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CI ne conférence nationale des femmes de la LCR-LKI, sections de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, s’est tenue en avril dernier à Madrid. Elle regroupait environ deux cents militantes dont une soixantaine de jeunes femmes. La devise de cette rencontre : le féminisme est une lutte et une identité, individuelle et collective.
Madrid au soleil du féminisme, c’est tout un programme. L’ambiance lut fantastique entre les jeunes et les moins jeunes, une jonction des générations qui permit d’enrichir les débats. Une nuit de chansons, de sketches, de danse, que l’on voudrait prolonger davantage. Bref, on ne s’ennuie pas à Madrid, on chante et on pense.
Les thèmes principaux lurent les tâches du mouvement féministe, l’analyse des fonctions économiques et idéologiques de la famille, la situation spécifique des jeunes femmes. Des commissions ont également poursuivi une réflexion sur la sexualité, les nouvelles techniques de reproduction ainsi que sur la place des femmes dans les processus révolutionnaires avec la participation d’une camarade du PRT mexicain qui séjourna plusieurs mois au Nicaragua. L’intervention du mouvement féministe, les jeunes femmes et le rôle d’une organisation révolutionnaire dans la lutte féministe nous semblent être des préoccupations essentielles.
Nouveaux défis pour le féminisme
Le mouvement féministe de l’Etat espagnol est le seul en Europe à être encore un mouvement suffisamment fort et coordonné au plan national pour peser sur la scène politique (mobilisations importantes sur le droit à l’avortement en 1985). Il se trouve confronté aujourd’hui à une contre-offensive politique et idéologique de la bourgeoisie mais aussi aux effets démobilisateurs et confusionnistes qu’engendrent les discours et les mesures réformistes du gouvernement socialiste.
Il y a nécessité pour le mouvement d’analyser la situation concrète des femmes pour confronter les réformes législatives à la réalité que vivent la majorité des femmes. Comme dans beaucoup de pays européens, les changements les plus importants sont le résultat de treize années de lutte du mouvement féministe mais aussi celui d’un facteur objectif, l’augmentation du taux d’activité des femmes.
Cependant, l’intégration des femmes sur le marché du travail ne se fait pas sur un pied d’égalité. Le taux de chômage des femmes dans l’Etat espagnol est de 25 %, le travail à domicile concerne 70 % de femmes, et le travail au noir touche particulièrement la main-d’œuvre féminine la moins qualifiée. La justification idéologique de cette surexploitation par la bourgeoisie de l’Etat espagnol est la même qu’ailleurs. Elle utilise une situation globale d’oppression des femmes pour les confiner dans des emplois conçus comme un prolongement du travail domestique et pour faire perdurer les discriminations telles que l’inégalité salariale. La précarisation de l’emploi des femmes est entre autres un moyen de maintenir idéologiquement et matériellement les femmes dans leur rôle traditionnel.
Le mouvement féministe espagnol a pour tâche de mener des débats pubücs pour donner une dimension politique à des aspects de l’oppression des femmes que d’autres ont intérêt à qualifier de privés. Il doit répondre en même temps au discours mystificateur sur l’égaüté du courant réformiste. Certes, il y a des avancées, mais comme en France les réformistes posent des limites à celles-ci. Le PSOE (PS espagnol) cherche un nouvel équilibre des rapports sociaux à partir d’une reconnaissance de l’égalité formelle basée essentiellement sur des réformes législatives de faible portée. Il essaie d’obtenir une nouvelle légitimité patriarcale en instaurant des mécanismes de consensus qui permettent, sur le plan des relations individuelles, un renonce- ment volontaire des femmes à un certain niveau de concurrence avec les hommes, en échange d’une plus grande reconnaissance sociale abstraite.
Le gouvernement socialiste essaie d’établir aussi un consensus entre les forces politiques qui respectent cet ordre des choses pour obtenir une plus grande stabilité politique afin de maintenir la surexploitation des femmes au travail et l’oppression patriarcale.
Des partis de droite ont modifié leur discours en ce sens, mais celui qui a le plus « efficacement » combiné le discours avec des mécanismes économiques, sociaux et politiques est le PSOE. Ainsi, ce dernier n’a pas seulement essayé de marginaliser le mouvement féministe à travers sa politique institutionnelle et de contrôle des moyens de communication, mais s’est également limité à intégrer des féministes dans les institutions. Il a aussi tenté de faire apparaître les changements comme une conséquence logique du propre développement de la « société démocratique », voulant ainsi démontrer l’efficacité du travail institutionnel ; et, par conséquent, faire croire à l’inutilité de la lutte et de l’organisation collective des femmes.
Les féministes de l’Etat espagnol seront bientôt confrontées au discours sur l’archaïsme du mouvement autonome des femmes comme nous l’avons été en France.
Leur mouvement a su jusqu’à présent se positionner correctement par rapport aux réformes, du fait notamment qu’il s’est construit sur des bases radicales face aux privilèges masculins et aux institutions de l’Etat. Mais la difficulté est réelle vis-à-vis d’une politique gouvernementale démobilisatrice. Nos camarades de l’Etat espagnol ont souligné la nécessité pour le mouvement de renforcer le discours global sur l’oppression des femmes en le situant dans la perspective de chaque lutte auxquelles il convient par ailleurs d’apporter des réponses concrètes. La mobilisation est un terrain privilégié qui suppose étendre davantage l’organisation du mouvement. L’intervention en direction des jeunes femmes est aussi une nécessité pour l’avenir.
Pour une jeunesse féministe
Le débat sur les jeunes femmes a été introduit par un manifeste présenté par les jeunes catalanes des JCR (organisation de jeunesse). Elles dénoncent le discours de dupe sur l’égalité et fustigent l’apparente permissivité du système.
Les jeunes femmes subissent une oppression spécifique qui doit être prise en compte par le mouvement féministe et se traduire par la reconnaissance d’un groupe spécifique au sein du mouvement. Ce dernier ne réunira toutes les générations que s’il n’oublie pas que « derrière chaque femme, il y a une famille, qu’il y a des mères et des filles, qu ’il y a des relations de pouvoir... » Elles veulent un mouvement qui reconnaisse leurs formes de lutte propres, leur mode de vie, leur langage... Elles soulignent la nécessité d’avoir une intervention propre en direction de toutes les jeunes femmes et d’intervenir dans tous les mouvements sociaux de la jeunesse sur des bases féministes.
Elles ont réaffirmé que l’objectif d’une organisation révolutionnaire doit être non seulement de lutter contre le capitalisme mais aussi contre le patriarcat pour la libération des femmes.
Pas de combat révolutionnaire sans féminisme
Les camarades ont tout d’abord rappelé l’importance d’adopter une attitude individuelle de révolte qui vise à rompre les normes et réduire l’écart entre le discours politique et la vie quotidienne en initiant d’autres rapports. Ce qui a des implications sur le type de parti que les révolutionnaires veulent construire, sur l’attitude des militants et des militantes. Elles ont à juste titre ajouté la nécessité pour une organisation révolutionnaire de se lier avec ce qu’il y a de plus subversif et de plus insoumis dans la société. Le combat féministe fait partie de cette subversion. Il est du devoir des révolutionnaires de contribuer à la construction du mouvement autonome des femmes sur des bases de classe claires.
Catherine Rosehill