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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

L'Afrique sacrifiée

· Cahiers du féminisme, n° 56, printemps 1991 · p. 20-24 · 3 629 mots

_ _ I 'Afrique noire est mal partie », pro-

ÆÆ I phétisait, il y a quelques vingt ans,

René Dumont. C’est peu dire que le pronostic était juste. L’effondrement économique actuel du continent, doublé de la généralisation des conflits (pas moins de treize guerres, toutes plus sanglantes les unes que les autres, recensées au mois de décembre 1990), explique la vogue du concept dû au chercheur Zaki Laïdi : le déclassement international de l’Afrique. Les progrès technologiques ont rendu moins utiles certains transferts de matières premières vers les pays industrialisés ; la fin du système Est/Ouest limite l’intérêt des réseaux de clientèle jugés désormais d’un mauvais rapport qualité/prix ; l’aide à l’Europe orientale paraît tellement plus prometteuse...

Aussi, l’Afrique noire est-elle de plus en plus ignorée des opinions publiques, même au sein de l’Etat le plus interventionniste dans la région, la France. Qui, en dehors des spécialistes et des responsables, peut énumérer la liste des pays où l’armée française a, en 1 990, « protégé nos ressortissants », « aidé un gouvernement ami en difficulté », « n ’est pas intervenue (sic) dans les affaires intérieures » en laissant triompher une rébellion ? Chez les spécialistes et les responsables, il est de bon ton de porter l’Afrique comme une croix. Dans un certain imaginaire largement entretenu par les médias, ressortent quelques images fortes : les Blancs civilisés et démocratiques qui progressent résolument vers l’Oural ; les pres-qu’ égaux du Sud-est asiatique, concurrents redoutables mais capitalistes et travailleurs ; les Arabes qu’il convient de réduire à merci mais qui, du moins, « existent ». Pour l’Afrique noire, la fantasmagorie raciste ne produit plus guère qu’un soupir accablé.

A ce moment de l’histoire où l’effondrement du stalinisme a ouvert l’espace des affrontements Nord/Sud, il nous a paru nécessaire de tenter une approche des réalités vécues par les femmes du continent le plus pauvre de la planète. Nous n’avons aucune prétention à l’exhaustivité : l’Afrique noire est vaste et diverse.

L’objectif de ce dossier est de montrer comment, aujourd’hui, des politiques imposées de l’extérieur à des gouvernements dictatoriaux et corrompus produisent un enfoncement dans le sous développement qui frappe brutalement les femmes et de tenter de mesurer les effets, positifs ou négatifs, sur leur statut des formes prises par la résistance des sociétés à ces chocs.

Depuis le début de la décennie quatre-vingt, la quasi-totalité des pays d’Afrique noire connaissent une situation de double protectorat. Subsiste, notamment en Afrique francophone, la présence de l’ancienne métropole coloniale, forte de ses ressortissants, capitaux, influence et soldats. S’est

DOSSIER ajouté le poids désormais décisif des institutions financières internationales, Fonds monétaire international (FMI) et surtout Banque mondiale. Méconnues du grand public, plus puissantes que les trois quarts des gouvernements de la planète, les organisations dites de Bretton Woods fonctionnent comme les conseils d’administration des entreprises privées. Le droit de vote s’y exerce au prorata des contributions apportées et donc de la puissance financière des Etats membres. Avec 20 % des votes et une minorité de blocage, les Etats-Unis dominent totalement les deux institutions, dont le siège est à Washington, à cinq cents mètres de la Maison-Blanche. A titre d’ exemple, la vengeance étant un plat qu’il convient de savourer longuement, les Américains interdisent toujours qu’il soit accordé le moindre prêt au Viêt-nam et ce malgré les pressions de plus en plus vives des Français ou des Japonais. Les quatre contributeurs suivants, Japon, RFA, France et Royaume Uni parviennent de temps à autre à faire valoir leurs intérêts si ceux-ci ne sont pas ouvertement contradictoires avec ceux de l’impérialisme dominant. Le reste de la planète ne compte pas.

Les « boys » de la Banque ont fondu sur F Afrique au début des années quatre-vingt comme ils se sont abattus sur l’Amérique latine. La raison en était la crise de la dette, l’effondrement des balances des paiements qu’elle provoquait et les intérêts des créanciers du monde développé à voir reconstituer des flux dans leur direction. Le FMI et la Banque ont dressé un catalogue de mesures destinées à « assainir » les économies endettées, en contrepartie desquelles les gouvernements qui les acceptent se voient octroyer des prêts des dites institutions. Au delà, le reste des pays industrialisés emboîtant le pas des organes de Bretton Woods, aucun argent frais n’est accordé, sauf exception, à des Etats qui refuseraient les conditions de la Banque ou du Fonds.

Celles-ci sont contenues dans des programmes économiques qui portent le nom plein de poésie d’ajustement structurel. Forts du credo reaganien, les experts de la Banque ont imposé des dispositions d’essence libérale pure et dure, en les nuançant de temps en temps, moins en fonction des réalités que des rapports de forces.

L'ajustement structurel n’a pas visage humain

Sans entrer dans le détail de ces mesures, on notera qu’elles stipulent, entre autres, la vérité des prix (arrêt des subventions aux produits de première nécessité) ; la réduction massive du secteur public et des dépenses publiques « improductives » ; la mise en oeuvre de privatisations non moins massives ; la dévaluation de la monnaie, du moins pour les pays extérieurs à la zone franc ; l’ouverture du pays au marché international par la suppression des droits de douanes.

Les effets sociaux de ces plans, chacun le sait, sont dévastateurs.

La vente aux prix du marché des denrées alimentaires de base a provoqué de fortes hausses, encore renforcées, lorsqu’il s’agit de produits importés, par la dévaluation de la monnaie. Le résultat est une augmentation de la malnutrition dans la population urbaine. La Banque elle-même reconnaît que les programmes d’austérité « fragilisent les populations vulnérables comme les femmes et les enfants dans les bidonvilles urbains ». Les « connaisseurs » de l’Afrique ont longtemps expliqué que la capacité des pauvres du continent à amortir les chocs était plus élevée que dans les pays industrialisés en raison de l’entraide pratiquée par une famille très élargie ou de la « débrouillardise » (des femmes notamment) dans le secteur informel. En fait, l’UNICEF comme diverses ONG s’accordent aujourd’hui pour considérer que, dans beaucoup de pays, ce seuil est dépassé. Les petits métiers, même si on en pratique trois ou quatre à la fois, ne permettent plus de vivre dès lors que le chômage en forte croissance fait que l’on se bouscule dans le secteur informel. Pour les

Femmes africaines, banques et développement Extraits d’un article d’Andrée Michel, chercheuse féministe au CNRS, publié en anglais en août 1990, dans Peace Research, vol. 22 (n° 3)

Impact des programmes de stabilisation et d ’ajustement sur les économies sub-sahariennes.

(. . .) Au cours des années quatre-vingt, la baisse de la production agricole a été compensée par la croissance des importations alimentaires avec pour conséquence, une dépendance accrue vis-à-vis des puissances étrangères. Aujourd’hui, l’Afrique importe 25 % de sa nourriture contre 0 % il y a vingt-cinq ans. Aujourd’hui, la faim touche cent millions de personnes en Afrique sub-saharienne sur un total de quatre cent cinquante millions. Selon les prévisions de la Banque mondiale, la faim et la dépendance alimentaire en Afrique vont s’aggraver et toucher un milliard de personnes en 2010/...) Au cours des années quatre-vingt, il y a eu à la fois détérioration des échanges monétaires et chute des prix des produits de base (par exemple, les prix du café et du cacao ont baissé respectivement de 40 et 50 % en 1989.) De plus, les pays sub-sahariens ont vu leur commerce avec la Communauté européenne se réduire d’un tiers et leur participation au commerce mondial passer de 2,4 % en 1970 à 1 ,3 % en 1987. Le service de la dette représentait 47 % des bénéfices des exportations en 1989/... J 85 % de la population africaine vit maintenant au-dessous du seuil de pauvreté. Et la Banque mondiale prévoit qu’en 1995 le revenu par Africain sera inférieur à celui de 1970.(...)

Conclusions :

(...) La santé des femmes africaines (forte mortalité maternelle, malnutrition, forte fécondité et croissance rapide du SIDA) et l’éducation des filles sont particulièrement affectées [dans ce contexte]. Un rapport récent de l’UNICEF montre qu’entre 1979 et 1983, les dépenses pour la santé publique ont subi des réductions plus importantes que les dépenses millitaires dans cinquante six pays africains/... ) Les femmes africaines ont déjà élaboré une conception alternative du développement : « Pour que les femmes deviennent une force vitale dans leurs sociétés, les changements doivent être fondés sur une nouvelle théorie du développement qui intègre l’égalité des sexes. »

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DOSSIER femmes les plus pauvres, cela signifie le recours à la prostitution. La vente des jeunes enfants tend également à augmenter dans un contexte d’urbanisation brutale qui dilue les liens familiaux.

La réduction des dépenses publiques est un autre facteur d’aggravation de la condition des femmes. Dans les charettes de départs « volontaires » ou non de la Fonction publique (vingt-cinq mille réductions de postes au Ghana, quinze mille en Guinée, dix mille au Sénégal, par exemple), on trouve beaucoup de femmes. Il est exact que, dans bien des cas, les fonctionnaires sont loin de rendre les services que les citoyens sont en droit d’attendre. Une personne qui reçoit un salaire mensuel équivalent à trois jours de survie (professeur de l’enseignement secondaire en Tanzanie) n’est pas véritablement portée à la productivité ni même à la probité. Il reste que le dégraissage « sauvage », sans amélioration du fonctionnement de l’administration et sans que les exclus puissent retrouver du travail -le fameux secteur privé ne se développant pas à la seule nouvelle de la réduction du secteur public -provoque une aggravation de la misère. Moins qualifiées, du moins sur le papier, que les hommes, moins protégées par les relations personnelles ou ethniques, les femmes sont les premières sacrifiées.

En outre, les coupes claires faites dans les budgets de la Santé et de l’Education ont des répercussions immédiates sur les conditions de vie. Dans sa période reaganienne la plus échevelée, la Banque mondiale avait imaginé de faire payer à toute la population les soins de santé primaire, au nom de la vérité des coûts. On imagine sans mal le résultat. Désormais plus calmés, les experts n’évoquent plus que le paiement des interventions lourdes, du type des opérations chirurgicales. Mieux vaut donc éviter d’avoir l’appendicite lorsque l’on est pauvre en Afrique. Les hommes souffrent comme les femmes de ces réductions imposées à un système de santé qui n’était déjà pas vraiment performant, en dehors des grands hôpitaux des capitales suréquipés au profit des ressortissants étrangers et des privilégiés du régime. Les femmes, toutefois, accouchent, ce que ne font pas les hommes. En Afrique noire, elles accouchent beaucoup et meurent souvent, en raison de la malnutrition, de la rareté des installations médicales et de l’excision et autres infibulations répétées après chaque accouchement. De plus, tous les spécialistes s’accordent pour constater, depuis dix ans, une remontée de la mortalité en couches. Selon les pays, les chiffres varient entre deux cents et six cents décès pour cent mille accouchements (contre dix pour cent mille dans les pays développés) et sont sans doute sous-estimés. Les victimes sont les femmes les plus jeunes (les grossesses avant 1 8 ans sont très fréquentes) et les plus âgées en raison du nombre des grossesses. Que le recours à un professionnel de santé devienne payant, que ledit/ladite professionnel/professionnelle ne puisse plus se rendre en brousse parce que les réductions budgétaires lui auront supprimé sa jeep ou réduit son essence, c’est inéluctablement des mortes supplémentaires, sans parler de la mortalité infantile.

Quant à l’éducation, les mêmes experts de la Banque mondiale ont longtemps recommandé le paiement de la scolarité, dès l’école primaire, par les parents. Outre la conformité au dogme libéral et les gains budgétaires obtenus, le procédé aurait l’avantage d’inciter les familles à réduire les nais- sances pour procurer une bonne éducation à leurs enfants. Le raisonnement aurait, quoi que l’on en pense, quelque crédibilité dans les pays développés -lesquels n’ont pas besoin de limiter leurs naissances. En Afrique, notamment à la campagne, il est surréaliste. L’éducation payante signifie, au mieux, quelques garçons et aucune fille dans les écoles. Or, T analphabétisme féminin atteint 70 % en Afrique sub-saharienne. Revenus, depuis peu, à de meilleurs sentiments, les « boys » de la Banque ne prétendent plus qu’au paiement de l’enseignement secondaire ou supérieur, au motif que seules les classes aisées y ont accès et qu’on détourne ainsi des capitaux qui pourraient profiter à toute la population. Le constat n’est pas faux. La solution, elle, rejette définitivement les pauvres à l’extérieur des lycées et avec eux les filles. Quand on connaît les baisses de niveau de vie des classes urbaines, le nombre d’enfants par famille (cinq au moins), il est peu probable que l’instruction payante des filles se développe. A terme, c’est la constitution d’élites féminines qui est menacée.

Jamais à court d’imagination dès que celle-ci s’insère dans le dogme, la Banque souhaite renforcer le recours au secteur privé dans le domaine de l’éducation et notamment aux groupes religieux. Les fondamentalistes de toutes obédiences sont très contents, merci. L’émancipation des femmes via les religieuses ou l’école coranique est moins assurée... Le plus drôle -si l’on veut -est que l’un des objectifs majeurs du FMI et de la Banque est le ralentissement démographique, ce qui ne les empêche pas de financer le cadeau de la jeunesse féminine à des opposants à toute forme de contrôle des naissances. Délire !

Les mêmes assurent que les effets sociaux de l ’ajustement, certes regrettables, sont limités par le fait qu’ils touchent essentiellement la population urbaine, encore très minoritaire en Afrique. Les ruraux seraient au contraire favorisés par le relèvement des prix des denrées agricoles et incités à produire davantage. Passons sur le fait qu’une partie de l’alimentation de la population des villes est importée et admettons l’argument. On voit que le mécanisme se heurte précisément au statut des femmes. En schématisant, deux cas de figures existent. Dans le premier, à la suite de réformes agraires ou de privatisation des terres qui transforment droits d’usage en titres de propriété, les femmes ont perdu toute sécurité concernant la jouissance des terres, l’accès à la propriété agricole étant le fait des hommes, chefs de famille. Dans bien des pays, les femmes sont totalement exclues de l’héritage. Ce qui ne les empêche pas d’être presque les seules à travailler dans les champs. Selon la Banque mondiale, les femmes cultivent 80 % des denrées alimentaires, reçoivent 10% des revenus et possèdent 1 % des terres. Au mieux, elles commercialisent elles-mêmes une partie de leur récolte, d’où le mythe de l’autonomie économique des femmes africaines. C’est dire que les fameux « stimuli » du marché si efficaces -sur-le-paysan-chinois-travailleur-qui-vient-de-récupé-rer-la-propriété-d’une-terre ont peu de chances de clignoter à bon escient, travail et propriété ne coincïdant pas dans l’agriculture africaine. Si l’on ajoute que les perfectionnements technologiques sont enseignés dans les villages par des spécialistes mâles venus de la ville ou de l’étranger aux chefs de famille qui n’iront certainement pas les communiquer à ces êtres inférieurs que sont les

DOSSIER femmes (l’information, c’est le pouvoir), on comprend que les progrès agricoles soient lents.

Deuxième cas de figure : les hommes ont disparu, happés par les perspectives -fausses -d’emploi à la ville. Les femmes se retrouvent chefs d’exploitation (mais pas propriétaires) dans des proportions élevées (70 % au Congo). Leurs tâches traditionnelles se doublent des travaux, même plus limités, effectués

Les plaies de l'Afrique

ché » aura beau envoyer les signaux les plus mirobolants (ce qui n’est pas le cas) : entre la quête épuisante de l’eau et du bois de chauffe, le les semailles, la nourriture et les enfants, les femmes nes n’ont guère de chance apercevoir.

Il y a deux ans environ, s’adressait à la Banque bailleurs de fonds bilatéraux mandant de « donner l’ajustement structurel que l’un est antinomique que l’on ne peut espérer intérêts des banques créancières pays développés, faire marché jusqu’à la caricature « bavures » sociales. ments de choc qu’aucun tolérerait chez lui frappent nent d’une grande fragilité turelle.

Explosion démographique,

SIDA, détérioration des mes de l’échange et violence politique, les quatre plaies de l’Afrique, affectent brutalement les femmes.

L’Afrique est, à la différence des autres nents, en pleine transition mographique : une baisse (du moins jusqu'à tion du SIDA), mais qui reste au niveau antérieur. femme africaine a moyenne six ou sept enfants alors qu’une Européenne a un peu moins de deux et une Asiatique un peu plus de deux.

5 % des couples africains utilisent une contraception. Tous les sondages montrent que la majorité des femmes souhaitent, fut-ce au péril de leur vie, beaucoup d’enfants. Les raisons sont culturelles : une femme stérile est répudiée, rejetée par la famille de son mari, parfois par la sienne, comme maudite. Elles sont aussi économiques : les fils -et non les filles -sont la seule retraite et sécurité sociale possible, d’autant que les femmes héritent rarement, voire, comme au Zaïre, ne disposent pas elles-mêmes de leurs revenus professionnels gérés par le mari . Le résultat de l’explosion démographique est la pénurie de terres cultivables, une déforestation massive et dangereuse pour l’avenir, l’exode rural. Dans la vie des femmes, ce sont les grossesses répétées, toujours plus dangereuses. Des études montrent que le risque de mortalité s’accroît de 40 % après le quatrième enfant.

Côté forces de mort : le SIDA. Tous les chiffres en provenance des gouvernements africains sont scandaleusement sous-estimés. N’importe qui Afrique orientale ou centrale sait est omniprésent. Dans la les familles aisées font sa-que x est décédé d’ « une courte maladie », la « short illness » des anglophones. Tout le monde comprend. Dans la me, on côtoie soudain une personne brutalement amaigrie : elle allait bien un mois avant ; dans deux semaines, elle sera morte. tiers monde, le SIDA tue au premier vims rencontré. études sociologiques en sont balbutiement. En Tanzanie, transmission du mal semble s’efpartir des « élites » (marofficiers) qui voyagent et ont d’argent pour multiplier les rela-sexuelles. L’homme « riche » a maîtresses, de préférence très 18 ans) : la proportion de séropositives ne cesse de croître les nombreuses adolescennanties d’un protecteur qui les vivre, elles et une partie de la famille. Comme elles ont aussi amis de coeur » du même qu’elles, l’épidémie progresse vite...

La détérioration des termes T échange tue moins vite les �potentialités de développeque le SIDA les personnes tout aussi sûrement. En dix à l’exception du pétrole dont fluctuations obéissent à d’autres facteurs, presque toules matières premières produites par l’Afrique ont vu leurs prix relatifs baisser. En outre, les exportations en volume (sans tenir compte des prix) ont également régressé sous l’impact des progrès technologiques, qui réduisent la consommation de matières premières, et de la concurrence asiatique pour certaines denrées agricoles et pour le textile.

Quant à la violence politique, elle est si connue qu’il n’est pas besoin de s’appesantir. Les régimes dictatoriaux et corrompus sont la règle. N’est-il pas de notoriété publique que tel chef d’Etat conserve en Suisse une fortune représentant l’équivalent de la dette extérieure de son pays ? Que l’emprisonnement et l’assassinat des opposants sont des méthodes ordinaires de gouvernement ? Le tout avec la bénédiction légèrement pincée des puissances occidentales protectrices. Pour paraphraser le mot célèbre d’un Américain à propos d’un caudillo latino-américain: « C’est un salaud,

DOSSIER mais c’est notre salaud ». Plus encore que la répression politique directe, les femmes subissent les effets des interminables conflits nés du tracé des frontières de la décolonisation ou des affrontements des seigneurs de la guerre qui (Libéria, Tchad. ..) mettent des régions entières en coupe réglée. Plus de douze millions de réfugiés en Afrique sur quatre cent soixante millions d’habitants. Pour les femmes, quand ce n’est pas l’assassinat d’elles-mêmes ou de leurs familles, c’est bien souvent le viol, toujours la disette, la fuite et la peur. S’il y a eu à l’époque des indépendances, notamment de celles des colonies portugaises, des mouvements de libération auxquels des femmes avaient pris une part active, cette période est révolue. La notion de multipartisme. Chance pour les femmes ? L’aspect indéniablement positif est que les chocs encaissés en matière sociale que nous avons longuement évoqués, les traumatismes infligés au corps social ne se traduisent pas inéluctablement par la montée de forces réactionnaires. Sans doute, le fondamentalisme musulman recrute t-il beaucoup dans certaines régions.

Toutefois, son formalisme religieux, sa frénésie de puritanisme sexuel « prennent » mal au sud du Sahara. Sans doute, les marabouts sont-ils aussi puissants en ces temps difficiles qu’ils ne Tétaient hier mais le sont-ils davantage ? Pour l’heure, la référence est l’Est (vu comme la possibilité de

Afrique

plupart des bandes armées actuelles sont à 100 % masculines et si elles gardent le mot « libération » dans leur sigle, la réalité est loin du concept.

Le pluripartisme : une chance pour les femmes ?

L’élan donné par la dislocation des régimes est-européens à l’aspiration des populations urbaines d’Afrique à la démocratie et au pluripartisme est le phénomène le plus passionnant de Tannée écoulée. La pression -manifestations, émeutes, mouvement profond de l’opinion -a été suffisamment forte pour que des gouvernements aussi dictatoriaux que ceux de Bongo au Gabon ou d’Hou-phouët-Boigny acceptent l’idée d’élections et la renverser des dictatures par la pression populaire) et quoi que Ton pense de celle-ci, elle est, pour les femmes, plutôt plus favorable qu’une autre. Il reste que les formations politiques qui se constituent, à la faveur de la libéralisation, ne sont pas vraiment féminisés et a fortiori pas vraiment féministes. La fragilité de la base sociale des oppo-sitionnels, appartenant aux élites urbaines, est très grande.

Ce contexte permet pourtant d’espérer que des femmes puissent disposer d’un espace politique où la question des statuts personnels, de l’oppression et de leurs droits serait mise sur le devant de la scène. Fragile espoir, mais qui ne peut être écarté.

Oriane Méricourt.

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