On attend toujours le RU 486
Le RU 486 est une pilule lancée par les laboratoires Rous-sel-Uclaff. Depuis 1982, déjà, elle se veut le substitut à l’avortement par aspiration. Elle est capable d’interrompre une grossesse précoce sans qu’il soit nécessaire de recourir à un geste instrumental. C’est une sorte d’anti-hormone qui s’installe à la place de la vraie progestérone et bloque le mécanisme nécessaire à la survie de l’oeuf, décollant la muqueuse utérine.
Le Comité consultatif national d’éthique a publié, le 16 décembre, son avis sur le RU 486. Tout en reconnaissant l’utilité de ce produit, il estime que son usage ne doit être autorisé « que dans le cadre des lois en vigueur et sous surveillance médicale ». Nous aussi, nous considérons comme indispensable la surveillance (étant donné les risques de saignement) ; mais on peut supposer que l’insistance du Comité sur « l’importance de n'autoriser la prescription et l’emploi du RU que dans des centres hautement spécialisés » vise surtout à préserver le cadre de la loi Veil. En effet, le RU 486 constitue une remise en cause de cette loi. Puisqu’il suffira d’absorber des cachets pour produire une fausse couche, l’hospitalisation obligatoire prévue dans la loi n’a plus de raison d’être. Même chose pour le délai de réflexion fixé par la loi de 1975 : pour être efficace, le RU doit être pris le plus tôt possible, le délai étant estimé à quinze jours de retard de règles. Difficile, dans ces conditions, de respecter l’obligation d’avoir un entretien préalable avec une psychologue ou une conseillère familiale. Elles risquent sinon de perdre un temps précieux. Le problème éthique du Comité est synthétisé dans le paragraphe suivant : « ... si le RU 486 peut avoir pour effet d’éviter le recours à une intervention chirurgicale, U ne doit pas pour autant entraîner une augmentation du nombre des IVG ».
Le 15 janvier, la commission d’autorisation de mise sur le marché du ministère de la Santé n’a pas autorisé la mise en vente du RU 486. Dossier de présentation incomplet, paraît-il. Pour notre part, trois questions nous préoccupent : la question morale et éthique, la question économique et surtout, la question de la santé des femmes. Ces trois points méritent une plus grande information. Le débat doit être public et les informations ne plus être confisquées par les spécialistes. Nous y reviendrons dans le prochain numéro des Cahiers.
Une histoire qui nous empêchera de dormir la nuit
Le Bureau international du travail (BIT) a décidé d’avancer de deux ans le réexamen de la convention internationale interdisant le travail de nuit des femmes, initialement prévu pour 1991 ; une manière d’entériner la politique actuelle des divers gouvernements occidentaux qui, pour rentabiliser les machines et au nom de la compétitivité internationale, accélèrent le développement du travail en équipe, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. En France, la loi Séguin votée par le Parlement au printemps 1987 autorise l’extension du travail de nuit des femmes partout où « les conditions économiques et sociales » » l’exigent. C’est tout dire ! En Grande-Bretagne, en Suisse, en Allemagne, le débat est également d’actualité. Partout, les arguments sont les mêmes : il s’agirait de balayer une législation archaïque et ainsi, d’assurer aux femmes une égalité de chance dans le travail.
Pourtant, de nombreux exemples montrent déjà que les emplois proposés aux femmes dans ce cadre sont toujours aussi déqualifiés et sous-payés, avec des contraintes supplémentaires en prime. Sans compter qu’à partir du moment où le travail de nuit sera généralisé, aucune compensation salariale ne sera plus accordée à quiconque. Il va sans dire que, pour nous, la solution n’est pas de maintenir le travail de nuit pour les hommes comme jusqu’à maintenant, mais d’interdire le travail de nuit pour tout le monde excepté là où il est socialement indispensable, comme dans les hôpitaux par exemple. Mais ce n’est pas aux patrons de déterminer ces exceptions. C’est aux organisations syndicales, au Mouvement des femmes, etc. Vaste programme !
Avortement : une réaction internationale concertée
Le 22 janvier à Washington, cinquante mille personnes ont manifesté pour exiger l’interdiction de l’avortement officiellement légalisé en 1973 par la Cour suprême des USA. A Paris, début janvier également, dix mille partisans de Laissez-les-vi-vre et autres associations du même type étaient venus par car de toutes les provinces pour réclamer la remise en cause de la loi Veil dont c’était le treizième anniversaire. Dans le même temps, en Grande-Bretagne, le Parlement vient d’adopter un amendement réduisant le délai légal de vingt-huit à dix-huit semaines. Même si le projet n’est pas encore entériné, c’est un acquis datant de vingt ans qui vient une fois de plus d’être attaqué. A l’évidence, il n’y a pas simple coïncidence. Il s’agit en fait d’une véritable contre-offensive de la réaction à l’échelle internationale orchestrée depuis Rome par le pape lui-même.
Dans ce cadre, l’appel publié à l’initiative du Planning familial dans le Monde du 23 janvier dernier est une initiative intéressante. On y exige la « dépénalisation de l’avortement », c’est-à-dire l’abrogation de l’article 317 du Code pénal entre autres et la fin des poursuites contre le Planning familial (à Metz et à Lyon) inculpé pour avoir donné des adresses à des femmes. Dans ce combat, nous sommes totalement solidaires du Planning familial mais il va falloir songer à d’autres mobilisations à l’avenir.
Cohabitation
Une fois de plus, les pays Scandinaves sont en avance sur nous : depuis le 1er janvier, en Suède, une nouvelle loi — dite de la « cohabitation » — accorde à tous les couples qui habitent ensemble, hétérosexuels ou homosexuels, des droits identiques à ceux des couples mariés. L’Union pour les droits des homosexuels et des lesbiennes, qui regroupe six mille militants, réclamait depuis longtemps une telle loi, mais la juge trop timide car elle ne reconnaît pas aux couples homosexuels le droit de se marier. Un droit que le parti social-démocrate danois, lui, a inscrit dans le projet de loi qu’il vient de déposer au Parlement. Mais l’adoption d’enfants continuerait à être refusée aux couples homosexuels.
Y’a trop de femmes !
Fin décembre, R. Monory rendait public son plan pour l’école. Manque de chance pour lui, l’administration des finances annonçait que pour elle, les mesures de « revalorisation » des salaires des enseignants en début de carrière étaient trop coûteuses. Par contre, elle suggérait de développer prioritairement le recours aux heures supplémentaires qui présentaient, selon elle, un double avantage : accorder un salaire complet pour un horaire complet, et... remettre en cause la « trop grande féminisation » de l’Education nationale. Cette remarque perfide pour le moins stupéfiante n’a suscité aucune réaction. Qu’ils continuent ainsi et nous leur garantissons que les premières intéressées ne resteront pas passives.
Morte parce que sans emploi
Si vous êtes mère de famille nombreuse, si vous avez au moins trois enfants et êtes âgée de quarante-cinq ans au moins, si vous êtes divorcée, veuve ou mère célibataire et enfin, sans travail, vous pourrez bénéficier d’un droit permanent et gratuit à l’assurance maladie. C’est le dernier cadeau du couple Chi-rac-Barzach à la veille des élections, ce qu’on appelle pompeusement le « statut social de la mère de famille » ! Un petit rien qui devrait « rapporter gros ». Ils le croient du moins.
Mais voilà, Claudine Ghèrart n’avait que quarante et un ans et après son divorce, elle n’avait élevé « que » deux enfants. Elle cherchait du travail mais n’avait eu droit qu’à un misérable stage PLIS (Plan local d’insertion femme) qui correspondait à un travail provisoire d’aide ménagère à mi-temps payé 1 800 F par mois. Ce stage devait prendre fin en avril prochain. Désespérée, elle s’est suicidée dans la nuit du 9 au 10 janvier. Elle avait déjà fait une grève de la faim de cinquante-deux jours l’an passé qui l’avait conduite à l’hôpital. A l’époque, elle avait déclaré : « Je préfère me laisser mourir plutôt que de vivre sans dignité et sans emploi. »