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En France si vous saviez

Emplois familiaux : Du slogan à la réalité

· Cahiers du féminisme, n° 61, été 1992 · p. 31 · 752 mots

Du slogan à la réalité ès l’automne dernier, le £ f gouvernement (dirigé � m ■ par Edith Cresson, à

_ J W l’époque) décidait, dans le cadre de son “plan” pour l’emploi, de développer les “emplois familiaux”. Objectif officiel : création de cent à cent cinquante mille emplois à temps partiel sur deux ans. Entré en vigueur dès le 1er janvier dernier, le nouveau dispositif a été accompagné d’une campagne de pub tapageuse à la télé, sur le thème “les emplois familiaux, tout le monde y gagne”, et d’une brochure de présentation diffusée par les organismes de sécurité sociale, les postes, les mairies. Il s’agit en fait de favoriser la création d’emplois de femmes de ménage, de gardes d’enfant à domicile (assistantes maternelles), d’aides aux personnes âgées. Des réductions fiscales substantielles (voir encadré) et d’autres avantages doivent convaincre les familles de ne plus employer au noir nourrice ou femme de ménage et inciter celles qui hésitaient à le faire à se transformer en employeurs à domicile.

Le projet gouvernemental repose sur une analyse simple et concrète : “Les emplois familiaux, au domicile des ménages, sont insuffisamment développés dans notre pays. Les besoins des familles liés à l’évolution des modes de vie (sic) sont multiples et croissants : tenue de la maison, garde d’enfant, aide ménagère, soutien scolaire, aide aux personnes âgées...” (circulaire ministérielle du 31 décembre 1991).

A qui s’adresse cette campagne ? A l’évidence aux femmes actives “émancipées” qui aiment leur travail et ne veulent pas rester à la maison et consacrer leur temps aux corvées domestiques et aux autres tâches familiales. Cette campagne est d’autant plus choquante et même scandaleuse qu’elle détourne une aspiration légitime des femmes pour favoriser le recours aux services d’une nouvelle domesticité féminine, immigrée le plus souvent. C’est ce qu’on appelle créer de “vrais” emplois et “libérer” les femmes !

Le cours de l’histoire va-t-il ainsi s’inverser ? Depuis une cinquantaine d’années, en effet, les emplois de domestiques n’avaient cessé de reculer chez les femmes au profit d’emplois salariés dans le tertiaire (bureaux, commerces, services publics). Va-t-on ainsi voir refleurir ces “emplois serviles ”, pour reprendre la formule d’ A. Gorz *, toujours marqués par la dépendance et la misère ?

De quelles garanties en effet peuvent bénéficier ces “employées” ? Leur “salaire” restera très faible (du SMIC à 28,53 F de l’heure, avec des augmentations de 1 % par an), avec des indemnités journalières de maladie, certes, mais seulement au bout de trois ans d’ancienneté. Par ailleurs, pèsera toujours sur elles la menace d’un licenciement arbitraire, même si une procédure est respectée pour la forme (preuve d’une “cause réelle et sérieuse ” et “entretien préalable ”).

Ainsi, comme dans les pays du tiers monde, les femmes un peu “aisées” seront poussées, faute de solutions collectives, à exploiter d’autres femmes démunies !

Voilà où mène le renoncement à développer les équipements et les services collectifs (crèches, haltes-garderies, services municipaux d’aides à domicile, etc.), pourtant indispensables pour permettre à tous, et aux femmes en particulier, d’exercer une activité professionnelle à temps complet. Il n’est pas inutile de rappeler que, en France, seulement 20 % des enfants de moins de trois ans, dont la mère travaille, ont une place dans une crèche publique, 15 % dans une crèche privée et 31 % chez une nourrice agréée.

Ce choix gouvernemental scandaleux ne permettra évidemment pas de résoudre d’une manière quelconque le problème des trois millions de chômeurs et chômeuses sur la touche. En revanche, il aggravera encore une fois les inégalités à tous les niveaux. Belle philosophie pour un gouvernement qui se dit toujours socialiste !

C. B. et S. M.

Les avantages fiscaux

\ compta du l1-janvier 1992, les ménages ou personnes employant un salarié à leur domicile bénéficient d'une réduction d’impôt égale à 50 % des dépenses engagées (salaires et charges sociales), limitées à 25 000 F.

L’avantage fiscal maximal est donc de 12 500 K par an. soit environ 1 041 F par

Cette réduction s’applique aux impôts payés sur les revenus de 1992, qui seront déclarés et versés en 1993.

Le bénéfice de la réduction d’impôt est accordé pour : l’emploi d'un salarié à la résidence du contribuable, quelle que soit la nature des fonctions et des tâches exercées (ménage, « tarde d’enfant, aide à une personne âgée, à un handicapé, soutien scolaire...) fies prestations d’aide à domicile effectuées par un organisme à but non lucratif ; les services rendus par les associations agréées.

extrait de Liaisons sociales du Ui mars J 992

Notes

  1. * André Gorz, Métamorphoses du travail, quête de sens ; critique de la raison économique, Editions Galilée, 1991.

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