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Editorial

Inégalités : Ça suffat comme çi !

Cahiers du féminisme, n° 53, été 1990 · p. 3 · 527 mots

En France, l’économie va bien, paraît-il: inflation jugulée, reprise de l’investissement des entreprises, profits en hausse. C’est l’INSEE qui le dit. Tout va très bien, donc, mais pour qui ?

L’INSEE, toujours lui, nous l’explique fort bien : la désindexation des salaires favorise l’envol des profits. La consommation des ménages ayant les plus faibles revenus stagne, tandis que la consommation du quart des ménages les plus aisés augmente de 20 % en francs constants. Seule la « gestion sociale de la crise » (création d’emplois bidons ou sous-payés tels les TUC, SIVP ou autres sigles) a permis un maintien minimal de la consommation des plus pauvres.

Nous assistons à une croissance des revenus de la propriété qui bénéficient, entre autres, d’une fiscalité très favorable. Même parmi les salariés, les écarts se creusent: selon Libération du 12 mai, les salaires mensuels nets des cadres ont progressé de 9 % de 1982 à 1988, tandis que ceux des ouvriers augmentaient de 2,5 % et le SMIC seulement de 1 %.

De nombreux ménages connaissent des difficultés insurmontables : problèmes d’endettement tellement importants qu’ils ont obligé le gouvernement à réagir ; problèmes de logement qui, à Paris, entraînent maintenant des expulsions non de squatters marginaux, mais de véritables salariés. Très nombreux aussi sont ceux qui doivent opérer une réduction de leurs dépenses d’habillement et de loisirs.

Comment peut-on imaginer, dans ces conditions, que les femmes s’en sortent bien ? La gestion du budget, en ces temps d’austérité, devient une véritable acrobatie et le « travail invisible » des femmes est condamné à augmenter.

De plus, même si le fait est mieux connu, il est n ’est pas inutile de rappeler que les femmes font partie de la population la plus vulnérable. 53 % des chômeurs sont des femmes, la majorité des smicards sont des smicardes, 60 % des TUC sont des femmes, etc. Et ce n’est pas la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle qui a contribué à résoudre ce problème...

Ces inégalités favorisent la désagrégation des liens sociaux et, sur ce terrain, peuvent se développer toutes les outrances, tous les fantasmes les plus irrationnels. Un racisme longtemps larvé s’exacerbe et s’affiche au grand jour. Le Pen pavoise sur toutes les chaînes de télévision et vitupère, dans un discours désormais ouvertement nazi, contre les immigrés et les Juifs, désignés comme la source de tous nos maux.

L ’absence de perspective collective, de solution aux problèmes immédiats, et le discrédit des partis officiels expliquent l’écho que ces propos rencontrent auprès d’un nombre croissant de travailleurs.

Tous ceux qui ont renoncé à expliquer les raisons fondamentales de l’immigration (l’aggravation du sous-développement et la recherche d’une main-d’œuvre à bon marché par le patronat) et, à l’inverse, se rallient à la notion de « seuil de tolérance » doivent être tenus pour responsables de cette montée inquiétante du racisme.

La seule solution à la question de l’immigration réside dans la remise en cause des inégalités entre le Nord et le Sud, à commencer par l’annulation de la dette des pays dominés. La solidarité avec tous les exclus et les laissés-pour-compte est plus que jamais une priorité.

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