La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 47, hiver 1988 · p. 33 · 984 mots

Dix ans de contraception en France

Selon une nouvelle enquête de l’INED menée en collaboration avec l’ INSERM et l’INSEE en janvier et février 1988 *, auprès d’un échantillon national de trois mille femmes âgées de dix-huit à quarante-neuf ans, près de deux femmes sur trois utilisent une méthode contraceptive ; mais seulement 2 % de femmes en âge et en situation de procréer n’ont pas de contraception, les autres femmes sont soit enceintes ou désirent l’être, soit stériles ou stérilisées, soit sans partenaire (cf. tableau 1).

Cependant les plus gros changements intervenus entre 1978 (date de la précédente enquête) et 1988 ne portent pas tellement sur le nombre des utilisatrices * mais plus sur la nature des méthodes utilisées (cf. tableau 2) : l’usage de la pilule a crû d’un demi point par an et est toujours la méthode contraceptive dominante, notamment pour les jeunes entre dix-huit et trente-quatre ans ; quant à l’usage du stérilet, il a fait un bond de dix points, devenant la méthode principale pour les femmes après trente-cinq ans. La méthode du retrait est en net recul (de douze points) ; celles de continence périodique régressent, de même que l’usage du préservatif. On note enfin un usage croissant des méthodes féminines locales (diaphragme, crème, ovule...) mais elles concernent moins de trois pour cent des utilisatrices. Cependant les auteurs nous invitent à interpréter « avec prudence » certains résultats relatifs à des méthodes qui peuvent être utilisées de « façon temporaire ou occasionnelle ». Par exemple « 42 % des femmes de trente à quarante ans ont eu un rapport sexuel avec préservatif soit sept à dix fois plus que le nombre d’utilisatrices au moment de l’enquête ».

Les auteurs aboutissent ainsi à une première conclusion :

« Dans les années quatre-vingt, la première utilisation de pilule est beaucoup plus précoce et le stérilet est devenu la principale méthode d'arrêt. »

Ces comportements contraceptifs tendent à se généraliser dans la population féminine. Les différences s’estompent entre femmes mariées ou non, avec ou sans partenaire, voire disparaissent comme celles entre femmes vivant en milieu rural ou dans les grandes villes. Par contre « l’absence de diplôme et le fait de vivre dans un environnement où la religion est importante » continuent de retarder le recours à une contraception. Quant aux étrangères, elles sont 50 % environ à faire usage des méthodes contraceptives contre 69 % des françaises : « La raison principale de cet écart est une fécondité plus forte (18 % des étrangères sont enceintes ou souhaitent le devenir contre 9 %). » Enfin la comparaison de la France avec d’autres pays étrangers montre que l’usage massif de la pilule et du stérilet comme méthodes contraceptives est assez original. Aux

USA ou au Canada, la stérilisation contraceptive est beaucoup plus développée par exemple.

Si la généralisation de l’usage de la contraception a de quoi nous réjouir, elle ne doit pas masquer le fait que 40 % des premiers rapports sexuels ont encore lieu sans contraceptif et que l’usage des préservatifs, seule protection sérieuse contre le SIDA n’est pas du tout répandu. Informations et débats sont donc plus que jamais d’actualité sur ces questions.

1 . Henri Léridon et Laurent Toulemon : « La contraception en France. Pilule et stérilet », Population et sociétés, numéro 228, octobre 1988.

2. La première enquête de 1978 portait sur des femmes âgées de vingt à quarante-quatre ans, c’est-à-dire sur une tranche d’âge plus limitée que celle de 1988, ce qui explique les différences de chiffres entre les tableaux 1 et 2.

Tableau 1. — Méthode contraceptive (principale) utilisée

Tableau 2. — Comparaison entre les enquêtes de 1978 et 1988

Revenu minimum, suite !

Le projet de loi relatif au revenu minimum d’insertion (RMI) a été adopté le 12 octobre dernier, à l’unanimité des députés, moins trois voix contre. La navette est en cours actuellement entre le Sénat et l’Assemblée nationale. Ce n’est qu’une fois votée en seconde lecture par les députés, que l’on connaîtra la version définitive du RMI. D’ores et déjà le gouvernement a accepté un certain nombre d’amendements sous la pression, notamment, du groupe socialiste. Deux d’entre eux permettent d’élargir l’attribution du RMI, d’une part aux jeunes de moins de vingt-cinq ans qui ont des enfants à charge, d’autre part aux étrangers titulaires d’une carte de résident ou d’une carte de séjour temporaire. En outre le RMI sera attribué pour une durée de trois mois à tous ceux qui ont le droit d’en bénéficier, sans condition concernant la “réinsertion”. Mais ces quelques amendements positifs, de même que l’attribution automatique de l’aide au logement aux bénéficiaires du RMI, ne remettent pas fondamentalement en cause la logique qui sous-tend le dispositif de base fondé sur l’aumône et non sur la reconnaissance des droits fondamentaux des individus (cf. numéro 46 des Cahiers du féminisme). Une fois déduites les charges de logement, l’heureux bénéficiaire devrait disposer d’un revenu disponible maximum de mille cinq cent quatre-vingt-quatorze francs par mois s’il est seul !

A la veille des élections municipales, J. Chirac quant à lui annonce trente mesures d’aide aux Parisiens démunis qui devraient être adoptées par le conseil municipal de Paris, le 14 novembre. Le 25 octobre dernier, il avait déjà annoncé l’attribution d’une carte Paris-santé donnant l’accès gratuit aux soins aux personnes sans protection sociale. Cette mesure évaluée à quatre-vingt millions de francs (cf. le Monde du 26 octobre 1988), tout en s’inscrivant dans le prolongement du RMI qui fait obligation aux départements et à la ville de Paris d’affilier les bénéficiaires du RMI à l’assurance maladie, va plus loin puisque cette carte pourra être attribuée pour un plafond de ressources de quatre mille cinq cents francs mensuels et non plus seulement de deux mille francs, pour une personne seule. Mais au fait, pourquoi Chirac n’a-t-il pas proposé cette mesure quand il était au gouvernement et d’où vient l’argent ?

Tableau 2. — Comparaison entre les enquêtes de 1978 et 1988

Tableau 1. — Méthode contraceptive (principale) utilisée (Enquête de 1988)

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