Claude Merens, militante féministe et révolutionnaire
Un soir de juillet, Claude est morte subitement alors qu’elle se trouvait chez des amis pour participer à une réunion. Elle avait 32 ans.
L’impensable, l’absurde. Et pour tous ceux qui l’aiment, le vide et la souffrance.
Claude était féministe et militait à la LCR. Pour elle, il s’agissait d’un seul et même combat, d’un même espoir, d’une même utopie.
Elle était infirmière à l’hôpital d’Agen, y militait à la CGT et avait animé avec une énergie incroyable la grève de 1988. A ceux qui ne voulaient y voir qu’une exemplaire lutte ouvrière (et ils étaient nombreux), elle ne manquait pas de rappeler qu’il s’agissait aussi d’une lutte de femmes : « les infirmières ne se saucissonnent pas, d’un côté femmes, de l’autre travailleuses », disait-elle. Cela signifiait notamment pour elle chercher des modalités d’action appropriées à la vie des femmes et à leur manque de temps disponible. Elle voyait là une condition pour réaliser une véritable unité du personnel.
Et de fait, à Agen, l’imagination était au rendez-vous de la lutte. Les infirmières ont par exemple occupé avec leurs enfants, ravis de l’aventure, le conseil d’administration de l’hôpital, pour réclamer une crèche ; ou investi le plateau du journal télévisé de la 5.
Dans les bulletins syndicaux, Claude parlait de l’action et des revendications. Mais elle donnait également d’autres éléments de réflexion, en retraçant, par exemple, l’histoire de la profession avec ses bonnes soeurs, ses bénévoles et ses images de « vocation ».
Très présente sur son hôpital, connue sur la ville et dans la région, Claude participait aussi activement à la Coordination nationale infirmière. Sa compréhension de la grève et du milieu professionnel a constitué un apport précieux pour notre revue.
Si Claude avait un rôle dirigeant dans la lutte, si elle était incontestablement une « leadeuse », sa volonté à elle était de voir davantage de femmes à la tête des mobilisations et à la direction des organisations ouvrières. Son regret : qu’il y ait « beaucoup de ténors » et que « ça manque de sopranos ».
Je crois pouvoir dire qu’elle détestait le regard misérabiliste porté sur les femmes (et parfois porté sur elles-mêmes par les femmes), cette pesante « victimisation ». Elle savait l’oppression et aimait la force des femmes. Cela n’est pas contradictoire. Il y a quelques années, elle avait participé à des groupes femmes et animé des émissions sur une radio libre locale. L’une, qui s’intitulait « le Torchon brûle », portait sur la vie et les luttes des femmes. Une autre, « la Mémoire des gens d’ici », retraçait l’histoire de la région notamment à partir d’interviews de ces pépés et mémés du Sud-Ouest qui ont tant à raconter.
Tout au long de sa vie militante, Claude a mené de nombreux combats et participé à bien des mobilisations, notamment contre le racisme et le colonialisme, ou pour le droit à l’avortement. Elle se battait quotidiennement pour l’unité ouvrière et syndicale. Sa vitalité, son dévouement, sa sincérité étaient des armes redoutables contre ses adversaires. Leur hargne, leur haine n’y pouvaient rien. Peu de gens ont, autant qu’elle, fondu l’engagement militant dans leur vie.
Claude aimait le mouvement. Elle vivait à cent à l’heure. Elle riait beaucoup, s’emportait souvent, ignorait la tiédeur. Vif argent plus que demi-teinte.
Chez elle, dans cette maison remplie d’objets dont chacun retraçait une histoire, l’accueil était chaleureux. Certaines de ses amies auraient souhaité que ce lieu devienne désormais une maison des femmes. Claude, j’en suis sûre, aurait aimé cette idée. Mais l’absence d’un nombre suffisant d’énergies, en cette période difficile, a empêché le projet de se concrétiser.
Plus de deux cents personnes se sont réunies pour rendre un dernier hommage à Claude : sa famille, ses amies et ses amis, des infirmières, des syndicalistes, des camarades de la LCR et de la Coordination nationale infirmière ; et tous ceux et celles qui la savaient attentive et généreuse en amitié.
A Jean-Jacques, son compagnon, à ses parents, à ses amis, nous souhaitons rappeler ici notre peine et notre affection. Claude nous manque. Sans elle, désormais, sans son rire et sa voix, mais avec son souvenir, nous continuerons à nous battre. Pour la libération des femmes et le socialisme.
Danièle Lacoste
Claude Merens
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