Solidarité ex-Yougoslavie
Demain, il sera trop tard oilà bientôt un an que le siège de Sarajevo a commencé et que la Bosnie-Herzégovine toute entière est mise à feu et à sang ; massacres, tortures, viols, déportations, internements, exode forcé, c’est l’horreur quotidienne vécue par les populations bosniaques victimes de la politique de « nettoyage » ethnique imposée de force par les milices serbes principalement mais aussi par les milices croates de M. Buban. Et pendant ce temps, on discute à Genève ou à New York du plan Owen-Vance qui prévoit le découpage de la Bosnie-Herzégovine en dix provinces tracées sur des critères largement ethniques et sur la base des rapports de forces militaires favorables aux Serbes.
Alija Izetbegovic, chef du gouvernement de la Bosnie-Herzégovine a refusé ce plan de « paix imposée » et a déclaré qu’il était « hors de question de légitimer les conquêtes militaires serbes » car ce serait la fin d’une Bosnie-Herzégovine « pluriculturelle et pluriethnique, souveraine et indépendante ».
Malheureusement, les gouvernements occidentaux pressés d’obtenir au plus vite le « règlement » du conflit qui risque effectivement de gagner le Kosovo et la Macédoine, soutiennent tous le plan Owen-Vance, même si les « musulmans » doivent en faire les frais. F. Mitterrand déclarait récemment, « j ’approuve le plan Owen-Vance 1 ».
Et Clinton, nouveau président des USA, après avoir considéré ce plan comme inacceptable car trop défavorable aux musulmans, a fait savoir il y a quelques jours qu’il s’y ralliait, moyennant quelques légères modifications...
Peut-on se résigner aux sacrifice des Bosniaques sur l’autel du réalisme, comme le proposent les gouvernements occidentaux ? Ce serait honteux et inefficace car une paix injuste encouragerait les agresseurs et les victimes ne pourraient entériner ce charcutage d’un pays où toutes les nationalités sont étroitement imbriquées et vivaient à tel point ensemble que les familles mixtps sont innombrables. Ce n’est passim hasard si Sarajevo ou
Tuzla résistent, coûte que coûte, à la purification ethnique. . .
La capitulation de Sarajevo et des principales villes de Bosnie-Herzégovine signifierait la fin de la « dernière des Andalousies » selon la formule de Wassila Rais Ali 2, c’est-à-dire la fin des villes cosmopolites tolérantes où, depuis des siècles, coexistent dans l’harmonie des communautés et des religions différentes (chrétiens, orthodoxes, juifs, musulmans, etc).
Se résigner, ce serait accepter la victoire de la politique d’exclusion et d’exactions racistes non seulement à Sarajevo et en Bosnie, mais dans tous les Balkans et dans toute l’Europe.
Ce serait donner raison à tous les fanatiques d’extrême droite qui, comme en Allemagne, attendent le signal pour passer à l’action. Non, nous ne pouvons nous résigner. C’est même impensable pour notre génération née après la Seconde Guerre mondiale et dont l’enfance a été nourrie des récits des horreurs du nazisme et des camps d’extermination...
Le droit de se défendre
Alors que faire ? Devons-nous comme de nombreux intellectuels, demander une intervention militaire occidentale en guise d’avertissement à la Serbie et pour déloger les artilleurs qui tous les jours mitraillent les habitants de Sarajevo ? Nous ne pensons pas que cela soit une bonne solution. Non seulement elle ressouderait les rangs de la population serbe convaincue par la propagande officielle que les Serbes sont menacés de génocide par un complot international. Mais s’attaquer aux Serbes n’empêcherait pas les milices croates de collaborer sur le terrain au dépeçage de la Bosnie-Herzégovine. Et combien de victimes de toutes nationalités si l’on réalise des bombardements « chirurgicaux » dans le style de ceux opérés sur l’Irak ? Il n’y a pas d’autre alternative en fait à cette « solution » que de permettre aux Bosniaques eux-mêmes de se défendre en leur donnant tous les moyens de résister par les armes. Il faut que le �locus occidental soit levé polira 'Boàniç-Herzégovine. A cette�q<i®&i.t®ô!ia ia résistance multiethnique bosniaque ne serait pas condamnée à l’impuissance. Des armes pour les Bosniaques, tel doit être le mot d’ordre.
Mais cela ne suffit pas ! Il faut tout faire également pour soutenir ceux qui dans chaque république, pacifistes, féministes, refusent la logique de la guerre pour résoudre les conflits et défendent les droits de toutes les minorités nationales, serbes, croates, « musulmanes », hongroises, etc, dans les différentes républiques.
Il ne faut pas laisser mourir les médias indépendants (journaux, télévision, radio) qui contrecarrent l’intoxication nationaliste particulièrement efficace en Serbie et en Croatie.
Il faut obtenir l’ouverture de tous les camps de détention et la libération de tous les prisonniers et ne pas accepter que des dizaines de lieux ne soient pas accessibles.
Il faut que toutes les populations bosniaques puissent recevoir l’aide humanitaire et que cessent les attaques par les Serbes et les Croates des convois humanitaires. . .
Enfin, nous devons exiger que notre gouvernement accueille sans limite les réfugiés de l’ex-Yougoslavie qui fuient les combats ou viennent d’être libérés des camps. Parmi eux, il faut donner le droit d’asile aux femmes et autres victimes de viols. . .
A terme, un tribunal international devra juger les crimes monstrueux perpétrés pendant cette guerre. . .
Mais aujourd’hui, l’urgence absolue, c’est de donner les moyens aux Bosniaques de résister. C’est la condition d’une paix juste. C’est la condition pour que les Bosniaques ne connaissent pas demain le sort des Palestiniens...
Sur cette base, l’action doit et peut s’organiser même si jusqu’à maintenant les organisations du mouvement ouvrier, divisées, sont restées passives. Ce sera notre fierté de les obliger à agir !
Claire Bataille
Notes
- 1 . Cf. le Monde du 9 février 1993.
- 2. Cf. Libération du 9 février 1993.