La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Femmes au pays des médias

Cahiers du féminisme, n° 57, été 1991 · p. 14-21 · 6 450 mots

Grands reporters , correspondants de guerre. . . Dans V esprit du public, des noms synonymes de bravoure, d'héroïsme, de danger, parfois de mort. Et synonymes de virilité. Des noms qui ne s'employaient qu'au masculin.

Il nous faut aujourd'hui revoir notre vocabulaire. A l'occasion de la guerre du Golfe, personne n 'a manqué de remarquer la présence, en nombre, des femmes reporters : elles étaient là, sur nos écrans de télévision, commentant les événements en direct des régions les plus exposées.

Ces femmes qui ont conquis l'égalité face au danger, qui sont-elles ? Et derrière ces circonstances exceptionnelles, quelle est la réalité de la profession ? Les médias, symbole par excellence de la modernité, seraient-ils un des domaines où l'égalité professionnelle « semée » par la décennie Mitterrand, selon la formule publicitaire du PS, aurait pris racine ? C'est ce que nous avons eu envie d'aller voir de plus près (pages IJ à 21).

Nous voulions en même temps apporter, avec ce dossier, notre -modeste -contribution à la réflexion sur le traitement de l'information par les médias (pages 22 à 27).

Les journalistes ayant été, à l'issue de la guerre, souvent mis sur la sellette, nous nous attendions à quelques difficultés, à des réticences, ou même à des fins de non-recevoir. Nous avons été heureusement surprises : nous avons été reçues partout avec attention et chaleur. Seules les obligations professionnelles de quelques-unes, et surtout notre propre manque de disponibilité, ont limité l'éventail de notre enquête.

Que toutes celles que nous avons rencontrées soient ici vivement remerciées. Dossier réalisé par Claire Bataille, Anne-Marie Granger et Catherine Rosehill.

DOSSIER

Le nombre important de femmes reporters n’est pas, en fait, une nouveauté toute récente, nous ont précisé d’emblée nos interlocutrices. Leur entrée dans les services de politique étrangère des divers médias date de quelques années, et elles étaient déjà très nombreuses à couvrir les événements dans les pays de l’Est, l’an dernier. Si leur présence a été tellement remarquée cette fois, c’est, selon Isabelle Baillancourt, grand reporter à TF 1, en raison du « fantasme de la guerre », et parce que celle-ci « reste associée à l’idée masculine ». Tout cela renforcé par l’hyper-médiatisation de ce conflit : « Sans lui, nous aurions continué notre bonhomme de chemin ».

Christiane Chombeau, journaliste au Monde, et qui vient de réaliser une enquête sur la même question ', rappelle que ce n’est pas la première fois que des femmes journalistes « font » des guerres. Plusieurs de celles qui sont allées dans le Golfe avaient auparavant couvert le Liban ou l’Iran, dans des situations souvent extrêmement difficiles. Mais on les avait peu remarquées, jusqu’ici, « leur préoccupation n ’était pas de se mettre en avant ». Durant le conflit du Golfe, « il s ’est produit une sorte d’effet " de masse ", parce qu ’elles étaient très nombreuses : toutes les chaînes voulaient avoir des commentaires en direct des différents pays. C’est ainsi que le public les a découvertes ». D’après elle, les femmes seraient même devenues, à cette occasion, une « valeur de promotion » pour les chaînes, une sorte de « faire-valoir ».

La vie en rose ?

Isabelle Baillancourt trouve cette remarque « un peu insultante ». Mais en même temps juste. Pour elle, cela est lié à l’évolution de la télévision elle-même : « Un journal, aujourd’hui, est fait essentiellement d’images de reportages : avant il y avait beaucoup moins d’envoyés spéciaux. La concurrence entre les chaînes les a obligées à se donner chacune leur propre identité. Ainsi, quand nous faisons un plateau en fin de reportage, c ’est une façon de signer notre travail. On se retrouve dans un système à l’américaine, avec la guerre des chaînes... Le public sait désormais que une telle, c’est TF1, une telle, Antenne 2. C’est aussi cela qui fait qu’on nous remarque plus aujourd’hui. » Il ne faudrait cependant pas oublier, tient-elle à préciser, que le travail de télévision est un travail d’équipe, que les reporters ne seraient rien sans les cameramen et les monteurs, des hommes pour la plupart. On devine une pointe d’énervement dans sa voix : « Toute la presse féminine, de Voici à Elle, s’est emparée de cette question des femmes reporters. Aucune de nous n’avait envie d’être mise en avant de cette façon. » Il semble aussi que cette sorte de publicité ait quelque peu agacé leurs collègues masculins, qui à la fin « en avaient ras-le-bol ! »

Un des effets de cette « mise en avant » est que beaucoup de femmes journalistes voient désormais « tout en rose », a constaté Christiane Chombeau lors de son enquête : elles se disent qu’elles sont enfin reconnues comme de vraies professionnelles, au même titre que les hommes. Elle, pour sa part, semblait plus sceptique. Les témoignages que nous avons recueillis de notre côté nous ont révélé une réalité aux couleurs effectivement plus contrastées.

On est loin, certes, de la situation qui prévalait dans les années soixante, lorsque Martine Allain-Regnault, actuellement responsable du secteur santé à TF1, a commencé sa carrière. A l’époque, les femmes étaient encore rares dans les rédactions, si ce n’est totalement absentes. Elle se souvient en riant de ses débuts, en 1962, dans une revue scientifique : « On m ’avait demandé de prendre un pseudonyme avec un prénom ambigu, comme Claude ou Dominique. Il fallait que les lecteurs puissent croire que c’était un homme qui écrivait les merveilleux papiers que je publiais ! » L’année suivante, elle est entrée au Monde : « Pendant longtemps les femmes n ’ont pas eu le droit de venir y travailler en pantalon. »

En 1974, lorsque Christiane Chombeau est entrée à son tour dans cette noble maison, la chose était encore mal vue... Elle nous raconte comment, dans ce début des années soixante-dix, les candidates au concours d’entrée du Centre de formation des journalistes étaient mises en garde contre ce métier « très dur pour les femmes ». Celles qui ne se laissaient pas décourager s’entendaient dire ensuite, dès les premiers cours de formation-radio : « Comment voulez-vous que l’on vous prenne au sérieux avec votre voix aiguë ? » Quant à montrer une femme à la télévision, en dehors des speakerines, c’était très rare, il fallait qu’elle soit vraiment hyper-spécialiste.

Dominique Pradalié, aujourd’hui rédactrice en chef à Antenne 2, a connu elle aussi cette époque : elle est entrée à la télévision au temps de l’ORTF, comme pigiste au service des échanges avec les télévisions étrangères. Au bout d’un an, ayant appris qu’on recherchait quelqu’un pour un poste de responsable d’édition (l’équivalent de secrétaire de rédaction), elle s’est proposée. Mais sa candidature a été refusée. A ses demandes d’explication, il lui fut répondu que son tort était. . . d’être une femme : « J’étais stupéfaite. Cela m ’a paru moyenâgeux... » C’était en 1970.

Puis, peu à peu, le monde de la presse est sorti du Moyen Age. Malgré les obstacles et les arguments dissuasifs, les femmes représentaient déjà, au début des années soixante-dix, un tiers environ des effectifs dans les écoles de journalisme. Progressivement, elles ont pénétré dans les rédactions, d’abord dans la presse nationale, puis à la télévision et à la radio. Selon Christiane Chombeau, cette entrée des femmes s’est faite souvent à l’occasion de réformes ou de crises, lors de l’éclatement de l’ORTF par exemple, plus tard lors des privatisations des chaînes de télé. Quelques hommes « de bonne volonté », dans les directions des médias, ont également joué un rôle important -Jean Daniel au Nouvel Observateur, Elkabbach sur la deuxième chaîne... C’était aussi l’époque où le mouvement des femmes pesait d’un poids certain sur la scène sociale ! Pour Dominique Pradalié, il a sans doute « culpabilisé un certain nombre de responsables masculins », qui ont cherché à moderniser leur image de marque : Elkabbach, lorsqu’il a embauché dix femmes en 1976, « a pris grand soin de le faire savoir, pour montrer combien il était progressiste ». Si bien qu’une certaine presse a fait de ces femmes « le bataillon de choc et de charme » d’El-kabbach...

Le mouvement des femmes a exercé une influence indirecte, estime de son côté Christiane Chombeau, en « préparant le terrain » pour les années suivantes. Il y a eu ensuite le rôle joué par le ministère d’Yvette Roudy et sa loi sur l’égalité professionnelle : « Non que cette loi ait été très contraignante, mais elle a créé un certain climat, les grands médias ont voulu se poser en modèles. »

Les mauvaises raisons de la féminisation

Les femmes étaient rentrées... Mais elles ont tout de suite été affectées -peut-on s’en étonner ? -aux domaines traditionnellement considérés comme « féminins » : l’éducation, la santé, éventuellement la culture. Dans l’ensemble des médias, la politique étrangère comme la politique intérieure restaient le domaine des « grands messieurs ». Le reportage était considéré comme une affaire d’homme, trop dangereux pour les « faibles créatures ». Ce cantonnement des femmes dans certains secteurs se doublait d’autres ambiguïtés, précise Christiane Chombeau : « On a recruté des femmes parce que c ’était l ’air du temps, mais on en a également profité. La plupart ont été embauchées à des salaires inférieurs à ceux des hommes. Sans doute y avait-il aussi l ’idée, bien ancrée dans beaucoup de têtes masculines, que les femmes étaient plus malléables. Bien sûr, tout cela restait à l ’état de non-dits ! »

Epoque révolue ? A ne regarder que la surface des choses, on pourrait le penser : les femmes ont réussi à sortir de ces rubriques-ghettos, elles ont pénétré dans la plupart des bastions des « grands seigneurs ». Non sans mal bien souvent. Mais maintenant elles sont là, et bien là (avec cependant quelques poches de résistance masculine non négligeables : quasiment tous les grands quotidiens de province).

Et la réussite d’un certain nombre d’entre elles -sans parler des « stars » comme Ockrent ou Sinclair -permet à d’aucuns, fort nombreux en ces temps où le féminisme a mauvaise presse, d’affirmer qu’aujourd’hui « il n’y a plus de problème pour les femmes ». Tout ne serait plus qu’affaire de volonté individuelle. Au cours de nos entretiens, plusieurs journalistes, notamment parmi les plus jeunes, nous ont dit n’avoir en effet jamais rencontré de difficultés particulières en tant que femme dans ce métier. Leurs propres témoignages, cependant, apportent quelques bémols à ces affirmations.

Martine Laroche-Joubert, qui fait du reportage à l’étranger depuis plusieurs années, pour Antenne 2, évoque ainsi les « mauvaises raisons » de la féminisation du métier de reporter : « Les hommes préfèrent de plus en plus être dans la hiérarchie ou présenter le journal, c ’est mieux payé et plus valorisant. » Les femmes deviendraient donc, selon elle, reporters « par défaut » ; sa collègue Isabelle Baechler va jusqu’à parler de « prolétarisation » de ce métier. Véronique Taveau, reporter au service étranger d’Antenne 2 comme les précédentes, estime ce terme un peu excessif, mais, pour elle également, c’est bien la non-reconnaissance du travail de journaliste sur le terrain qui est en cause : « Le reporter n ’est pas valorisé. Aujourd’hui, il faut se montrer à l’écran pour être reconnu. »

Derrière la vitrine

En fait, nous avons retrouvé, au cours de notre enquête, des phénomènes bien connus, presque banals. Des mécanismes qui ont pour nom inégalités, discriminations -même si, faut-il le rappeler, les journalistes représentent le « haut de gamme » de l’emploi féminin dans les médias (un grand nombre de femmes étant, là comme ailleurs, affecté aux emplois de bureau les moins bien payés. 2)

En 1988, le Syndicat national des journalistes (SNJ) de FR3 dressait, dans un rapport, un réquisitoire particulièrement sévère de la situation des femmes journalistes dans cette chaîne 3 : les présentatrices des journaux télévisés n’y seraient qu’une « vitrine », un argument que l’on peut « brandir dans les dîners en ville pour démontrer que le thème de l’égalité est désormais dépassé. » Mais, poursuivait le rapport, « s’il fallait une preuve du mensonge que peut véhiculer volontairement ou involontairement une chaîne de télévision, nul doute que celle-là pèserait lourd. Derrière la vitrine, lorsqu ’on plonge dans la réalité de l ’entreprise, la vérité est bien différente. »

Et ce syndicat d’établir une série de constats, tous accablants : « Non seulement une femme a moins de chances qu ’un homme d’entrer à FR3, mais une fois entrée dans la société, ses chances de promotion et le niveau de son salaire évolueront moins vite que ceux de ses confrères. » La disparité salariale moyenne était ainsi, en 1988, de... 3500 F ! L’arrivée plus tardive des femmes à FR3 pourrait expliquer un écart de cinq à six cents francs, précise le rapport, « elle ne peut en aucun cas justifier l’ampleur de la différence ».

Selon Suzanne de Morlhon, journaliste à FR3, la situation n’a guère évolué depuis la rédaction de ce rapport : « Alors que dans les écoles de journalisme, les femmes sont aujourd’hui majoritaires, il n’y en a toujours guère plus de J 5 % ici. C’est bien sûr parmi les journalistes de base, les rédacteurs, qu ’elles sont le plus nombreuses ; plus on monte dans la hiérarchie, moins il y en a. » Les rémunérations étant établies selon une grille, il ne devrait théoriquement pas y avoir, à ancienneté égale, de différence, « mais il y a les promotions individuelles, qui se font au choix : comme par hasard, ce sont presque toujours des hommes qui sont promus. Les choix sont faits par les rédacteurs en chef, qui sont seuls juges, avec les directeurs régionaux. » Il y a deux ans� un certain rééquilibrage a enfin été obtenu, à la suite de mouvements de grève (qui portaient également sur le réajustement des salaires de

FR3 sur ceux d’Antenne 2). Mais fondamentalement, la situation n’a guère changé : « les femmes restent les plus mal loties ».

Toutefois ces constats ne seraient pas, d’après Isabelle Baillancourt, représentatifs de la situation de la majorité des femmes journalistes aujourd’hui : « Le service public, et notamment FR3, est en retard. Ici, à TF1, la situation est différente. Nous avons une rédaction très féminine, et plus jeune que sur les autres chaînes : lors de la privatisation de TF1, plusieurs " anciens " ont préféré partir, on a alors recruté beaucoup de femmes, dans tous les services, y compris les " grands " services. La présence d’une femme à la direction, Michèle Cotta, a sans doute joué dans le même sens. »

Les chiffres de la Commission de la carte des journalistes professionnels, malheureusement, relativisent cette vision optimiste : si la féminisation a fortement progressé durant la décennie quatre-vingt, et si FR3 est effectivement à la traîne, on reste loin d’une réelle mixité (cf. tableau) : les femmes ne représentent encore qu’un tiers de la profession. Elles sont en revanche sur-représentées parmi les pigistes (46 %). Hasard ? Les pigistes sont, à de rares exceptions près, les journalistes les plus exploitées, courant sans cesse d’une rédaction à l’autre pour proposer un article, un reportage, ou dénicher une commande, payé(e)s à des taux souvent dérisoires (sans parler des employeurs indélicats qu’il faut relancer jc fois pour arriver à se faire payer...). Selon une enquête réalisée par l’Association des femmes journalistes il y a quelques années, 10 % au mieux des pigistes s’en sortent à peu près convenablement 4. Pour les autres, c’est souvent la galère... Or beaucoup de médias -les mensuels féminins notamment -ont actuellement tendance à fonctionner de plus en plus avec des équipes restreintes de permanents et un grand nombre de pigistes.

En matière de salaires et de déroulement de carrière, Isabelle Baillancourt n’a pas le sentiment d’une différence de traitement entre hommes et femmes à TF1. Si les femmes ont souvent moins de responsabilités, « cela ne tient pas forcément au sexisme », à son avis, mais simplement à leur moindre ancienneté. Toutes ses consœurs ne partagent pas ce point de vue. Pour Véronique Taveau, qui fait partie de la même génération des trente ans, il s’agit bien de discriminations, et la situation est grosso modo semblable sur toutes les chaînes : « Les rythmes de carrière des femmes sont ralentis. Un homme, par exemple, sera en général beaucoup plus rapidement promu au rang de grand reporter. Or cette promotion se traduit par un gain financier appréciable. »

Selon Martine Laroche-Joubert, les femmes elles-mêmes, bien souvent, ne pensent pas -ou n’osent pas -réclamer des augmentations de salaires. Elles sont « tellement contentes » de partir en reportage qu’elles ont « tendance à abandonner ce terrain ». Les directeurs, bien entendu, en profitent, « ils jouent sur ce plaisir ».

Si l’on regarde la répartition des postes de responsabilité, les discriminations sont encore plus flagrantes : à Antenne 2, par exemple, on ne trouve qu’une seule femme parmi les chefs de service, aucune parmi les chefs de service adjoints. La situation n’est pas beaucoup plus avancée au Monde. Même dans les journaux féminins, nous a-t-on dit, ces postes sont très disputés.

Dominique Pradalié fait partie, en tant que rédactrice en chef, des rares femmes de la hiérarchie d’Antenne 2. Jusqu’en février, elle était responsable des journaux du week-end (depuis, elle a été « débarquée » de ce poste, comme on le verra dans l’article suivant). La seule autre femme rédactrice en chef en poste est responsable de Télématin : « Ces affectations ne doivent rien au hasard. Ce sont les deux secteurs les plus ingrats de la rédaction, ceux dont personne ne voulait. Assurer Télématin, cela veut dire se lever tous les jours à 2 h ; assurer les journaux du week-end, c ’est vivre à l ’envers de tout le monde, travailler les samedis et dimanches de 8 h 30 à minuit ou plus. En outre, dans l ’un et l ’autre cas, tout est cent fois plus difficile -convaincre un invité de venir sur le plateau de bon matin, trouver les gens le week-end, etc. » Ces deux éditions ne sont pas considérées comme valorisantes, conclut-elle : « Pour les éditions dites " majeures ", en revanche, tous les rédacteurs en chef sont des hommes ! »

Christiane Chombeau résume la situation actuelle en une phrase : « Les femmes ont réussi à s ’infiltrer dans les médias, traditionnellement machistes, mais tout ce qui est " noble " reste encore fondamentalement masculin. » Nombre de témoignages corroborent cette affirmation.

Source : Commission de la carte des journalistes professionnels

Source : Commission de la carte des journalistes professionnels.

Dès qu’une affaire prend de l’importance, par exemple, tous les hommes se précipitent. Suzanne de Morlhon note que ceux-ci se réservent toujours <r les sujets clés ». Ayant travaillé auparavant dans un quotidien sur le vin, elle a pu faire reconnaître sa spécialisation à FR3, où elle est chargée de l’agriculture. Mais sans illusions : « C’est un domaine peu gratifiant. Le monde agricole n ’a plus de pouvoir politique, il n ’intéresse plus la majorité de mes collègues masculins... »

On pourrait multiplier les exemples : dans la presse écrite, éditoriaux et grandes analyses sont toujours dus, sauf rares exceptions, à des plumes masculines. A France-Inter, si les voix féminines ne sont plus taboues, les bulletins d’information les plus importants (8 h, 13 h, 19 h) restent l’affaire des hommes. Une Christine Ockrent ou une Anne Sinclair ne sont que « l’exception qui confirme la règle », un « miroir aux alouettes », la « bonne conscience d’une télévision misogyne », selon les expressions des unes et des autres. Même au niveau de la vitrine, fait remarquer Suzanne de Morlhon, il y a aujourd’hui recul : c’est à nouveau un homme qui présente Soir 3, et la journaliste du duo du 19-20 h sert surtout de « faire-valoir » à son collègue masculin. Les mêmes mots, les f

L’Association des femmes journalistes

Créée en 1981, l’AFJ regroupe des femmes journalistes de tous horizons, travaillant dans les divers médias, écrits ou audiovisuels. Au départ de leur action, un double constat. D’une part, si de nets progrès ont été réalisés au plan quantitatif (progression du nombre de femmes journalistes), « qualitativement la marche est encore longue » : les femmes sont par exemple « une majorité de pigistes et une minorité de reporters et de rédacteurs en chef : signe de cette précarité qui caractérise l’emploi des femmes ».

L’AFJ constate d’autre part qu’après les années de grandes mobilisations pour l’obtention de nouveaux droits, l’information-femme, dans

Avoir des enfants ?

médias, « s’est aujourd’hui beaucoup recentrée sur des success-stories de femmes au pouvoir qui ne rendent pas compte de la situation de la majorité des femmes ». L’Association des femmes journalistes veut donc être « un lieu d’échanges et de solidarité » afin de « promouvoir l’information sur le statut et les réalisations des femmes, faire évoluer l’image des femmes dans le langage et les médias, améliorer la situation des femmes journalistes ». L’AFJ organise régulièrement des débats publics sur des sujets d’actualité ou des questions de société négligées par les médias et décerne chaque année le Prix AFJ du documentaire lors du Festival de films de femmes de Créteil (attribué cette année au Temps enfermé de l’Allemande de l’Est Sybille Schônemann), ainsi qu’un prix de la presse écrite récompensant « l ’article qui a le mieux rendu compte de l 'évolution des femmes dans les sociétés contemporaines ».

Association des femmes journalistes, Maison de l l’Europe, 35, rue des Francs-Bourgeois, 75004 Paris. j mêmes phrases sont revenus au cours de tous nos entretiens : « Les hommes sont toujours à l’affût du pouvoir ! De temps en temps, les directions cherchent à mettre des femmes en avant, c’est bon pour leur image de marque. Mais les hommes lâchent difficilement le pouvoir, et dès qu ’ils peuvent récupérer cette place, ils le font ! » Il y a aussi des femmes qui aiment et recherchent le pouvoir, bien sûr. Des femmes qui « ont de l ’ambition » -mais alors, attention, on ne leur pardonnera pas le moindre faux-pas : Christiane Chombeau rappelle la façon dont on s’est acharné sur Christine Ockrent, alors qu’elle n’était certainement pas la seule à avoir un salaire aussi scandaleux. Dans leur grande majorité cependant, les femmes restent moins soucieuses que les hommes de leur « carrière », note Isabelle Baechler : « Elles font plus facilement des pauses pour réfléchir, se remettre en question, elles savent reconnaître un éventuel passage à vide. Pour les hommes, c ’est une marque de faiblesse, eux pratiquent la fuite en avant. »

Et toutes, même celles qui estiment que dans ce métier les femmes n’ont pas de problème spécifique, se retrouvent d’accord sur un constat, véritable leitmotiv : « On demande plus aux femmes qu ’aux hommes, elles doivent sans arrêt prouver leurs compétences. » En faisant « du reportage intensif », par exemple, précise Isabelle Baillancourt, pour qui les femmes sont « plus anxieuses, plus consciencieuses », alors que les hommes sont « plus relax ». Christiane Chombeau a retrouvé, au cours de son enquête, la situation qu’elle-même avait vécue lors de ses débuts dans le métier : « Les jeunes journalistes font toutes la même chose, ce sont elles qui assurent toutes les permanences, les weekends, l’été, etc. Elles sont prêtes à se déplacer n ’importe où, à sauter sur toutes les occasions, à se " défoncer ", elles acceptent les " petits " comme les " grands " sujets. Tandis que les hommes, même au début, choisissent beaucoup plus, recherchent ce qui est valorisant. Les femmes, elles, sont toujours disponibles, véritablement corvéables à merci. »

C’est à ce prix qu’elles ont pu sortir des fameux créneaux « féminins » des rédactions ! Pendant des années, rappelle Dominique Pradalié, les services de politique étrangère leur ont été fermés, sous prétexte de sécurité, « mais quand, en pleine période creuse, il fallait à l ’improviste envoyer quelqu’un sur une affaire.... on ne trouvait alors souvent que des femmes. C’est ainsi que plusieurs ont fait leurs premières missions à l ’étranger, parfois sur des terrains dangereux. Il est devenu plus difficile de continuer à leur interdire l’accès des services étrangers. » De même, lorsque la crise du Golfe a éclaté, en plein mois d’août, les permanences étaient assurées... essentiellement par des femmes. Beaucoup de femmes reporters sont ainsi devenues « spécialistes de fait » des zones « chaudes ».

Mais cela suppose, on le devine, �ne très grande disponibilité : choisir le reportage, surtout à l’étranger, c’est un véritable « choix de vie », selon Véronique Taveau, « cela signifie qu ’on fait une croix sur une partie de notre vie privée, notamment sur un éventuel désir d’enfant. Un enfant, ce n ’est pas un petit chat qu ’on peut laisser à quelqu’un d’autre. C’est difficile d’être femme et reporter ! »

Martine Laroche-Joubert fait figure d’exception : elle est, avec une consœur de la Cinq, la seule femme reporter à avoir des enfants. « Sans eux j ’aurais eu beaucoup de mal à équilibrer ma vie. En même temps c ’est torturant : lorsque je pars dans des endroits dangereux, je n ’ai pas peur pour moi-même mais je me sens terriblement culpabilisée vis-à-vis d’eux. » Ce type de métier suppose en outre toute une organisation matérielle : « Il faut tout prévoir à l ’a-vance, organiser la garde des enfants. Je vis seule avec ma fille de vingt ans et mon fils de neuf ans. J’ai en permanence une jeune fille

Le regard des autres...

domicile, et quand je pars, je fais venir une tante de province. Il faut vraiment avoir les moyens d’être grand reporter ! Sans les pensions alimentaires que je touche pour mes enfants, je n y arriverais pas. »

Ces « cas » mis à part, les femmes reporters qui choisissent d’avoir des enfants ont plus tendance que les hommes à se « sédentariser », Christiane Chombeau l’a constaté à maintes reprises : « Même si elles ont un compagnon. Bien sûr elles aimeraient plus de partage, mais ce n ’est pas le seul problème. La femme qui décide d’avoir un enfant n ’a pas envie de passer à côté. » Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne fera plus de déplacements : « Désormais elle va choisir des reportages qu ’elle peut gérer, elle refuse tout ce qui suppose des départs à l improviste, des durées indéterminées ... Elle n a plus cette disponibilité totale du début. » Cependant, ajoute-t-elle, cela ne devrait pas être perçu comme une limitation : c’est le signe que les femmes savent rester « plurielles », alors que la plupart des hommes « continuent à jouer un personnage monolithique, ils n ’ont pas encore réussi vraiment à se situer par rapport à la paternité, le travail reste leur dernier bastion ».

D’autres, comme Dominique Pradalié, ont fait le choix de rester célibataire et sans enfant : « Ce choix me donne une disponibilité, une grande force, je peux par exemple continuer une discussion jusqu ’au bout sans être déchirée à l’idée des enfants qui m’attendent. Cela me rend plus cohérente car, dans une large mesure, je ne dépends que de moi. »

Toutes, en tout cas, constatent que pour les hommes le dilemme ne semble pas se poser : la plupart des reporters masculins, eux, ont des enfants...

Ainsi, au fil des témoignages, la réalité qui se dessine s’éloigne du mythe de l’égalité conquise : en 1991 encore, les femmes journalistes ne semblent pas être des journalistes tout à fait comme « les autres » -entendez « les hommes ». En revanche, toutes nos interlocutrices nous ont dit n’avoir jamais rencontré d’obstacle particulier, en tant que femme, sur le terrain -hormis quelques circonstances très particulières. Martine Laroche-Joubert, par exemple, en douze ans de métier, n’a qu’un cas à citer, celui de l’Arabie Saoudite, où elle s’est rendue au début du conflit du Golfe : les journalistes occidentales devaient s’habiller très strictement, n’avaient pas le droit de conduire. Elle-même s’est vu une fois refuser l’entrée d’un bureau de poste et a dû demander au cameraman de téléphoner à sa place... Mais cela ne l’a pas empêchée de faire son travail, précise-t-elle.

A cette exception près, le fait d’être une femme ne semble pas constituer un handicap. Cer-

DOSSIER r

Regards de femme

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Deux fauteuils en vis-à-vis, une lumière douce, un décor sobre. C’est le cadre de l’émission « Regards de femme », qu’Aline Pailler anime depuis trois ans sur FR 3, dans les studios de la station de Toulouse : une demi-heure de dialogue en tête-à-tête avec une autre femme, connue ou inconnue. Loin des grands shows médiatiques qui mettent en spectacle les sujets dits de société, Aline Pailler a choisi le mode de la conversation, privilégie le témoignage personnel. Le principe même de son émission -n’inviter que des femmes -naturellement nous « interpelle », comme on dit. Nous avons voulu la rencontrer.

Aline Pailler ne se dit pas féministe, elle ne prétend pas « militer » pour les droits des femmes : « Mon objectif est de donner la parole aux femmes quelles qu ’elles soient. » Elle fait cette émission plus « par envie de rencontrer des personnes intéressantes » que pour « servir une cause ». Mais, ajoute-t-elle, « le fait même de faire confiance aux femmes, en n ’invitant qu ’elles, c ’est une manière de défendre leur droit à l ’expression. Parler dans cette émission des problèmes des femmes, de leurs désirs, cela ne peut que les aider, aider à la défense de leurs droits. »

« Regards de femme » intègre souvent, dans ses émissions, des extraits des anciennes émissions d’Eliane Victor, une des premières à avoir abordé à la télévision, dans les années soixante, toutes les questions touchant spécifiquement les femmes. Repasser ces extraits, c’est pour Aline Pailler une façon d’« éclairer notre société », de mesurer le chemin parcouru -en rediffusant par exemple des enregistrements concernant l’éducation sexuelle, la contraception, la liberté des jeunes -ou au contraire de mettre en évidence les stagnations : « Nous avons revu récemment une émission d’Eliane Victor sur les infirmières : mis à part la mode, qui a changé, cela aurait pu être tourné maintenant, les revendications sont les mêmes... » Il faut néanmoins rappeler qu’à l’époque, Eliane Victor s’était vu interdire certains sujets : l’avortement, l’homosexualité... La chose est difficilement pensable aujourd’hui. « Mais certaines questions restent encore plus ou moins tabou », s’exclame Aline Pailler : elle a ainsi reçu des lettres d’insultes de téléspectateurs, il n’y a pas si longtemps, pour avoir invité Geneviève Pastre, écrivaine lesbienne.

Une objection vient très vite à l’esprit de toutes celles qu’intéresse « Regards de femme », sa programmation : diffusée en semaine -mais pas le mercredi -en début d’après-midi. Cela limite son public ! « Beaucoup moins qu ’on pourrait le penser, rétorque Aline Pailler. Nous nous apercevons, par le courrier reçu, que nous avons un public assez large, qui n ’est pas composé seulement de femmes au foyer. Il y a des professeurs, des universitaires, des gens qui travaillent chez eux, ou qui ont des horaires souples... Et beaucoup d’hommes. D’ailleurs, ajoute-t-elle, j e ne fais pas une émission pour tel ou tel type de public, je fais une émission avec un certain degré d’exigence, quel que soit le public. »

Ce qui la rend furieuse, en revanche, c’est le changement d’horaire récemment intervenu : son émission est passée de 13 h 30 à 14 h 30, sans qu’elle ait été consultée préalablement. Les raisons de ce changement ? Elle les ignore. A 13 h 30, FR 3 diffuse maintenant un feuilleton -comme Antenne 2 à la même heure, alors que les deux chaînes publiques ont théoriquement vocation à être complémentaires... Pour Aline Pailler, cette affaire est un exemple du mépris des directions des chaînes à l’égard de leurs personnels et du public : « En outre, dès qu ’il y a des championnats de tennis, ou des courses automobiles, l ’émission saute sans que j ’en sois avertie... » Le résultat est en tout cas que « Regards de femme » a déjà perdu plus de la moitié de son public. Aline Pailler aimerait bien que celui-ci se fasse entendre et proteste contre ces changements. Nous nous associons bien volontiers à cet appel.

Envoyez vos lettres de protestation à : FR 3, 1 16, avenue du Président Kennedy, 76116 Paris.

V _ __ _ J taines estiment même qu’au contraire, cela offre parfois des avantages : souvent soupçonneux au départ, les hommes se montrent ensuite « plus confiants » vis-à-vis d’une femme journaliste lorsqu’ils se rendent compte qu’elle connaît son sujet aussi bien qu’un homme. Il se crée alors « une sorte de complicité », qui permet de « savoir des choses que les hommes ne savent pas ». Quelques-unes reconnaissent qu’il leur arrive d’utiliser « la carte de la séduction » -pour obtenir un renseignement, une interview... -et que cela peut marcher. D’autres se refusent absolument à « entrer dans ce jeu là ».

Un autre regard ?

L’entrée des femmes dans le monde du journalisme a-t-elle fait bouger celui-ci ? Ces femmes, se sont-elles simplement glissées dans le moule du journalisme mâle ou ont-elles apporté un regard neuf, un regard différent ? Peut- on parler d’une approche sexuée de l’information ?

Vaste débat, qui suscite là aussi des réponses souvent divergentes, voire opposées.

Pour les unes, il y a certes des sensibilités différentes, mais qui n’ont rien à voir avec un quelconque clivage homme/femme. Pour d’autres, « on ne réagit sans doute pas pareil, mais cela n ’est pas très visible, pas très palpable ».

Pour beaucoup, cependant, le conflit du Golfe a servi en quelque sorte de révélateur. Dominique Pradalié, par exemple, a constaté que nombre de ses collègues masculins se passionnaient pour l’aspect « ludique » de cette guerre dite « froide », « technologique », tandis que les femmes, dans l’ensemble, se montraient plus sensibles aux conséquences humaines -« mais enfin, toutes ces bombes, elles doivent bien tomber sur des gens ! ». Différences qui se sont retrouvées sur le terrain, les reporters hommes étant principalement en Arabie Saoudite -« parce qu ’ils étaient fascinés par la chose militaire », explique Martine Laroche-Joubert, « devant le déploiement de l’armada américaine ils retrouvaient leurs réflexes de petits-garçons » -alors que les femmes, pour la plupart, avaient préféré aller en Irak, en Jordanie ou en Israël et dans les territoires occupés, pour témoigner des réactions et de la vie quotidienne des populations dans de telles circonstances.

Mais à côté de cette volonté de témoigner qui les pousse à aller dans des zones souvent dangereuses, il y a aussi, pour certaines, une part de « plaisir » à se retrouver ainsi « dans l’œil du cyclone », comme le dit Martine Laro-che-Joubert, pour qui le reportage de guerre est une « aventure » un peu « grisante » dans laquelle la reporter finit parfois par se prendre pour « l’héroïne de l’histoire ». Remarque qui a le mérite de la franchise et dessine un portrait de « baroudeuse » peu éloigné de l’image traditionnelle du baroudeur mâle... Comme quoi... ressemblances, différences, les choses ne sont jamais toutes simples.

Sur un plan plus général, Christiane Chombeau estime pour sa part que l’approche des femmes journalistes est à la fois pareille, « parce que les femmes s ’intéressent à tout, comme les hommes », et différente : « le débat d’idées les passionne mais elles ont toujours le souci de le relier au concret. » Une anecdote lui reste en mémoire : à l’automne 1988, elle avait été chargée de suivre la grève des infirmières (une lutte de femmes... on avait tout « naturellement » confié cela à une journaliste femme...). Elle avait été particulièrement frappée par « cette imbrication permanente, totale, entre leur vie professionnelle et leur vie privée », qui lui paraissait entrer pour une part fondamentale dans ce mouvement de révolte. Elle avait voulu mettre cet aspect en lumière dans un de ses premiers articles, où elle décrivait la journée de travail d’une infirmière. Mais toute cette partie fut coupée : la vie privée des infirmières, lui a-t-on dit, n’intéressait pas les lecteurs. « Aujourd’hui, des questions comme le harcèlement sexuel ou les violences conjugales sont un peu mieux acceptées dans la presse, on peut en parler, cela fait partie des sujets dits de société. En revanche, lorsqu ’il s ’agit de luttes revendicatives, nos collègues masculins ont toujours beaucoup de mal à comprendre la dimension particulière des luttes de femmes -et elles ont été nombreuses ces dernières années ! Là, tout ce qui touche au domaine personnel reste à leurs yeux non politique, il ne faut pas en parler. Les femmes journalistes sont plus sensibles à ce genre de choses. »

Au bout du compte cependant, Christiane Chombeau estime que la présence des femmes a peu à peu fait évoluer les hommes, fait évoluer la conception même du métier de journaliste : on accorde aujourd’hui plus d’attention aux débats de société, à la vie concrète. D’autres ajoutent que, sous l’influence des femmes, leurs collègues -enfin, certains... -ont appris à laisser parler eux aussi leur sensibilité. Mais ces progrès restent fragiles. Comme restent fragiles les avancées réalisées dans la profession : car le monde des médias est aujourd’hui en pleine crise, la concurrence commerciale fait rage, des restructurations importantes sont en cours. Des suppressions d'emplois sont déjà annoncées au Monde, à Antenne 2... En l’absence de mouvement collectif, le risque est grand qu’une telle situation ne débouche sur une concurrence exacerbée... entre journalistes, et que les femmes soient les premières à en faire les frais. Dominique Pradalié a déjà noté, depuis quelques temps, une plus grande agressivité des hommes à l’égard des femmes journalistes : « Autrefois, nous étions à leurs yeux des handicapées qu ’il fallait protéger ; ils nous considèrent aujourd’hui comme des rivales à part entière. »

Constat d’une situation qui va vers l’impasse ? Il est évident que la solution, pour en sortir, ne réside pas dans l’action isolée de quelques « amazones » -aussi volontaristes et courageuses soient-elles -, qu’elle ne peut se trouver dans le seul cercle fermé des médias, tant les intérêts enjeu et les rapports de pouvoir y sont importants. Le monde de l’information n’est pas un monde totalement à part : débloquer cette situation ne nécessite-t-il pas de rechercher des points d’appui à l’extérieur, dans un réel débat de toute la société sur les problèmes de l’information, et dans une mise en cause plus générale de la place des femmes dans la société ?

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Notes

  1. vie part elle privée pas
  2. 1. Enquête publiée dans Notre journal, publication de l’Association des anciens du CFJ, 1er trimestre 1991.
  3. 2. Cf. l’article que nous avions consacré aux personnels de Radio-France, lors de la grève de mars 1 990 (Cahiers du féminisme n° 53).
  4. 3. «Journalistes à FR3 : mettre fin aux inégalités », rapport du SNJ-FR3, mars 1988.
  5. 4. Claire Brière et Danièle Laufer, «Femmes journalistes, ambitions et réalités », dossiers de l’AFJ, 1986.

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