Mal payées, surchargées de travail, les infirmières du NHS (Service national de santé) sont encensées comme des « anges » par la presse populaire, mais ce dont elles ont besoin c’est d’un salaire qui leur permette de vivre.
Le mercredi 3 février elles ont participé pour la première fois à une action de grève coordonnée nationalement. Elles ont délibérément choisi de limiter l’ampleur des grèves afin que les patients hospitalisés n’aient pas à pâtir de leur action. Des piquets ont été formés par les grévistes et les infirmières qui n’étaient pas en service, y compris des adhérentes du Collège Royal des infirmières (RCN), organisation corporatiste où la grève est interdite.
Tous les sondages montrent qu’une majorité des travailleurs de la santé soutiennent ces actions, et qu’une large majorité du public est très mécontente de la façon dont le gouvernement traite la question de la crise du NHS. La sympathie est particulièrement forte pour les infirmières sous-payées.
Leurs revendications portent essentiellement sur cette question des salaires. Elles veulent une augmentation de 20 % tout de suite, afin d’être payées conformément à leur formation et à leurs responsabilités et être au même niveau que d’autres employés qualifiés des services publics. Le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale fut prompt à souligner qu’avec 147 livres (une livre = environ 10 F) par semaine, les infirmières gagnent un peu plus que le salaire moyen des femmes travailleuses manuelles ou non-manuelles qui est respectivement de 142,20 et 108,20 livres. Mais les salaires des femmes en Grande-Bretagne sont en moyenne inférieurs de 30 % à ceux des hommes. Une élève-infirmière qui a déjà fait trois années de formation, et qui doit souvent prendre la responsabilité d’un service entier, de nuit, est payée 5 170 livres par an, tandis que les pompiers ou les policiers, à majorité masculine, gagnent plus de 3 000 livres de plus par an à l’embauche.
Pour de nombreuses infirmières, surtout à Londres où le coût de la vie a monté en flèche ces dernières années, un deuxième emploi est vital pour couvrir les dépenses de base de logement et de nourriture. Certaines travaillent le soir comme barmaids ou serveuses. D’autres ont un second emploi d’infirmière, fourni par des agences d’intérim privées, et reviennent souvent dans le même service de l’hôpital qu’elles ont quitté quelques heures auparavant.
Plus de 30 000 infirmières diplômées ont quitté le NHS en 1986. Elles invoquent les bas salaires et la non-reconnaissance de leur longue formation et des responsabilités qui pèsent sur leurs épaules. Les plaintes habituelles des femmes travailleuses. Un médecin connu expliquait récemment qu’il considère les infirmières comme des « servantes », on peut alors comprendre aisément que des femmes qui ont au moins trois ans de formation derrière elles trouvent leur situation intolérable !
Le gouvernement a mis de l’huile sur le feu en « déplorant » l’action des infirmières et en faisant savoir clairement qu’il n’y aurait pas d’augmentation subs-tancielle des salaires des infirmières cette année. Le NHS est le plus gros employeur de Grande-Bretagne et les hôpitaux forment aujourd’hui les plus grandes concentrations de main-d’œuvre dans une majorité de circonscriptions électorales. Une contre-offensive concertée des employés du NHS, emmenée par les infirmières pourrait rendre la vie difficile à Margaret Thatcher et à son gouvernement, dans les mois à venir.
Manifestation des infirmières devant le Parlement le 3 février 1988.
Manifestation des infirmières devant le Parlement le 3 février 1988