Jamais le dimanche !
Le rapport Chaigneau, commandé par les ministres du Travail et du Commerce est consacré au repos dominical... ou plutôt au travail du dimanche. Il part d’un constat clair : de dérogations en dérogations, les patrons du commerce ont fait voler en éclats le cadre légal qui existait jusqu’alors et qui leur permettait d’ouvrir les magasins trois dimanches par an, pas plus ! Tout le monde connaît moult exceptions qui n’ont pas confirmé cette règle : Ikéa ouvre tous les dimanches depuis plusieurs années, Virgin fait de même depuis bientôt un an ; les fêtes de fin d’année, la fête des mères, la rentrée des classes ou les soldes sont autant de bonnes raisons pour déroger à la loi. Concurrence oblige, quand certains patrons ouvrent, les autres suivent et l’exception devient la règle. Ce sont les salariées du commerce qui trinquent. De déréglementation en déréglementation, elles voient leur statut se précariser : sous-payées, travaillant dans des conditions déplorables, elles subissent de plein fouet l’arsenal qui existe en matière de flexibilité (temps partiel, travail en nocturne, repos hebdomadaire en semaine). Rares sont les entreprises où les salariées bénéficient de deux jours de repos consécutifs dont un accolé au dimanche.
Le rapport Chaigneau, s’il devenait loi, offrirait un nouveau cadre aux patrons, basé sur la possibilité d’obtenir de plus en plus de dérogations (selon les régions, les saisons, le secteur de commerce). Il donnerait, par exemple, raison, à la direction d’Ikéa qui, suite à l’action de la CGT, a été obligée de fermer ses portes depuis le 8 octobre.
Loin de sacraliser le repos du dimanche, il s’agit simplement de défendre le droit, pour les salariés du commerce (qui, dans leur immense majorité, sont des femmes), d’avoir une vie sociale en phase avec celle de leurs ami(e)s ou de leur famille.
Il s’agit aussi pour une société « moderne » d’être capable de proposer autre chose aux consommateurs/trices que de passer leurs dimanches dans les supermarchés.
L’inceste en accusation
Le témoignage de Claudine X, SUr TF 1, au cours de l’émission « Médiations », en mars dernier, ayait eu un effet choc. Oui, la violence sexuelle de certains pères sur leurs filles, cela existe et cela peut durer des années et l’effet destructeur est terrible. Mais le père a reconnu sa fille à la télé et n’a rien trouvé de mieux que de la poursuivre en diffamation ainsi que les responsables de l’émission. Le procès eut lieu le 13 juillet et Claudine fut... condamnée au franc symbolique de dommages et intérêts et à trente francs d’amende avec sursis. F. de Clozet, animateur de l’émission, fut également condamné à la même peine.
La loi sur la prescription, qui remonte à 1881, interdisait jusqu’ici de poursuivre des personnes pour inceste dix ans ou plus après les faits. Mais le 3 juillet, l’Assemblée nationale adoptait une nouvelle loi qui permet maintenant aux victimes d’inceste de saisir la justice dix ans, dernière limite, après leur majorité.
Rien de plus normal quand on sait que les violences sexuelles des parents contre les enfants peuvent commencer dès la plus tendre enfance. Le traumatisme est tel qu’il faut une lucidité, un courage, une volonté terribles pour trouver les forces de saisir la justice. Un enfant, une enfant ne le peuvent et une telle décision n’intervient souvent qu’après un très long cheminement intérieur. C’est une étape parfois indispensable pour se libérer d’une telle épreuve, d’un tel saccage.
C’est ce que confirme encore le cas de Christine qui vient d’être révélé. A 22 ans, elle a raconté à une amie le calvaire qu’elle avait subi entre 14 et 1 6 ans. Son père la violait et tua les deux enfants dont elle accoucha... C’est son amie qui est allée au commissariat, avec son accord.
Ainsi, le long, patient et discret travail du Collectif féministe contre le viol * n’a pas été vain. Aujourd’hui, l’inceste est reconnu et dénoncé. Le gouvernement a même organisé, pour la deuxième année consécutive, une journée contre « les abus sexuels à l’égard des enfants ». C’était le 1 9 septembre dernier. Une bonne chose même si cette initiative n’est pas dépourvue d’ambiguïtés.
C’est ce contexte qui a poussé Claudine X à porter plainte contre son père. Il était temps, car à quelques jours près, elle aurait eu vingt-huit ans. Une affaire à suivre car symbolique. On attend par ailleurs avec intérêt le résultat du procès en appel après la condamnation de Claudine pour diffamation, en juillet dernier.
Georgette Vacher « Chacun compte pour un »
Chacun compte pour un, mais certaines garderont une place particulière dans les mémoires, telle Georgette Vacher, disparue il y a huit ans.
Ouvrière chez Calor à Lyon, elle a été syndicaliste à la CGT pendant près de vingt ans. En 1975, elle devient responsable du secteur femmes du Rhône. La conférence nationale des femmes CGT de 1977, où les déléguées ont bousculé la direction et posé toutes les questions « qui font bouger », et le 40 e Congrès de la CGT, présenté comme celui de l’ouverture, lui donnent l’espoir d’une grande CGT, unitaire et féministe.
Mais l’heure n’est déjà plus à l’ouverture, 1978 est l’année de la rupture de l’Union de la gauche. La conception du syndicalisme de Georgette Vacher va se heurter à la volonté de la direction de remettre de l’ordre et en premier lieu de contrôler le secteur femmes, dont les exigences sont trop dérangeantes. G. Vacher se battra pendant trois ans. La direction la démet de ses responsabilités. A la veille du congrès de l’Union départementale, qui devait être d’abord son procès, elle choisit d’accomplir son dernier acte libre : « Si aujourd'hui il ne me reste plus rien pour militer dans la CGT, je me servirai de ma liberté pour une dernière action libre... parce que je pense que la liberté c 'est plus important que la vie, tout simplement. »
Elle a laissé un certain nombre d’écrits et de documents enregistrés sur cassette. L’association qui s’est créée à Lyon après sa mort pour maintenir sa mémoire vient de publier « Une cassette à une amie », qui relate son itinéraire, un carnet de notes de septembre 1980 à septembre 1981 et des poèmes. Réflexions sur le syndicalisme, sur la vie des femmes, analyse lucide de la bureaucratie CGT, récit douloureux de sa lutte au jour le jour, ce livre reflète aussi l’espoir dont malgré tout elle restait porteuse.
Il faut le lire parce que son histoire ne doit pas être occultée comme celle de tant de femmes l’a été, parce que ceux qui l’ont acculée au suicide doivent être désignés, parce que les batailles qu’elle a menées rejoignent les nôtres, parce que sa vie nous émeut, tout simplement.
Le livre a été publié à compte d’auteur. Il est disponible à la librairie La Brèche ou peut être commandé à l’association Georgette Vacher, c/o A.M. Lyant, 14, rue Marie Henriette, 69004 Lyon.
Simone de Beauvoir : de la mémoire aux projets
Il y a quarante ans, la publication du Deuxième sexe a ouvert des horizons aux femmes du monde entier. Quels horizons ? Des lectrices de la première heure racontent ce qu’était la vie quotidienne des femmes en 1949, ce que l’œuvre de S. de Beauvoir leur a fait découvrir, ce que cette lecture a changé dans leur vie, ce qu’elles ont espéré...
Il y a eu débats, il y a eu combats, avancées, reculs, transformation des idées et des lois. Certaines espérances formulées il y a quarante ans se sont ainsi réalisées. Mais d’autres exigences restent inaccomplies, et un malaise diffus subsiste, face aux discriminations dans le monde du travail, à l’image dévalorisante donnée des femmes dans nos sociétés, à leur représentation à peine symbolique dans les instances de décision... Ne laissons aucune de nos exigences d’égalité, de dignité, de mixité, de solidarité... glisser dans l’oubli. Et, comme de nouveaux vouloirs se manifestent, il importe de chercher ensemble comment les faire entendre dans la conscience collective. Les jeunes lectrices de S. de Beauvoir disent leur sentiment face au Deuxième sexe , leur proximité et leur distance.
Chaque génération a tendance à croire dans son présent que « tout est réglé ». Puis chaque femme fait avec stupeur l’expérience individuelle du décalage entre ce qu’elle vit, au travail comme au foyer, et ce qu’affirme le discours dominant. Un de ces jours, l’actuelle génération va découvrir à ses dépens que la loi de 1920, interdisant l’avortement et la propagande contraceptive, n’a jamais été abrogée ; la loi Veil ne fait que la suspendre dans certaines conditions. Ceci n’est qu’un exemple, inopinément remis à l’ordre du jour.
Des projets de Simone de Beauvoir aux nôtres aujourd’hui : quarante ans d’action et de réflexion.
Une réunion-débat est en préparation autour de ces thèmes. Elle devrait se tenir le samedi 16 décembre de 14h à 19h à la Sorbonne.
Si vous souhaitez être tenues au courant, envoyez vos noms et adresses. Ne craignez pas le ridicule en y joignant des timbres : les organisatrices prévoient un gros envoi de courrier.
Pour tout renseignement : « Comité d’organisation de la rencontre Simone de Beauvoir, c/o Maison des femmes, 8 cité Prost, 75011 Paris.
Notes
- * Viols, femmes, informations, tél. 05 05 95 95, appel gratuit.