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La pédagogie du bâton : Extraits choisis d’une circulaire de Valentin, directeur des crèches parisiennes aux directrices

· Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 23 · 565 mots

Extraits choisis d’une circulaire de Valentin directeur des crèches parisiennes aux directrices « Toute absence (de l’enfant ) supérieur à un jour par semaine devra nécessairement être justifiée soit par un certificat médical de l’enfant, soit par une attestation du congé professionnel de la mère. Si l’enfant est exceptionnellement présent moins de quatre jours par semaine, les parents seront tenus de régler quatre journées de présence. Si ces absences irrégulières se renouvelaient fréquemment, l'enfant devrait être exclu de la crèche. »

Rentabilisation des crèches, « normalisation » des bébés et contrôle indirect des activités des parents (de la mère ! ) semble être l’objectif de cette mesure qui s’accompagne d’un chantage à l’exclusion.

Dans une lettre adressé aux candidats, avant les élections, l’association parisienne des parents pour la crèche collective explique : « (cette mesure) obligera les parents à recourir continuellement au médecin, alors que des petites maladies bénignes ne nécessitent pas toujours son appel... Elle entraînera une nouvelle surcharge des frais des familles. Si le problème de l’absentéisme se pose dans les crèches collectives, il a son origine dans les épidémies et, les petites maladies chroniques dont souffent beaucoup d’enfants de crèches... Le remède ne pourra être trouvé que dans l’amélioration des mesures de prévention et de meilleures conditions d’hygiène collective. Par exemple, doter les crèches de chauffage d'appoint éviterait, comme ce fut le cas récemment dans une crèche, qu 'une panne de chauffage de 48 heures ne provoque une véritable « épidémie » d'otites. »

A propos des relations avec les parents de crèche, la circulaire de wvalentin donne aux directrices la possibilité d’organiser des réunions de parents, petite ouverture acquise par la lutte des associations. Mais, attention, point trop n’en faut et l’esprit policier de Valentin y veille :

« Il est nécessaire, le cas échéant, que vous dirigiez utilement les discussions sur des thèmes que vous aurez vous -mêmes choisis, et sans digressions sur des sujets étrangers aux conditions de vie des enfants dans les crèches, digressions qui nuiraient à la bonne information des parents. »

Et, pour le cas où les directrices ne sauraient pas comment s’y prendre pour éviter ces « disgressions », ce spécialiste de la pédagogie par le bourrage de crânes ajoute :

« (...) Je rappelle que l’école départementale de service social, rue de Chaligny, a ouvert des séances de formation à la dynamique de groupe aux puéricultrices et directrices de crèches et que celles d’entre vous qui les ont suivies en ont certainement tiré un bon profit. »

Quant à l’expression des associations de parents, la circulaire autorise « l’apposition d’affiches dans le garage à landaus, à l’exclusion de tout autre endroit ». Et les directrices doivent « veiller à ce que ces affiches ne débordent pas le cadre de la simple information ». Elles doivent aussi « interdire au sein de la crèche toute réunion de l’association, toute distribution de * tract ou toute collecte de fonds pour quelque raison que ce soit ».

Ce n’est pas une formation pédagogique que doivent recevoir les directrices, mais une formation de gendarmes.

Il est heureux que la majorité des directrices aient l’esprit ouvert et tolérant et que les associations se renforcent. Sinon, les hommes comme Valentin transformeraient bientôt les crèches en garnisons.

S. H.

•Circulaire du 15 décembre 1977. « A l’attention personnelle de mesdames les directrices de crèche et puéricultrices faisant fonction de directrices. »

Notes

  1. •Circulaire du 15 décembre 1977. «A l’attention personnelle de mesdames les directrices de crèche et puéricultrices faisant fonction de directrices. »

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