Ces deux lettres font suite à V article de Delprat paru dans les Cahiers N° 3 et la lettre de Verlaine , dans le N° 5, à propos des répercussions du Féminisme dans la vie quotidienne , des hommes militants .
Paris le 31-7-78.
Chères camarades,
La réponse presque haineuse de Verlaine à l’article de Delprat (« Parole d’homme », n° 3 des cahiers) m’a donné envie de prendre ma plume. f.J
Les-camarades hommes qui se contentent de s’affirmer féministes sans rien changer à leurs bonnes vieilles habitudes et conceptions se font de plus en plus rares. Ils sont progressivement remplacés par des gens qui se posent des questions et cherchent à vivre autre chose, en se remettant eux-mêmes en cause dans leur vie de tous les jours. Delprat me semble être de ceux-là, du moins d’après ce qu’il écrit, et la volée de bois vert qui lui est assénée me paraît peu méritée ! Il se demande quelles relations il peut vivre avec des femmes conscientes de leur oppression et qui refusent a priori les bons vieux schémas. Il se demande ce que peut être, ce que peut vouloir une telle femme. Il essaye lui -même de faire coller au mieux ses belles déclarations du dimanche et sa vie, ses désirs.
Et Verlaine lui répond que ce sont là <Jes choses qui n’intéressent personne, en tout cas pas les femmes !
Qu’il ferme sa gueule, ce pauv’mec ! Son péché originel a été de naître homme, de n’être qu’un homme, c’est-à-dire un pauvre phallo, souvent débile, parfois militant et qui, de surcroît, s’obstine à rechercher la compagnie des femmes... Et en particulier de celles qui sont occupées à leur libération, comble du culot, incompréhension totale ! Toute cette pauvre vie de phallo n’étant, bien sûr, orientée que par le culte du « radis », les lectrices l’avaient deviné... (Et les lecteurs l’apprendront !).
Et bien non, Verlaine, ces questions intéressent beaucoup de monde, et y compris des femmes ! Et ce ne sont pas des définitions » assénées comme des coups de poing dans la gueule qui feront avancer le débat ! (Ex : « La sexualité fondée sur l’éjaculation qui, par définition, mutile la sexualité des femmes, parce que... »
Qui vous empêche de continuer après l’éjaculation en faisant autre chose ? Est-ce le mythe de l’orgasme parfait, synchronisé et tout et tout?) (...)
Nous, femmes, nous ne pouvons pas nous contenter de traiter nos copains de'phallos. Changeons ensemble ! ACETYLENE
Camarades,
J’ai toujours pensé que dans quelque revue ou journal que ce soit, les rubriques « courrier des lecteurs (trices) » étaient difficiles à manier. Mais dans le dernier numéro des Cahiers du Féminisme vous êtes tombées dans un de ses pièges les plus grossiers. (...)
La lettre de Verlaine est typiquement représentative de ce que nous combattons fréquemment dans le mouvement des femmes, le sexisme. (...) Sexiste, cette lettre, en quoi, peuvent se demander certains ?
Je n’en citerai qu’un passage qui me paraît suffisamment démonstratif : « Ce que les femmes doivent retrouver, c’est la possibilité de se parler,
, et le problème aujourd’hui c’est pas de trouver un dialogue hypothétique avec les mecs ».
N’en déplaise à la camarade ce refus de dialogue avec les « mecs » comme elle dit d’un ton « superbement » méprisant ce n’est pas la position de la LCR.
En passant, je voudrais dire que je ne comprends pas que certain (e) s camarades se complaisent dans l’invective et la hargne face à des camarades même quand ils ont de graves désaccords avec eux. (...)
Sur le fond maintenant. Crois-tu vraiment Verlaine que le camarade à qui tu réponds faisait l'apologue d'une sexualité fondée sur l’éjaculation. Où est-ce écrit ?
Ce que j’ai lu c’est l’interrogation (maladroite peut-être, mais il faut savoir lire entre les lignes) d'un camarade qui perçoit certains comportements (et en particulier le refus de dialogues avec les « mecs » justement) comme terriblement éprouvant. Il cherche, il tâtonne, dit qu’il ne peut en parler, qu’il lui semble qu’un nouveau puritanisme se développe dans le sillage et à cause d’un féminisme mal compris. Ce sont des interrogations légitimes. Face à celà, que fais-tu Verlaine ? Tu l’accuses de pensées qu’il n’a pas émises, d’être un phallocrate parce que « mec ». Crois-tu vraiment que la cause des femmes est bien servie par cette exclusion /refoulement d’une interrogation de ce type ?
Où as-tu lu, dans l’article du camarade, qu’il voulait UNIQUEMENT mieux vivre sa sexualité d’homme ? Et si cela était, n’est-ce pas une discussion beaucoup trop grave pour qu’elle soit balayée d’un revers de main agressif et méprisant.
La libération des femmes ce n’est pas (pour moi, ni pour la LCR d’ailleurs) l’oppression/ refoulement des hommes. C’est le renversement d’un antagonisme oppressif qui résulte d'une organisation socio-économique. Le reste, toute la sphère du libidinal, ça se discute à perte de vue, sans possibilité d’être péremptoire surtout ujour d’hui, dans cette société, où il s’agit de survivre tout en changeant... Ce qu’il est possible de changer, en connaissance de cause, pas en rêve. « Une manière radicalement différente de jouir, d’avoir du plaisir, une manière radicalement différente de vivre, de parler, de regarder », si tant est que cela soit si « radicalement » possible aujourd’hui, le camarade n'a rien exprimé contre. Il a dit que cela se faisait à deux et qu’il voulait en parler, rien de plus. (...)
Prenons garde qu’au nom de soit disant lendemains qui chantent et d'une radicalité douteuse le présent ne devienne un enfer, et le sexisme en est un, pavé de bonnes intentions.
Daniel, militant LCR