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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La prostitution, c'est aussi les clients

Cahiers du féminisme, n° 5, juin - juillet - août 1978 · p. 26-28 · 3 374 mots

La prostitution, c’est aussi les clients « Mon premier est une femme et s'appelle une prostituée. Mon second est du sexe masculin, il verse une somme d'argent à mon premier pour émettre un liquide blanchâtre, se retirer et se rhabiller. Mon second est très gentil avant l'amour, très méchant après : il se nomme le client et appelle mon premier la putain. »

« Le Nouveau Désordre Amoureux » P. Bruckner-A. Finkielkraut.

regarde s'il me regarde, s'il vient vers moi. Ce n'est plus un homme, c'est un client. »

Une vie de putain.

Pour jouir sans dette, sans se soucier de l'autre, en niant la femme et en supprimant son corps, une seule solution, la prostitution I

Mais comment des hommes peuvent-ils s'avilir au nt de rechercher ce rapport hygiénique, froid et vénal ?

Puisque eux, les clients, n'y sont pas contraints comme le sont les prostituées par le chômage, les bas salaires et toutes les conditions socioéconomiques dénoncées plus haut.

Lui, le client, il a le choix.

Le choix d'y aller ou pas.

Le choix de se laisser glisser sur la pente où son éducation de petit mec l'a poussé, de consommer tranquillement ce qu'on lui a appris n'être rien d'autre qu' objet de consommation sexuelle.

Ou le choix de ne pas s'avilir dans un rapport dégradant pour lui avant tout car la femme qu'il paie, pour la prostituée ça / a été la misère ou la prostitution, un choix de survie et non de mode de vie.

Et qu'on ne mette surtout pas en avant la fameuse misère sexuelle des mecs (qui est une réalité aussi pour les femmes, comme on l'oublie trop souvent), leurs irrésistibles pulsions sexuelles qui légitiment tout, même le viol.

Pauvres hommes, ils ne peuvent se retenir, le sperme leur monte à la tête, parait-il. Alors, pour ceux qui ne trouvent pas moyen de baiser gratis, il faut bien des prostituées, n'est-ce pas ? Implacable logique de notre société.

Pourquoi devient-on client ?

Réponses bien pensantes :

— parce qu' on est des pauvres cœurs solitaires et mal foutus ;

— parce qu'on est détraqué sexuel et sans autres solutions ;

— parce que bobonne est frigi de ;

— parce qu' on a déjà 1 2 gosses (faudra trouver mieux, la contraception se répand) ; etc.

Mais la vérité sortant du puit et s'égouttant sur un trottoir révèle en exclusivité :

-ce que veut le client, c'est prendre son pied en oubliant l'autre, baiser sans se soucier d'échanger tendresse et plaisir, réaliser le rêve de l'absolue passivité de la femme; c'est pour ça qu'il paie et parfois même très cher, l'argent jouant ici un rôle de déculpabilisation (je t'ai pas fait jouir, je me suis servi de toi comme d'un objet, mais je te paie!)

« La distinction qui est souvent faite selon laquelle la clientèle serait composée d'une part d'hommes normaux, célibataires ou éloignés de leur épouse, d'autre part d'anormaux ou de « sadiques » parait ne pas refléter la réalité. La demande est en effet beaucoup moins déterminée par la nature normale ou anormale de la relation recherchée que par le degré très variable de maturité affective et psycho-sociale du client. L'ac- cession à cette maturité ne semble pas être l'apanage d'une catégorie sociale déterminée puisque le client occasionnel ou non, est de tout âge, de toute situation de famille, de toute classe sociale. »

Rapport Pinot, 1975.

En France, on estime que 80% des hommes vont occasionnellement ou régulièrement voir des prostituées. Mais, elles, que pensent-elles du client ?

« Quand je suis sur le bord du trottoir, je suis le chasseur. Je chasse l'homme, je le guette, je

Les rôles sont renversés.

Les hommes sont perçus de la façon dont eux-mêmes perçoivent ordinairement les femmes : objets sexuels. Mais les prostituées ne désirent ni consommer un objet de plaisir, ni soumettre a leur possession, ni assouvir leur haine sur des corps agressés. Ça, c'est une attitude de mec qu'elles leur laissent. Ce qu'elles veulent, c'est l'argent du client. C'est cela qu'il ne leur pardonnera pas après, oubliant à quel point il a été soulagé de ne plus se demander s'il est désiré pour son fric, son physique ou sa belle âme.

Payer, quel acte rassurant : n'aurait-il pas peur, l'homme qui serait abordé par une femme qui lui proposerait une passe gratis ? Comment banderait-il effrayé de reconnaître son image de mâle chasseur dans le miroir que lui renverrait cette femme ?

Payer: l'égalité par le fric. Savoir que plus on paie, plus on sera beau, aimable, intelligent et considéré. Croire qu'avec du fric on achète une femme, alors qu'on ne loue qu'un sexe attentif et indifférent.

Les illusions du client sont à la mesure du mépris haineux qu'il éprouvera aprèsla passe. Avant. Après. C'est rapide, une passe, 10, 15 minutes, le temps de se défringuer, de se laver, d'éjaculer et de se rhabiller. Seul du fric supplémentaire pourra rallonger la séance. Et pas moyen pour le client de tricher. L'étalon-temps pour une passe, c'est érection-éjaculation. Rien de plus facile à vérifier. D'ailleurs la rentabilité même de fa prostitution en dépend.

« Or, qu'y-a-t-il de plus échangeable pour la règle marchande capitaliste que l'évacuation séminale, c'esfcà dire une jouissance limitée, mesurable, visible ? »

Le Nouveau Désordre Amoureux.

Le fait prostitutionnel ne peut exister que dans des sociétés où prédominent les valeurs sexuelles mâles, le règne du phallus. Les clients sont avant tout des hommes ; et la prostitution pour femmes — phénomène extrêmement rare, exception qui confirme la règle — ne peut exister que sous une forme luxueuse. C'est à dire sous une forme où les contingences de temps, par exemple, n'existent pas. Car comment rendre compte de la jouissance féminine, comment la mesurer en rapides instants fragmentables pour mieux la vendre et la tarifier ? Et cela même est-il possible ? La clientèle ne peut être que masculine pour être rentable. Et consciente de la brièveté de la passe, tenter de la prolonger ou plutôt de préluder en traînant longtemps dans les rues chaudes avant de faire son choix. Promenades interminables de voyeurs aux visages crispés, aux regards anxieux et fuyant qui connaissent trop bien la rapidité de la passe, qui savent d'avance que plus la prostituée sera gentille et attentionnée, plus vite ils éjaculeront et plus court encore sera le moment (et c'est bien pour ça qu'elles le font, pas pour les beaux yeux du client ! ).

C'est aussi ce qui va motiver le dégoût du client une fois la passe terminée : amours vénals, passe encore (puisque les femmes sont des objets, rien de gênant à acheter plutôt qu'à chasser ! ) mais comment supporter l'image de la brièveté de son propre plaisir. La prostituée ne loue que peu de temps son sexe parce qu'un homme n'a guère besoin de plus, parce que la forme commerçiale du rapport client-prostituée supprime les illusions masculines en dénudant crûment leur condition anatomique et la tristesse des modèles sexuels qu'ils ont imposés.

« Foncièrement pour les hommes le sexe de la femme est une chose mauvaise. Ils rendent le sexe de la femme sale mais dans le fond c'est le leur qu'ils ne peuvent supporter. Alors ils acceptent les femmes mais comme une épouse, c'est comme une mère, on a besoin de la respecter, ils se trouvent des boucs émissaires, des têtes de turcs : les prostituées. Nous, on prend pour toutes les femmes, pour toutes les autres. »

« Une vie de putain. »

Ressentiment, haine, abjecte volonté de revanche qui va jusqu'à la dénonciation aux flics. On ne peut pas dire que les hommes, les clients, reconnaissent le service rendu.

« L'homme paie pour aller au plus profond de son égoïsme, pour s'abandonner en toute indifférence de l'autre... Le client lui-même n'est qu'un petit garçon qui bande et dont l'érection, loin d'être un attribut de virilité, est l'indice même de son état d'assistance : plus il se montrera excité, rigide, plus il donnera prise à sa passivation, plus sa régression vers l'âge de l'enfance sera certaine. »

Le Nouveau Désordre Amoureux

Alors, des insultes crachées à celles qu'on a payées au crime, ça va parfois vite. Des prostituées sont fréquemment torturées et assassinées par leurs clients dans l'indifférence générale et les assassins ne sont presque jamais retrouvés.

Et puis, il y a les mensonges pour se faire valoir auprès des copains :

— je l'ai faite jouir (comme si c'était possible ! ), elle n'a pas voulu que je la paie (de toute une légion de bites c'est moi seul qui ait pu)... Ah ! Oublier la passe rapide et froide, oublier qu'on n'a été qu'un parmi des milliers!

Ou le baratin qu'on raconte aux femmes :

— elle m'a fait des trucs pas possible (en dix minutes, au tarif normal, faut pas rêver ! ), tu saurais pas faire ça, c'est vraiment des salopes (rien regarde s'il me regarde, s'il vient vers moi. Ce n'est plus un homme, c'est un client. »

Une vie de putain.

Les rôles sont renversés.

Les hommes sont perçus de la façon dont eux-mêmes perçoivent ordinairement les femmes : objets sexuels. Mais les prostituées ne désirent ni consommer un objet de plaisir, ni soumettre à leur possession, ni assouvir leur haine sur des corps agressés. Ça, c'est une attitude de mec qu'elles leur laissent. Ce qu'elles veulent, c'est l'argent du client. C'est cela qu'il ne leur pardonnera pas après, oubliant à quel point il a été soulagé de ne plus se demander s'il est désiré pour son fric, son physique ou sa belle âme.

Payer, quel acte rassurant : n'aurait-il pas peur, l’homme qui serait abordé par une femme qui lui proposerait une passe gratis ? Comment banderait-il effrayé de reconnaître son image de mâle chasseur dans le miroir que lui renverrait cette femme ?

Payer : l’égalité par le fric. Savoir que plus on paie, plus on sera beau, aimable, intelligent et considéré. Croire qu'avec du fric on achète une femme, alors qu'on ne loue qu'un sexe attentif et indifférent.

Les illusions du client sont à la mesure du mépris haineux qu'il éprouvera aprèsla passe. Avant. Après. C'est rapide, une passe, 10, 15 minutes, le temps de se défringuer, de se laver, d'éjaculer et de se rhabiller. Seul du fric supplémentaire pourra rallonger la séance. Et pas moyen pour le client de tricher. L'étalon-temps pour une passe, c'est érection-éjaculation. Rien de plus facile à vérifier. D'ailleurs la rentabilité même de fa prostitution en dépend.

« Or, qu'y-a-t-il de plus échangeable pour la règle marchande capitaliste que l'évacuation séminale, c'esfcà dire une jouissance limitée, mesurable, visible ? »

Le Nouveau Désordre Amoureux.

Le fait prostitutionnel ne peut exister que dans des sociétés où prédominent les valeurs sexuelles mâles, le règne du phallus. Les clients sont avant tout des hommes ; et la prostitution pour femmes — phénomène extrêmement rare, exception qui confirme la règle — ne peut exister que sous une forme luxueuse. C'est à dire sous une forme où les contingences de temps, par exemple, n'existent pas. Car comment rendre compte de la jouissance féminine, comment la mesurer en rapides instants fragmentables pour mieux la vendre et la tarifier ? Et cela même est-il possible ? La clientèle ne peut être que masculine pour être rentable. Et consciente de la brièveté de la passe, tenter de la prolonger ou plutôt de préluder en traînant longtemps dans les rues chaudes avant de faire son choix. Promenades interminables de voyeurs aux visages crispés, aux regards anxieux et fuyant qui connaissent trop bien la rapidité de la passe, qui savent d'avance que plus la prostituée sera gentille et attentionnée, plus vite ils éjaculeront et plus court encore sera le moment (et c'est bien pour ça qu'elles le font, pas pour les beaux yeux du client ! ).

C'est aussi ce qui va motiver le dégoût du client une fois la passe terminée : amours vénals, passe encore (puisque les femmes sont des objets, rien de gênant à acheter plutôt qu'à chasser ! ) mais comment supporter l'image de la brièveté de son propre plaisir. La prostituée ne loue que peu de temps son sexe parce qu'un homme n'a guère besoin de plus, parce que la forme commerçiale du rapport client-prostituée supprime les illusions masculines en dénudant crûment leur condition anatomique et la tristesse des modèles sexuels qu'ils ont imposés.

« Foncièrement pour les hommes le sexe de la femme est une chose mauvaise. Ils rendent le sexe de la femme sale mais dans le fond c'est le leur qu'ils ne peuvent supporter. Alors ils acceptent les femmes mais comme une épouse, c'est comme une mère, on a besoin de la respecter, ils se trouvent des boucs émissaires, des têtes de turcs : les prostituées. Nous, on prend pour toutes les femmes, pour toutes les autres. »

« Une vie de putain. »

Ressentiment, haine, abjecte volonté de revanche qui va jusqu'à la dénonciation aux flics. On ne peut pas dire que les hommes, les clients, reconnaissent le service rendu.

« L'homme paie pour aller au plus profond de son égoïsme, pour s'abandonner en toute indifférence de l'autre... Le client lui-même n'est qu'un petit garçon qui bande et dont l'érection, loin d'être un attribut de virilité, est l'indice même de son état d'assistance : plus il se montrera excité, rigide, plus il donnera prise à sa passivation, plus sa régression vers l'âge de l'enfance sera certaine. »

Le Nouveau Désordre Amoureux

Alors, des insultes crachées à celles qu'on a payées au crime, ça va parfois vite. Des prostituées sont fréquemment torturées et assassinées par leurs clients dans l'indifférence générale et les assassins ne sont presque jamais retrouvés.

Et puis, il y a les mensonges pour se faire valoir auprès des copains :

— je l'ai faite jouir (comme si c'était possible ! ), elle n'a pas voulu que je la paie (de toute une légion de bites c'est moi seul qui ait pu)... Ah ! Oublier la passe rapide et froide, oublier qu'on n'a été qu'un parmi des milliers!

Ou le baratin qu'on raconte aux femmes :

— elle m'a fait des trucs pas possible (en dix minutes, au tarif nor-| mal, faut pas rêver ! ), tu saurais pas j faire ça, c'est vraiment des salopes (rien j de plus faux, les prostituées n'ont pas de recettes miracles et de toutes façons, tendresse, amour et imagination valent bien mieux que la technique et l'habitude). Mais la division entre femmes, ça s'entretient ; bobonne à la maison, méprisant ces putes et rêvant de leurs imaginaires performances, et les prostituées sur le trottoir, crachant sur les bagues au doigt et jalousant leur respectabilité... et les privilèges des mecs seront bien gardés.

Les prostituées sont donc dites avec mépris ou pitié (ce qui revient au même) et vécues avec fascination (attirance-répulsion) par leurs clients. Et leurs clients, c'est tout le monde, c'est à dire que c'est aussi des hommes de gauche et d'extrême gauche, des militants d'organisations révolutionnaires.

Et peut-être même Nos camarades et ça pose problème.

Depuis l'irruption des mouvements féministes sur la scène politique, depuis leur reconnaissance par certaines organisations du mouvement ouvrier, il est malaisé pour des militants de parler de leurs rapports avec des prostituées de la même manière qu' auparavant, avec la même cynique tranquillité. Alors on assiste soit à des cachotteries, soit à d'invraisemblables justifications. Témoin, cet article paru dans Rouge (été 76) où des camarades expliquaient que le recours à des prostituées était pour eux le dernier rempart contre le viol ou la drague. « Avec tout le respect qui est du aux camarades prostituées » avaient-il le cynisme ou l'inconscience d'ajouter. Rouge avait publié telle quelle cette lettre sans le moindre commentaire : oubli ou incapacité de répondre ? L'un comme l'autre sont graves. La L.C.R. éduque ses militants dans l'idée que le viol est un crime contre les femmes incompatible avec le fait d'appartenir à l'organisation ; de même, les militantes et des camarades hommes de plus en plus nombreux, estiment que la drague — agression contre les femmes — est une attitude phallocrate et réactionnaire. Mais, et ta prostitution ? Sujet tabou, censé appartenir à la vie privée de chacun ? Pourtant, on a bien vu ce qui se cachait toujours (viol, femmes battues, etc...) derrière l'argument de la vie privée; ; ou alors, estime-t-on que les prostituées sont des êtres à part, pas tout à fait des femmes, qu'elles sont là pour ça et qu'un client de plus ou de moins ne changera pas grand chose ? Etrange raisonnement. Certains militants, principalement ceux de Marge, ont résolu leur dilemne en renversant le problème.

Comment ne pas lutter contre la prostitution, comment continuer à se payer une pute en toute bonne conscience 7 Mais voyons, c'est tout simple, il suffit de décider que la prostitution est un acte révolutionnaire et les prostituées des bombes à retardement qui feront sauter cette société. S'il est exact que l'institution prostitution pervertit en les caricaturant les rapports hommes-femmes, elle n'a rien de révolutionnaire pour autant. Nous l'avons montré, cette institution est une des pierres de voûte qui permet à la société capitaliste mâle de se maintenir. Alors, s'il est vrai que le fait d'être prostituée permet de dénuder la machinerie complexe qui recouvre les rapports sexuels dits « normaux », s'il est possible de faire du tapin une expérience subversive et d'en revenir plus forte, plus lucide et plus révoltée, il faut dire aussi que très rares sont celles qui accèdent par hasard et par chance à cette possibilité. Car la prostitution demeure la forme la plus extrême de l'oppression et de l'exploitation des femmes. Certains nient cette réalité en préférant y voir soit poésie et folklore, soit pouvoir subversif; s'ils sont militants il est de leur devoir de révolutionnaire de comprendre qu'ils contribuent à perpétuer l'oppression des femmes en la présentant sous une forme très séduisante ; ce qui est bien pratique et pour les prostituées qui se sentent revalorisées et pour les clients qui sont ainsi déculpabilisés. Il est impossible qu'une organisation révolutionnaire ne combatte pas ces conceptions phallocratiques.

Barbara, Catherine et Martine sont des prostituées et travaillent au Bois de Boulogne

Barbara — Les clients, pas un de pareil ; il y en a de toutes les classes sociales, il y a de tout. Les habitués sont gentils.

Martine — Oui, mais pour eux d'abord. On ne peut pas dire gentil quand quelqu'un paie pour tirer son coup. En fait, les mecs ne m'intéressent pas ; c'est mon boulot, c'est tout. Des fois, je me demande ce que je fous là en train de sucer. Mais quand on y est, c'est pour le fric.

Barbara — Les mauvais coups, on n'y pense pas ; les gens ont une peur inconsciente des filles, ils ne sont pas dans leur élément au bois, ils n'osent pas, ils voient des macs dans tous les coins.

Catherine — Les clients, il y en a des chiants. Pour 40 Frs, en plus d'une pipe, faudrait leur nettoyer la bagnole !

Elles lisent l'interview de Margot St James qui affirme que les prostituées prennent leur pied.

Martine — C'est folklo, marrant; pourquoi pas, les putes sont toutes pareilles, peut être que ça arrive une fois par an.

Catherine — En baisant peut être; sûrement pas en suçant ; les michetons c'est comme des clients si j'étais commerçante. Je veux pas être systématiquement méchante, sauf s'ils sont cons.

Martine — On en vit, faut pas cracher dans la soupe. S'ils paient, c'est eux qui s'humilient; c'est des êtres humains aussi.

Catherine — D'ailleurs, faut bien être gentille avoir des habitués; on n'est pas à l'usine à les obliger de jouir tout de suite, mais enfin, faut pas qu'ils traînent, faut qu'ils se grouillent. Ils n'ont aucune importance quand c'est fini, j'y pense plus.

Martine — Je ne peux pas être sympa avec quelqu'un qui me paie, je suis indifférente, je leur laisse dire leurs conneries.

Barbara — Pour ma sexualité, ça a changé des choses. Pour moi, tous les mecs sont des michetons, j’ai peur qu'ils en veuillent à mon fric ou à mon cul. Ils sont tous pareils, même pas la reconnaissance des couilles vidées, ils veulent faire des économies de putain, tringler à l'oeil.

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