En 1792 des citoyennes de Besançon se [unissent et fondent le Club des amies de la iberté et de l’Egalité. Il y a parmi elles la laîtresse-modiste Maugras, l’accoucheuse ivillers, la bouchère Dessirier, l’institutrice ipont, l’infirmière Perrot... « Jurons toutes "être fidèles à la République, à la loi, de la wtenir de tout notre pouvoir, de sacrifier isqua la dernière goutte de notre sang pour défense de la liberté et de l’égalité », déclare citoyenne Guillemet lors de leur première iunion publique.
Comme le club des Citoyennes républi-ines révolutionnaires de Paris et comme ius les autres clubs de femmes, celui de iesançon sera réduii au silence et dissous, iar décret de la Convention, le 9 brumaire an (30 octobre 1793 — cf. notre dossier sur [es femmes pendant la Révolution française, 'ahiers du féminisme, n° 49). Mais pendant brève existence, le club des Bisontines illustra par son dynamisme et son audace : lans un rapport à la Convention sur l’éduca-ion des filles, il se prononça pour que les institutrices soient élues par des assemblées rimaires composées de femmes ; et il fut le eul club de province à réclamer le droit de rote pour les femmes. Il se heurta très vite à l’hostilité des Jacobins locaux...
C’est l’histoire de ce club que le Groupe-femmes de Besançon (qui poursuit sa réflexion et ses activités depuis quinze ans) a voulu mettre en lumière à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution : « Trop souvent les historiens contemporains continuent de présenter les femmes engagées dans la Révolution comme des émeutières apolitiques ou des dames patronesses, sans analyser ni les débats qu’elles ont menés au sein des clubs féminins ni leurs prises de position politiques. »
Pour restituer au rôle joué par les femmes pendant cette période toute sa dimension, le Groupe-femmes a choisi le théâtre. Le résultat, c’est Une saison d’avance, un spectacle qui a obtenu beaucoup de succès à Besançon, en juin dernier. L’intérêt de cette réalisation se prolonge aujourd’hui par la publication du texte de la pièce, accompagné de notes historiques, de reproductions de gravures d’époque et d’une longue introduction dans laquelle le groupe explique comment il a travaillé. Pour retrouver les traces des activités du club bisontin, le Groupe-femmes s’est appuyé sur les recherches d’une autre bisontine, Henriette Perrin qui, en 1917 déjà, avait consacré tout un mémoire à l’histoire de ce club.
Malgré les difficultés de cette recherche (comme on peut s’en douter, les archives du club de femmes ont été beaucoup moins bien conservées que celle du club des hommes...), Une saison d’avance nous offre un témoignage passionnant sur l’activité et les débats de ces clubs de femmes encore trop méconnus, et nous fait partager les enthousiasmes, les espoirs, les interrogations de ces militantes révolutionnaires. La pièce s’appuie essentiellement sur les articles parus dans le journal jacobin local la Vedette -, mais pour donner corps à ce récit, le Groupe-femmes a inventé une intrigue et organisé la pièce autour de l’amitié qui lie Gabrielle Maugras, la présidente du club, à une jeune prostituée, Charlotte. Comme beaucoup de ses contemporaines, la citoyenne Maugras se préoccupe du développement important de la prostitution (développement particulièrement rapide en ces temps de difficultés économiques...) et s’efforce, au nom des principes révolutionnaires, de guider Charlotte vers la « rédemption ».
Mais la présence de Charlotte au sein du club choque la morale jacobine et suscite de nombreuses protestations masculines. Elle sera finalement forcée de quitter le club, exclue par la majorité de ses membres. On s’aperçoit cependant rapidement que « l’affaire Charlotte » n’est qu’un prétexte, une machine de guerre destinée à discréditer ces femmes qui osent réclamer pour elles aussi la citoyenneté et transgresser ainsi l’ordre « naturel »...
Les Amies de la liberté et de la vérité avaient bien « une saison d'avance » ! Mais le Groupe-femmes n’a pas voulu les transformer en pauvres victimes innocentes : la pièce nous donne à voir des femmes « heureuses d’être ensemble, de réfléchir et d’agir collectivement, de découvrir leurs capacités et leur pouvoir. Même lorsqu ’on les aura renvoyées à leur foyer, il restera sans doute de ces quelques mois une énergie souterraine qui attendra son heure pour ressurgir. »
Merci au Groupe-femmes de Besançon pour ce moment de notre histoire collective qu’elles nous restituent ainsi !
L ouvrage Une saison d’avance (150 pages) est vendu au prix de 50 F + 10 F de frais de port. Commandes auprès de Véronique Bevalot, 1 rue Marc Bloch, 25000 Besançon (chèques au nom du Groupe-femmes de Besançon ).
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