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Si toutes les femmes du monde

Avortement : Une guerre peut en cacher une autre

Cahiers du féminisme, n° 56, printemps 1991 · p. 13-16 · 3 547 mots

Cine guerre peut en cacher une autre

Les 12 et 13 janvier derniers , à Paris, s’est tenu le colloque du Planning familial « Europe et Elles ». Préparé de longue date, pour « rassembler les forces qui en Europe, agissent pour que soit pleinement reconnu le droit des femmes à disposer de leur corps », il a rassemblé des animatrices du Planning familial de toute la France, des représentantes des associations féministes ou de coalitions pour le droit de choisir de quatorze pays (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Grèce, Grande-Bretagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Suisse, Tchécoslovaquie, France, Roumanie) ; mais également des médecins, des chercheurs et chercheuses (le professeur Beaulieu a fait une communication), des députées du groupe des Verts au Parlement européen, des universitaires féministes comme Michèle Le Doeuff. Michèle André, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, prit la peine d’y lire une longue déclaration. Si la conception ambiguë du colloque n’a pas permis une élaboration réelle ni même de définir clairement une stratégie des féministes à l’échelle de l’Europe, il a en tout cas eu le mérite de révéler de manière brutale que les femmes étaient au coeur d’une guerre sociale et politique dont on parle peu (contrairement à l’autre), mais tout aussi décisive pour notre avenir ; une guerre dont l’initiative revient à l’Eglise catholique et aux forces ultra réactionnaires unies dans une vaste offensive contre l’avortement et les droits des femmes. Cela est particulièrement clair en Irlande, en Pologne, en Espagne...

Certes, dans cette bataille qui a commencé au début des années quatre-vingt, tout n’est pas noir. Il y a eu un certain nombre de victoires et d’acquis plus ou moins importants. Ainsi l’avortement a été partiellement dépénalisé en Espagne en 1985. En décembre 1989, dans la foulée du soulèvement contre Ceaucescu, les femmes roumaines ont obtenu le droit à l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse. En Grande-Bretagne, contrairement aux apparences, les « anti-avortement » ont subi une défaite. Depuis des années, ils s’étaient mobilisés afin de remettre en cause la loi libérale de 1967. Ils souhaitaient que les délais autorisés passent de vingt-huit à dix-huit semaines. Finalement, un amendement a été adopté en avril 1990 qui limite les délais légaux à vingt-quatre semaines avec possibilité d’avortement au-delà lorsqu'il y a risque physique ou mental pour la femme, risque de malformation. Pour les féministes anglaises, c'est un succès dans la mesure où aujourd'hui les avortements au delà de six mois sont exceptionnels. Enfin en Belgique, après des années de répression contre les médecins qui pratiquaient des avortements dans la clandestinité, et de poursuites contre les femmes, un revirement est intervenu en avril 1990. Le Parlement a adopté une loi relativement libérale qui dépénalise l’avortement, interdit depuis 1867, dans des termes très proches de la loi Veil en France...

Dans la plupart des pays, malheureusement, la situation s ’est plutôt dégradée, de manière dramatique parfois comme

La Roumanie après Ceaucescu

Extraits de la contribution de Camélia Meascu, absente le 12 janvier pour cause de grève des transports aériens en Roumanie , ce jour-là...

(...) Chacun sait aujourd’hui que durant la dictature des Ceaucescu, les femmes roumaines n’avaient ni le droit à l’avortement ni le droit à la contraception. (...)

L’avortement était strictement interdit aux femmes n’ayant pas eu au moins trois enfants, puis ensuite quatre enfants. Celles qui avaient subi une césarienne pouvaient parfois en obtenir un. Aucun moyen de contraception n’était mis à disposition des couples, sauf, durant un temps très court, des préservatifs masculins d’une qualité douteuse.

Dans le même temps, les cours donnés aux gynécologues obstétriciens en formation à la faculté étaient, en ce qui concerne les moyens modernes de contraception, soit erronés, soit nettement dissuasifs, mettant en avant une myriade de contre-indications dans le but d’effrayer les praticiens.

Les résultats catastrophiques de cette politique furent en premier lieu le nombre impressionnant d’avortements provoqués qui causaient la mort de nombreuses femmes, engendraient des séquelles graves pour leur santé, leur fertilité, le déroulement de leurs grossesses ultérieures.

Parmi celles qui n’avaient pas recours à l’avortement, la pratique de l’abandon dunouveau-né s’est généralisée, sans qu’aucun moyen ne soit prévu pour l’accueil de ces enfants. Le douloureux problème des orphelinats que tout le monde connaît aujourd’hui, découle de cette politique aberrante.

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Après la révolution de décembre 1 989, un des premiers gestes du nouveau gouvernement fut d’abroger dès le 19 janvier 1990, la loi répressive. La ruée des femmes roumaines vers le seul moyen possible d’éviter une grossesse explique le nombre exorbitant d’avortements pratiqués chaque jour dans tous les services de gynécologie des établissements hospitaliers, cinquante à quatre-vingt par jour. Le moyen le plus employé reste le curetage, par manque de matériel. (...)

Les contraceptifs, stérilets et pilules proviennent des dons des pays occidentaux, mais leur quantité ne couvre pas, et de loin, les besoins.

Dans le département de Buzau, dont je suis originaire, l’aide apportée dès février 1990 par les médecins du Secours populaire français, accompagnés d’une responsable du MFPF, permettait de réaliser des avortements par aspiration et de poser les premiers stérilets.

Une information des femmes a été faite dans les usines. C’est à cette occasion que j’ai découvert qu’il existe une solidarité internationale des femmes, que j’ai découvert aussi l’importance du féminisme dans le processus de démocratisation d’une société. Des femmes roumaines apprenaient, après tant d’années d’isolement, que d’autres femmes avaient pris conscience de leur propre valeur, rejeté les oppressions, dénoncé le sexisme. C’était pour nous un discours nouveau et inattendu. Comment dire notre émotion et notre plaisir que des femmes soient venues nous apporter le fruit de leurs luttes.

Depuis, au long de l’année 1990, la mise en place du programme de création de centres de planification a pu se concrétiser.

J’ai eu la chance, dans le cadre du projet de développement de la planification familiale à l’initiative du Secours populaire français et réalisé par le MFPF, de pouvoir suivre une formation de conseillère familiale en France, j ’ai pu aussi contribuer à l’ouverture du Centre de planification de Buzau, en créant une association pour la planification familiale. (...)

En ce qui concerne les contraceptifs, leur rareté, bien qu’un tarif officiel fixe le prix d’un stérilet à trois cents leu, fait que la vente au marché noir étant le seul moyen de s ’en procurer, son prix atteint deux mille leu (le salaire mensuel moyen étant de trois mille cinq cents leu).

Par contre le prix de l’avortement est extrêmement modique : trente leu (inchangé depuis 1965).

On comprend que devant la pénurie et la cherté des contraceptifs, les femmes aient recours à l’avortement, d’autant plus que la désinformation due aux réticences des médecins roumains, persuadés de la nocivité de la contraception orale en particulier, alimente les craintes des femmes et les rend imperméables à l’information.

Il est nécessaire de vaincre cette résistance par une information bien faite par un personnel bien formé. Les médecins et les para-médicaux, mais aussi et surtout des femmes motivées et ayant la volonté de promouvoir la contraception, outil de libération que les femmes doivent pouvoir apprendre à contrôler.

Les femmes roumaines, soumises durant des années à des contrôles gynécologiques systématiques pour interdire la contraception et les interruptions de grossesse, doivent aujourd’hui reprendre possession de leur corps et, rejetant un pouvoir médical excessif, affirmer que la contraception n’étant pas une maladie, le choix, après avis du médecin, leur appartient.

Un autre grave problème qui se pose est celui de la ségrégation dont sont victimes les Gitanes isolées dans la plupart des hôpitaux dans des salles spéciales. Là aussi, une association de planification a un rôle important à jouer pour lutter contre le racisme dont ces femmes sont victimes.

Enfin, une des graves difficultés à vaincre vient de ce que le régime dictatorial a habitué les Roumains à se méfier les uns des autres. Les hommes et les femmes roumains sont devenus de grands individualistes. Il leur faut apprendre l’altruisme, la générosité. Cependant, le pas le plus important est fait en Roumanie grâce à la solidarité féministe, les femmes roumaines sont en train d’apprendre qu’être femme c’est une fierté et une chance. (...) Déjà un mouvement féministe ouvre les yeux.

Le besoin d’information et de solidarité féministe est encore grand, mais grand aussi est l’espoir de la victoire des femmes. Cette aide nécessaire, les Roumaines l’apprécieront et répondront OUI . (...)

en Pologne, en Allemagne, en Irlande. Les conséquences de la crise dans certains pays (réduction des crédits des hôpitaux publics), le recul des mouvements féministes souvent, ont servi de prétexte à une application restrictive des lois.

En Grande-Bretagne par exemple, alors que l’avortement est théoriquement gratuit, 60 % des femmes sont obligées de payer parce qu’elles sont orientées vers les cliniques privées faute de place dans les hôpitaux publics. En France, outre les restrictions habituelles pour les mineures, les immigrées, et toutes celles qui ont dépassé le délai légal de dix semaines de grossesse, les femmes sont maintenant obligées, dès la huitième semaine, de recourir au secteur privé faute de place, là aussi, dans les hôpitaux publics. Et bien souvent, alors qu’elles ont théoriquement le choix de la méthode, on leur impose l’anesthésie générale. En Italie et en Espagne, la pression de l’Eglise catholique et la clause de conscience permettent un véritable sabotage du droit à l’avortement par les

Irlande : c'est minuit pour les femmes

Extraits de l’intervention de Michèle André

Nous publions ci-dessous des extraits de l’intervention de Michèle André, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, lors du colloque du Planning familial, le 12 janvier.

Elle nous semble intéressante à plus d’un titre. Elle est en effet significative de cette vision gouvernementale qui n’a rien de naïve : « Il y a des obstacles, mais cela progresse ; ne soyez pas impatientes... » En même temps, elle montre très clairement que le gouvernement a été sensible à l’indignation et la mobilisation des femmes contre les commandos anti-IVG et l’inertie gouvernementale jusqu’à récemment. C’est donc pour nous un encouragement indiscutable à la poursuite de l’action...

médecins « réfractaires ». En Espagne, avec un gouvernement « socialiste », (mais si !) les juges continuent à poursuivre les médecins et les femmes qui ne respectent pas le cadre strict de la loi, une loi qui n’autorise l’avortement qu’en cas de viol, de risques pour la santé physique ou mentale de la femme, malformation du foetus. En janvier dernier plusieurs procès ont eu lieu.

Et pourtant en Europe, il peut y avoir des situations pires encore. Le cas de l’Irlande, exceptionnel, est à peine imaginable. C’est d’abord le seul pays où l’Etat et l’Eglise (catholique, faut-il le rappeler), ne sont toujours pas séparés. Pas de droit au divorce donc. La contraception est théoriquement légalisée depuis 1979mais seulement en vue d’une « planification familiale ». En conséquence les jeunes non mariées ne peuvent y accéder légalement. Par ailleurs, les médecins, bien sûr, mais également les pharmaciens ont le droit de refuser de délivrer, stocker ou prescrire des contraceptifs pour raisons morales...

L’avortement, lui, est toujours totalement interdit et il n’y a ni crèches ni autre mode de garde collectif pour les enfants...

On peut donc parler sans exagérer de véritable esclavage des femmes, à cette nuance près que depuis 1 967 les femmes qui en ont les moyens vont se faire avorter dans les cliniques anglaises, à raison de quatre mille par an semble-t-il. Est-ce à dire qu’il n’y a pas eu de lutte des femmesenlrlandeetquerienn’abougé ? Si, incontestablement, et la représentante du DWWC {Dublin well Woman center) (le centre pour le bien-être des femmes de Dublin) de rappeler lés luttes des années soixante-dix pour l’égalité des salaires, le droit à la contraception et dans une moindre mesure pour l’avortement. Mais les années quatre-vingt, marquées par la crise et le chômage, ont été aussi les années de tous les reculs en Irlande.

En juin 1980, le groupe pour le droit de choisir tenait sa première réunion publique qui fut d’emblée perturbée par une opération de la « Société pour la protection de l’enfant à naître » (SPUC). A ce jour, la guerre était déclarée entre les << pro-life » dont les méthodes et l’idéologie sont directement inspirés des commandos américains du même bord, et les femmes et les progressistes.

Une coalition « Pro-life Amendment campaign » (PLAC) était mise sur pied en 1981, avec le soutien de l’Eglise catholique, pour obtenir un amendement à la constitution garantissant le droit à la vie de l’enfant non né. En face, un collec- (...) Nous n’allons pas pouvoir prendre notre temps : l’organisation au niveau international des forces réactionnaires visant à l’interdiction de l’avortement et souvent de la contraception par des méthodes violentes, nous obligent à développer rapidement des initiatives et des concertations, pour eux la croisade pour la revanche sur les droits des femmes est engagée. (...)

Le Parlement européen s’est engagé, cette année, résolument dans la voie de l’harmonisation des législations européennes sur la contraception et l’avortement. L’Irlande et la Belgique ont été directement sur la sellette. On sait comment, depuis, la Belgique est arrivée à surmonter les blocages de l’Eglise catholique pour se doter d’une législation. Reste l’Irlande mais les dernières élections permettent l’espoir d’une évolution. Nous le souhaitons pour les Irlandaises. (...)

Comme je l’ai souvent dit, je pense que notre dispositif est cohérent, équilibré et mesuré. Cela ne veut pas dire qu’il est parfait ou suffisant. Il est satisfaisant car il a prouvé son efficacité. (...)

La gratuité de la contraception pour les mineures dans les centres de planification et récemment la suppression de l’interdiction de propagande antinataliste et de publicité pour les préservatifs et les contraceptifs sont des atouts très importants pour une diffusion encore meilleure de la contraception. En effet, malgré les bons résultats en terme de diffusion de la contraception, il semble dans notre pays encore nécessaire d’augmenter les efforts en direction des jeunes.

C’est pourquoi j’ai proposé au ministre de la Solidarité, Claude Evin, que nous menions ensemble en 1991 une campagne de sensibilisation sur la contraception, en appui sur tous les acteurs qui, sur le terrain, travaillent efficacement avec les femmes. (...)

Mais il nous faut également être vigilants : des évolutions insidieuses peuvent nous faire régresser. L’arrivée sur le marché de moyens contraceptifs, en particulier de pilules non remboursées, me préoccupe. J’ai bon espoir de voir évoluer cette question. (...)

Notre loi, qui a donné l’occasion de débats extrêmement houleux, est une bonne loi. Ses résultats le prouvent. Cependant des problèmes restent en suspens, en particulier sur les délais : la majorité des pays

_ européens autorise l’IVG jusqu’à douze semaines, ce qui permettrait en France de faire chuter de 70 % les IVG pratiquées àl'étranger.

Nous voyons se multiplier des actions de forces, de commandos pour faire reculer l’application de la loi, mais aussi pour empêcher son application. Cela a sûrement été rendu facile car à la fois la mobilisation pour une bonne application de la loi a montré des faiblesses, mais aussi la détermination des pouvoirs publics à améliorer constamment son application s’est relâchée. Aujourd’hui, je pense que collectivement, nous avons commencé à montrer la volonté de tous les acteurs et de l’opinion de voir bien appliquer notre dispositif.

Pour sa part, le gouvernement, unanime, j’allais dire comme un seul homme, a pris les mesures nécessaires. Le ministre de la Solidarité et récemment le ministre de la Santé mettent chaque directeur d’hôpital dans l’obligation, en cas d’actions visant à empêcher le fonctionnement d’un centre d’IVG ou à perturber les femmes venant demander une IVG, de faire immédiatement appel aux forces de l’ordre et de porter plainte. Le ministre de l’Intérieur a demandé aux forces de l’ordre de s’opposer à ces actions illégales et d’engager des poursuites nécessaires.

J’ai moi-même demandé au Garde des Sceaux de demander aux parquets d’exercer leur vigilance et de mener les poursuites nécessaires.

Cette attitude ferme, de l’avis également du ministre de la Santé, qui est venu rendre visite mardi dernier avec moi-même, au centre d’IVG de l’hôpital Broussais, est de nature à stopper dans leur élan les quelques associations, que nous connaissons bien et qui organisaient ces commandos. Mais le rôle des pouvoirs publics est aussi de veiller à ce que la loi, quand elle fonctionne, fonctionne bien. Or, notre loi est très inégalement appliquée sur l’ensemble du territoire :

-presque impossibilité de se faire pratiquer une IVG pendant les mois d’été ;

-insuffisance des moyens aboutissant à ce que les grossesses de plus de huit semaines ne sont plus prises en charge ;

-tarifs et remboursements différents selon les établissements ; 7

-impossibilité pour la femme de choisir la méthode d’fVG qui lui convient le mieux ;

-absence de centres de planification se traduisant par des accueils et des écoutes très différents d’un lieu à l’autre (du centre très médical et impersonnel à des accueils chaleureux permettant à la femme d’être le mieux à même d’assumer sa décision). (. .)

_ _ _ J tif anti-amendement, unitaire et très large se mit en place, incluant des membres de l’Eglise protestante, des hommes politiques, des juristes, des syndicalistes, des artistes, des écrivains qui ont en quelque sorte « sponsorisé » la campagne. Malgré les efforts des féministes et le soutien du collectif, le référendum pour l’amendement à la Constitution eut lieu en 1 983 et donna la majorité à la réaction, avec une abstention de 50 % néanmoins. Depuis l’avortement est non seulement illégal mais anticonstitutionnel.

Les « Pro-life » se sont-ils calmés après cette victoire ? Loin de là. Encouragés par leur succès, ils décidèrent de poursuivre leur offensive. En 1985, ils décidaient d’intenter un procès au DWWC pour « corruption de la morale publique ». Dans ses consultations, cette association ne donne-t-elle pas aux femmes des informations et des conseils en matière de contraception, des adresses et des filières pour aller avorter en Grande-Bretagne ? La « preuve » fut apportée par une femme (provocatrice) qui s’était introduite dans une permanence pour obtenir des adresses. . . Il y eut procès et condamnation. En janvier 1987, l’association, sur injonction du tribunal, dut arrêter son activité d’information et d’aide concrète aux femmes qui désirent avorter. La peur et la méfiance se sont installées. Même la publicité indirecte pour les cliniques d’avortement dans les magazines importés est censurée...

La solidarité : une urgence

Seul recours possible aujourd’hui pour les féministes irlandaises, saisir la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg. C’est ce qu’elles ont fait en 1988. Deux ans après, le 15 mai 1990 précisément, elles seront enfin entendues par les juges de Strasbourg qui ont considéré leur demande comme recevable...

Autre espoir, l’élection de Mary Robinson à la Présidence de la république, il y a quelques mois. Cette féministe convaincue, ancienne avocate qui a soutenu depuis le début les luttes des femmes, pourra-t-elle peser sur la politique du gouvernement irlandais ? Rien n’est moins sûr. Tout dépendra, qu’on le veuille ou non, des capacités de mobilisation propre des femmes en Irlande et du soutien dont elles pourront bénéficier dans les autres pays d’Europe. Notre solidarité leur est acquise mais le mouvement reste à construire... En attendant, on n’a toujours pas le droit d’avorter en Irlande même en cas de viol, d’inceste, de malformation du foetus, de risque pour la vie de la femme...

Le pire, c’est que ce cas exceptionnel aujourd’hui risque de faire école en Europe de l’Est. En Pologne, un projet de loi est en passe d’être adopté qui prévoit

Manifestation anti-avortement à Washington trois ans de prison pour les femmes qui auraient avorté et cinq ans pour les médecins qui auraient réalisé les avortements... (Voir l’article dans ce numéro) Bien sûr, la Pologne est le seul pays où l’emprise de l’Eglise catholique sur la population et la vie politique a atteint ce niveau. Reste que la dégradation de la situation est une réalité qui se vérifie un peu plus chaque jour. Les femmes de l’ex-Allemagne de l’Est sont bien placées pour le savoir. Depuis la réunification, sous couvert d’économies et de rentabilisation, des centres de planification familiale ont fermé. Les contraceptifs, autrefois gratuits, sont devenus payants. Et la menace de voir remise en cause, dans un délai de deux ans, la législation très libérale de RDA en matière d’avortement n’est pas écartée. En effet, dans deux ans, le parlement allemand devra se prononcer sur la législation définitive et en particulier décider si la législation future de l’Allemagne s’alignera sur l’actuelle législation de l’Ouest, très restrictive ou sur l’ancienne législation de l’Est, libérale *. Rien n’est joué et en attendant les femmes de l’Ouest ne se privent pas de faire du « tourisme » à l’Est mais il n’y a pas lieu d’être très optimiste pour l’avenir...

A moins que...

A moins que d’ici là, dans toute l’Europe ne se développe une mobilisation massive des femmes qui oblige les gouvernements à l’Est comme à l’Ouest à prendre en considération les besoins élémentaires des femmes, aujourd’hui bafoués dans le silence.

En France, la mobilisation unitaire qui a commencé avant Noël a obligé le gouvernement à prendre des dispositions pour empêcher les commandos catholiques intégristes d’extrême droite de saboter l’application de la loi. C’est un premier pas. Pourquoi ne serait-il pas possible d’aller plus loin et de développer une solidarité par delà les frontières ? Nous pensons qu’elle est non seulement nécessaire mais possible.

Claire Bataille

Manifestation anti-avortement à Washington

Notes

  1. 1. Voir Cahiers du féminisme n° 55, «L’Allemagne divisée sur la question de l’avortement. »

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