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Cahiers du féminisme, n° 48, printemps 1989 · p. 40-41 · 1 817 mots

Dans la presse féministe , depuis longtemps , les comités de rédaction s’échangent leurs titres. C’est ainsi qu’aux Cahiers du féminisme, nous recevons régulièrement des nouvelles des quatre coins du monde. Des revues féministes, oui, il en fleurit tou jours, sobres ou richement décorées, centrées autour d’un thème ou brassant toute l’actualité du moment La lecture des derniers numéros parus donne un aperçu de la richesse de cette presse.

En langue française, les Cahiers du Grif, paraissent chaque trimestre sous la forme d’un épais volume (cent cinquante pages, le dernier numéro) composé d’une dizaine d’articles. La dernière livraison à l’automne 1988 s’intitulait « Recluses Vagabondes », deux noms côte à côte pour qualifier les écrivaines, une question dans l’introduction « comment une femme devient-elle écrivain ? »

« Les femmes sont obligées de prendre en compte la position des hommes au moment où elles écrivent, qu’il s’agisse de fiction, de poésie, de témoignage ou de pensée. Ces emprunts identificatoires aux hommes les aident à se différencier des stéréotypes de la femme qui les limitent (...) Cependant les écrivaines, par retours identificatoires aux femmes, se différencient également des modèles masculins qui, à leur tour, aliènent, marginalisent ou nient une part de leur expérience d’être humain et d’écrivain. Car le féminin est, ni plus ni moins que le masculin, porteur d’une possible généralisation. Ce qu’offrent en partage les écrivaines et celles qui pensent avec elles, c’est un déplacement du regard sur le monde, un décalage dans les rapports au quotidien de qui se consacre à l’activité littéraire, une autre exploration de la solitude créatrice. »

« Ce volume ressemble fort à une bouteille lancée au hasard de la mer. Des femmes lisant d’autres femmes pourraient contribuer à part entière aux analyses qui tentent de définir les conditions propres à la production littéraire : tel est notre pari ».

Elles ont lu ainsi pour nous, lectrices, Emily Brontë et Emily Dickinson, Flannery O’Connor, Violette Leduc, Colette, Marina Tsvetaeva, Isabelle Eberhardt, etc. A travers chacune de ces écrivaines, et celles dont le nom n’est qu’évoqué au fil des pages, se lit le conflit spécifique entre choix de vie et choix d’écriture. Pour les femmes, comme pour toutes les personnes des cultures minoritaires, « inventer une forme est une question vitale : ce geste ne se sépare pas du désir de transformer les relations les plus essentielles qui tissent notre existence. En même temps, la nécessité de donner langue à des réalités silencieuses ou occultées les engage à chercher d’autres pratiques de symbolisation : c 'est pourquoi les plus exigeantes d’entre elles déroutent1. »

Les cahiers du GRIF

Les Etudes féministes, bulletin national d’information, ont fait paraître cet hiver leur quatrième numéro. Leur ambition : être le reflet des études féministes en France. Ambition en devenir, comme le sont partiellement les recherches féministes elles-mêmes, nécessité de s’appuyer sur un réseau à renforcer pour recueillir puis diffuser toute l’information. « Paradoxalement il est plus facile, pour nous, d’établir des contacts réguliers avec l’étranger qu’avec la vaste France non parisienne. » C’est que semble-t-il — et le bilan que le GRIF se propose de faire début 1989 en sera sans doute révélateur 2 — les études féministes en France restent largement marginales.

Malgré tout, et à cause de cette marginalité, le bulletin Etudes féministes est un outil précieux car il informe de manière exhaustive sur toutes les manifestations et initatives féministes, vie des associations, cycles d’enseignements et de recherches, colloques, nouvelles internationales. Ce numéro consacre son dossier au CLEF, Centre lyonnais d’études féministes. Par ailleurs, les rédactrices proposent des notes de lectures, des bibliographies récentes et les sommaires des dernières revues féministes.

Chronique féministe parait tous les deux mois à Bruxelles, à l’initative de l’Université des femmes. Le numéro 29 (septembre-octobre 1988) « Ombre et Lumière » parle des femmes dans l’audiovisuel. Une quinzaine d’articles analyse l’actuelle production audiovisuelle des femmes, les conditions et les effets de cette production, qui n’a été « possible que grâce à l’explosion féministe des années soixante-dix dans sa phase révolutionnaire, collective, hystérique, et en raison de cela même, médiatique et médiatisée ». Il est aussi question des femmes comme images, comme sujets de l’audiovisuel, comme spectatrices, la télévision étant un des médias le plus évoqué. Par exemple, Martine Couder évoque l’histoire du cinéma, Nadine Plateau dénonce le « harcèlement culturel » que représente « l’administration réitérée de doses plus ou moins subtiles de ce poison sexiste que sont les stéréotypes, clichés, images traditionnelles des femmes ». Il est impossible ici d’évoquer tous les articles de ce numéro...

Paris féministe, bimensuel, est le fruit d’un collectif de rédaction, sis à la Maison des femmes de Paris. Dans ce soixante-dix-septième numéro « Ne taisons rien », à côté du recensement de toutes les initiatives en cours ou futures du côté des femmes à Paris, et même en province qui est sytèmatiquement fait (ce qui est extrêmement précieux ),4es rédactrices proposent un compte rendu du colloque « L’Ovaire-Dose » sur les NTR (dont nous parlons dans les Cahiers, page' 6), avec une contribution de Luce Irigaray intitulée « A quand notre devenir femme ? ». Elles publient également les extraits d’une enquête sur les femmes et leur emploi dans une compagnie aérienne.

Cette violence dont nous ne voulons plus est le titre du bulletin trimestriel de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT). Chaque numéro comprend une quarantaine de pages, une dizaine de rubriques régulières et un thème éditorial autour duquel s’articule le contenu de ces rubriques : en mars, dans le numéro 7 (toujours disponible), il était question de « syndicalisme, sexisme et pouvoir sexuel... » Pourquoi le syndicalisme a si peu posé le problème du sexisme dans l’entreprise comme dans les syndicats, a si rarement relayé les luttes de femmes pour leur dignité, ou lorsqu’il l’a fait, les a si souvent détournées de leur sens ? Dans le numéro de septembre (n° 8) sous le titre « harcèlement sexuel et patronat », c’est le problème de la responsbilité du patronat qui est abordé dans trois rubriques — bibliographie, droit, luttes de femmes : après un point sur la situation en Europe, des articles développent les situations canadienne et américaine, et des réflexions sur les Prud’hommes. Le dossier d’actualité est consacré au procès de l’excision de Mantessa Baradji, avec un entretien avec Marie-France Casalis, responsable du Planning. La rubrique « Pages ouvertes » concerne le foyer Louise Labé, Halte-aide aux femmes battues. On peut encore lire des pages d’histoire avec « quelques repères sur le droit de cuissage au Moyen Age », des informations sur l’activité de l’Association en France, aux Pays-Bas, des notes bibliographiques, des brèves d’actualité, et même une « lettre ouverte » au premier ministre à propos des violences spécifiques exercées à l’encontre des femmes.

Femmes suisses est un mensuel édité par 1 Association « Femmes suisses et le mouvement féministe » fondée en 1912 et soutenue par l’Association suisse pour le droit des femmes. Dans le numéro de janvier, après les brèves d’actualité, Femmes suisses publie une enquête sur « les 40-65 ans : la génération charnière » et le compte rendu d’un livre sur « La formation des femmes, perspectives actuelles » (sous la direction de Martine Chaponnière, le Concept moderne éditions, 1988). Mais le cœur de ce numéro est consacré à un reportage en Italie. Si l’égalité des femmes et des hommes y est acquise au regard de la loi, « voici venir le temps de la libération ». Ce sont, par exemple, les femmes du Parti communiste italien qui ont publié en 1987 la « Carta delle donne », « document diffusé à travers toute l’Italie, contenant à la fois des prises de position fondamentales et des propositions concrètes sur des thèmes tels que la paix, l’environnement, le travail, la participation politique. Des pages blanches à découper sont disponibles pour que toutes les femmes touchées par la “Carta” puissent envoyer leurs opinions et commentaires à la section féminine du PC ».

« Le fait de militer dans notre parti, est-il écrit dans la partie théorique, ne nous fait pas oublier que nous appartenons à un sexe qui a son histoire et sa condition propres, lesquelles imposent des nécessités, des urgences et des choix particuliers. Nous avons appris qu’en politique les choix portent la marque de la classe et du sexe. » Un an après son lancement la carta delle donne avait donné lieu à plus de deux mille rencontres et initiatives. Les Italiennes, que Femmes suisses nous fait découvrir, sont à l’assaut du marché du travail, elles ont des idées (« la production culturelle des féministes italiennes est impressionnante, trop peut-être... ») mais pas de pouvoir {« Allez camarades, nettoyez les WC, la politique est notre affaire » écrit un journaliste pour résumer l’attitude des hommes de gauche envers les femmes).

On a reçu encore bien d’autres revues, dont on ne peut que trop brièvement parler ici. Le Monde des femmes, par exemple, avait sorti son premier numéro l’été dernier en langue française à partir du centre de documentation d’Isis à Genève. Isis qui avait la toile d’araignée comme symbole a été choisie pour nommer les réseaux féministes internationaux que la revue veut tisser. Ce numéro traitait des violences privées et publiques, à partir d’articles sur l’Algérie, le Bangla Desh, le Pakistan, le Zimbabwe, la Guinée, la Malaisie, l’Amérique latine.

Viva ! revista feminista, écrite au Pérou, parle aussi de la violence dont souffrent spécifiquement les femmes du Pérou. C’est l’objet du dernier dossier de ce mensuel édité par le Centro de la mujer peruana Flora Tristan. On y trouve également une information sur la troisième foire internationale du livre féministe à Montréal et des rubriques régulières.

La Mujer feminista vient de Madrid, Mulheres vient de Lisbonne, Actions lesbiennes paraît à Paris, Actuelles à Bruxelles, Donnavanti en Suisse italienne, Women ’s global Network à Amsterdam, Auf et An Schlàge à Vienne, mais, mille regrets, dans le prochain numéro seulement nous braquerons les projecteurs sur ces autres publications féministes.

Monde des Femmes

Ombre & lumière

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V « Recluses Vagabondes », les Cahiers du Grif n° 39, automne 1988, éd. Tierce, I, nie des Fos-sées-Saint-Jacques. 75005 Paris.

« Ombre et Lumière », Chronique féministe, n° 29, septembre-octobre 1988, Université des féminines, la Place Quetelet 1030 BruxeHes.

Etudes féministes, BuUetin national d’information, n° 4, hiver

1988, 2 ter Passage-des-Marais

75010 Paris.

Paris féministe, Bulletin d’information et de liaison. n° 77, du 1er au 15 février 1989, Maison des femmes de Paris, 8 cité Prost,

75011 Paris.

Femmes suisses n° 1, janvier

1989, Case postale 323, 1227 Carouge/ GE.

Cette violence dont nous ne voulons plus, n° 8 septembre 1988, AVFT, 71, rue des Fossés-Saint-Jacques, 75005 Paris.

Mondes des femmes. Isis, n° 1 juin 1988, Réseaux féminins internationaux, Case 2471, 1211 Genève 2.

« Basta de violencia », Viva /, n° 15, novembre 1988. Centro de la mujer peruana Flora Tristan, Parque Hernan Valarde n°42, Lima 1 Pérou.

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Presse féministe

Notes

  1. 1. Marcelle Marini. Introduction p. 5-8.
  2. 2. Colloque organisé par les Cahiers du Grif : «Concept et réalité des études féministes », Bruxelles, 17, 18 et 19 février 1989.

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