La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Dans tons les pays : La politique des Interdits

Cahiers du féminisme, n° 6, octobre - novembre 1978 · p. 15-17 · 2 276 mots

:mr

DANS TOUS LES PAYS

La politique des interdits

•Malgré les mobilisations massives impulsées durant la dernière période par un front uni de femmes se battant pour obtenir le droit à l'avortement, le gouvernement de Nouvelle-Zélande a adopté début avril un texte de loi se conformant au rapport de la Commission royale chargée détudier le « problème » de l'avortement. Mis à part les lois fascistes, cette loi s’avère être l'une des plus répressives et des plus inhumaines au monde. Même une femme violée n'a pas le droit d'avorter. Seuls les cas d’inceste et de déficience mentale sont retenus comme des raison « valables » pour justifier un avortement. Le Centre d’Aide médicale d'Auckland qui prenait en charge près de 83 % des avortements effectués en Nouvelle-Zélande devra vraisemblablement fermer ses portes faute de patientes. Seules quinze femmes ont obtenu le droit d'avorter depuis que la loi a été passée... On imagine le désespoir de toutes les autres.

Certes, il s’agit d’un cas extrême et d'un retour en arrière particulièrement brutal par rapport à une situation de fait qui permettait à bon nombre de femmes d’avorter dans des conditions relativement acceptables. Mais on aurait tort d’interpréter ce fait comme une « bavure » dans la politique de la classe dominante d’un pays donné.

Dans la plupart des pays du monde, les femmes n'ont toujours pas le droit d’avorter. Elles n’ont toujours pas le droit de décider librement si oui ou non elles veulent des enfants. Et cela ne vaut pas seulement pour les pays coloniaux ou semi-coloniaux. Ni pour un pays comme l'Espagne où la « démocratisation » de la vie politique n’est pas encore venue à bout de quarante ans de franquisme et de la toute puissance de l'Eglise catholique en ce qui concerne le statut social des femmes. Il semblerait que près de 80 % des femmes qui sont actuellement en prison dans ce pays y soient pour des soi-disant « crimes féminins », dont l'avortement en première instance. Juste avant l’été, lors d’un débat en

Espagne à propos d’un article portant sur le « droit à la vie », les députés du Sénat ont bien montré leur volonté de s’opposer à toute légalisation de l’avortement. Certes, à peu près en même temps, le Parlement votait de son côté la dépénalisation de la contraception (jusqu’au mois de juin, les femmes espagnoles étaient passibles d’une amende, voire d’une peine de prison pour avoir pris la pilule ! ). Mais ce ne sont pas les concessions limitées qui ont été faites qui permettront aux femmes de réellement contrôler leur corps : la publicité sur les contraceptifs continue à être l’objet de certaines restrictions ; la stérilisation volontaire n’est pas reconnue comme légale ; et même le stérilet pourrait être exclu des moyens contraceptifs légaux, sous prétexte qu’il aurait une fonction abortive.

Même en Hollande, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, pour ne citer que quelques exemples des pays capitalistes où les femmes se battent depuis des années pour obtenir ce droit, l’avortement reste punissable, en dehors de situations tout à fait exceptionnelles. L’application de la loi s’avère variable selon les pays et les régions, mais une chose est certaine : la classe dominante utilise tous les moyens en son pouvoir pour reculer le moment où elle devra reconnaître les femmes comme des individus à part entière, libres de contrôler leur corps et de décider du cours de leur vie.

Economies et profits

La situation décrite ci-dessus n’empêche pas d’innombrables cliniques hollandaises ou suisses -pour ne parler que des plus connues -, d’effectuer des avortements à la chaîne qui leur rapportent des profits fabuleux sur le dos des femmes. Mais lorsque la bourgeoisie est obligée de céder du terrain sur le plan légal, acculée qu elle est par un mouvement de masse exigeant la libéralisation de la loi. elle s’arrange en général pour le faire aux moindres coûts, comme on l'a vu en France avec la loi Veil qui, au-delà de toutes les restrictions quelle impose, ne prévoit pas le remboursement de l'avortement par la Sécurité-Sociale.

Mais ce qui appraraît le plus clairement aujourd'hui, en cette période de crise économique et sociale, c'est que même dans les pays où la loi a été libéralisée, les gouvernements en place sont les premiers à soutenir l'aile la plus réactionnaire de la bourgeoisie qui ne cesse de réclamer l’abolition des concessions limitées qui ont été faites. Cela peut se traduire de manière indirecte par les coupes sombres effectuées dans les budgets sociaux. On l’a vu aux USA et en Grande-Bretagne où, comme par hasard, ces restrictions de crédits touchaient d’abord les unités gynécologiques et les diverses structures hospitalières relatives aux interruptions de grossesse.

Une attaque frontale

Mais aujourd’hui, c’est souvent de manière ouverte, en introduisant des clauses restrictives à la faveur de débats parlementaires (parfois sous prétexte de << protéger les femmes contre les abus » que les courants réactionnaires tentent de remettre la libéralisation de l’avortement en question.

On connaît la situation en Grande-Bretagne où, depuis trois ans, les amendements se succèdent et se ressemblent.

Qu’ils soient le fait de membres du Parti travailliste ou du Parti conservateur, ils sont tous aussi réactionnaires et ne prétendent qu’à une chose empêcher la femme de faire usage, d’un droit pourtant déjà bien limité, et remettre la décision entre les mains du médecin, du mari, de l'administration, des juges..., de tout le monde en un ...ot, sauf des principales intéressées.

On a vu les appels du Pape (Paul VI) pour tenter de prévenir toute concrétisation de la loi qui a été votée récemment en Italie, et qui rend l'avortement libre et gratuit jusqu’à douze semaines.

Cette loi, certes est l’aboutissement d’une longue mobilisation du mouvement des femmes et, malgré toutes ses limites elle exprime de manière déformée le rapport de forces imposé par celui-ci aux partis bourgeois. Mais c’est une loi restrictive, cependant, qui rend l’avortement inaccessible aux mineures sans le consentement de leurs parents, et qui introduit la notion de consentement de l’époux pour les femmes mariées, même si ce sont elles qui décident en dernière analyse. Et, surtout, si l’on en croit les derniers sondages, c’est une loi qui a peu de chances de se voir appliquée, dans ce pays où la majorité des hôpitaux se trouve encore sous le contrôle de l’Eglise (nombre d’entre eux sont propriété des ordres religieux). Les exhortations du Pape aux médecins et au personnel médical, le jour même de l’entrée en vigueur de la loi, pour qu’en bons chrétiens ils usent de la clause de conscience et du droit que leur reconnaît la loi de refuser d’effectuer des avortements, semble en effet avoir rencontré un écho très large. Le premier recensement effectué dans la capitale montre que 90 % à 95 % du personnel des hôpitaux -les religieuses forment une grande part des infirmières -refuse de pratiquer les avortements légaux.

Une tactique de division

La tentative de diviser les femmes entre elles, majeures et mineures, autochtones et immigrées, blanches et noires, riches et pauvres, est une solution qui semble faire recette.

Témoin la façon dont la bourgeoisie américaine a soutenu l’amendement Hyde qui entraîna la suppression des crédits fédéraux destinés à venir en aide aux femmes les plus pauvres devant avorter dans des établissements aux coûts extrêmement élevés (près de 40 % des femmes noires se trouvent dans ce cas). Cette mesure a eu des effets décuplés puisqu'v 2 série d’Etats se sont empressés de suivre cet exemple en coupant à leur tour les crédits des gouvernements régionaux. En outre, elle s’est accompagnée, dans plus d’un Etat, de tentatives des Cours régionales de réintroduire dans la loi une clause exigeant le consentement de l’époux (ou des parents dans le cas des mineures). Sans parler de la proposition permet payer son prend un des exigences absolument démesurées concernant l’équipement des cliniques qui effectuent des avortements, dans le but de prévenir l’ouverture du plus grand nombre d’entre elles et de rendre leur fonctionnement impossible en raison de charges des avortements en dehors du cadre légal. Il a fallu une mobilisation massive, tout récemment, pour faire acquitter une femme du Kentucky accusée par un médecin réactionnaire, de s’être avortée elle-même au moyen d’une aiguille,. Elle risquait 10 à 20 ans de prison selon une nouvelle loi passée dans cet état, si elle avait été reconnue coupable.

croisade » réaction

Hyde, comme on le toutes grandes les et à la réaction.

dernière période, celà violence ouverte forces d’extrême-intervenues aux USA

Comité national vie » notamment.

l'une des plus puissantes organisations américaines contre l’avortement, a déclaré ce printemps : « Nous mènerons notre croisade aussi longtemps qu’il le faudra pour gagner. » C’est une association qui revendique aujourd’hui onze millions de membres, qui disposerait de 1500 bureaux à travers les Etats-Unis ainsi que d’un budget de 1,3 million de dollars... Elle réclame que l’avortement soit à nouveau interdit par un amendement constitutionnel.

Depuis quelques mois, les attaques physiques contre les cliniques faisant des avortements ne se comptent plus. La mise à feu de celle de Cleveland en Ohio n'est hélàs qu'un exemple de la longue série de forfaits perpétrés par des groupes qui ne font d’ailleurs pas mystère de leurs idées racistes. Ceux-là même qui. à Porto-Rico ou ailleurs. soutiennent la politique de contrôle des natalités imposée par l'impérialisme aux minorités ethniques ou aux populations colonisées. Près de la moitié de la population féminine de cette île et près d’un tiers des femmes indiennes aux USA ont en effet été soumises à la stérilisation forcée. On parle d’un plan de 1A1D (Agence pour le Développement international, liée à la CIA) qui prévoit la stérilisation forcée de rien moins que cent millions de femmes.

Le livre de Bonnie Mass « Population Target », ainsi que les numéros 7 et 8 d'ISIS, bulletin international édité par des féministes de divers pays, font état de chiffres et de faits tout simplement affolants. Au Chili, en Bolivie, au Guatemala, au Bangladesh, aux Indes... partout la politique de l’impérialisme, sous couvert de déclaration humanitaires, revient à imposer la contraception et la stérilisation forcées, avec l’objectif évident de réduire l’armée immense des pauvres et des sans emplois.

Point n’est besoin de préciser que ces mesures visent avant tout les femmes des pays du tiers-monde. Mais il faut souligner qu’en Europe aussi, la stérilisation forcée est souvent imposée aux femmes immigrées qui viennent à l’hôpital après une fausse-couche qu’elles ont provoquée elles-mêmes, faute d’avoir le droit d’avorter légalement.

Face à celà, une campagne pour la liberté de l’avortement et la contraception, et contre la stérilisation forcée est donc une tâche d’urgence.

(I) Cet article, complété sur certains points, a été repris du n° 3 1 d’Jnprecor. Voir aussi le numéro 34 qui aborde la question « droit des femmes de choisir » et des problèmes que posent les lois existantes au niveau international.

des avortements en dehors du cadre légal. Il a fallu une mobilisation massive, tout récemment, pour faire acquitter une femme du Kentucky accusée par un médecin réactionnaire, de s’être avortée elle-même au moyen d’une aiguille,. Elle risquait 10 à 20 ans de prison selon une nouvelle loi passée dans cet état, si elle avait été reconnue coupable.

La « croisade » de la réaction

comme on le grandes les réaction.

période, cela violence ouverte d’extrême-aux USA

Comité national notamment, l’une des plus puissantes organisations américaines contre l’avortement, a déclaré ce printemps : « Nous mènerons notre croisade aussi longtemps qu’il le faudra pour gagner. » C’est une association qui revendique aujourd'hui onze millions de membres, qui disposerait de 1500 bureaux à travers les Etats-Unis ainsi que d’un budget de 1,3 million de dollars... Elle réclame que l'avortement soit à nouveau interdit par un amendement constitutionnel.

Depuis quelques mois, les attaques physiques contre les cliniques faisant des avortements ne se comptent plus. La mise à feu de celle de Cleveland en Ohio n’est hélàs qu’un exemple de la longue série de forfaits perpétrés par des groupes qui ne font d’ailleurs pas mystère de leurs idées racistes. Ceux-là même qui, à Porto-Rico ou ailleurs. soutiennent la politique de contrôle des natalités imposée par l’imperialisme aux minorités ethniques ou aux populations colonisées. Près de la moitié de la population féminine de cette île et près d’un tiers des femmes indiennes aux USA ont en effet été soumises à la stérilisation forcée. On parle d’un plan de l’AID (Agence pour le Développement international, liée à la CIA) qui prévoit la stérilisation forcée de rien moins que cent millions de femmes.

Le livre de Bonnie Mass « Population Target », ainsi que les numéros 7 et 8 d'ISIS, bulletin international édité par des féministes de divers pays, font état de chiffres et de faits tout simplement affolants. Au Chili, en Bolivie, au Guatemala, au Bangladesh, aux Indes... partout la politique de l'impérialisme, sous couvert de déclaration humanitaires, revient à imposer la contraception et la stérilisation forcées, avec l’objectif évident de réduire l’armée immense des pauvres et des sans emplois.

Point n’est besoin de préciser que ces mesures visent avant tout les femmes des pays du tiers-monde. Mais il faut souligner qu’en Europe aussi, la stérilisation forcée est souvent imposée aux femmes immigrées qui viennent à l’hôpital après une fausse-couche qu’elles ont provoquée elles-mêmes, faute d’avoir le droit d’avorter légalement.

Face à celà, une campagne pour la liberté de l’avortement et la contraception, et contre la stérilisation forcée est donc une tâche d’urgence.

(1) Cet article, complété sur certains points, a été repris du n° 3 I d’Jnprecor. Voir aussi le numéro 34 qui aborde la question « droit des femmes de choisir » et des problèmes que posent les lois existantes au niveau international.

Une erreur sur cette page ?