Le droit à l’avortement de nouveau menacé aux Etats Unis
La « majorité morale » américaine, ainsi qu’elle se qualifie elle-même, mélange de catholiques pratiquants, de fondamentalistes des multiples sectes protestantes et de conservateurs en tous genres, s’est lancée dans une nouvelle offensive contre le droit à l’avortement. Le bras armé est le groupe « Operation Rescue », spécialiste du coup de force médiatique. Le décor : Wichita, trois cent mille habitants dans, l’état du Kansas, cœur de l’Amérique profonde. Cet été, deux mille défenseurs de la vertu, la Bible à la main, se sont relayés pour faire le siège des cliniques de la ville pratiquant des IVG. Les médecins des centres d’IVG ont dû revêtir des gilets pare-balles tant il est vrai qu’aux Etats-Unis, où les armes sont en vente libre, la vie des adultes -pécheurs -a plutôt moins de prix que celle des embryons. Les « pro-life » ont même amené leurs enfants qu’ils font s’allonger devant les voitures des patientes ou des médecins.
C’était notre rubrique : la religion élève l’âme et ce n’est pas au pays de la liberté que l’on verrait des comportements de type totalitaire.
Le juge local a fait respecter, avec un certain courage, le droit d’accès aux cliniques en recourant à l’intervention de forces de police fédérales (qui ne dépendent pas de 1 Etat du Kansas). Le ministre fédéral de la justice, lié aux républicains conservateurs, a estimé qu’il avait outrepassé ses prérogatives. On attend sur ce point l’appréciation des tribunaux.
Derrière cette bataille mé-diatico-juridique, se joue le droit à l’avortement sur tout le territoire du pays. La Cour suprême a légalisé l’IVG en 1973, au faîte de la vague féministe aux Etats Unis. Depuis, le reaganisme a déferlé et avec lui, ce mélange d’affairisme et de puritanisme, Dieu et le fric, qui en sont la marque de fabrique. Plusieurs Etats se sont dotés de législations restrictives en matière d’avortement. En Louisiane, Etat du sud où, parenthèse, le sous-développement économique le dispute à la corruption, on ne pourra plus avorter qu’en cas de viol, d’inceste ou de menace sur la survie de la mère. Un juge fédéral ayant déclaré cette législation inconstitutionnelle, l’affaire ira devant la Cour suprême que Reagan, puis Bush ont progressivement peuplée de conservateurs convaincus. Ceux-ci ne prendront néanmoins pas de décisions trop opposées à ce qui leur apparaîtra, alors, comme le sentiment majoritaire dans le pays.
Signe peut-être encourageant : Bush se tait. Il a vaguement déclaré à propos de Wichita, en homme qui n’a pas d’ennemi à droite, que « chacun avait le droit de manifester », puis il est retourné sur son terrain de golf. Tout dépend donc aujourd’hui de la capacité de mobilisation des défenseurs du droit à l’avortement.
Les A.S. ont la pêche !
Plus de huit mille assistantes de service social dans les rues de Paris le mardi 1er octobre. Une première pour cette profession très largement féminisée qui compte environ trente-huit mille assistantes sociales. Déjà, en mars 1990, elles avaient été cinq mille en manifestation pour revendiquer l'homologation de leur diplôme (bac + 3) au niveau II (niveau licence) alors que le ministère le reconnaît au niveau III, c'est-à-dire bac + 2. A la suite de cette première manifestation, des collectifs unitaires regroupant des AS syndiquées et des non-syndiquées se sont mis en place dans les départements et l'Ile-de-France pour développer la mobilisation. Pendant presque deux ans, des assemblées générales par secteur ou par département et deux journées d'action nationales ont ponctué la construction du mouvement en profondeur. Ce travail a permis aussi de préciser les revendications qui sont, outre l'homologation du diplôme, la revalorisation salariale et les moyens pour assurer un travail social de qualité.
En juin 1991, les assistantes sociales, organisées dans les CASIF (Collectif d' Assistantes sociales d'Ile-de-France) ont tenu des Etats-généraux où elles ont décidé d'engager une grève reconductible à partir du 16 septembre.
La grève s'est effectivement développée en Ile-de-France. La journée d'action nationale du 1er octobre est le point de départ d'une extension sur toute le France et une nouvelle initiative nationale aura lieu le 10 octobre.
Ce mouvement, qui suit celui des infirmières, des ins-tits, des impôts, des personnels administratifs des hôpitaux... confirme l'émergence de luttes de femmes salariées. Dans toutes ces luttes le point central tourne autour de l'identité professionnelle et de la reconnaissance de la profession.
Cette dimension pose, de fait, les questions de la reconnaissance d'une vie professionnelle à part entière pour les femmes et de l'égalité des salaires (à qualification égale) entre les femmes et les hommes, même si, dans le mouvement, cet aspect n'est pas explicite. Il est abordé en négatif et par exemple, le fait que dans les tracts « assistantes sociales » devient volontairement « assistants sociaux » traduit bien la prise de conscience que la féminisation du métier est un facteur dévalorisant. Pour autant, on peut penser que, comme les autres grèves de femmes, celle des assistantes sociales sera suivie d'autres luttes de femmes salariées et qu'elle participe à la prise de conscience des inégalités existant entre les femmes et les hommes.