesse par ceux-là mêmes qui sont responsables ou complices de l’appauvrissement du monde et des idées. Signe des temps, on n’a rien de mieux à proposer à la jeunesse que le coup des pompes à eau du Paris-Dakar ou celui des restaurants du cœur, avec en prime, la cohabitation des crapules. Faut croire que le gouvernement « de gauche » trouve le créneau bon, il n’y a qu’à voir Mitterrand jouer les « sopurs sourire » avec le show business (ceci dit, les chanteurs Goldman et Cie ne sont pas spécialement responsables de ce climat de faux-culs, mais ils ne favorisent pas, pour le moins, la réflexion politique).
Précisons qu’il ne s’agit pas pour nous de porter un jugement de valeur sur le niveau de sensibilisation politique de la jeunesse, ni de nier l’impact que peuvent avoir auprès d’elle des initiatives comme celles de Coluche ou Renaud. Il est sûr que l’aspect concret, immédiat, sans prétention politique particulière de ces actes de solidarité a plus de poids auprès des jeunes que n’importe quel discours prometteur d’homme politique. D’autant que cela s’inscrit dans une période de crise économique aiguë, dont les jeunes subissent de plein fouet les effets et dont la gestion docile par la gauche ne leur laisse pas beaucoup d’espoir. Comme la politique a horreur du vide, et que, malheureusement, les révolutionnaires n’ont pas encore conquis toute cette jeunesse, ce sont des Coluche, Renaud, Goldman et autres qui font figure d’alternative. Les jeunes n’étant plus enclins à croire en des changements sociaux par les voies politiques classiques, ils reportent leurs espoirs et leur volonté de « faire quelque chose pour changer » sur cette nouvelle génération de chanteurs « humanistes guimauve », leur démarche étant largement entretenue par tout le discours démagogique des médias.
Plus inquiétante est l’audience, auprès des jeunes, du petit Tapie. Avec lui, c’est l’idéologie de la libre entreprise télle que sa mythologie la rêve depuis un siècle. Rockfeller ramasse un dollar et finit milliardaire ; Tapie, fils de pauvre, devient riche, car tout réussit à qui le veut vraiment. Le libéralisme du renard libre dans le poulailler libre fait une surprenante réapparition, sous l’égide de Reagan et des « nouveaux entrepreneurs ». Dans les beaux quartiers, les petits jeunes s’y voient déjà, libérés de leurs complexes et de la vieille et nocive culpabilisation de l’argent. Quant à ceux des quartiers plus mal famés, s’ils savent bien qu’un tel avenir n’est pas pour eux, cela ne les empêche pas de rêver, eux aussi. Que l’on se souvienne du jeune crétin qui interviewait Mitterrand avec Mourousi... ! Tapie, lui, est en plus un vrai patron new-look et pourtant il n’est pas plus new-look que le come-back des entreprises d’œuvres de charité chrétienne, version 86. Son credo, c’est pas du neuf : « J’entreprends, je licencie, et viva le pognon, que la jeunesse me suive ! » Et le bougre compte même des femmes comme collaboratrices, de ces femmes pulpeuses et parfumées jusqu’à dix-sept heures, à l’air pas trop niais.
Pourquoi, d’ailleurs, s’insurger contre la crise et rejeter le papitalisme ? B. H. Lévi et Gluksman, Norell, Mal-ter et Montand expliquent que c’est le meilleur système possible, et qu’à vouloir faire la révolution, on débouche fatalement sur le Goulag. Avec P. Bruckner, on apprend (le sanglot de l’homme blanc) que la culpabilisation des tiers-mondistes entretient les dictatures dans les pays sous-développés, la misère et l’impérialisme échappant, bien sûr, à toute responsabilité !
De là se dégage une philosophie de la grisaille (« ne changeons rien, c’est trop risqué »), qui aurait convenu à des notaires de province des années 1880. Elle est modernisée par l’obsession du taux d’inflation et des performances technologiques. Qu’on y adhère un peu, beaucoup ou pas du tout,
Situation des jeunes de 16 à 25 ans en mars 1985 (sources INSEE)
77 % des jeunes de 16-17 ans sont scolarisés. Ils ne sont plus que 32 % entre 18 et 21 ans et 9 % à 22-25 ans.
3 1 % des jeunes de 1 8 à 2 1 ans occupent un emploi, mais il faut inclure dans ce chiffre les stagiaires, les apprentis et les TUC. Leur taux de chômage est particulièrement élevé : 34 %. Ce taux tombe à 15 % pour les 22-25 ans.
elle exclut les grands élans. Les nouvelles générations n’ont pas connu la droite au pouvoir. La faim dans le monde et les droits de l’homme au sens large semblent plus les toucher que la lutte du peuple nicaraguayen ou du peuple kanak. Le recul des luttes, la gauche au pouvoir ont largement participé au recul général du marxisme, auquel la jeunesse n’échappe pas. Mais cette fougue des jeunes pour les actions humanistes traduit aussi leur profond désarroi face à une situation de crise où ils sont les premiers exclus de la société. Sans doute leur est-il plus facile de s’émouvoir pour l’Ethiopie plutôt que de réfléchir sur leur propre avenir, qu’ils envisagent généralement avec pessimisme. Ils n’ont d’ailleurs pas tort de s’inquiéter : le chômage les touche de plein fouet, leurs débouchés sont de plus en plus restreints, et cet état de fait ira sûrement en s’aggravant...
Le chômage, un avenir sûr !
Les jeunçs représentent aujourd’hui 30,9 % des chômeurs longue durée,
Le taux de chômage pour les moins de 25 ans...
pour les moins de vingt-cinq ans est passé de 3,8 % en mars 1975 à 27,4 % en mars 1985.
72 % des inscriptions à l’ANPE de jeunes ayant perdu un emploi en 1984 sont dues à des fins de contrats à durée déterminée ou fin de mission d’intérim.
De dix-huit à vingt-deux ans, ce sont 17 à 19 % des jeunes actifs qui, à un moment donné, occupent un emploi temporaire.
contre 9 % en 1974. Leur durée moyenne de chômage est de plus de treize mois1. Leurs conditions d’entrée dans la vie active se caractérisent par une dégradation continue depuis dix ans, et prend des formes différentes des années soixante : le processus d’insertion est plus long et marqué par une alternance de situations de travail, de chômage et de retour en formation. Les jeunes des années quatre-vingt sont la génération des emplois précaires.
Le type de formation possédée, l’itinéraire professionnel suivi après les études ainsi que l’origine sociale des jeunes et leur sexe sont des facteurs déterminants pour leurs conditions d’entrée dans la vie active. C’est ainsi que l’on constate que 63 % des filles et 42 % des garçons non diplômés cherchent toujours un emploi un an après la sortie de l’école 2. Le statut de ces jeunes est proche de l’inactivité, bien que les statistiques les classent « pudiquement » dans les rubriques aides-familiaux, restés au foyer ou partis en vacances.
Les jeunes ayant un CAP ou un BEP, malgré la dévalorisation de ces diplômes, ainsi que les 20 % détenant un diplôme universitaire, ont une insertion professionnelle relativement rapide. Mais ils occupent de plus en plus souvent des emplois inférieurs à leur niveau d’études. D’autre part, on constate que les jeunes ne débutent plus par un emploi stable mais par des périodes de chômage et des emplois précaires. Le chômage juvénile, défini au début de la crise comme « chômage de circulation » (c’est-à-dire à la suite d’un emploi précaire, de courte durée) se transforme en exclusion durable.
Si les jeunes sont tout aussi réfractaires qu’avant à l’idée « d’aller travailler », ils sont obligés d’en avoir plus tôt la préoccupation. Alors que leurs aînés allaient de petit boulot en petit boulot avant de « s’installer », les jeunes ont maintenant comme première demande de trouver un emploi et recherchent dès le départ la stabilité avant l’intérêt du travail, stabilité justement impossible en période de crise. Par contre, leur attitude est différente dans le monde du travail. Alors que la génération de soixante-huit s’investissait beaucoup dans les syndicats, une majorité de jeunes déclarent aujour-
50 % d’enfants d’ouvriers contre 28% d'enfants des classes moyennes...
contre 28 % d’enfants des classes moyennes sont en enseignement professionnel court. Chez les bacheliers, on trouve 43,5 % de jeunes des classes moyennes et 28 % de jeunes de la classe ouvrière.
d’hui qu’ils ne croient pas qu’une lutte collective puisse permettre de gagner. Ils n’ont d’ailleurs autour d’eux aucune expérience de lutte, si ce n’est des défaites, et intègrent en général assez bien l’inéluctabilité de la crise, pensant qu’il faut mieux dans ce cadre rechercher des compromis. Ils n’ont pas d’idéal de changement, ne pensent pas que « la gauche » puisse leur ame-
Stages de formation 16-26 ans : premier bilan des mesures gouvernementales
A Paris, de 1983 à 1984, 50 % des stagiaires environ, parmi les plus âgés, ont trouvé un emploi dont 1 0 % à temps partiel ; 1 5 % ont poursuivi une « formation » ; 8 % environ ont démissionné ou n’ont plus été suivis ; 22,5 % sont inscrits à l’ANPE.
Les jeunes stagiaires perçoivent une indemnité égale à 17 % du SMIC !
Les stages ne leur permettent pas d’acquérir une réelle qualification ou un diplôme et visent à occuper les jeunes pendant un an avant de les envoyer dans les files d’attente de l’ANPE.
ner un avenir meilleur et n’acceptent pas la situation telle quelle mais essaient plutôt de s’y insérer individuellement de la façon « la moins mauvaise » possible. Ainsi, beaucoup se déclarent favorables au travail à temps partiel, à l’intérim, tout en précisant que cela ne leur est pas possible pour des raisons financières. La première raison invoquée n’est d’ailleurs pas le partage du travail entre tous, mais l’aspiration à avoir plus de temps à soi . Ainsi, s’ils refusent comme leurs aînés le « métro-boulot-dodo », ils ne se situent plus dans une perspective de changement global de l’organisation du travail, mais recherchent individuellement à s’insérer « différemment » des adultes dans le monde du travail.
Du chevrier rêvant au pantouflard prudent
Leurs plus grandes difficultés à accéder à l’autonomie financière les amènent à quitter plus tard leurs parents. Mais ils aspirent toujours autant à l’« indépendance », et il ne faudrait pas voir dans ce réflexe sécuritaire une tendance au au retour vers les valeurs familiales classiques.
Pourtant, s’ils éprouvent toujours le désir de partir, c’est avec l’objectif de recréer une famille, et tout d’abord de vivre en couple. S’il arrive que deux copains ou copines vivent ensemble, c’est surtout pour des raisons financières et cela reste une étape transitoire. Alors que le début des années soixante-dix avait vu fleurir de fortes aspirations à vivre autrement (vie « marginale », communautaire, retour à la nature, familles monoparentales), les jeunes ne sont plus portés par une situation politique et sociale aujourd’hui morose et se replient vers la stabilité familiale. Cependant, la notion même de famille semble avoir évolué. S’ils vivent de plus en plus tôt en couple, ils se marient de moins en moins, et cette tendance se retrouve dans toutes les couches sociales. Le troisième enfant a également peu de succès. Les jeunes veulent d’abord « avoir du temps à eux » et s’orientent vers une famille restreinte. Les problèmes financiers, le chômage, accentuent sans doute ce trait.
Face à cela, les jeunes filles sont les plus ambivalentes. Interrogées sur la
Les TUC
Ils s’adressent aux 16-21 ans sans emploi, inscrits ou non à l’ANPE. Au départ, 200 000 TUC étaient prévus. En février 1985, 50 000 avaient été mis en place, rémunérés à 1 200 F. par mois pour vingt heures de travail par semaine, pouvant aller de trois mois à un an. Ces TUC n’offrent aucune formation et servent essentiellement d’« encadrement » des jeunes et de palliatif illusoire à leur chômage massif. Les jeunes leur réservent d’ailleurs un accueil plus que mitigé, la majorité d’entre eux n’est pas dupe, d’autant que la rémunération ne leur permet aucune autonomie réelle façon dont elles voient leur avenir, elles citent majoritairement « une vie de famille stable » comme première préoccupation4. Mais en même temps, ce sont elles qui émettent les Critiques les plus vives à l’égard de la structure familiale, du mariage, de la répartition des rôles en son sein. Elles font preuve du plus grand volontarisme à changer les mentalités.
Presque toutes citent en deuxième préoccupation l’avenir professionnel, indissociable de l’avenir familial5. Elles envisagent de travailler et sont là aussi plus déterminées que les garçons à obtenir une qualification, sachant que ce sera plus dur pour elles. La « femme au foyer » n’est plus un idéal, elles désirent prendre leur place dans la société au même titre que les hommes ; ceci pour accéder à l’autonomie financière, mais également pour avoir des rapports sociaux extra-familiaux. Par contre, si elles n’acceptent plus les discours les plus réactionnaires sur la femme, elles ne remettent pas fondamentalement en cause l’ordre des choses, essayant plutôt de conjuguer avec harmonie vie familiale et vie professionnelle.
Féminisme à la carte... vermeil !
Mais cette volonté de changer la structure familiale classique, d’avoir une activité économique ne les amène pas sur le terrain des luttes. Les jeunes femmes ne se reconnaissent plus dans le « féminisme ». Elles n’ont pas connu les grandes luttes du mouvement des femmes, et les acquis durement arrachés sont vécus comme des droits « naturels ». La contraception ou 1TVG font partie de leur vie, ce sont des services qu’elles peuvent utiliser même si ce n’est pas toujours sans problème, pour les mineures par exemple. Le partage du travail domestique ou l’égalité professionnelle sont pour elles choses acquises, au moins dans le discours, ce sont des problèmes publics dont on parle dans les médias, il y a même un très officiel ministère des Droits de la femme.
Et pourtant, si l’on approfondit la discussion, elles s’accordent à trouver la situation peu satisfaisante : malgré la « libération des moeurs », leurs problèmes face à la sexualité restent les mêmes. L’inégalité scolaire et professionnelle les touchent de plein fouet. Quant au partage des tâches domestiques, il reste immuable... Mais, malgré tout, beaucoup pensent que l’essentiel a été fait et qu’il faut maintenant se battre individuellement, instaurer un rapport de forces quotidien avec l’homme. Elles ne ressentent plus le besoin de s’organiser collectivement pour lutter. Paradoxalement, il semblerait donc que les premiers acquis du féminisme aient freiné le mouvement de contestation des femmes, les faisant s’accomoder d’une situation où les discours ont évolué mais où l’oppression reste la même sur le fond.
Mais ce mouvement de repli individuel est à resituer dans l’attitude plus générale de rejet des formes collectives « classiques » de lutte. Le mouvement féministe des années soixante-dix s’inscrivait dans une critique plus large du capitalisme, des rapports de classes. Il affirmait que le bouleversement de la société patriarcale ne pourrait passer que par le bouleversement des rapports sociaux dans leur ensemble (condition nécessaire mais pas suffisante !) et portait véritablement en germe un projet révolutionnaire.
Aujourd’hui, les jeunes femmes ne se situent plus dans une telle perspective et de ce fait, autolimitent leurs aspirations pourtant fortes au changement à leur vie quotidienne uniquement, de façon individuelle.
Les potes ont la cote la politique a des tics
Ce rejet des formes de militantisme traditionnel rejaillit bien sûr sur la vie politique. La plupart rejette farouchement les partis, renvoyant dos à dos la droite et la gauche. Pour ce qui est de l’extrême gauche, ses formes « classiques » d’organisation sont pareillement condamnées6. Si les jeunes continuent majoritairement à exprimer des idées « de gauche », ils se situent en revanche volontiers dans les enquêtes effectuées « au centre » sans se préoccuper des connotations politiques de ce terme7. Pour eux, entrer dans un parti, c’est perdre son identité, sa faculté de penser et agir librement, c’est se faire embrigader.
Ils ne croient plus non plus à l’utilité de s’organiser. En général, leur prise de conscience politique s’est faite au moment où la gauche était au pouvoir, ils en voient aujourd’hui les résultats. Vu leur représentation du « socialisme » (à la française ou à la soviétique), ils sont peu enclins à espérer un changement radical de la société par ces voies-là.
Pourtant, tout comme leurs aînés de soixante-huit, les jeunes n’ont pas une vision particulièrement réjouie du monde. Mais ils semblent croire davantage aux solutions individuelles qu’aux luttes collectives. Interrogés sur leur conception de changement de la société, pas un seul n’a prononcé le mot « révolution », le problème n’étant plus de s’affronter directement à la société mais de s’y insérer différemment, de la vivre autrement8.
Indéniablement, les préoccupations et le vocabulaire ont changé. Les jeunes ne parlent plus de « classes sociales », mais s’indignent toujours devant la richesse et la pauvreté. Alors qu’en
1968 iis s’identifiaient massivement à la « classe ouvrière », ils se déclarent aujourd’hui proches de groupes sociaux défavorisés : immigrés, femmes battues, nouveaux pauvres, Ethiopiens... Cette démarche peut paraître plus proche de l’humanisme que du marxisme. Elle prouve néanmoins que, si les jeunes rejettent le militantisme politique, ils restent cependant sensibles aux idées politiques.
Ils l’ont d’ailleurs prouvé en se lançant massivement dans la lutte antiraciste. Cette lutte n’est pas partie d’une réflexion sur la condition des travailleurs immigrés, mais du vécu quotidien des jeunes : exclusions, crimes et discours racistes, montée de Le Pen. Quoi que l’on pense de SOS-Racisme ou de ses dirigeants, il est indéniable que les jeunes y ont vu une possibilité de s’organiser différemment, dans un mouvement qui leur était propre. Ils ont été très largement sensibilisés au problème et ont prouvé qu’ils pouvaient étendre leur champ de préoccupations en participant ensuite aux manifestations anti-apartheid.
A partir de cette lutte antiraciste et antifasciste, une nouvelle génération fait l’expérience de la lutte collective, même ponctuelle. Ceci est d’autant plus important que, jusqu’à présent, les jeunes interrogés n’avaient pas conscience d’appartenir à une génération en tant que telle, à une force homogène et solidaire porteuse de changement. Ils font aujourd’hui l’apprentissage de cette force.
Il faut donc nuancer les jugements sur la « dépolitisation » des nouvelles générations. Comme hier, la jeunesse est révoltée par l’injustice, comme hier elle aspire à un monde meilleur. Mais les luttes sociales ne la portent plus, la gauche au pouvoir lui interdit la moindre illusion. Ne croyant plus en des changements radicaux de la société, les jeunes essaient de façon individuelle de la contourner pour mieux y vivre. Mais il y a fort à parier qu’ils déchanteront vite, vu la dégradation continuelle des conditions de travail et de vie.
C’est à nous, féministes, révolutionnaires, de nous pencher sur cette volonté de changement de la jeunesse, d’apprendre à lui parler différemment, pour la convaincre qu’une force collective animée d’un projet de société peut renverser les structures sociales, et que le destin individuel dépend surtout du changement social global.
Françoise Foucault Catherine Rosehill
Notes
- 1. Source INSEE 1985.
- 2. Les Nouveaux Jeunes, Carmel Camilleri et Claude Tapia, chez Privât. Les Jeunes, Olivier Galland, Maspero.
- 3. Idem.
- 4. Idem.
- 5. Idem.
- 6. Idem.
- 7. Idem.
- 8. Idem.