La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

SIDA : Protection, oui, ordre moral, non !

Cahiers du féminisme, n° 40, été 1987 · p. 24-28 · 4 520 mots

Les plaisanteries cachent mal une inquiétude diffuse sinon une angoisse profonde face à la progression foudroyante de cette épidémie que certains n ’hésitent pas à comparer à la peste, au Moyen Age. En 1982, les médias parlaient de groupes à risques (homosexuels, drogués, hémophiles, Haïtiens aux USA ), comme pour conjurer la menace, rassurer. Aujourd’hui, personne ne peut plus ignorer que près de la moitié des nouveaux séropositifs recensés sont hétérosexuels. A moins de s ’abstenir de toute relation sexuelle, ou pour les plus jeunes, de décider de n ’avoir qu ’un seul ou qu ’une seule partenaire vierge à coup sûr, toute la population en âge d’aimer est obligatoirement concernée par le SIDA, sinon potentiellement menacée. En attendant un vaccin encore hypothétique et des traitements efficaces sans effets secondaires destructeurs, on ne peut éviter de répondre à quelques questions élémentaires pour certaines (quels sont les moyens de se protéger ?) ou parfois beaucoup plus complexes (quelle peut et doit être la politique d’un Etat qui se veut responsable face à ce nouveau fléau ?).

En tout cas, les ravages programmés par la progression de cette nouvelle maladie sexuellement transmissible (on parle de plus de dix mille morts par an en France au tournant de 1990) imposeront des modifications, sinon des bouleversements dans les comportements sexuels de tous. Le risque, c’est qu’encore une fois, cette nécessaire révolution culturelle serve de prétexte à une politique de discrimination systématique vis-à-vis des étrangers (des Africains en particulier) et de toutes les minorités (les homosexuels en premier lieu), soit l’occasion rêvée pour tous les défenseurs ragaillardis de l’ordre moral de partir en croisade contre le « laxisme des mœurs » et de vanter les charmes et vertus de la virginité, de la fidélité conjugale, etc.

Et pour les femmes, un risque supplémentaire se profile à l’horizon : celui de perdre l’autonomie chèrement conquise, l’indépendance sexuelle que 1ère de la pilule avait ouverte. A moins que...

Face à la progression vertigineuse du SIDA, l’indifférence face à cette maladie confine à l’irresponsabilité. Or, curieusement, jusqu’à récemment en France, à la différence d’autres pays, seuls les gais (des intellectuels et des journalistes) et les médecins spécialisés dans la recherche et le traitement des malades ont réagi activement et de manière responsable face à la menace, en informant pour tenter d’enrayer la psychose et parfois la panique alimentées souvent par les titres choc des journaux à l’affût du sensationnel pour faire bondir leurs ventes.

Ce n’est que très tardivement que le gouvernement français, quant à lui, décidait quelques mesures de bon sens pour réduire les risques de transmission et faire face aux problèmes posés par la prise en charge des malades : test de dépistage pour tous les donneurs de sang depuis août 1985 pour éviter la contamination par transmission sanguine, tests de dépistage remboursés par la Sécurité sociale et prise en charge à 100 % des malades par la Sécurité sociale. C’était le minimum !

Par la suite. Michèle Barzach.

ministre de la Santé du gouvernement Chirac, après beaucoup d’hésitations et sous pression entre autres de la communauté médicale, prenait quelques initiatives supplémentaires fortement contestées par l’Eglise catholique notamment : levée de l’interdiction de la publicité pour les préservatifs et autorisation provisoire de vente libre des seringues. Elle soutient une campagne nationale d’information coordonnée par le Comité français d’éducation pour la santé et popularise les initiatives de prévention de l’académie de Grenoble : bande dessinée destinée aux jeunes, distributeurs de préservatifs installés dans les restau-U et les résidences universitaires de Grenoble.

Elle encourage le Pr Escande de l’hôpital Tamier à Paris qui a fait réaliser un film vidéo, Où est passé Stéphane ?, desitné à informer les lycéens de Paris et de l’académie de Versailles, académies tests pour la prévention. Enfin depuis le 27 avril est lancée une campagne gouvernementale, nationale cette fois, à base de messages publicitaires dans tous les médias (tele, radio, cinema) pour une durée d’un mois environ. En complément, un service d’information par Minitel est à la disposition du public, des jeunes en particulier. Une brochure tirée à dix millions d’exemplaires est par ailleurs annoncée visant principalement les jeunes. Les médecins, quant à eux, recevront une documentation spécifique.

Le moralisme par la petite porte

Les militant(e)s peuvent-ils, peuvent-elles trouver leur compte dans ce genre d’initiative, dans ce style de campagne ? Faut-il exiger plus, au risque d’enclencher une dynamique réactionnaire ? Notons d’abord qu’il est évidemment contradictoire pour un gouvernement d’appeler les Français à faire des économies en matière de santé et de débloquer massivement les fonds nécessaires de toute urgence pour lutter contre le SIDA.

Le gouvernement a dégagé 12,5 millions de francs pour sa campagne d’information, mais c’est aux fonds prives que l’on va foire appel pour financer la recherche sur le SIDA, alors même que les députés viennent de voter à la quasi-unanimité le plan gouvernemental de programmation militaire de cinq cents milliards de francs sur cinq ans !

Mais, au-delà des problèmes financiers, nous ne pouvons nous satisfaire de la campagne gouvernementale dont les objectifs évidents sont avant tout d’ordre économique : éviter que des pans entiers de la population active d’aujourd’hui et de demain ne soient fauchés en pleine force de l’âge. Ce problème n’est pas négligeable même s’il ne revêt pas la même gravité que dans certains pays d’Afrique centrale où dans les villes, on estime à 15 % le nombre de personnes infectées. Car même si une politique d’Etat en tant que telle est justifiée aujourd’hui par l’enjeu de cette nouvelle maladie, il n’est pas trop tôt pour formuler publiquement des critiques et présenter certaines exigences.

Une campagne d’information, c’est bien ; c’est même indispensable, encore faut-il qu’elle ne soit ni restrictive, ni sélective, ni moralisatrice. Ainsi, pourquoi par exemple, le Planning familial, que ce soit au niveau départemental ou national, n’a-t-il jamais été sollicité pour participer à la mise en place de cette campagne d’information théoriquement très ambitieuse ? Pourquoi la seule information sur les préservatifs est-elle conçue sous la forme de spots publicitaires élliptiques et pourquoi n’y a-t-il pas de véritables émissions d’informations sur la sexualité, la contraception et la protection contre les maladies sexuellement transmissibles, dont le SIDA ?

L’ironie a voulu en effet que ce soit la menace du SIDA qui ait fini par avoir partiellement raison de la vieille interdiction de 1920 de faire de la « propagande » pour les moyens anticonceptionnels. A ceci près que la vertu contraceptive du préservatif n’est toujours pas mentionnée dans les spots publicitaires. Il est vrai, n’est-ce pas, que le souci d’information du gouvernement ne peut tout de même pas bafouer ouvertement la morale de l’Eglise catholique qui a déjà répondu par le biais de l’épiscopat : face au SIDA, une seule solution : l’abstinence !

Ainsi, même si en France, à la différence des USA par exemple, les porte-parole du gouvernement n’ont, pour l’instant, pas encore tenu de discours trop moralisateurs associant SIDA et « déviances » sociales et sexuelles, l’hypocrisie et le moralisme n’en limitent pas moins le contenu de la campagne gouvernementale. Nous n’avons pas encore pu voir ou lire la brochure gouvernementale annoncée. Par contre, nous avons consulté une petite brochure distribuée dans les pharmacies « SIDA, ne restez pas dans le noir », réalisée en collaboration avec, entre autres, le Pr Montagnier de l’Institut Pasteur, par le centre d’immunologie et de biologie, Pierre Fabre. Simple et bien faite, nous n’avons qu’un reproche à lui faire concernant la partie « quelles protections ? » Comme par hasard, le premier conseil qui est donné est celui « d’éviter les relations sexuelles occasionnelles et le changement fréquent de partenaire de l’un ou l’autre sexe ». Ensuite, viennent les préservatifs et, « pour les toxicomanes, éviter l’échange de seringues et d’aiguilles avec d’autres personnes ».

Quant au spot publicitaire réalisé par J.-J. Beineix, Libération du 28 avril fait remarquer que les personnages du film sont « bon chic, bon genre, blancs ». Et le journaliste J. Hatzfeld de noter justement : « L’une des volontés, maintes fois répétées sympathiquement par Mne Barzach, était de "ne pas réveiller les vieilles lunes, de quelque idéologie quelles soient” à l’occasion de cette campagne. Ce film en suggère pourtant une, qui veut que la meilleure protection soit encore de rester entre soi, entre gens de bonne compagnie (...) »

A quand l’étoile jaune pour les victimes du SIDA ?

En Europe, si la plupart des gouvernements ont pour l’instant refusé de s’engager dans une logique de politique discriminatoire sous couvert de prophylaxie, il faut bien admettre que certains sont entrés dans l’engrenage : après l’Inde où les étudiants étrangers devront subir un test de dépistage, la Belgique vient d’obliger tous les étudiants étrangers bénéficiant d’une bourse du gouvernement belge à se soumettre à un test du SIDA. Principale cible : les étudiants zaïrois considérés comme responsables de l’épidémie. En Islande, le gouvernement a décidé de placer « les séropositifs irresponsables » en résidence surveillée. En Norvège, certains ont demandé l’internement des « récalcitrants » en hôpital psychiatrique tandis qu’en Suède, d’autres proposent le tatouage des malades du SIDA. Et, à Genève, l’extrême droite a demandé le dépistage systématique des immigrés.

Mais ce qui est le plus inquiétant, c'est ce qui se passe en Bavière. En effet, alors même qu’au niveau fédéral, la ministre de la Santé s’oppose aux pressions réactionnaires et défend le principe du strict respect de l’anonymat et du volontariat en matière de dépistage, le secrétaire d’Etat à l’intérieur du gouvernement régional de Bavière a décidé de mettre rapidement en œuvre dans sa région une série de mesures « radicales » contre le SIDA : — dépistage obligatoire et systémati-

Le Pen menteur

Apres l’intervention scandaleuse de Le Pen sur le SIDA lors de l’émission « L’heure de vérité », sur Antenne 2 le mercredi 6 mai dernier, aussi bien la ministre de la Santé que les médecins spécialisés dans la lutte contre le SIDA ont réagi immédiatement avec la plus grande vigueur aux propos mensongers de Le Pen visant à paniquer la population pour justifier des mesures discriminatoires. Celui-ci était allé jusqu’à dire que « le SIDA peut se transmettre par la transpiration, les larmes ou la salive », et que « les préservatifs ne mettent pas les Français à l’abri de la contagion ». Voici quelques extraits du communiqué des médecins :

« Toutes les données épidémiologiques mondiales, déclarent-ils, révèlent à l’évidence que la transmission du virus ne s’effectue que par contact sexuel ou par le sang. Il n ’existe aucune risque de contamination lors des contacts de la vie de tous les jours. Aucun cas d’infection du personnel soignant les malades souffrant du SIDA n’a été observé depuis plus de six ans que la maladie a été identifiée, en dehors d'exceptionnelles contaminations sanguines accidentelles. » « Le respect des regies d’hygiène classiques est le meilleur moyen de l’éviter. Il n’y a donc aucune raison d’isoler plus particulièrement les malades atteints du SIDA que les personnes séropositives. »

« Dire que les malades sont plus contagieux que les séropositifs est faux. Dire que les préservatifs ne protègent pas contre une maladie sexuellement transmissible est absurde. »

que des « groupes à risques » : prostituées, toxicomanes, homosexuels, prisonniers ; — déclaration obligatoire des porteurs de virus ; — contrôle antiSIDA pour les étrangers et demandeurs d’asile ; — interdiction d’accéder à la fonction publique pour les séropositifs ; — regroupement des « contrevenants » dans des « appartements thérapeuthiques ».

Dans le même temps, le ministre de l’Education, en Bavière, ne se gêne pas pour dénoncer l’homosexualité comme « antinaturelle » et comme « un comportement pathologique ». Son programme a le mérite de la clarté et de la simplicité : « ...laminer les marginaux ». Sous prétexte de barrer la route au SIDA, on commence à justifier et, dans certains cas, à mettre en place une législation d’exception dont les premières cibles sont évidemment les premières victimes du SIDA (les homosexuels) mais aussi et bien sûr, toutes les populations boucs émissaires dont on cherche à se débarrasser, les immigrés et les étrangers en général. Ce n’est évidemment pas un hasard si c’est quelques jours après le vote par le Parlement belge d’une loi restreignant le droit d’asile des réfugiés qu’a été imposé le dépistage aux étudiants étrangers boursiers. A terme, ce sont les libertés de tous qui sont directement menacées.

Tests obligatoires : danger

En France même, F. Bachelot, député du Front national, mène campagne pour un dépistage systématique des homosexuels, des toxicomanes, des hémophiles, des femmes enceintes, des militaires et des professionnels de la santé. Il demande la création de Sidatorium (sic !) pour isoler et traiter les malades du SIDA. Ces mesures, on le voit, n’ont rien de fantaisistes, mais relèvent d’une campagne internationale dont le coup d’envoi a été donné par un politicien d’extrême droite américain, Lyndon la Rouche, qui, lui, a carrément demandé la mise en quarantaine des drogués et un référendum sur le SIDA en Californie.

Sauf à vouloir « châtier » les victimes du SIDA, il n’est pas admissible ni même utile du point de vue médical d’isoler les malades du SIDA et... les séropositifs. Le mode de transmission de la maladie n’implique pas une telle logique qui, aujourd’hui, fait des adeptes pas seulement dans les rangs de l’extrême droite.

Quant aux tests obligatoires, ils n’auraient de sens que si un traitement efficace était proposé à la clé ; auquel cas, tout le monde devrait le passer, et pas seulement certaines catégories. Aujourd’hui, toute mesure allant dans ce sens ne peut se justifier du point de vue médical. Au contraire, qui dit obligation dit sanction pour qui ne s’y soumet pas. En conséquence, une telle mesure, loin de réduire les risques de la contamination, les augmenterait en encourageant la clandestinité et la fraude. Autre chose est de fournir à toute personne qui le souhaite un test gratuit. Les tests obligatoires pour les étrangers n’ont qu’une seule logique : celle du refoulement des séropositifs et des malades, non pour réduire les risques de contamination, mais éviter des charges médicales supplémentaires aux hôpitaux.

Aujourd’hui, aucun gouvernement n’est à l’abri d’un tel dérapage. Mme Barzach n’a-t-elle pas à l’occasion déclaré « qu’il ne serait pas difficile d’ajouter le test de dépistage du virus du SIDA à l’examen médical que passent les étrangers qui n’appartiennent pas à la CEE et qui veulent résider en France » (cf. l’Evénement du jeudi du 16 au 22 avril 1987).

Une seule de ces mesures entraîne des réactions en chaînes catastrophiques. Il suffit de rappeler ce qui s’est passé aux USA malgré le vote d’une loi assimilant les malades du SIDA aux handicapés et les protégeant contre les discriminations : sélection à l’embauche organisée par les employeurs ; refus des sociétés d’assurances américaines d’assurer des personnes séropositives sans parler des propriétaires refusant de louer sans certificat attestant que le candidat au logement est séronégatif, etc.

En France, heureusement, rien de tel n’existe encore, mais qu’en sera-t-il demain ? On peut légitimement se poser la question quand on sait que le test du SIDA va faire partie de l’examen prénuptial obligatoire, mesure ridicule s’il en est du point de vue médical. Par contre, on ne propose pas encore systématiquement de test aux femmes enceintes ; ce qui serait pourtant tout à fait utile. La plus grande vigilance est donc de rigueur.

« Des condoms, pas des pogroms » : le 4 avril, dix mille manifestants ont protesté en Bavière

De la pilule au préservatif

En dehors des moyens d’ordre coercitif ou répressif dont on sait déjà qu’ils ne peuvent empêcher l’extension de la maladie aujourd’hui, restent l’information, l’éducation et la prévention. Et, dans ce dernier domaine, on ne peut que faire appel à la responsabilité de chacun. Toutes les pratiques sexuelles sont possibles dès lors que des précautions sont prises pour éviter tout contact avec le sperme et le sang. Cela signifie en clair, soit écarter la pénétration, soit utiliser les préservatifs. Pour d’autres pratiques, à priori sans danger (comme. 1 1 cunnilingus), certaines précautions doivent néanmoins être prises.

Certainement dans ces conditions, la spontanéité et la liberté dans les « Des condoms, pas des pogroms » : le 4 avril, dix mille manifestants ont protesté en Bavière.

relations amoureuses vont en prendre un coup. Mais il faut se rendre à l’évidence ; à moins d’exiger un test de part et d’autre chaque fois qu’il y a changement de partenaire, ou d’avoir une tendance suicidaire prononcée, le seul moyen de prévention efficace

Pour en savoir plus sur le SIDA

Un dossier de presse a été réalisé par le Planning familial en février 1987, « A propos du SIDA ». Il est en vente au Centre de documentation du Planning familial, 4, sq. Irénée, 75011 Paris. D’autres articles plus récents fort intéressants ont été publiés dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, en particulier : le Monde des affaires (supplément au Monde du vendredi) consacré à la guerre des laboratoires, supplément du 7 février 1987 ; articles du Monde du 18 mars 1987 : « Belgique : le test ou la bourse », du 8 avril 1987, « Une épidémie en Bavière » et du 15 avril 1987, « SIDA : les messagers de l’espoir ». Voir également l’Evénement du jeudi, semaine du 16 au 22 avril 1987 : dossier SIDA, « Les fanatiques s’emparent du virus (églises, URSS, extrême droite) ».

Par ailleurs, l’association AIDES, aujourd’hui reconnue d’utilité publique, fournit toutes les informations nécessaires ; AIDES se présente comme une association d’aide aux malades et à leur entourage, d’aide à la recherche, d’information du public sur le SIDA et sa prévention.

Elle offre un certain nombre de services :

AIDES information :

(1) 48 04 00 99 (radio-répondeur).

Information sur AIDES, son action, ses rencontres et ses conférences publiques.

Pour en savoir plus : SIDA Information prévention, brochure gratuite (20 pages) éditée par AIDES.

Sur Minitel : 36-15. TV INFO puis AIDES. Rencontres d’information AU DUPLEX 25, rue Michel Lecomte. 75003 Paris. M° Rambuteau, tous les dimanches à partir de 1 8 h 30.

On peut également consulter utilement la petite brochure distribuée gratuitement en pharmacie, malgré notre critique concernant l’approche de la prévention.

Nous n’avons pas encore eu entre les mains la brochure gouvernementale destinée aux jeunes : à se procurer et à critiquer s’il y a lieu.

Les tests sur le SIDA ne sont remboursés que sur prescription médicale : il est donc nécessaire de passer par un médecin.

aujourd’hui est le préservatif, qu’on le veuille ou non.

Certains (certaines ?) objectent déjà que, eux, les préservatifs jamais ils ne supporteront et que, de toutes façons, la sexualité n’a jamais été sans risques... Certes, mais dernièrement, les risques étaient singulièrement limités. La contraception assumée de manière de plus en plus consciente par les femmes a permis effectivement d’avoir ou non un enfant en fonction du désir.

Les maladies sexuellement transmissibles, en recrudescence depuis une vingtaine d’années, et toujours pénibles, pouvaient toutes être soignées jusqu’à ce qu’apparaisse le SIDA. La lutte des femmes pour la libre disposition de leur corps et l’émancipation des jeunes, la lutte des homosexuels avaient permis sinon d’arracher la liberté sexuelle, du moins de permettre aux femmes d’assumer leur sexualité avec moins de crainte, de honte parfois, plus d’exigences et de plaisir qu’autrefois.

Tout cela sera-t-il remis en cause par la peur du SIDA ? C’est un risque qu’il ne faut pas nier et le meilleur moyen non de l’exorciser, mais de l’écarter réellement, c’est que les mêmes qui autrefois se sont battu(e)s pour l’avortement libre et gratuit, pour la contraception libre et gratuite, se fassent également les partisans d’une sexualité responsable donc protégée. Et si le préservatif, c’est pas le pied, parce qu’il rompt spontanéité et continuité dans les rapports et que certains, certaines ne suppportent pas son contact, alors, inventons !

Ironie du sort, certains hommes vont enfin découvrir, à cause du SIDA, que la sexualité ne se résume pas à la pénétration et que d’autres caresses sont autant sources de jouissance. Tant mieux mais quand même, quelle triste revanche ! A chacun sa solution, mais la pire serait de nier les risques et de se mettre la tête dans le sable.

Les femmes encore seules responsables ?

Dernier problème qui n’est pas négligeable. A supposer que l’ère du préservatif prenne le relais (provisoire ?) de l’ère de la pilule, les femmes devront-elles pour autant accepter de remettre leur sort entre les mains de leur partenaire ? Il n’est d’abord pas sûr, le contraire est même plus que probable, que les femmes ne devront pas faire pression sur leur(s) partenaire(s) pour obtenir qu’il(s) utilise(ent) des préservatifs. Le Dr Rozenbaum invite carrément les femmes à avoir toujours sur elles une boîte de préservatifs. D’accord, à condition toutefois qu’on ne fasse pas retomber de nouveau sur les femmes seulement la protection des deux partenaires. Il serait temps que les hommes deviennent enfin responsables en matière de sexualité. Pour le reste, c’est une question de confiance et de choix personnel.

On le sent, un bouleversement des comportements est amorcé. Et si noi is ne voulons pas qu’il s’accompagne du

Tiré de l’album Plantu, Ça manque de femmes.

sacrifice de nos libertés, nous ne devons pas laisser les partisans de l’extrême droite, les porte-parole de l’Eglise et les fanatiques de l’ordre moral nous devancer et faire des ravages en préconisant leurs solutions réactionnaires qui, malheureusement, peuvent entrer en résonance avec la peur légitime qu’inspire cette maladie effrayante. N’attendons plus pour intervenir sur cette question éminemment politique. C’est notre peau qui est en cause et, au-delà, l’avenir de l’humanité.

Claire Bataille

Tiré de l’album Plantu, Ça manque de femmes

Le sida s'attrape par la sueur : au Front national, on n'ose plus se serrer la main

Qu’est-ce que le SIDA ?

On pense que le virus du SIDA vient d’Afrique où il existait-sans doute depuis longtemps sous une forme larvée. On le détecte en 1981 aux USA pour la première fois. Depuis, il n’a cessé de s’étendre, il touche actuellement tous les continents.

Son mécanisme

Le SIDA est une maladie infectieuse qui est la manifestation la plus grave de la contamination par un virus appelé HIV (LAV). Deux mois environ après celle-ci, peuvent apparaître des symptômes proches d’une mononucléose infectieuse (fièvre, douleurs musculaires, diarrhées, éruptions cutanées...). Cette primo-invasion peut être aussi totalement asymptomatique. Ces symptômes peuvent disparaître spontanément en quelques jours ou semaines. Le SIDA peut alors survenir après une incubation de six mois à plusieurs années (sept ? ce nombre augmente avec le recul).

Tant que la maladie ne s’est pas déclarée, on est porteur asymptomatique ou séropositif. Ce virus entraîne un affaiblissement du système immunitaire qui nous protège de beaucoup de maladies. Apparaissent alors un certain nombre d’infections provoquées par des germes dits « opportunistes ». Ceux-ci appartiennent à notre environnement ou sont même présents habituellement dans l’organisme, mais sont parfaitement inoffensifs quand les défenses immunitaires sont intactes. Ils sont responsables de pneumonies, scepticémies, abcès au cerveau, cancers, champignons... Le SIDA n’est donc pas une maladie en soi ; c’est une succession de différentes infections.

Image synthétisée en trois dimensions du virus HIV

Sa transmission

Elle se fait par contact entre un liquide infecté et une muqueuse (vagin, rectum, pénis, bouche) surtout si celle-ci est éraflée, donc de trois façons : lors de rapports sexuels : les rapports anaux facilitent davantage la transmission car la muqueuse est plus fragile ; par le sang : soit lors d’une injection avec une seringue ayant déjà servi à un porteur de virus, ce qui explique qu’aujourd’hui 80 % des héroïnomanes soient séropositifs ; soit lors des transfusions, ce risque est quasiment éliminé en France depuis 1 985 car on effectue un dépistage systématique sur les dons de sang (mais on peut être porteur du virus de façon trop récente pour que cela puisse être détecté) ; entre une mère contaminée et son bébé durant la grossesse et l’allaitement. On pense que 50 % d’entre eux mourront avant l’âge de deux ans. Il naît chaque jour en France un bébé contaminé. On n’a pu mettre en évidence d’autres modes de transmission (par la salive ou les larmes).

Le recul actuel permet d’affirmer que la vie quotidienne ne présente pas de risques de contamination, on ne peut attraper le SIDA par contact fortuit, lors de simples contacts sociaux tels que serrer la main, embrasser, pleurer, éternuer. On ne peut l’attraper dans une piscine ni au restaurant, ni au contact de linges, ustensiles, toilettes. C’est un virus fragile, non transmissible par l’air, détruit par l’eau de javel et à une température de 56°C.

Qui est touché ?

Le SIDA affecte en priorité les homosexuels masculins (68 % des cas en France), les toxicomanes, les hémophiles et transfusés avant 1985. Mais, aujourd’hui, le virus diffiise dans toute la population et près de 30 % des cas de SIDA n’appartiennent pas aux catégories dites « à risques ». Certains relativisent les décès dus au SIDA (400 depuis le début de l’épidémie) en les comparant aux 2 000 morts par an de tuberculose ou aux morts sur la route. Ce n’est pas tant le nombre de morts qui est inquiétant que leur progression rapide.

En France, il y avait en 1981 12 cas de SIDA, aujourd’hui 1 500, on en prévoit 3 000 à 5 000 en 1988. A ce nombre, il faut ajouter environ 150 000 séropositifs (1 à 2 millions aux USA). Ce chiffre double tous les onze mois. Au début, on pensait que seuls 10 % d’entre eux feraient la maladie. Actuellement, on pense qu’ils seront 70 %, ce chiffre ne cesse d’augmenter avec le recul.

Traitement

La recherche médicale a progressé très vite. La maladie, signalée et décrite en 1981, a été expliquée en 1983, dépistée et prévenue en 1985. Mais ces succès sont relativisés par l’absence de thérapeutique et de vaccin. Aucun des animaux contaminés n’a développé la maladie, d’où la difficulté d’expérimenter des traitements.

Devant l’impasse actuelle, on est confronté à différents types de problèmes, le lancement fracassant de médicaments prétendument miracles (ciclosporine), des expérimentations de traitements ou de vaccins. Aux USA, par exemple, on a autorisé le traitement avec l’AZT, médicament qui ne détruit pas le virus mais ralentit l’évolution de la maladie, sans attendre la fin de l’expérimentation. Mais, d’autre part, comment refuser à des malades « condamnés » des essais prometteurs, mais peut-être dangereux ; on sait déjà que l’AZT provoque de graves anémies, etc. Plus discutables sont les essais de vaccination dans des conditions mal définies, sans savoir si les gens concernés ont toujours été bien informés des risques encourus (Zaïrois).

Un nouvel espoir se dessine, avec des substances connues depuis peu, les hormones de l’immunité. Les essais viennent de commencer en Californie, après des essais concluants chez l’animal.

Un mot sur les laboratoires pharmaceutiques, ils veulent tous sauver l’humanité mais se livrent à une bataille acharnée pour emporter les fabuleux marchés que représentent les tests de dépistage, les traitements et éventuels vaccins. Cela concerne des millions de dollars.

Se protéger...

Les mesures prises rendent extrêmement minimes la contamination par transfusion. Contre la contamination sexuelle, seul le préservatif a prouvé son efficacité. En France, environ 7 % des ménages y ont recours (37 % en Grande-Bretagne). Dans le contexte actuel, SIDA et extension importante de toutes les MST, il faut se reposer le problème de son utilisation.

Sabine Jersey

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