Le XIXe Congrès du Mouvement français pour le planning familial se tient à Paris les 20 et 21 mai. Plusieurs questions brûlantes sont au centre de ses débats : les ressources du mouvement et son système de représentativité interne ; l'actualisation de la lutte pour le droit à l'avortement ; la lutte contre les tabous du sexe qui ressurgissent avec force à l'heure du Sida, et pour une éducation sexuelle véritable ; la lutte contre les viols, les violences sexuelles et les abus sexuels envers les enfants ; les droits des femmes et l'Europe.
Durant ces dernières années, malgré une baisse régulière du nombre de ses adhérent(e)s et militantes, le MFPF a su garder une certaine vitalité, dans un contexte politique particulièrement défavorable. La vigueur retrouvée des associations catholiques intégristes, encouragées par les scores électoraux de l’extrême droite, est un des éléments importants du paysage politique pour un mouvement qui défend le droit à l’avortement. Les années du gouvernement Chirac ont favorisé les coups de boutoir contre le MFPF, non seulement en le frappant à la caisse mais aussi à travers les inculpations des militantes de Metz et de Lyon (inculpées de « publicité et provocation à l’avortement » pour avoir donné des adresses de cliniques anglaises aux femmes ayant dépassé les délais).
La politique actuelle du PS, qui prétend gouverner sur la base d’un consensus avec la droite centriste, n’est pas sans susciter une certaine inquiétude et une grande méfiance chez de nombreuses militantes.
Face aux inculpations de Metz et de Lyon, le MFPF a prouvé sa capacité à se mobiliser et à remobiliser autour de lui.
Dernièrement encore, les prises de position face au risque de non-commercialisation de la RU 486 ont montré qu’une remise en cause frontale des acquis dans le domaine du droit à l’avortement susciterait des réactions importantes.
Les rapports de forces paraissent cependant fragiles. Si le MFPF se maintient, il le doit à ses qualités de mouvement pragmatique, fortement ancré dans les réalités du tissu social. De là à se lancer dans un processus de mobilisation vers de nouvelles conquêtes, le pas est loin d’être franchi. La préservation des acquis, la vigilance par rapport à l’Europe, mais aussi la nécessité de nouvelles propositions de lutte pour obtenir la dépénalisation totale de l’avortement : telles sont les principales préoccupations des militant(e)s lors de ce congrès. L’apparition du Sida et le peu d’impact des campagnes de prévention lancées jusqu’ici par le gouvernement font que le MFPF est de plus en plus sollicité. S’inscrire dans la prévention tout en combattant les tabous, les peurs, les risques de ségrégation, ne pas se laisser piéger par les aspects normatifs de la campagne de santé publique, continuer à se battre pour que « chacun vive sa sexualité sans répression ni dépendance », tout cela ne sera pas tâche facile. Il faudra que le MFPF définisse sa place dans cette campagne et réactualise sa conception de mouvement d’éducation populaire s’il ne veut pas apparaître simplement comme mouvement formateur de travailleurs sociaux et force d’appoint du ministère de la Santé.
La lutte contre le viol et les violences sexuelles est également un des axes de débat important de ce congrès : comment articuler la nécessaire assistance aux femmes victimes de violences sexuelles et la dénonciation du sexisme et du système patriarcal ? Quels axes de lutte mettre en avant pour mobiliser largement les femmes ? A travers ces questions se repose celle du féminisme, jamais complètement acquise dans le MFPF. Ainsi les rapports qu’un mouvement mixte comme le Planning peut établir avec une lutte qui apparaît d’emblée comme une lutte de femmes, non mixte, sont loin d’ètre évidents et cristallisent une opposition réelle. Cette opposition s’était déjà manifestée lors des premiers congrès où le MFPF s’était déclaré mouvement féministe. Elle ressurgit aujourd’hui sous une forme différente mais qui marque la même volonté de ne pas reconnaître l’oppression des femmes comme une oppression spécifique nécessitant, pour la combattre, l’auto-organisation des femmes elles-mêmes. Le congrès doit permettre d’évaluer où en est ce débat dans le MFPF.
Les difficultés qu’a connues le Planning ces dernières années ne sont pas sans laisser de traces, notamment la baisse de ressources liée à la diminution des adhérents et surtout à celle des subventions versées de plus en plus chichement par les pouvoirs publics. C’est du constat de cette situation qu’étaient nées, lors du dernier congrès, les pressions pour une plus grande institutionnalisation du mouvement comme organisme de formation. Il s’agit maintenant de tirer un bilan de cette orientation sur les deux années écoulées.
Aujourd’hui ces difficultés donnent lieu à d’autres débats autour de questions non moins cruciales .-faut-il ou non maintenir un mouvement militant structuré nationalement ? Comment garantir l’autonomie financière du mouvement par rapport aux pouvoirs publics et à l’Etat ?
Notes
- Le 3 mai 1989, Sonia Folloni