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Planning familial : 30 ans de luttes

· Cahiers du féminisme, n° 41-42, automne 1987 · p. 19-21 · 3 712 mots

Entretien avec Catherine Lesterpt, Jocelyne Gosse.

Plus de trente ans après sa création, quest donc devenu le Mouvement français pour le planning familial ? Comment a-t-il traversé les belles années du féminisme ? Que pense-t-il de la loi sur l’avortement, quels sont aujourd’hui ses objectifs et ses raisons d’être ? Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré Catherine Lesterpt et Jocelyne Gosse, membres du bureau confédéral. Ensemble, elles tentent de brosser pour nous le tableau de ce qu ’a été le Planning familial et de ce qu ’il est devenu.

♦ Quels étaient les objectifs du Planning familial à sa création ?

C’est une femme médecin, madame Weill-Hallé, qui crée le Planning en 1956 sous le nom de Maternité heureuse, ce qui indique déjà ses objectifs !... Dans sa pratique professionnelle, madame Weill-Hallé était confrontée à la détresse morale des femmes qui subissaient des maternités à répétition, et aux ravages physiques que provoquaient les avortements de fortune. La Maternité heureuse avait pour but de donner aux femmes des moyens concrets, tel le diaphragme, pour espacer leurs maternités et leur permettre ainsi de mieux les vivre sans les subir.

Il faut rappeler qu’à cette époque la contraception féminine était illégale en France ; aucune information ne circulait à ce sujet. La Maternité heureuse fournissait à ses adhérents des contraceptifs venus de Suisse ou d’Angleterre. L’association créait ainsi en France un réseau de relais d’information, animés par des femmes issues des milieux laïques, francs-maçons et protestants. Elle tentait d’obtenir en France la légalisation de la contraception, qui était autorisée en Grande-Bretagne depuis déjà trente ans.

En 1960, l’association prend son nom actuel, et le premier centre d’accueil ouvre ses portes en 1961 à Grenoble, bientôt suivi par Paris et par d’autres villes. Ceci marque une étape très importante dans l’histoire du Planning familial, qui devient de plus en plus un mouvement d’éducation populaire : ces centres accueillent directement les femmes et font de l’information sur la contraception, mais aussi de manière plus générale sur le corps, la sexualité, etc. Ce travail est assuré par celles qu’on appelle les « hôtesses ». Ce sont ces femmes, en contact étroit avec la réalité, qui peu à peu vont développer leur influence au sein du Planning.

♦ Que s’est-il passé après la légalisation de la contraception ?

La légalisation est intervenue en 1967, ce qui a permis aux centres d’accueil de sortir de l’illégalité. Le vote de cette loi a été vécu comme une grande victoire par le Planning, qui se battait pour cela depuis près de dix ans. Mais cette date marque aussi une scission à l’intérieur du mouvement : madame Weill-Hallé ainsi qu’une partie des médecins estiment que le Planning a accompli sa mission et n’a plus de raison d’être. Tel n’est pas l’avis des « hôtesses » qui pensent que tout reste à faire et qu’il faut continuer de lutter pour l’application de la loi et sa simplification, ainsi que pour le développement de l’information. D’autre part, elles côtoient quotidiennement des femmes qui subissent des avortements dans des conditions atroces et elles pensent que le Planning doit aussi se battre sur ce terrain. Cette question fait un clash, une grande partie des fondateurs s’en va.

A partir de 1968, si les médecins ne sont plus seuls maîtres à bord, la direction du mouvement est assurée par différents collèges (collège des médecins, des psychologues, des sexologues...). Ceux-ci, très préoccupés par les problèmes de formation, ont pour objectif la mise en place d’un institut de sexologie et laissent peu de pouvoir aux « hôtesses » de la base.

En 197 1, le Planning familial est officiellement reconnu mouvement d’éducation populaire. Cette orientation intéresse peu les spécialistes de la direction du mouvement. Par contre, elle va amener toute une nouvelle couche de militantes de base, qui peu à peu vont prendre conscience de leur rôle et de leur savoir.

Beaucoup ont vécu elles-mêmes un ou plusieurs avortements et sont en contact quotidien avec des femmes qui sont dans la même situation. Leur prise de conscience s’effectue donc à partir de leur vécu propre. De plus, I’après-68 est marqué par une politisation des militantes du Planning, dont une partie participe à l’émergence et au développement du mouvement de libération des femmes — même si le mot de « féminisme » n’est pas encore prononcé officiellement. Dès 1971, le MFPF se détermine pour la dépénalisation totale de l’avortement.

Le décalage entre ces militantes de la base et la majorité du conseil d’administration du Planning s’agrandit de jour en jour, jusqu’au congrès de 1973 où les hôtesses vont véritablement prendre le pouvoir, derrière Simone Iff, tandis que les anciens dirigeants s’en vont.

♦ Quels étaient les rapports du Planning familial avec le MLAC et quelle était sa position vis-à-vis des pratiques illégales ?

Le MLAC a été créé en 1973. Le Planning en a été partie prenante dès sa création, puisque Simone Iff en était co-présidente. Le Planning a évolué très rapidement sur la question des avortements illégaux et en a pratiqué dans ses centres (son infrastructure a d’ailleurs été un atout précieux pour le développement de ces pratiques). Ceci a provoqué de nombreux débats en son sein et entraîné le départ de militantes qui étaient contre les pratiques illégales, ou même contre l’avortement. Mais il y a eu dans le même temps de nombreuses arrivées : des médecins ont adhéré pour effectuer des avortements -, un grand nombre de femmes se sont tournées vers le Planning sur la base de cette pratique militante. Dans le même temps le Planning posait la question des inégalités sociales en matière de contraception et d’avortement et, en relation avec les syndicats, créait les premières permanences d’entreprise.

Les plus jeunes militantes du Planning ont parfois peu ou pas connu la lutte pour la légalisation de la contraception et n’ont pas subi dTVG. Contrairement à leurs aînées, c’est moins sur la base de leur vécu qu'elles entrent au Planning mais plutôt à partir d’une démarche idéologique et politique.

♦ Comment le Planning a-t-il continué son action sur l’IVG après 1975 ?

A partir du vote de la loi Veil, le Planning reste le seul acteur pour répondre aux démarches de plus en plus nombreuses des femmes. Il s’agit pour lui de faire appliquer la loi. Pour ceci, les centres d’orthogénie du Planning sont reconnus comme centres de planification familiale et peuvent délivrer les attestations de consultation sociale indispensables pour obtenir une IVG. Le Mouvement passe alors convention avec la DDASS et obtient ainsi des subventions départementales et nationales.

A partir de ce moment le Planning ne vit plus seulement grâce aux adhésions mais également grâce à ces subventions. Ceci lui permet de rémunérer quelques animatrices mais surtout d’organiser le rapport de forces nécessaire pour continuer la lutte sur l’avortement : il ne faut pas oublier en effet que la loi de 1979 n’est qu’une parenthèse, étroite, dans la loi de 1920 qualifiant l’avortement de « crime ». Nous demandons donc toujours la dépénalisation totale de l’avortement, et par conséquent l’abrogation de l’article 317 (relatif aux restrictions sur les délais, l’âge et la nationalité), avec une simple inscription au Code de la santé comme n’importe quel autre acte médical.

Si le remboursement par la Sécurité sociale a été une évolution importante, la situation a par contre très peu évolué ces dernières années, que ce soit pour les mineures et les étrangères ou du point de vue du nombre de centres de planification ouverts et du nombre de lits offerts dans les hôpitaux pour les IVG. Et en 1986, pour la première fois de son histoire, le Planning a vu une de ses militantes, à Metz, inculpée de « publicité et provocation à l’avortement » pour avoir donné des adresses de cliniques anglaises à une jeune femme enceinte de plus de dix semaines. Depuis le vote de la loi Veil, chaque année 2 500 femmes environ s’adressent à nous, parfois sur le conseil de médecins ou d’assistants sociaux, parce qu’elles ne rentrent pas dans le cadre de la loi. Face à la détresse et à la détermination de ces femmes, nous revendiquons le droit de les informer des diverses possibilités pouvant apporter une solution à leur demande. Les décideurs politiques le savent, puisque de nombreux journaux en font périodiquement état. Alors pourquoi une telle inculpation aujourd’hui ? Nous devons y voir une attaque en règle contre notre mouvement et, plus globalement, une remise en cause d’un droit arraché par les femmes. La tentative, en décembre 1986, de supprimer le remboursement de l’IVG était une parfaite illustration de ce mouvement réactionnaire. Tout ceci n’est pas sans nous inquiéter, au moment où la droite cherche des terrains d’entente avec l’extrême droite. Mais ne nous laissons pas enfermer dans le pessimisme : grâce à une large mobilisation — de nos militantes mais aussi de syndicalistes, de militantes féministes et/ou politiques — nous avons obtenu à Metz un non-lieu. C’est une victoire sans conteste ! Cependant une nouvelle « affaire » est en cours, à l’initiative de l’UDAF, contre notre association départementale du Rhône. Une inculpation est attendue pour les semaines qui viennent. Nous restons vigilants et nous vous tiendrons bientôt au courant.

♦ Au-delà de son activité liée à l’IVG, le Planning a-t-il eu une activité en direction des entreprises ?

Oui. Au sein du MLAC nous militions avec des représentantes syndicales. De plus, les femmes qui sont entrées au Planning au début des années soixante-dix faisaient souvent partie, en même temps, de commissions syndicales femmes. Certaines choisissaient de militer sur leur propre lieu de travail et non dans une « permanence Planning » ou une structure publique (hôpital, PMI,...). C’est ce que nous avons appelé la « politique relais ». Ainsi, dans certains cas, des centres d’orthogénie ont été créés à l’intérieur d’une entreprise. Depuis quelques années, ces initiatives ont périclité, en même temps que les commissions femmes travailleuses. Nous avons continué à aller dans les entreprises, sur l’invitation de comités d’entreprise ou de sections syndicales. Mais depuis cinq ans ce travail s’est progressivement ralenti, pour devenir ponctuel à l’heure actuelle. Nous avons l’intention de promouvoir à nouveau ce type d’activité, mais plutôt par le biais de la formation continue. Nous intervenons fréquemment dans les stages de formation (insertion sociale, formation professionnelle) destinés aux travailleurs sociaux, aux enseignants, aux syndicalistes... C’est la « politique relais » deuxième manière.

♦ Pendant toutes ces années, quels ont été les liens du Planning avec le mouvement des femmes ?

Ce n’est qu’en 1982, lors de son congrès, que le Planning s’est déclaré « mouvement féministe », pour l’inscrire l’année suivante dans ses statuts. C’est donc assez tard. Est-ce à dire qu’il ne l’était pas avant ? Sûrement pas. Son action autour de l’IVG le montre à elle seule. Néanmoins, de grands débats internes eurent lieu : pour certaines militantes la dénomination de « féministe » risquait de contrevenir à la vocation d’éducation populaire que revendiquait notre association. Il y avait peut-être une crainte de « marquage », de marginalisation auprès des femmes qui venaient dans nos permanences ou auprès des acteurs sociaux avec lesquels nous travaillions...

Ces débats sont à ce jour clos, même si nous discutons encore des formes du féminisme au Planning. Pour les militantes qui ont adhéré ces dernières années, il est évident qu’elles font partie d’une association à la fois féministe et d’éducation populaire. Mais il est exact que le Planning s’est revendiqué féministe tardivement, un peu en décalage avec les « années fastes » du mouvement des femmes. L’élargissement des préoccupations du Planning s’est concrétisé en 1982 lorsqu’il a été partie prenante de la préparation des états généraux sur le travail des femmes, à la Sorbonne. C’était la première fois que le Planning participait en tant que tel à ce type d’initiative.

La génération issue de la fin des années soixante-dix tient beaucoup à entretenir des relations avec le mouvement des femmes. Cela lui semble naturel. Par exemple, en 1984, le bureau confédéral a dégagé une personne chargée des relations avec la Maison des femmes. Il a également préparé activement la Renconte nationale des lieux de femmes qui s’est tenue à Châte-nay-Malabry en 1985. Malheureusement ce travail n’a pas été réellement repris en charge par l’ensemble du Planning. Il n’y avait pas d’hostilité, plutôt un certain manque d’énergie.

Mais je pense que les réticences ont existé des deux côtés. Le mouvement des femmes a mis très longtemps à admettre que le Planning puisse être féministe, parce que c’est un mouvement mixte, très structuré. Il y a même eu parfois une franche hostilité à notre égard. Les relations sont donc encore un peu cahotiques et parfois conflictuelles.

♦ Malgré ces difficultés, avez-vous comme perspective la construction d’un mouvement autonome de femmes ?

La question est complexe et devrait être largement débattue au sein du Planning avant de pouvoir y donner une réponse précise. Il y aurait sûrement des débats contradictoires. Au vu des motions de notre dernier congrès, en mai 1987, certaines militantes pensent que le Planning est peut-être, aujourd’hui la seule force centrale féministe existant encore. Mais tout le monde ne partage pas cette analyse, entre autres parce que l’on ne peut comparer les modes de fonctionnement du Planning et des groupes femmes. Certaines en fin sont un peu découragées et pessimistes à la vue du contexte général actuel, politique et social.

On peut dire cependant que nous sommes à priori d’accord avec cette préoccupation et que nous souhaitons entretenir des liens importants avec les groupes femmes. D’ailleurs nous participons depuis plusieurs années à des collectifs mixtes Planning/groupes femmes sur des thèmes ou initiatives précis, comme le Collectif féministe contre le viol. Et dès la rentrée scolaire nous allons reprendre des contacts plus assidus avec les femmes des divers mouvements et associations féministes. Mais il faut dire aussi que si nous devions demain faire un travail de longue haleine avec les groupes femmes, il faudrait que les modes de fonctionnement évoluent. Chez nous par exemple — comme dans les syndicats — nos représentantes sont mandatées pour assister à des réunions. Cela rend souvent difficiles les relations avec le mouvement des femmes, qui actuellement refuse de se donner des structures, des règles, de mandater des femmes... Mais il semble important de continuer à travailler conjointement sur des problèmes ponctuels, car le mouvement des femmes possède une spontanéité, une rapidité dans ses réponses qui nous font défaut. De ce point de vue nous sommes en quelque sorte complémentaires.

♦ Quelles sont aujourd’hui vos axes d’intervention ?

Tout d’abord, nous avons décidé de relancer une politique d’ouverture de centres d’orthogénie. Depuis dix ans en effet, nous avons eu tendance à délaisser cette orientation pour investir les centres de planification qui se créaient dans les hôpitaux publics, les PMI,--. Le bilan étant relativement négatif, nous préférons mettre de nouveau l’accent sur nos propres structures oû des actions « exemplaires » peuvent être plus facilement menées.

Nous allons également intervenir sur les maladies sexuellement transmissibles et sur le SIDA. Ces questions sont indissociablement liées à la sexualité, pour les jeunes en particulier, et nous sommes très sollicités sur ces thèmes. D’autre part, nous réfléchissons à de nouvelles stratégies pour accéder à la dépènalisa-tion totale de l’IVG et inscrire un rapport de forces plus efficace face au pouvoir politique. Nous avons aussi été amenées à réviser notre stratégie sur les aspirations précoces. Certains hôpitaux en font, et cette pratique est tolérée par les pouvoirs publics. Mais elle devient passible de poursuites lorsqu’elle est effectuée dans des centres d’orthogènie ou dans des cabinets médicaux. Là encore nous avons des difficultés à établir un rapport de forces à partir de la pratique des médecins qui restent très isolés. Ils risquent des condamnations, et certains se demandent si cela vaut la peine de prendre des risques importants — et pour quel bénéfice politique ? — alors que la plupart des femmes qui viennent pour des aspirations précoces entrent dans le cadre de la loi et peuvent se faire avorter légalement quelques semaines plus tard. Certains médecins ont donc arrêté définitivement après le 16 mars 1986, les risques devenaient trop importants. D’autres, dans quelques villes de province, continuent cette pratique.

Voilà un peu oû nous en sommes. Par ailleurs, il existe actuellement un débat à l’intérieur du Planning autour de la formation : le dernier congrès a voté majoritairement pour le développement de notre politique dans ce domaine. Nous allons offrir plus de stages de formation, dans les domaines de notre compétence, en direction des travailleurs sociaux, des enseignants, des syndicats, etc. Mais une petite partie d’entre nous craint qu’un développement trop important de cette orientation ne se fasse au détriment de notre pratique militante. Le débat reste ouvert, il faudra tirer un premier bilan lors de notre prochain congrès !

Propos recueillis par Françoise Foucault et Anne-Marie Granger

* référence au livre publié par le MFPF en 1981 : Vingt-cinq ans de luttes.

tion populaire. Mais il est exact que le Planning s’est revendiqué féministe tardivement, un peu en décalage avec les « années fastes » du mouvement des femmes. L’élargissement des préoccupations du Planning s’est concrétisé en 1982 lorsqu'il a ete partie prenante de la préparation des états generaux sur le travail des femmes, a la Sorbonne. C’était la première fois que le Planning participait en tant que tel à ce type d’initiative.

La génération issue de la fin des années soixante-dix tient beaucoup à entretenir des relations avec le mouvement des femmes. Cela lui semble naturel. Par exemple, en 1984, le bureau confédéral a dégagé une personne chargee des relations avec la Maison des femmes. Il a egalement préparé activement la Renconte nationale des lieux de femmes qui s'est tenue à Châte-nay-Malabry en 1985. Malheureusement ce travail n’a pas ete réellement repris en charge par l’ensemble du Planning. Il n’y avait pas d’hostilité, plutôt un certain manque d’énergie.

Mais je pense que les reticences ont existe des deux côtes. Le mouvement des femmes a mis très longtemps a admettre que le Planning puisse être féministe, parce que c’est un mouvement mixte, très structuré. Il y a même eu parfois une franche hostilité à notre egard. Les relations sont donc encore un peu cahotiques et parfois conflictuelles.

♦ Malgré ces difficultés, avez-vous comme perspective la construction d’un mouvement autonome de femmes ?

La question est complexe et devrait être largement débattue au sein du Planning avant de pouvoir y donner une réponse precise. Il y aurait sûrement des débats contradictoires. Au vu des motions de notre dernier congrès, en mai 1987, certaines militantes pensent que le Planning est peut-être, aujourd’hui la seule force centrale féministe existant encore. Mais tout le monde ne partage pas cette analyse, entre autres parce que l’on ne peut comparer les modes de fonctionnement du Planning et des groupes femmes. Certaines en fin sont un peu découragées et pessimistes à la vue du contexte général actuel, politique et social.

On peut dire cependant que nous sommes à priori d’accord avec cette préoccupation et que nous souhaitons entretenir des liens importants avec les groupes femmes. D’ailleurs nous participons depuis plusieurs années à des collectifs mixtes Planning/groupes femmes sur des thèmes ou initiatives précis, comme le Collectif féministe contre le viol. Et dès la rentrée scolaire nous allons reprendre des contacts plus assidus avec les femmes des divers mouvements et associations féministes. Mais il faut dire aussi que si nous devions demain faire un travail de longue haleine avec les groupes femmes, il faudrait que les modes de fonctionnement évoluent. Chez nous par exemple — comme dans les syndicats — nos représentantes sont mandatées pour assister à des reunions. Cela rend souvent difficiles les relations avec le mouvement des femmes, qui actuellement refuse de se donner des structures, des règles, de mandater des femmes... Mais il semble important de continuer à travailler conjointement sur des problèmes ponctuels, car le mouvement des femmes possède une spontanéité, une rapidité dans ses réponses qui nous font défaut. De ce point de vue nous sommes en quelque sorte complémentaires.

♦ Quelles sont aujourd’hui vos axes d’intervention ?

Tout d'abord, nous avons décidé de relancer une politique d’ouverture de centres d’orthogenie. Depuis dix ans en effet, nous avons eu tendance à délaisser cette orientation pour investir les centres de planification qui se créaient dans les hôpitaux publics, les PMI,... Le bilan étant relativement négatif, nous préférons mettre de nouveau l’accent sur nos propres structures où des actions « exemplaires » peuvent être plus facilement menées.

Nous allons egalement intervenir sur les maladies sexuellement transmissibles et sur le SIDA. Ces questions sont indissociablement liées à la sexualité, pour les jeunes en particulier, et nous sommes très sollicités sur ces thèmes. D’autre part, nous réfléchissons à de nouvelles strategies pour accéder à la dépénalisation totale de l’IVG et inscrire un rapport de forces plus efficace face au pouvoir politique. Nous avons aussi été amenées à réviser notre strategie sur les aspirations précoces. Certains hôpitaux en font, et cette pratique est tolérée par les pouvoirs publics. Mais elle devient passible de poursuites lorsqu’elle est effectuée dans des centres d’orthogènie ou dans des cabinets médicaux. Là encore nous avons des difficultés à établir un rapport de forces à partir de la pratique des médecins qui restent très isolés. Ils risquent des condamnations, et certains se demandent si cela vaut la peine de prendre des risques importants — et pour quel bénéfice politique ? — alors que la plupart des femmes qui viennent pour des aspirations précoces entrent dans le cadre de la loi et peuvent se faire avorter légalement quelques semaines plus tard. Certains médecins ont donc arrêté définitivement après le 16 mars 1986, les risques devenaient trop importants. D’autres, dans quelques villes de province, continuent cette pratique.

Voilà un peu où nous en sommes. Par ailleurs, il existe actuellement un débat à l’intérieur du Planning autour de la formation : le dernier congrès a voté majoritairement pour le développement de notre politique dans ce domaine. Nous allons offrir plus de stages de formation, dans les domaines de notre compétence, en direction des travailleurs sociaux, des enseignants, des syndicats, etc. Mais une petite partie d’entre nous craint qu’un développement trop important de cette orientation ne se fasse au détriment de notre pratique militante. Le débat reste ouvert, il faudra tirer un premier bilan lors de notre prochain congrès !

Propos recueillis par Françoise Foucault et Anne-Marie Granger

Notes

  1. * réference au livre publié par le MFPF en 1981 : Vingt-cinq ans de luttes.

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