La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Pour une socialisation de la prise en charge des enfants

Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 34 · 1 015 mots

L'enfance, cet univers à part, sans droit si ce n'est celui d'appartenir à ses parents ; c'est ce que nous ne voulons plus !

L'enfance, cet univers privilégié des femmes, leur raison d'être et parfois même de vivre qui masque totalement les incapacités de se système social à se préoccuper de ceux qui ne sont pas une source de profits immédiats ; c'est aussi ce que nous ne voulons plus !

Nous récusons toute idée qui ferait de la famille actuelle, le lieu privilégié du développement du jeune enfant, à travers notamment la relation à sa mère !

L'exigence d'une prise en charge sociale des enfants apparaît non seulement comme inévitable (cf. la baisse de l'âge de la préscolarisation dans les écoles maternelles, le développement complètement anarchique des modes de gardes...), mais aussi de plus en plus comme indispensable pour la vie de l’enfant lui-même.

Pour le développement massif des crèches et des équipements de la petite enfance !

Or depuis des années, nous sommes confronté(e)s à une politique de réduction des crédits alloués aux équipements sociaux. Les crèches ont subi ces dernières années une attaque brutale : fermeture, augmentation des effectifs, mensualisation et hausse des paiements. Parallèlement le gouvernement encourage le développement des nourices privées, des crèches familiales au domicile des gardiennes, avec comme seul critère le respect des règles d'hygiène. En quelque sorte un gardiennage efficace à peu de frais : peu de locaux à construire, pas de personnel à former, un travail mal rémunéré et qui plus est, payé par les parents !

Toutes les initiatives destinées à gérer la crise en la matière sont encouragées. L'Etat semble ne se reconnaître aucune responsabilité, justifiant le manque criant de crèches et d'équipements de la petite enfance (halte-garderie, maternelles etc.), au nom de la présence indispensable de la mère dans l'éducation du jeune enfant.

Notre exigence d'un développement massif des crèches collectives et de centres de la petite enfance, financés par l'Etat, est un des axes importants de la lutte contre la politique d'austérité.

Il ne s'agit en aucun cas pour nous de revendiquer des crèches comme contre-partie du travail des femmes. C'est tout au contraire un élément important y compris pour faire avancer dans les faits le droit des femmes au plein emploi.

Mais nos revendications sur les équipements de la petite enfance ne peuvent être purement quantitatives, elles s’accompagnent d'une exigence profonde de remise en cause des rapports sociaux traditionnels, et en particulier des rapports enfants/adultes.. Si la baisse massive du temps de travail peut permettre que parents et enfants aient le temps d'entretenir des relations plus satisfaisantes, il faut aussi que soit remis en cause tout ce qui concoure à faire des crèches, de simples lieux de gardiennages !

Nous réclamons l'ouverture de crèches dans des locaux adaptés au développement de l'enfant :

— réfectoire, lieu de repos, de jeux, espaces verts, salles de gymnastique, matériel en nombre suffisant etc.

Lieu de socialisation et de vie collective, nous ne voulons pas de crèches qui soient conçues comme le lieu de dépôt des enfants, pendant les heures de travail des parents. Nous considérons qu’elles doivent être ouvertes au delà des heures de travail comme c'est le cas actuellement (7 h-19 h). Non seulement pour répondre au besoin de tous ceux et de toutes celles qui travaillent de nuit (hôpitaux, transports, spectacles...), mais aussi pour rendre moins contraignantes les relations parents/enfants. Le système du babby-sitting s'est largement répandu ces dernières années et montre à l'évidence que la vie sociale ne s'arrête pas aux seules heures de travail, et qu'il y a là de nouveaux besoins qui s'expriment.

Crèches ouvertes en permanence aux enfants, et au-delà des heures de travail !

Or le fonctionnement de la crèche calque avec une extrême rigidité l’organisation du travail :

• Il est impossible de venir retrouver ou rechercher son enfant dans la journée.

• Il est réclamé, pour toute absence (quelle que soit sa durée), un certificat médical (fini la crèche buission-nière ! ) etc.

Quant aux enfants malades, faute d'équipements adaptés pour les prendre en charge (infirmerie, salles isolées des autres enfants, liaisons avec des centres de santé, personnel qualifié etc.), ils sont purement et simplement exclus des crèches !

• C'est une institution extrêmement hiérarchisée : les rôles y sont définis, il y a celles qui torchent, celles qui conseillent, celles qui soignent et celles qui dirigent, etc. Mais il y a aussi d'un côté les pédagogues et de l'autre les parents. Entre les deux, presque pas de liens, les parents sont même souvent vécus comme des indésirables.

Nous refusons que la crèche, tout comme l'école, soit un lieu clos, séparé de la vie, de la réalité sociale, un lieu privilégié des spécialistes. Cette coupure totale entre les adultes qui entourent l'enfant doit être brisée. Les parents doivent pouvoir être partie prenante de l'équipe éducative qui se crée autour de la crèche, sans aucune hiérarchie. Cela implique bien sûr une augmentation considérable du personnel, ainsi que sa formation au plus haut niveau.

Nous réclamons que les crèches soient financées par l'Etat et contrôlées par le personnel, les parents-usagers et les organisations ouvrières !

• C'est une institution totalement féminisée !

Si l'importance des premières années de la vie semble de plus en plus reconnue, si la socialisation précoce de l'enfant semble devenu une nécessité, la présence à 99 % de femmes dans l'environnement de l'enfant la confine toujours dans le domaine réservé des femmes : fonction maternelle, emplois dévalorisés, sous-payés, sous-qualifiés, nous réclamons la mixité totale du personnel des crèches !

C'est une institution complètement cloisonnée qui a établi des barrières d'âges entre les enfants au sein de la crèche en fonction du seul critère de rentabilité (notamment en terme de personnel) beaucoup plus qu'en fonction des besoins des enfants, et de leur nécessaire échange d'expériences. Outre le fait que cela induit une normalisation des comportements enfantins, cela entraine une coupure souvent difficile à surmonter (parce qu'artificielle) par la suite dans le processus éducatif : coupure crèche/ maternelle, coupure maternelle/primaire !

Nous refusons toutes solutions qui se fassent au prix de l'étouffement de l'enfant !

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